OBSERVATION D
M. D., 29 ans. Constitution bonne; tempérament indécis; n'ayant jamais fait de maladies; marié à D'. De ce mariage 3 enfants. Un a survécu; un est mort en naissant et un autre au bout de 20 mois. Le survivant est l'aîné et a 6 ans et demi ; il est bien portant.
Sa femme jusqu'ici bien portante a eu la petite vérole et un érysipèle étant enfant. Elle a une ulcération granuleuse du col et deux chancres de l'entrée du vagin et de la fourchette. Ces chancres et l'affection du col ne se sont montrés qu'après l'affection de M. D., qui se considère comme l'auteur de la maladie de sa femme. (Femme à réexaminer.)
État actuel. Organes génitaux : chancre induré glando-préputial ; phimosis ; suppuration abondante, le tout datant de deux mois. Pléiade ganglionnaire indurée des deux côtés. Torse, bras et cuisses recouverts d'une roséole pointillée naissante. Au pied droit (M. D. transpire beaucoup des pieds) deux plaques dénudées, l'une entre le 1er et le 2e orteil, l'autre entre le 3e et le 4e orteil. M. D. est toujours enrhumé et tousse toujours.
1 juillet. Inoculation à l'empreinte deltoïdienne gauche. Pus recueilli
trois heures avant sur un malade jeune, œnophile (chancre tournant rapidement à l'induration et au phagédénisme.) Ce chancre siège sur le dos du gland et du prépuce ; il est profond, a plus de 1 centimètre de diamètre, est rouge tout autour ; son fond est pultacé, grisâtre, gangreneux. Ce chancre est de date récente (4 jours) ; il s'est accru rapidement dans le dernier jour. Incubation, 8 jours. Le même pus inoculé à madame V., mais 3 heures plus tard et délayé^dans du lait.
4 juillet. Silence de l'inoculation.
8 juillet. Inoculation par 3 piqûres avec un pus douteux et trop délayé.
Je constate chez sa femme, à la place des ulcérations commençantes d'y il y a quelques jours, deux larges chancres dont l'un a plus et l'autre moins de 1 centimètre, à fond pultacé, grisâtre. Il y a aussi une pléiade indurée et plus prononcée à droite qu'à gauche. Nul autre symptôme. Ces deux conjoints doivent être réexaminés de très-près. Quelle est la source, la filiation de cette double vérole?
338 OBSERVATIONS DE SYPHILISATION.
lù juillet. Silence des inoculations précédentes.
— 1G/7 Inoculation [désignée par 16/7 d'après sa date : 16" jour du
7° mois (1)] par une piqûre à l'empreinte deltoïdienne gauche (lrc série, fit/. 1) avec un bon pus de chancre récent.
RÉGION DELTOÏDIENNE GAUCHE.
Figure 1.
18 juillet. 16/7 Pustulette, c'est-à-dire : 1° petit grain miliaire purulent, peu élevé
avec un point noir au centre qui indique la piqûre. Aréole livide de 1 centimètre, peu élevée. Examen d'ailleurs superficiel du malade, faute de temps. Ici, il n'y a pas eu d'incubation ; estce la nature du pus? Est-ce celle du sujet? Sans doute que le sujet est pour beaucoup dans ces sortes d'affaires, mais n'y a-t-il pas la parc du pus? Un chancre qui commence ne fournit-il pas du pus qui agit sans incubation? Un chancre qui finit n'en fournit-il pas de contraire? etc. Que de questions importantes à examiner et à résoudre !
20 juillet. 16/7 Grain miliaire devenu chènevis, et plus élevé. Aréole plus éten-
due et plus élevée.
23 juillet. 16/7 Bicratère de 5 millimètres (crête intermédiaire). Phlyctène nulle
ou cachée sous le monticule de la pustule. Aréole rouge, conique, livide, furonculeuse, de 4 centimètres de diamètre. Pas d'empâtement à la base.
Énorme glande trachélienne droite.
— 23/7 a b Inoculation par 2 piqûres a b (fig. 1) du pus de 16/7. 25 juillet. 16/7 Cratère unique de près de 1 centimètre, entouré d'une phlyctène
assez large et brunâtre. Aréole idem.
(1) Ce même mode de désignation est appliqué à toutes les inoculations subséquentes; par exemple : 25/7 désignera l'inoculation faite le 25° jour du 7e mois ou 25 juillet; — 1/8 désignera l'inoculation faite le lor jour du 8e mois, ou 1er août; — 26/9 désignera l'inoculation faite le 2G° jour du 9° mois ou 26 septembre, etc., etc. Dans les figures shématiques, ces chiffres sont écrits sous la forme de fractions. Les lettres abc d... indiquent les différentes piqûres provenant d'une même inoculation.
OBSERVATIONS DE SYPIIILISATION.
25 juillet. 23/7 a b Pustulettes.
— 25/7 a b Inoculation, par 2 piqûres a b {fig. 1), du pus de 16/7. 27 juillet. 27/7 « b Inoculation, par 2 piqûres a b {fig. 1), du pus de 16/7.
16/7 Pus à peu près neutre, pourtant uu peu alcalin.
I août. 1/S a b Inoculation, par 2 piqûres a b (fig. I), du pus de 16/7.
Il m'a manqué de parole car il devait venir le 30 juillet. Plaques muqueuses entre les orteils; il a des varices à la jambe droite ; là il a reçu, il y a 2 mois, un coup à la face interne du tibia. Il y a des croûtes qui sont noirâtres et ont pris une teinte cuivrée. Il ne les soigne pas ; je conseille cataplasmes puis pansement simple. Sa femme que j'ai peu examinée a des douleurs de côté ; sa roséole papuleuse se développe. : août. 3/8 a b a' b' Inoculation, par quatre piqûres {fig. 1), du pus de 25/7 a et b.
Je prends passim sur ses chancres du pus pour madame V.
Sa femme présente une éruption générale de petits boutons miliaires (syphilide vésiculeuse) ; il n'y a rien de cuivré, mais l'éruption paraît assez généraient plus prononcée sur les côtés des flancs. Elle a aussi de véritables sudamina. Sont-ce des sudamina syphilitiques? Y a-t-il des sudamina syphilitiques? Ses cheveux sont douloureux à la racine quand elle se peigne. Estlà encore un symptôme syphilitique ? Elle est faible, mal conformée, a la poitrine en carène ; mais elle est oppressée depuis 15 jours; cette oppression et cette faiblesse ne sont-elles pas un symptôme syphilitique? Ses poils axillaires, qui sont roux, sont curieux ; on dirait qu'à leur superficie est un abondant dépôt de matière jaune humidifiée par la transpiration. Est-ce encore un symptôme syphilitique? Je prescris à sa femme 2 bains de vapeur en 8 jours.
