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LETTRE A M. LE MINISTRE DE L'AGRICULTURE

virus so conduisant, ajoute-t-il, comme un ferment au milieu de l'organisme, les huiles essentielles peuvent prévenir la vérole, de même qu'elles arrêtent la fermentation.

M. Auzias-Turenne, sans prétendre qu'on doive les assimiler aux substances ordinaires, est bien loin de considérer les virus, et spécialement le virus chancreux comme une force, comme un agent impondérable, ni même comme un ferment. On peut au contraire, en quelque sorte, me'surer le virus chancreux. Tantôt fort et tantôt faible à divers degrés, ce virus est susceptible de s'affaiblir jusqu'au point de devenir inactif quand il est dilué dans une suffisante quantité de liquide inerte. Il n'est donc pas besoin de préparations pharmaceutiques; l'eau en abondance suffit pour anéantir le virus. M. Auzias reconnaît pourtant, sans pouvoir l'expliquer, qu'il a vu des pus chancreux devenir plus actifs, se renforcer en quelque sorte par leur mélange avec un peu de salive encore tiède. Pourrait-il se passer quelque chose d'analogue dans le mélange du produit virulent avec des sécrétions alcalines des organes génitaux? Il l'ignore. En définitive, quelles que soient les comparaisons qui ont été faites et dont notre esprit a besoin, comme d'un point d'appui, le virus dans ses manifestations diverses ne ressemble pas à une force, à un agent impondérable, à un ferment, à un corps chimique, ni même absolument à un être organisé quelconque ou à un produit d'organisation. Il ressemble à un virus. Néanmoins la comparaison du virus avec la graine qui germe ou avec l'essaim qui pullule est peut-être une des moins inexactes.

Quant au liquide de M. Langlebert, dont l'huile essentielle de citron fait la base, M. Auzias-Turenne a constaté que son usage extérieur en médiocre quantité a tué rapidement de jeunes chats. Mais il s'est très-heureusement servi de ce liquide léthifère et suave olens, pour exterminer promptement les animalcules pubiens. (Pediculi pubis de Linnée.)

Je rappelai la question de la contagion des accidents secondaires de la syphilis dans la lettre suivante que j'adressai à la date du 12 octobre 4858 à M. le Ministre de l'Agriculture, du Commerce et des Travaux publics :

Monsieur le Ministre,

J'ai recours à votre puissante entremise pour demander à l'Académie impériale de médecine la solution d'une question très-importante au triple point de vue de la science, de la pratique médicale et de la médecine légale.

Ayant pleine confiance dans le zèle et les lumières de l'Académie, j'aurais pu m'adresser directement à elle, bien persuadé qu'elle aurait en même temps satisfait à mon vœu et rempli avec empressement sa mission en répondant à ma demande. Mais je connais aussi la juste déférence de l'Académie envers l'Administration éclairée à laquelle elle ressortit, et je suis sûr que ma demande patronnée par cette Administration sera l'objet, de la part de l'Académie, d'un examen plus approfondi et d'une réponse plus expéditive encore que si j'avais écrit directement moi-même à cette illustre Compagnie.

Je terminerai ma lettre, Monsieur le Ministre, par l'énoncé des termes dans lesquels je pense que doit être posée la question dont je parle, et dont beaucoup de praticiens attendent avec impatience la solution. Mais je vous demande la permission d'entrer dans quelques détails préalables.

Il s'agit de la contagion possible des accidents secondaires, autrement dits constitutionnels, de la syphilis.

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