‹ La syphilisation [electronic resource]Chapitre 88 sur 205 · A MISS E..., A EDIMBOURG (ECOSSE · texte numérisé non relu

A MISS E..., A EDIMBOURG (ECOSSE

Paris, le 10 septembre 1858.

En tout cas, le cancer, s'il est confirmé, est une maladie des plus graves, une maladie constamment mortelle.

J'ai pourtant rêvé de le guérir, comme je l'ai indiqué dans quelques-unes des brochures que je vous ai envoyées. Mais j'en suis encore aux tâtonnements et, bien que je sois sûr que je perfectionnerai mon procédé dans le cas où il me serait possible de faire des traitements nombreux dans un hôpital, il n'en est pas moins vrai qu'aujourd'hui je ne puis répondre de rien.

Voici quelle est mon idée : le cancer résulte d'une maladie de tout le système, laquelle finit par atteindre plus particulièrement un organe, le sein, par exemple. C'est donc en cherchant à modifier la masse du sang qu'on peut parvenir à guérir le cancer. Or, il n'y a que l'inoculation des virus qui puisse procurer cette modification profonde. Mais comme on repousse mon inoculation dans les cas même où son action est la plus évidente, il n'est pas probable qu'on s'engagera bientôt dans la voie que je cherche à ouvrir.

Je suis très-reconnaissant au professeur Simpson (d'Edimbourg), d'avoir pris mon idée sous sa protection et d'en avoir favorisé la discussion.

Veuillez agréer, etc.

A M. C. SPERINO, MÉDECIN EN CHEF DU SYPHILICOME, A TURIN (ITALIE)

Paris, le 9 octobre 1858.

Très-honoré Confrère,

Il y a déjà longtemps que le professeur N. Guillot m'a fait part qu'il passerait par Turin dans la dernière quinzaine d'octobre, et qu'il était très-curieux de voir votre service et vos syphilisations. Je vous en préviens, parce que cette visite peut avoir pour nous de l'importance.

Dans le cas où vous ne recevriez pas régulièrement mes lettres sur la syphilis que je recommande qu'on vous envoie, ayez la bonté de me l'écrire, afin que je puisse vous les envoyer moi-même.

Je n'ai pas besoin de vous dire que la Revue étrangère est entièrement ouverte à vos communications, quels qu'en soient le sujet et la forme. Le feuilleton est réservé à la syphilis. Je crois qu'il est bien dans l'intérêt de notre cause et de la science de n'y pas parler exclusivement de syphilisation.

M. Bœck et les médecins Scandinaves m'envoyent des matériaux; mais je manque de traducteurs.

Croyez à ma parfaite et affectueuse considération.

(1) Voir ci-après : de la syphilicité de certaines blennorrhagies.

A M. LE PROFESSEUR BŒCK, A CHRISTIANIA (NORWÉGE)

Paris, le 17 octobre 1858.

Cher et honoré Confrère,

Les prétendus succès révulsifs (je crois qu'on veut révulser l'attention qui se porte sur la syphilisation) de M. Cullerier n'ont pas plus fait fortune à Paris qu'à Copenhague. L'interne de M. Cullerier en présentant une Thèse sur ce sujet a été assez mal accueilli à la Faculté de médecine, tant a cause de l'insignifiance de ses observations, qu'à cause de son mal parler de la syphilisation. Cela nous fait du bien, parce que pour dire que les vésicatoires guérissent la syphilis, il faut commencer par dire que les inoculations chancreuses ont pu produire le même résultat.

Rien de nouveau ici en syphilis. M. Ricord semble avoir abdiqué dans la science. Son crédit diminue beaucoup et je cherche à l'attirer dans un débat académique où il laissera son dernier prestige. Vous verrez cela bientôt. Je doute même qu'en- adoptant la syphilisation, M. Ricord pût aujourd'hui l'aider beaucoup à triompher. Dans un an et deux mois, l'heure de la retraite aura sonné pour lui à l'hôpital du Midi. Il donne à ses élèves un os à ronger. C'est la discussion de la question de savoir s'il y a deux sortes de chancres. Mes lettres, qui sont traduites à l'étranger, lui causent de l'inquiétude. Je vous enverrai les réflexions que fait M. Gamberini, de Bologne, en traduisant ma deuxième lettre sur la blennorrhagie, qui vous est adressée.

A propos de mes lettres, j'en suis à la dizième, et le jour même où elles paraissent, j'en mets trois exemplaires à la poste pour la Norwége (ce que je ferai demain), un pour vous, un pour M. Danielssenet un pour M. Gjor.

Vous n'avez pas bien compris ma demande relativement à la Revue étrangère. Voici en quoi elle consiste: Je suis entièrement chargé de la Correspondance syphilographique, dans laquelle ô°n peut traiter tout ce qui, de près ou de loin, tient à la syphilis (maladies de la peau, organes urinaires et génitaux, gale, favus, virus, diathèses, travaux norwégiens, etc.). Envoyez-moi, sous forme de lettre (depuis dix lignes jusqu'à un feuilleton entier de longueur) tout ce que voulez faire connaître au public médical, j'en corrigerai les fautes de français et je le ferai parvenir à sa destination.