Il dit sentir quelque chose à la gorge où je ne vois rien. 6 août. 16/7 Croûte rupiale, noirâtre, gommeuse, luisante, adhérente, com-
muniquant en avant et en bas avec 25/7 a. ^~ 25/7 a Phlyctène terne de 1 bon centimètre.
— 25/7 b Phlyctène de même volume, noirâtre, aplatie, hémorrhagique.
Aréoles souvent confluentes de ces trois chancres avec celles d'en arrière et d'en bas.
— 23/7 a et b Phlyctènes croûteuses de 1 à 2 centimètres sans aréole, à pliis
grand que b.
— 27/7 a et b De même que 23/7, mais moins prononcé.
— 1/8 et 3/8 Pustules varioliformes et aréoles.
— 6/8 abcd Inoculation, par 4 piqûres, du pus de 25/7 a {fig. 1).
Je prends du pus passim pour madame V. 2 pustulettes ; une à la base de chaque pilier postérieur. La syphilide vésiculeuse^se développe sur la femme.
II août. 11/8 Inoculation, par 3 piqûres {fig. 1), du pus de 3/8 b pour rem-
placer 6/8 abc qui ont avorté.
Son pus, faible pour lui, ne l'a pas été pour madame V., beaucoup plus avancée que lui en syphilisation. 18 août. Les chancres sont guéris, ou en voie de guérison.
— 18/8 a b Inoculation, par 2 piqûres {fig. 1), avec le pus de 3/8 b'.
2 plaques cuivrées superficielles de 1 centimètre à la face interne
de la lèvre supérieure, à une certaine distance du frein. Plaques semblables, mais allongées verticalement, aux piliers du , voile du palais, principalement à droite. 20 août. 18/8 a b Échec. Deux inoculations mal faites sur le devant de là poitrine
avec 14/7 de madame V. pris le 30 juillet.
— 20J8abcde Inoculation, par 5 piqûres {fig. 1), faite avec son propre pus,
de 3/8 b, dont je prends un échantillon pour le garder. Sa femme est tombée entre les mains d'un charlatan.
24 août. 24/8 abc de Inoculation, par 5 piqûres (fig. 1), du pus de 3/8 b, à l'empreinte deltoïdienne gauche.
26 août. Quelques plaques muqueuses interdigitales du pied gauche, qui
ne sont soumises à aucun soin d'hygiène et de propreté, sont puantes, douloureuses, et accompagnées d'un peu de gonfle-
26 août. ment du pied. Pansement avec : sublimé 10 centigr,, eau dist.
200 gr. Gland où il reste une légère excoriation après plusieurs cautérisations, soumis au même pansement. 28 août- Plaques muqueuses interdigitales touchées avec la pommade d'io-
dure de chlorure mercureux.
31 août. 31/8 abcde Inoculation, par 5 piqûres (fig. 1), de son pus, passim, à l'empreinte deltoïdienne gauche.
Ses chancres prennent, mais ne sont pas actifs. 4 sept. Toutes les inoculations d'hier ont pris et ont produit des pustules
varioliformes sans dépression au centre.
Il résulte de là que le même pus inoculé sur le même individu a pris le 16 juillet, jour de la lrc inoculation positive, jusque pendant un mois qu'il prenait alors faiblement et incomplètement pour reprendre à présent d'une manière complète, et engendrer des pustules qui semblent modifier avantageusement l'état de la verge.
Un pus inoculé au même individu me parait presque toujours présenter une période de sédation pendant laquelle les inoculations ne prennent pas ou sont stationnaires ; puis le pus reprend avec activité ; on dirait que pendant la période de sédation la guérison ne se fait pas. Mais quelle est cette période de sédation, quand un individu ne contracte par le coït qu'un ou deux chancres qui ne sont pas tourmentés par des médicaments?
- Il y a là un quid ignotum à résoudre par l'observation, une 4e loi qui sera aussi importante que la découverte des pus forts et faibles.
— Inoculation, par 10 piqûres au bras, de son propre pus.
7 sept. Inoculations peu actives ; les dernières, celles du 4, ont à peine
pris.
— Inoculation, par 5 piqûres, passim, à la partie externe de son
bras avec du pus recueilli passim, à cette même partie externe.
12 sept. Il a été irrégulier. Des inoculations du 7, une seule a pris.
— Inoculation, par 6 piqûres, de son propre pus. 14 sept. Les dernières inoculations n'ont pas pris.
17 sept. Depuis plusieurs jours il n'a plus de pus inoculable; il n'a même
plus de pus; je finis pourtant par en trouver un peu que je lui inocule à la cuisse gauche.
— 17/9 Inoculation fémorale gauche, par 1 piqûre, du pus de 24/8 b
(fig. 2).
21 sept. 17/9 A pris. La pustule est petite, sèche, douloureuse, ressemble à un
furoncle qui commence. M. D. dit que l'inoculation a réussi le soir même ou le lendemain. Il n'y aurait donc pas eu incubation? A vérifier. Ce qui est certain, c'est que l'aréole de la pustule est vive, rosée, diffuse, étendue, inflammatoire, comme s'il s'agissait d'une inoculation qui va bien prendre et marcher. Mercredi 23 j'en ferai aux 4 membres et je le surveillerai le lendemain.
L'inoculation qui a fourni le pus reste seule sèche et un peu safranée.
23 sept. 17/9 Est furonculeuse, peu suppurante. Son aréole est rouge, livide,
vive, étendue ; la douleur est assez forte. Je n'y prends pas de pus pour le lui inoculer, de crainte de lui faire mal.
— 23/9 Inoculation, par 1 piqûre, faite à l'empreinte deltoïdienne
droite (2° série, fig. 3) d'un pus pris chez M. Cullerieret que ce chirurgien attribue à un chancre devenu pourriture d'hôpital.
26 sept. 17/9 L'inoculation fémorale gauche s'est encore développée; il y a
même un léger bubon correspondant à la partie supéro-antérointerne de la cuisse.
— 23/9 Pustulette.
— 26/9 Inoculation, par 1 piqûre, du pus de 17/9, — au-dessus de 23/9
(fig. 3).
OBSERVATIONS DE SYPHILISATION.
26 sept.
28 sept. 17/9
28/9 abcd 23/9 et 26/9
La cuisse gauche a-t-elle régénéré le pus de la région deltoïdienne gauche? Comme l'aurait fait un autre individu? Qui sait si le bras droit eut été immune en môme temps que le gauche? Pour que l'état de syphilisation se régularise, ne faut-il pas qu'un certain temps se passe entre certaines inoculations, et qu'il y ait un temps d'oscillations.
Ecthyma furonculeux, animé mais peu suppurant; il fournit l'inoculation suivante.
Inoculation, par 4 piqûres, du pus de 17/9 (fig. 2).
Ont pris.
REOION FEMORALE GAUCHE.
