DE LA SU'HILISATION
toujours très-reconnaissant aux confrères qui, par des expériences bien faites, par plusieurs faits exactement observés, pourront prouver le contraire de ce que j'annonce à propos de la syphilisation et je m'empresserai de publier les insuccès qui pourraient infirmer mes allégations.
Depuis que vous avez publié dans votre examen l'ensemble de mes expériences, j'ai beaucoup appris sur le fait de l'inoculation successive de la syphilis, et si vous me le permettez, je vous dirai un mot sur quelques modifications très-importantes à faire là-dessus.
Les premières inoculations faites par moi dans l'espoir d'étudier ce que M. Auzias avait obtenu sur les singes, ont été pratiquées à des intervalles plus ou moins longs, et je ne faisais chaque fois que trois ou quatre piqûres. Peu à peu j'ai rapproché ces intervalles, et maintenant j'inocule chaque deux, trois jours, et je fais de suite plusieurs inoculations. En voici la raison. Les premiers chancres artificiels sont toujours en général plus grands, plus enflammés, plus douloureux et plus profonds que les suivants; mais si au lieu de faire deux ou trois piqûres seulement à la fois, on en fait douze, quinze, vingt, et si après deux ou trois jours on en renouvelle un bon nombre sur le même sujet, on obtient les avantages suivants: les chancres artificiels, même les premiers, ne sont plus si grands, si enflammés et si douloureux que lorsqu'on les laisse durer plusieurs jours tout seuls ; leur période de progrès et de réparation est beaucoup plus courte; leur cicatrisation plus prompte; les traces qu'ils laissent sont à peine perceptibles, et les accidents primitifs ou secondaires que porte l'individu soumis aux expériences disparaissent plus rapidement. Ainsi, depuis près de deux mois, ayant introduit cette modification dans mes expériences, j'obtiens des résultats beaucoup plus prompts et plus satisfaisants que dans les premiers six mois.
J'avais dit que lorsque l'épuisement de la réceptivité syphilitique est arrivé, j'avais essayé, pour épreuve supplémentaire, de produire des chancres chez les malades syphilisées en leur apposant à plusieurs reprises du pus chancreux sur le vagin, l'anus et la vulve, et que je n'avais pu y parvenir. A cet égard, vous avez fait observer, avec raison, que la simple apposition du pus virulent est une condition bien différente de celle que réunit l'acte sexuel, et vous m'avez reproché de n'avoir pas fait la contre-épreuve chez les femmes non syphilisées. Monsieur, je n'avais pas certainement attaché une grande imporlance à cette épreuve supplémentaire. Cependant j'avais
vu un très-grand nombre de fois que, chez tes femmes, qui à leur entrée à l'hôpital, portaient un chancre sur la face interne d'une nymphe, peu de jours après se développait souvent un nouveau chancre sur la muqueuse de la petite lèvre du coté opposé, précisément dans l'endroit qui correspond au premier, et j'ai cru que l'apposilion du virus sur une muqueuse pouvait produire le même effet. Biais mon induction fut peut-être erronée, car dès que j'ai lu votre examen, j'ai porté du pus virulent sur la vulve chez deux femmes qui n'avaient pas de chancres aux parties génitales, et ni l'une ni l'autre n'a contracté des chancres volvaires.
Biais dès que la Commission de l'Académie fréquenta mon hôpital, j'ai fait une autre épreuve supplémentaire qui vous paraîtra, j'espère, bien plus concluante. Chez quelques femmes syphilisées, avant de leur donner la permission de sortir de l'hôpital, j'ai fait la récision d'une petite partie de la muqueuse vulvaire, on d'une caroncule. Avec un peu de charpie, j'ai empêché la réunion de la petite plaie par première intension. Le lendemain, la plaie étant ouverte et n'étant plus saignante, j'y ai appliqué dessus une bonne dose du pus chancreux. J'ai renouvelé pendant trois, quatre jours de suite la même apposition, et toujours j'ai pris la précaution de faire rester la femme pendant une demi-heure au moins dans le cabinet de pansement. Je l'ai fait ensuite surveiller pour quelque temps, afin d'être bien sûr qu'elle ne cherchât pas à ôler le pus par des lotions. Eh bien! jamais la plaie n'est devenue un chancre; elle se cicatrisa en quatre ou cinq jours, et l'apposition du pus chancreux ne fit pas sur elle plus d'effet qu'une goutte d'eau fraîche.
Voilà quelques uns des changements faits dans mes expériences pour ce qui a rapport à la syphilisation comme moyen prophylactique de la vérole.
Maintenant je dois vous dire encore que avant de laisser sortir de l'hôpital les femmes syphilisées, désirant voir résolue, au moins en partie, la grande question de l'efficacité de la syphilisation comme moyen curatif de la vérole primitive et secondaire, je les soumets à l'épreuve suivante.
J'avais vu plusieurs fois que les individus atteints de vérole qui allaient faire un traitement sulfureux aux bains d'Acqui, peu de jours après leur entrée dans l'établissement, voyaient s'aggraver la syphilis, naître souvent des accidents secondaires, et étaient obligés de recourir aussitôt à un traitement antisyphilitique. J'avais observé, dans mon hôpital, que les femmes chez lesquelles la vérole se trou-
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vait complu) née avec la gale, étaient souvent atteintes de syphilis constitutionnelle après avoir pris quelques bains sulfureux. Par conséquent, j'ai dit : si les bains sulfureux font plus vile développer les accidents secondaires chez l'individu qui porte un chancre depuis deux ou trois mois, ne devront-ils pas produire le même effet et plus promptement chez celui qui, étant infecté de vérole à son entrée à l'hôpital, a eu pendant quelque temps plusieurs chancres artificiels, et chez lequel tous ces symptômes ont disparu sans mercure et sans iodure de potassium? Won raisonnement sera-t-il juste? Je l'espère. Voici l'épreuve dont j'ai parlé plus haut. J'ai fait prendre un certain nombre de bains sulfureux aux femmes syphilisées avant leur sortie de l'hôpital, et je dois vous dire que leur santé n'a pas été altérée par le traitement sulfureux.