J'aurais voulu recevoir de vous ou de n'importe lequel de vos élèves ou amis et sous forme épistolaire, par exemple : 1° un résumé de la brochure de M. Gjor ; 2° un résumé du travail de M. Danielssen ; 3° un résumé de votre statistique mercurielle; 4° un résumé de votre travail sur la radesyge, etc. Le genre de publicité que j'ai créé a réussi, il faut en profiter pour les progrès d'une science que vous cultivez avec tant de succès, en tant, bien entendu, que vos occupations vous le permettront, et que cela vous conviendra.

Quant à votre radesyge, je corrigerai avec empressement et plaisir ce que vous m'enverrez, j'en publierai même un extrait dans la Revue étrangère, si vous le jugez convenable.

Je vous enverrai demain ou après de la bonne matière, sans toutefois bien comprendre pourquoi vous la voulez d'un bubon.

Votre bien dévoué.

A M. LE PROFESSEUR BŒCK, A CHRISTIANIA (NORWÉGE)

Paris, le 21 octobre 1858.

Très-cher et très-honoré Confrère,

Ci-inclus du bon pus à l'abri du froid, de la lumière et du contact de l'air.

Maintenez-le délayé pendant au moins un quart dlieure dans du lait ou du pus simple à 30 degrés Réaumur de température.

J*ai déjà remis un échantillon de vos croûtes à MM. Bazin et Moquin-Tandon. Ce dernier m'a déjà dit y avoir trouvé un acarus femelle.

Je mettrai à la poste en même temps que ma lettre les trois numéros norwégiens de la Revue étrangère. Puissent-ils ne pas s'égarer en route !

M. Gaimard, après une année d'absence, vient d'arriver à Paris.

Mes compliments à MM. Gjor, Heibert, Egebert.

Votre dévoué confrère et ami.

A. M, LE PROFESSEUR BŒCK, A CHRISTIANIA (NORWÉGE)

; Paris, le 25 Octobre 1858.

Très-cher Confrère et ami,

Lorsque vous me donnâtes en quittant Paris une preuve de confiance par votre signature en blanc, j'y fus d'autant plus sensible que ma qualité d'inventeur delasyphilisation m'avait mis en butte à plus de calomnies et que, même dans notre camp, tout le monde était bien loin d'avoir votre délicatesse. Aussi est-ce avec un grand scrupule que j'ai immédiatement copié le brouillon que vous veniez d'approuver et que j'ai moi-môme porté votre lettre à l'Académie.

Dès ce moment elle n'était plus votre propriété ni la mienne. A pu la copier qui a voulu, au secrétariat où elle est encore. Je n'étais pour rien dans la publication qui s'en est faite immédiatement dans la Science pour tous. Je me suis borné à vous envoyer ce journal, comme je vous ai envoyé la Thèse de M. Guérault, que je n'ai connue que trois jours après la soutenance.

Je conserve les deux brouillons de votre lettre à l'Académie des sciences, que vous reconnaîtrez aisément quand vous viendrez à Paris. Le premier, écrit sous votre dictée, a des tournures que je suppose norvégiennes, et le second a les corrections dictées par M. Geoffroy-Saint-PIilaire, dont une consiste notamment à rappeler que vous aviez reçu le prix Montyon. N'ayant jamais syphilisé un enfant, je n'ai pas d'opinion, mais je ne crois pas que la partie de votre lettre , par moi reproduite, veuille dire que la syphilisation ait jamais ramené à la vie des avortons et des êtres atrophiques.

Bref, ennemi comme vous de toute exagération, je ne saurais néanmoins comment rectifier une chose que je ne vous ai pas fait dire, et j'aimerais bien mieux que vous m'écrivissiez à la première occasion une lettre dans laquelle, sans blâmer personne (à moins que ce ne soit vous-même), vous me diriez tout ce que vous voudriez. Je n'y toucherai que pour les corrections. Je gagnerais beaucoup à cela, ainsi que tous les lecteurs de la Revue étrangère.

Dans ce moment, la question importante est celle de la contagiosité des accidents secondaires. Belle occasion pour vous de m'envoyer l'opinion des médecins Scandinaves sur cette question, et de joindre à votre lettre toutes les idées que vous voudrez sur la syphilis et la syphilisation des enfants et sur quoi que ce soit. Ma prochaine lettre sera adressée à M. Gibert.

J'ai complètement distribué vos croûtes d'acares. Si vous en avez d'autres, envoyez-les moi. M. Bazin veut en faire faire des préparations par M. Bourguignon. Je n'ai pas reçu votre manuscrit sur la radesyge. Bien des choses à tous mes amis de Norwége.

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