REGION DELTOÏDIENNE DROITE.
lO
Figure 2.
Figure 3.
1 octob. 17/9 Rien de nouveau.
— 28/9 Pris.
— 1/10 abcd Inoculation, par 4 piqûres, du pus de 23/9 (fig. 3).
La pommade a fait beaucoup de bien aux plaques muqueuse interdigitales ; nouvelle application de cette pommade. 5 octob. Nouvelle application de la pommade.
— 1/10 Ont pris.
— 5/10 abcd Inoculation, par 4 piqûres, du pus de 26/9 (fig. 3), à l'empreinte
deltoïdienne droite.
— 5/10 a'b'c'd' Inoculation, par 4 piqûres, du pus de 28/9 a et b (fig. 2) à la
région fémorale antéro-interne gauche. 5/10 c' avec du sang plutôt que du pus.
8 octob. Amélioration et nouvelle application de la pommade.
Les cicatrices du bras gauche sont rouges de cuivre, sombres, déprimées, recouvertes quelques-unes de pellicules épidermiques, minces, sèches, adhérentes, caractéristiques, douloureuses à l'ablation. M. D. compare la douleur à une piqûre. Il est vrai que M. D. est très-sensible.
— 8/10 Inoculation, par 8 piqûres, de son pus, passim, à l'empreinte
deltoïdienne droite (fig. 3).
— 8/10 Inoculation, par 5 piqûres, de son pus à la région fémorale
{fig. 2).
342 OBSERVATIONS DE SYPHILTSATION.
12 octob. Toutes les inoculations fémorales prennent , — les 8 brachiales
du 8 octob. ont avorté.
— 2 sur 4 ont avorté de 5/10.
— 12/10 aie de Inoculation, par 5 piqûres, de son pus à la région fémorale
(fi g. 2).
— L'inoculation 17/9 de la cuisse gauche a fourni 26/9 dont les gé-
rations au bras se sont plus vite épuisées qu'à la cuisse. La cuisse gauebe est donc au bras droit une sorte d'individu ayant moins de syphilisme que ce bras droit. Supposons que sur un sujet on ait toujours inoculé à la cuisse, cette cuisse serait-elle, chez l'individu, sypbilisée avant le bras, de façon qu'il n'y aurait entre la cuisse et le bras que cette différence à savoir que la cuisse est plus difficile que le bras a syphiliser, parce qu'elle est plus grosse? Ainsi, en définitive, peut-être que la sypbilisation complète de la cuisse n'entraînerait pas fatalement celle du bras, à moins que le bras n'ait été attaqué directement. Cette indépendance qui existe jusqu'à un certain point de la syphilisation du bras d'avec celle de la cuisse et d'autres parties, ne conduirait-elle pas à admettre qu'une bonne syphilisation suppose qu'on fait marcher de front la syphilisation de plus de parties en même temps, ou qu'on commence tout d'abord par les parties les plus difficiles à syphiliser. En résumé :
a. Voulez-vous aller vite, ayant plusieurs pus à votre disposition, inoculez les plus forts.
b. Si vous n'avez qu'un individu, inoculez le plus de parties que vous pourrez, en empruntant toujours le pus à celle qui le fournit le plus fort, la cuisse par exemple.
Voulez-vous la faire la plus solide? inoculez le plus de parties possible, rapidement. Cela veut dire, contrairement à l'opinion de M. Sperino, que le plus de parties possibles sont attaquées en même temps, car ce qui se dit en fait du plus ou moins de syphilisme, d'un individu à un autre, ou d'une cuisse à un bras, doit également se dire d'une partie d'un bras avec une autre, etc., etc.
15 octob. Bras droit. Toutes les piqûres (qui ont pris) sont peu actives et
vont s'éteignant. 8/10 d'en haut (fig. 3) a formé une pustulette tardive, tandis que 1/10 a s'est un peu agrandi. Certains chancres peuvent donc subir une sorte d'arrêt pour reprendre ensuite un peu d'activité. Dans ces moments d'un peu d'activité, ne peuvent- ils pas devenir inoculables à des sujets auxquels ils ne l'étaient pas?
La cuisse gauche ne sécrète pas non plus abondamment ; 4 inoculations du 12 ont pris.
— Inoculation, par 10 piqûres, passim, de son pus.
20 octob. Inoculation, par 5 piqûres, passim, de son pus à la cuisse
gauche.
21 octob. Inoculation, par 15 piqûres, qu'il se fait à la cuisse gauche,
avec son pus de cette cuisse.
22 octob. Inoculation, par 25 piqûres. 5 cuisse droite ; 5 thoraciques an-
térieures et droites ; 5 thoraciques antérieures et gauches ; 10 abdominales antérieures, 5 de chaque côté, avec son pus de la cuisse gauche.
24 octob. Touché plaques muqueuses intra-digitales avec la pommade
Boutigny.
27 octob. Il s'est fait les jours précédents 38 piqûres sur le ventre, sur la
cuisse droite, etc. Il en est résulté des pustulettes ou des pustules abortives dont la teinte cuivrée est très-caractéristique. A la partie antérieure de la cuisse droite, plusieurs pustules ont conflué et se sont couvertes de croûtes noirâtres, fendillées, un peu luisantes, rupiales. Pas d'aréole autour.
28 octob. Inoculation, par 3 piqûres, cuisse droite.
30 octob. Il se fera jusqu'à lundi des inoculations avec du pus de certains
de ses chancres que je lui ai désignés, les autres ne prenant pas.
30 octob. Sa femme sort de chez M. Bazin où elle est restée six semaines,
depuis le 16 octobre jusqu'au 28 novembre. Elle a: 1° une iritis syphilitique ; 2° des papules qui renaissenl ; 3° des érosions et des granulations du col; 4° des flueurs blanches; 5<> des douleurs de membres; 6° de la surdité.
3 nov. Inoculation, par 5 piqûres, de son pus à la cuisse droite.
Ses chancres confluents sentent le rupia et le phagédénisme syphilitiques.
5 nov. M. D. se fatigue évidemment beaucoup. Il s'est donné une en-
torse do l'articulation métacarpo-phalangienne droite. La phalangette du médius de la même main a été, pour ainsi dire coupée en deux. Il a été pansé par M.Thierry ; je n'ai pas examiné la partie.
Il est douillet, et ses inoculations prennent à peine ; il s'en fera pourtant plusieurs et se montrera demain chez M. Bazin. L'odeur rupiale de ses chancres fémoraux droits n'a-t-elle rien de caractéristique? Ne faut-il pas, pour cela, assimiler M. D. à un tertiaire? N'est-ce pas une évolution qui garantit l'avenir? etc., etc.
11 nov. Le 6 M. D. a été montré à la clinique de M. Bazin; le 9 il a été
montré chez M. Hiffelsheim à plusieurs personnes, et notamment à M. Desterne, médecin homœopathe. Ses chancres marchent rapidement vers la cicatrisation.
13 nov. Je le montre à M. Bazin, à Saint-Louis. Les chancres sont pres-
que cicatrisés sur toute la ligne. M. Bazin est agréablement étonné.
16 nov. Je le montre à Sousa-Gomès, encore plus amélioré.
19 nov. 19/11 abc Inoculation, par 3 piqûres, à la partie antérieure de la cuisse
droite avec le pus d'un malade de M. Puche. 24 nov. 19/11 ab 2 de ces inoculations, a et b ont pris.
26 nov. 26/11 Inoculation (nouveau pus, [nouvelle série), par 1 piqûre au
bras droit, avec le pus d'un malade de M. Gosselin.
30 nov. Il a négligé de venir ; les inoculations ne sont presque pas dé-
veloppées.
1 déc. Je l'ai vu aujourd'hui en courant; il venait de chez M. Natalis
Guillot qui Fa questionné avec intérêt et étonnement.
— 1/12 Inoculation à la région abdominale droite avec du pus de 26/11
(malade de M. Gosselin). Inoculation faite un peu en courant. 3 déc. 3/12 Inoculaton à la cuisse gauche, avec le pus d'un malade de
M. Gosselin.
7 déc. 19/11 Les inoculations du 19 novembre ont encore marché. Une me
fournit encore du pus.
— 7/12 Inoculation un peu plus bas, et en dedans, avec le pus de
19/11 b, cuisse droite.
— 1/12 L'inoculation du 1er avec le pus du malade de M. Gosselin n'a
pas pris. Confirmation de plus que ce pus n'était pas inoculable; je le lui inoculerai demain avec toutes les précautions possibles.
Touché une seule plaque muqueuse interdigitale ; misère, défaut de travail, mauvaise nourriture, etc.
8 déc. Il prétend que sa femme souffre beaucoup des membres et de
l'œil.
— 8/12 Inoculation aux deux bras; à droite, avec le pus de 3/12; à
gauche, avec le pus de 26/11, tous deux provenant du malade de M. Gosselin.
10 déc. Sa femme a une iritis droite très-prononcée; une ulcération
(comme plaque muqueuse) au bas de la paroi externe des fosses nasales ; c'est quelque chose de pultacé. Des douleurs dans les membres, dans la tête ; on ne peut pas toucher ses cheveux sans qu'elle éprouve de la douleur. Des papules persistent ou reparaissent. Périostose de la fourchette sternale. Réflexions : 1° Cette susceptibilité des cheveux, auxquels on ne peut pas toucher sans causer de la douleur, est-t-elle véroliqueî 2° La maladie du nez est-elle vérolique ou irritative et
344 OBSERVATIONS DE SYPHILISATION.
10 déc> causée par l'écoulement (le l'œil dans le nez par les points et
conduits lacrymaux? 3°N'ya-t-il pas une périostose secondaire?
— 10/12 Inoculation, par 2 piqûres, à la cuisse gauche, avec le pus de
26/11 (du malade de M. Gosselin).
— 7/12 Fémoral droit ne paraît pas prendre.
12 déc. 10/12 Fémoral gauche a pris. Il y a 2 petites papules qui indiquent,
si elles se développent, qu'il n'y a pas eu d'incubation.
— 7/12 Fémoral droit paraît aussi se développer.
— 19/11 a S'éteint.
— 19/11 b Ne paraît pas s'étendre.
— 8/12 Des deux bras parait avortée.
— 10/12 Fémoral gauche a pris ; mais pourquoi n'y a-t-il pas d'incuba-
tion? Y aurait-il eu incubation si l'inoculation avait été faite quelques jours plus tôt? Non, puisque 8/12 des deux bras n'ont pas pris. Il faut pourtant suivre ces inoculations pour voir si elles ne prendront pas. C'est surtout sur les sujets vierges d'inoculations qu'il faut chercher à constater des choses semblables; nous verrons. J'ai constaté aussi l'absence d'incubation. 15 déc. Les inoculations sont négatives et les chancres s'éteignent.
— Inoculation à la partie antérieure de l'avant-bras avec le pus
de 26/11 (malade de M. Gosselin).
M. D. est dans la misère, et sans travail. Il fume beaucoup; il a quelques ulcérations aux lèvres que je cautérise. Il a aussi une plaque muqueuse à la gorge du côté gauche ; cela naît habituellement par un petit soulèvement de Tépiderme. Il a toujours une sorte de plaque muqueuse inter-digitale. J'y mets la pommade de Sellier-Boutigny.
17 déc. H y a une pustulette à Vinoculation faite le 15 à la partie anté-
rieure de l'avant-bras droit.
Une plaque muqueuse inter-digitale est très-douloureuse; je la cautérise au nitrate d'argent.
•25 janv. 1858. Il a vu M. Bazin, il y a deux jours; il est très-bien portant; il
a des transpirations nocturnes; je lui fais sentir l'importance de nouvelles et dernières inoculations. Ses cicatrices sont peu apparentes.
8 fév. M. D. est venu me voir aujourd'hui; il est plein de santé.
Je n'ai pas examiné ses inoculations ; il y a 8 jours que sa femme est sortie de chez M. Bazin, bien portante, sauf un écoulement vaginal.
9 fév. Je lui touche une légère plaque opaline siégeant à la lèvre supé-
rieure. M. D. fume beaucoup.
5, 6 sept. Il vient plein de vigueur et de santé, mais je ne l'examine pas.
2 mai 1859. M. D. vient me voir bien portant, avec un de ses amis.
10 octob. 1860. Je l'ai vu bien des fois et bien portant depuis sa syphilisation.
De temps en temps il a fallu pourtant cautériser quelques petites
ulcérations bucco-linguales dont M. Bazin a été témoin. Sa femme est enceinte et va accoucher. Enfanta surveiller, comme produit d'une mère mercurialisée et d'un père quasi-syphilisé. Ses cicatrices sont blanches, la plupart un peu convexes, très-peu sont déprimées et très-peu déprimées. Quoique la dépression soit peu considérable, les bords sont à pic. Il y en a de gaufrées à l'exemple des cicatrices vaccinales, mais les inégalités sont beaucoup moins prononcées.
MEMOIRE DE M. LE PROFESSEUR SIMPSON
Considérations sur la syphilisation.
MÉMOIRE DE M. LE PROFESSEUR SIMPSON, D'ÉDIMBOURG
Il n'est peut-être pas de maladie contro laquelle on ait employé autant de remèdes divers que la syphilis constitutionnelle. Depuis son apparition en Europe jusqu'à nos jours, de nombreuses tentatives ont été faites, mais toujours sans succès, pour découvrir une substance qui eût une action spécifique contre cetto terrible maladie. En vain on a exploré tous les sentiers de la médecine et mis à contrilmtion toutes les ressources de la pharmacie.
C'est de la chirurgie, sœur de la médecine, que nous avons reçu une opération simple, par laquelle on peut obtenir la guérison certaine du malade. Cette opération, qui consiste dans l'inoculation répétée de chancres sur le corps de la personne atteinte de syphilis constitutionnelle, a été nommée syphilisation par son inventeur, Auzias-Turenne.
L'assertion qu'il a émise, à savoir : que la maladie pouvait être chassée de l'organisme de cette manière, a été vérifiée, pendant les onze dernières années, par les expériences de M. Sperino (de Turin), et spécialement par celles de M. W. Bœck (de Christiania), dont les efforts nous ont appris la plupart des choses que nous savons sur ce remède merveilleux.
Avant de considérer le traitement dans ses détails, permettez-moi de vous présenter un abrégé de deux cas de syphilis très-graves, qui, après avoir résisté aux remèdes ordinaires, n'ont pas tardé à céder à la syphilisation instituée par M. Bœck.
Ire Observation. — M. X... a eu un chancre en 1853. Quelques mois plus tard, il lui est survenu des ulcères aux amygdales, lesquels se sont cicatrisés à la suite d'applications répétées de nitrate d'argent ; on lui a encore administré l'iodure de potassium et la décoction de salsepareille. Aucun autre symptôme ne s'était manifesté jusqu'au mois de mars de l'année 1858, quand un ulcère se forma à la face interne du genou droit, lequel s'est cicatrisé à la suite d'un traitement local.
Au mois de décembre de l'année 1859, les amygdales et le voile du palais s'ulcérèrent profondément. Aucun des remèdes locaux qui furent employés n'a semblé avoir pour effet d'arrêter les progrès de l'ulcération; le traitement par l'iodure de potassium et la décoction de salsepareille n'a pas été plus efficace.
Au mois d'août, le malade, qui était venu à Édimbourg pour demander des conseils, fut examiné par plusieurs des médecins et des chirurgiens les plus distingués de cette capitale. Les amygdales et le voile du palais étaient presque complètement détruits par l'ulcération. Le malade avait un aspect presque cadavéreux, et était si faible qu'il éprouvait de grandes difficultés à marcher; sa condition se trouvait d'autant plus alarmante que plusieurs membres de sa famille étaient morts de phthisie pulmonaire. On lui donna le conseil, comme dernier refuge, d'aller à Christiania, et de se faire traiter par la syphilisation.
Il suivit ce conseil et, arrivé à Christiania le 1er septembre 1861, il s'adressa à M. Bœck, qui commença son traitement tout de suite, en lui inoculant sur les côtés du thorax la matière d'un chancre infectant. Les inoculations furent répétées, tous les trois jours, avec la matière des dernières pustules.
Au bout de quinze jours, l'appétit, qui avait été presque complètement perdu, était devenu dévorant, et le malade marchait sans éprouver trop de fatigue.
Trois semaines plus tard, les inoculations restaient sans résultats ; les générations successives de pustules étant devenues de plus en plus petites, les dernières finissaient par avorter.
Il fut alors inoculé aux bras, où se formèrent d'assez belles pustules; mais, après une vingtaine de jours, les inoculations avortèrent à leur tour.
Le malade partit, le l" décembre 1861, complètement guéri. Le poids de son corps avait augmenté de 3 livres anglaises, et il se disait « presque aussi bien portant qu'il l'avait jamais été de sa vie. »
IIe Observation. — M. Y..; reçut le conseil, pendant l'année 1861, d'aller à Christiania se soumettre au traitement de M. Bœck, à cause d'une atteinte très-grave de syphilis tertiaire; il y avait six ans qu'il avait contracté un chancre.
(1) Sous ce titre : considérations sur la syphilisation comme moyen de guérir la syphilis constitutionnelle, présentées à la Société royale de médecine d'Édimbourg, dans sa séance du 26 février 1864, par le Professeur Simpson, Président de cette Société. Traduit de YEdimburgh médical Journal, décembre 1864, et publié dans \&France médicale des 10 et 13 mai 1865, nos 37 et 38.
MÉMOIRE DE M. LE PROFESSEUR SIMPSON
Pendant l'été de 1801, étant venu à Edimbourg pour demander conseil, il portait un large ulcère syphilitique sur le devant de chaque tibia, et un troisième sur le devant de la clavicule gauche. La cloison du nez était perforée; quelques morceaux d'os s'étaient détachés de l'intérieur de cet organe, et il y avait une tumeur de l'os frontal simulant une variété de corona veneris (1). Les ulcères étaient très-rebelles et continuaient à s'élargir, malgré les remèdes employés.
Le malade avait subi un traitement merçuriel complet & deux ou trois reprises; il avait été soigné par les princes de la science à Edimbourg, à Londres et sur le continent, sans avoir éprouvé la moindre amélioration dans son état. Désespérant de retrouver la santé il résolut d'aller a Christiania. Il était dans un tel état de faiblesse qu'on dut le porter à bord du bateau à vapeur qui le conduisit d'Edimbourg en Norwége, où il débarqua de la même manière.
Il fut mis au traitement de la syphilisation, qui lui rendit ses forces et la santé si rapidement, que, deux mois après qu'on l'eut porté à terre en Norwége, il allait à la chasse. Au bout de trois mois, il revint chez lui, complètement guéri.
Dans ce dernier cas, la guérison est d'autant plus remarquable que le malade avait une hypertrophie énorme du foie, contractée pendant un séjour en Chine, où il remplissait les fonctions d'officier de l'armée.
J'ai eu l'occasion de voir ces deux malades, immédiatement après leur retour de Christiania : tous les deux s'exprimaient en termes pleins de confiance dans leur traitement. Jusqu'aujourd'hui, aucun d'eux n'a eu la moindre trace de récidive.
La syphilisation peut être pratiquée de deux manières, c'est-à-dire avec la matière du chancre mou ou avec celle du chancre induré. Supposons qu'un malade vienne nous consulter pour un cas de syphilis constitutionnelle, et que nous nous proposions de le traiter par l'inoculation de la matière du chancre mou. S'il naît des pustules à la suite de cette inoculation, nous inoculerons le troisième jour la matière de ces pustules, en continuant de la même manière jusqu'à ce que la réinôculation ne produise aucun effet. Alors nous recommencerons avec la matière d'un nouveau chancre mou, en continuant ainsi jusqu'à ce que les matières de chancres mous dont nous pouvons disposer ne produisent plus de pustules.
Quand nous inoculons expérimentalement au porteur la matière d'un chancre non artificiel qui suppure beaucoup, l'inoculation réussit presque toujours; il arrive ensuite quelquefois que ce même chancre commence à s'indurer à la base. A mesure que l'induration augmente, la suppuration diminue, la sécrétion est plus séreuse, et il devient dès lors presque impossible de produire d'autres chancres par l'inoculation. A la fin, toute inoculation échoue.
Quand, à cette époque, nous couvrons le chancre de charpie, nous trouvons que, au bout de vingt-quatre heures, la sécrétion rétablie a produit une matière purulente considérable et épaisse. L'inoculation de cette matière donnera généralement des résultats positifs, même quand l'induration est très-forte. Cela prouve que l'intensité du virus syphilitique peut s'affaiblir, car la matière qui au commencement donnait des résultats positifs donne plus tard des résultats moins accentués quand l'induration se montre, et finit par ne plus donner aucun résultat.
Mais si dans certains cas la force du virus syphilitique s'affaiblit, il y a aussi des circonstances où l'intensité du virus augmente.
L'inoculation de la matière des pustules qui sont en voie de réparation ne produit que de petites pustules, qui disparaissent au bout d'un temps assez court; mais, en continuant d'inoculer de génération en génération, on aura la satisfaction de produire des pustules plus grandes. Citons un exemple :
Un homme se présente à l'hôpital de Christiania, avec des symptômes de syphilis constitutionnelle commençante, et avec un chancre induré non encore complètement cicatrisé; il est inoculé de la matière de son propre chancre. Il en résulte des pustules trèspetites et presque insignifiantes. Mais, en continuant d'inoculer tous les trois jours avec la matière des dernières pustules, on obtint enfin des ulcères à la sixième génération, et, à dater de ce moment, l'inoculabilité de la matière se trouva parfaite.
Les résultats des cinq premiers cas de syphilis traités par M. Bœck, au moyen de la syphilisation, prouvent encore plus manifestement l'augmentation de l'intensité du virus.
Deux individus syphilitiques furent inoculés de la matière d'un chancre mou : la durée du traitement fut, dans les deux cas, de plus de six mois avant que l'on obtint l'immunité
(1) Ici, le texte anglais n'est pas très-clair.
MÉMOIRE DE M. LE PROFESSEUR SIMPSON
complète. L'un des malades a eu 222 chancres et l'autre 290. Dans le quatrième mois du traitement, on prit la matière d'un d'entre eux, et on l'inocula à deux autres malades atteints de syphilis constitutionnelle. Ces deux derniers étaient déjà devenus immunes au bout de trois mois. L'un avaiteu seulement 133 chancres et l'autre 152; un autre malade fut inoculé avec la matière provenant des premiers malades au cinquième mois du traitement. On obtint l'immunité au bout de deux mois après seulement 71 chancres.
Ainsi nous constatons la filiation par nuances insensibles des deux variétés de chancres, la disparité des formes étant causée par la variation de l'intensité du virus, et peut-être aussi par qiielques différences dans la constitution des individus.
On n'a pas encore produit une théorie satisfaisante qui puisse expliquer la disparition extraordinaire des symptômes constitutionnels pendant la syphilisation. M. Danielssen (de Bergen) a émis l'idée que cette médication n'avait qu'un effet dépuratif; il s'appuie sur cette observation que, dans la période tertiaire, la nature produit souvent la guérison par de larges ulcères qui surviennent. M. Danielssen est partisan de la doctride dualiste, et, comme il emploie seulement la matière de chancres mous pour la syphilisation, il croit produire la guérison par des ulcères superficiels, provoqués par un virus simplement irritant. S'il n'a réellement pas d'autre motif pour recourir à la syphilisation, il peut aussi bien recourir à l'emploi de tout autre remède irritant.
Cette opinion étant devenue assez générale, on institua à Christiania une série d'expériences pour examiner si l'on pouvait obtenir des résultats aussi favorables par l'emploi extérieur de substances irritantes que par la syphilisation, et l'on se servit d'onguent de tartre stibié pour produire des pustules. Voici les conclusions du Rapport de la Commission instituée pour approfondir la question de la tartarisation : « Les membres de la Commission déclarent, à, l'unanimité, qu'ils ne connaissent pas de traitement aussi efficace que la syphilisation contre ,les cas de syphilis secondaire, chez les sujets qui n'ont pas subi auparavant de traitement mercuriel. »
Il faut que les ulcères produits soient syphilitiques, exclusivement syphilitiques. C'est dans cette circonstance qu'est très-probablement caché le motif du succès obtenu ; c'est de la même manière, c'est-à-dire en produisant des ulcérations tertiaires, que la nature ellemême chasse la maladie. C'est encore de cette manière que la nature détruit le virus du chancre mou; l'inflammation excessive produit un bubon de l'un ou de l'autre côté, et il est probable que ces surfaces suppurantes concourent à l'élimination du virus.
Quand on établit le parallèle des différentes méthodes qui sont généralement employées contre la syphilis, c'est évidemment la syphilisation qui remporte le prix.
Voici les résultats du traitement de la syphilis à l'hôpital de Christiania, d'après les tableaux statistiques dressés depuis l'année 1825, suivant qu'on a employé : 1° le mercure, 2° l'iodure de potassium, 3° la syphilisation, 4° enfin la tartarisation.
1° Résultats du traitement mercuriel (depuis 1825 jusqu'à 1856 : 3,200 malades ont été traités par les différentes préparations de mercure. Le traitement a duré en bloc 401,969 jours, ce qui fait un temps moyen de 125 jours. De ces 3,200 cas, 1,036 ont été suivis de récidive, ce qui fait 32 pour 100. 108 sont morts, dont 29 pendant le traitement des récidives.
2° Résultats du traitement par l'iodure de potassium, alors qu'il était généralement adopté dans l'hôpital (de 1838 à 1856) : 186 malades ont été traités par l'iodure de potassium. Le traitement a duré 20,085 jours, soit en moyenne 108 jours.
40 de ces 186 sujets ont eu des récidives, soit 21 pour 100. Deux malades sont morts pendant le traitement.
On peut agir de la même manière si l'on se borne à employer la matière du chancre induré; car la pratique de la syphilisation a démontré (contrairement à l'opinion généralement répandue de ceux qui pensent que la matière du chancre induré ne produit pas de pustules), que la matière du chancre induré est presque aussi, pour ne pas dire autant, d'une manière absolue, inoculable que celle du chancre mou. Seulement la matière du chancre mou peut être transmise pendant un nombre plus grand (presque double) de générations que la matière du chancre induré; c'est-à-dire que si la matière du chancre induré a perdu sa force après vingt-cinq réinoculations ou générations, on doit en faire cinquante avant d'obtenir ce résultat avec la matière du chancre mou. Nous voyons ainsi que si nous nous bornons à employer la matière d'ulcères indurés, le traitement sera complet dans un temps beaucoup plus court, et après la production d'un plus petit nombre de chancres que si l'on avait employé la matière de chancres mous. En outre, de cette manière, les chance3 de récidive sont réduites à presque rien, car dans les trois dernières
MÉMOIRE DE M. LE PROFESSEUR SIMPSON
années pendant lesquelles M. Bœck s'est borné à l'inoculation de la matière de chancres indurés, il n'a pas mentionné une seule récidive, tandis que dans les sept ou huit années précédentes, pendant que les inoculations étaient faites avec la matière de chancres mous, le nombre des récidives remontait a 9 1/2 pour 100.
La longueur du traitement constitue l'objection le plus souvent avancée contre la pratique de la syphilisation; mais nous avons vu qu'en substituant la matière du chancre induré à celle du chancre mou, non-seulement la guérison est plus parfaite et les chances de récidive sont diminuées, mais encore le temps nécessaire au traitement se trouve trèsconsidérablement abrégé.
La plupart des écrivains modernes sur la syphilis soutiennent que le virus qui produit le chancre induré est essentiellement différent de celui qui produit le chancre mou; mais M. Bœck a démontré que les deux formes de chancres résultent du même virus. Selon lui, la production des deux espèces tient uniquement à la différence d'intensité du virus. Si le virus est très-intense, il en résulte un chancre mou, l'intensité du virus produisant un état inflammatoire assez fort pour empêcher l'absorption. Le chancre induré, au contraire, est le produit d'un virus plus faible, l'inflammation n'étant pas assez forte pour opposer une barrière à l'absorption. Le virus le plus intense occasionne un chancre mou type; le virus le moins intense, un chancre, induré type. Le virus dont l'intensité est médiocre donne lieu aux formes intermédiaires : c'est pour cela que le pronostic doit toujours être porté avec beaucoup de réserve.
Le résultat suivant, plusieurs fois observé pendant la syphilisation, est pour moi concluant à l'égard de l'unité du virus.
3° RÉSULTATS DU TRAITEMENT PAR LA SYPHILISATION (de 1852 à 1862) :
252 malades qui n'avaient subi aucun traitement mercuriel ont été soumis par M. Bœck à la syphilisation jusqu'en 1862.
Le traitement a duré 33,828 jours, en moyenne 134 jours. Dans deux cas les sujets étaient atteints de syphilis maligne, l'iodure de potassium a été employé concurremment avec la syphilisation.
23 malades ont eu des récidives; dont 20 entrèrent à l'hôpital, et 3 furent traités en ville par l'iodure de potassium.
Des 20 sujets qui sont entrés de nouveau à l'hôpital, 9 ont été traités par la syphilisation. L'un d'eux ayant éprouvé une seconde récidive, a été encore soumis à un traitement très-court par la syphilisation. Un des sujets a été traité par l'iodure de potassium et les 10 autres par des remèdes extérieurs; mais chez tous, sans exception, le traitement n'a pas été de longue durée.
D'après cela, le nombre des récidives, à la suite de la syphilisation, a été de 9 1/2 p. 100.
18 enfants atteints de syphilis congénitale, un enfant ayant une syphilis acquise et une femme âgée de 50 ans, sont morts. L'enfant atteint de syphilis acquise est mort du croup et la femme de dyssenterie.
54 individus ayant subi une médication mercurielle ont été traités par la syphilisation pour leurs récidives.
Le traitement a duré 10,335 jours, ce qui donne un temps moyen de 191 jours. 10 de ces malades ont pris l'iodure de potassium dans le traitement.
10 malades ont eu des récidives, soit 18 1/2 pour 100. De ces 10 malades, 7 ont été syphilisés de nouveau ; 3 ont été traités par l'iodure de potassium.
6 individus ayant été soumis à un traitement mercuriel sans avoir éprouvé d'amélioration, ont été guéris par la syphilisation.
Le traitement a duré 2,240 jours; le temps moyen pour chaque malade a été de374jours. 2 de ces malades ont eu des récidives, soit 33 1/3 pour 100.
4° RÉSULTATS OBTENUS PAR DES ULCÈRES PRODUITS PAR L'EMPLOI DE L'ONGUENT DE
tartre ÉMÉTIQUE (tartarisation) :
157 malades ont été traités de cette manière.
Le traitement a duré 27,994 jours, en moyenne 178 jours.
31 de ces malades ont eu des récidives ; soit 20 pour 100.
Quand on compare le nombre des récidives, on voit qu'il y en a eu 32 pour 100 après le traitement mercuriel, 21 pour 100 après l'emploi de l'iodure de potassium, 20 pour 100 après la tartarisation, et seulement 9 1/2 pour 100 après la syphilisation. Mais, comme je l'ai déjà dit, depuis qu'il se borne à inoculer la matière du chancre induré, M. Bœck n'a pas mentionné encore un seul cas de récidive.
Les méthodes qui ont le plus de droit à notre attention sont la syphilisation et la tartarisation. Après la tartarisation, 20 pour 100 ont eu des récidives; après la syphilisation,
seulement 9 1/2 pour 100, et pas un seul à la suite des expériences de M. Bœck. Le nombre très-diminué des récidives, et la possibilité d'arriver à un certain degré d'immunité, où l'on peut dire le malade guéri (ce qui n'a pas lieu pour la tartarisation, qui produit' des ulcères a l'infini), prouvent la supériorité de la syphilisation, comparée a toute autre méthode de traitement jusqu'ici proposée.
La méthode produite fut à bon droit frappée de discrédit, quand son inventeur Auzias- Turenne la proposa comme un moyen prophylactique analogue à la vaccination (1). Cela répugnait naturellement à tout praticien. En outre, la syphilisation n'agit pas comme prophylactique, un ou deux individus ayant, après avoir été guéris par la syphilisation, contracté de nouveaux chancres, lesquels ont été suivis de syphilis constitutionnelle.
Son emploi contre les ulcères primitifs n'est pas non plus justifiable, puisque nous ne pouvons jamais prédire avec exactitude qu'un chancre sera suivi de symptômes constitutionnels. Mais comme remède de la syphilis constitutionnelle, la syphilisation occupe la première place. Cette méthode nous semble être de guérir tout cas de syphilis constitutionnelle.
En vérité, au lieu d'être rejeté, comme il l'a été dans ce pays, le remède a droit à une vérification impartiale et désintéressée.
Lettre de M. Auzias-Turenne
A. M. le rédacteur EN chef de la France médicale.
Paris, le 24 mai 1865.
Monsieur le Rédacteur,
Par suite d'un malentendu qui n'a pu échapper à aucun de vos lecteurs, mon nom s'est trouvé mis au bas de l'important Mémoire du professeur Simpson, dont vous venez de publier la traduction. Je suis loin de m'en plaindre, puisque cela me donne l'occasion de causer un instant avec vous pour dégager ma responsabilité.
Est-il vrai d'abord que ma découverte ait fait naufrage à sa sortie du port, il y a quinze ans, parce que je n'ai pas jeté à la mer la syphilisation préventive? Ceux qui le disent n'ont pas consulté l'histoire à sa véritable source ; ils prennent pour cause le prétexte, ou plutôt l'un des mille prétextes que l'on a trouvés de me faire subir le sort réservé à la plupart des inventeurs. Que d'idées absurdes ne m'a-t-on prêtées, pour me dédommager sans doute de celles qu'on me dérobait 1 La syphilisation préventive elle-même a bien plus été invoquée contre l'inventeur que contre l'invention.
Autre sujet: la rechute. Un syphilisé peut-il j contracter de nouveaux chancres qui seront suivis plus tard de syphilis constitutionnelle? Non. Le syphilisé, tel du moins que je le comprends, est précisément celui qui, étant guéri, ne peut plus fournir aucune sécrétion syphilitique. J'ai, d'ailleurs, des renseignements sur le prétendu exemple opposé auquel fait allusion M. Simpson. Il s'agit d'un individu très-incomplètement syphilisé par M. Danielssen.
On ne devrait donc pas hésiter à essayer, à l'occasion, de nouvelles inoculations sur les syphilisés ; elles ne pourraient d'ailleurs leur être que favorables. Je me suis assuré qu'ils sont dans les mêmes conditions, relativement à la syphilis constitutionnelle, que les vaccinés et les variolisés relativement à la variole.
Je me défie de la guérison quand les individus ne sont ni devenus ni restés plus ou moins longtemps réfractaires au virus. Des récidives fréquentes, quoique peu graves, ont vite détrompé ceux qui s'étaient bornés à pratiquer ces syphilisations incomplètes. Il est bien entendu que ce n'est pas sur eux-mêmes qu'ils en ont rejeté là faute. Nous avons eu à ce propos de véritables querelles d'Allemands, car c'est de Vienne et de Munich qu'elles nous sont arrivées.
Un mot sur la prétendue méthode de dérivation. Elle est presque aussi ancienne que la syphilis en Europe. On l'a reproduite dans ces derniers temps : on avait si souvent répété que des chancres syphilitiques ne pouvaient pas guérir la vérole, qu'il a bien fallu imaginer, en face de faits incontestables, que si les chancres guérissaient la vérole, c'était quoiqu'ils fussent et non 'garce qu'ils étaient syphilitiques.
(1) M. Simpson s'est loyalement fait l'écho d'un on dit aussi imaginaire que perfide, et qui en tout cas ne méritait pas d'avoir tant de retentissement ni de conséquences. C'est une petite cause a laquelle on a rattaché par une tactique qui paraît adroite de grands effets.
Il n'y avait ensuite qu'un pas à franchir pour prétendre qu'ils n'étaient pas syphilitiques. C'est ce qu'on fit en changeant la signification de faits et d'arguments que nous avions produits. Il en est effectivement des idées comme des habits; on les retourne, puis on s'en affuble.
Il est fâcheux pour la méthode de dérivation, et pour le système du dualisme, que l'inoculation du pseudo-chancre (chancre dur) produise plutôt et plus sûrement la guérison que l'inoculation du chancre, quoiqu'elle détermine une suppuration beaucoup moins abondante.
Il faut donc qu'on imagine d'autres explications.
La syphilisation est-elle ainsi destinée à féconder incessamment l'esprit de ceux qui paraissent les plus incrédules à son efficacité et qui repoussent ses avances!
Que penser enfin de la syphilisation employée contre le chancre simple? Doit-elle être permise? La réponse n'est pas douteuse pour ceux qui admettent que le chancre simple peut infecter et que la syphilisation guérit. Ce n'est plus qu'une question de logique et une affaire de pratique dont la solution est subordonnée à l'esprit et aux convenances de chacun.
Agréez, etc. (France médicale du 24 mai 1865.)
DISCUSSIONS A l'académie de médecine et a la société médicale du panthéon.
SUJET DE MEDECINE LEGALE
La question de la contagiosité des accidents secondaires de la syphilis, plusieurs fois indiquée dans mes écrits antérieurs (1), fut discutée une première fois à l'Académie de médecine, immédiatement après celle de la syphilisation, et à propos du fait même qui avait été le signal de cette première discussion (2).
L'Académie, comme pour faire le pendant du vote qui venait de frapper la syphilisation, décida, dans sa séance du 12 octobre 1852, qu'une Commission serait nommée pour étudier, et résoudre, s'il se peut, la question de la transmission des accidents secondaires, — mais aucune Commission ne fut alors nommée (3).
En septembre 1855, à propos d'un Rapport de M. Cullerier sur un Mémoire de M. Hammer, je publiais dans la Revue médicale française et étrangère l'article suivant :
Y a-t-il deux virus chancreux?
Si quelque chose doit diminuer la satisfaction que nous avons de nousmêmes , c'est, sans contredit, l'aveu tacite que nous faisons quelquefois de nous être trompés. Mais nous grandissons dans l'estime de nos semblables quand cet aveu s'échappant de notre for intérieur, nous avons le courage et la loyauté de confesser publiquement nos erreurs. C'est pourquoi nous félicitons M. Cullerier d'avoir eu la probité scientifique de déclarer dans la Société de chirurgie, à propos des chancres non indurés, qu'il avait jadis cru incapables d'infecter l'organisme : « J'ai été dupe, au détriment de mon pronostic, d'une croyance que j'avais pu partager. » Espérons que la bonne foi de M. Cullerier aura des imitateurs parmi ses collègues. Il y a tant d'éloquence dans ces simples mots : Je me suis trompé, et tant d'occasions de les redire, que tout le monde ne voudra pas sans doute en laisser le monopole à l'honorable M. Cullerier.
Ces réflexions nous sont inspirées par un Rapport du chirurgien de Lourcine, sur un Mémoire de M. Hammer. Mais nous ne dirons que peu de choses de ce Mémoire, parce qu'il n'est, comme on va le voir, que le prétexte ou le prélude d'une discussion plus sérieuse.
M. Hammer paraît entièrement converti aux idées qui ont envahi tout un côté de l'hôpital du Midi. Il croit fermement que le chancre induré peut seul donner la syphilis constitutionnelle. Aussi est-ce sur le chancre et sa mem-= brane pyogénique que M. Hammer a concentré ses recherches et ses efforts pour conjurer le danger de l'induration.
D'après M. Hammer, point n'est à craindre que celle-ci ne se montre, tant
(1) De la syphilisation ou vaccination syphilitique, p. 44. — Lois de syphilisation, p. 75. — Cours de syphilisation, p. 118 et 152.
(2) La syphilisation devant l'académie de médecine, p. 169.
(3) Bulletinde l'Académie de médecine des 7, 14, 21, 28 septembre, 5 et 12 octobre 1852,