‹ La syphilisation étudiée comme méthode curative et comme moyen prophylactique des maladies vénériennesChapitre 19 sur 90 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Le 25 mai 1851 , je disais : « Maintenant, les femme* « syphilisées qui ont perdu actuellement la faculté de con- « tracter une nouvelle infection , conserveront-elles toujours « cet immense privilège , ou bien cette immunité ne du- « rera-t-elle qu'un temps donné? La guérison de la syphilis « primitive et secondaire sera-t-elle permanente et radicale ? o Le temps et les faits, scrupuleusement observés, poui- « ront seuls résoudre ces graves questions ».

Dix-neuf mois se sont écoulés depuis que j'écrivais ces lignes; il me parait maintenant que le temps et les observations pourront bientôt résoudre, si non complètement, au moins en partie, les principales questions de la syphilisatiori.

Les faits que je vais mettre sous les yeux du lecteur, ont été recueillis avec une attention assidue et journalière. Le désir d'être concis et d'éviter des répétitions fastidieuses dans l'histoire de chacun d'eux, m'a fait laisser de côté tous les détails inutiles: par exemple, les complications d'embarras gastrique, de légers troubles intestinaux, d'affections rhumatismales de peu de durée, de leucorrhée, d'hypertrophie d'utérus, de granulations de la muqueuse du col utérin, maladies qui n'ont rien de vénérien, qui sont très-fréquentes chez les prostituées, et qui disparurent toutes par l'emploi de moyens appropriés. Mais je n'ai rien omis de ce qui pouvait contribuer à la clarté et à l'exactitude des observations : du reste , je renvoie , pour cela , le lecteur au chapitre précédent , où il trouvera les considérations préliminaires qu'il doit lire avant d'examiner les observations.

Je crois n'avoir omis aucune circonstance essentielle dans

l'exposé des faits , et j'ai la ferme confiance que , si on veut les lire avec la patience et l'impartialité nécessaire , on se convaincra sans peine que je n'ai été guidé dans mes expériences et dans l'histoire que j'en donne que par le désir de découvrir ce qu'il y a de vrai et d'utile dans la syphilisation. J'ose espérer, en outre, que les faits que je rapporte pourront fournir une base solide et certaine au nouvel édifice scientifique.

Les observations seront classées par ordre de symptômes de syphilis primitive et constitutionnelle , contre lesquels on employa la syphilisation , pour établir un peu de régularité dans leur publication. Mais je fais observer en même temps que je n'ai pas cru devoir les distribuer suivant une classification particulière et précise. Comme un certain nombre d'observations portent sur des accidents vénériens de même nature, j'ai cru convenable de m'en tenir en général, pour le rang d'insertion, à la date de la sortie de l'hôpital des femmes qui en sont l'objet.

J'ai cru devoir publier toutes les observations des individus chez lesquels, depuis deux ans, j'ai fait des inoculations syphilitiques, soit dans l'hôpital des maladies vénériennes, soit dans ma pratique particulière. Ainsi, je publierai même des faits qui n'auront aucune valeur pratique pour la syphilisation, soit parce que je n'ai fait qu'un très-petit nombre d'inoculations, soit parce que j'ai ensuite dû recourir à d'autres moyens thérapeutiques.

On comprendra facilement les motifs d'une telle détermination , et l'on me pardonnera si je ne me suis pas borné à publier seulement les faits, dont on pourra déduire des conséquences pratiques pour ou contre la syphilisation. -

Dans mes observations, je n'ai pas indiqué le nom et la patrie des individus atteints de maladies vénériennes, qui ont subi le traitement syphilisant, parce que j'ai cru devoir

1 itj OBSERVATION I.

quelques égards aux malades el à leurs parents. Il m'a paru suffisant d'en indiquer, dans chaque observation , la lettre initiale; mais, en même temps, je me fais un devoir de dire que si quelque Confrère désire savoir le nom, la patrie et la demeure de quelques unes des prostituées, qui font le sujet des observations que je rapporte, je le prie de me le demander personnellement, ou par écrit; je lui donnerai bientôt tous les détails qu'il désirera, car j'ai confiance dans la prudence et dans l'honnêteté des personnes qui cultivent la science médicale.

OBSERVATION ï.

Nombreux chancres vulcaires, dont deux indurés. Sijphilisation. — Guérison.

JULIE P. , âgée de 22 ans, tempérament sanguin-lymphatique, excellente constitution, menstruation régulière, entrée à l' Hôpital le 29 janvier 18S1 .

Elle est affectée de plusieurs chancres, dont un urétrat accompagné d'une induration évidente, un autre à la fosse naviculaire, large de 12 millim. environ et également induré, et deux autres vastes et irréguliers silués sur les côtés du méat urinairc. Elle dit être malade depuis un mois. C'est la douzième infection qu'elle contracte. En 1845 , elle eul un chancre induré à Ta vulve, accompagné d'un bubon inguinal virulent et de tubercules inuqueux ano-vulvaires ; on lui fit 40 frictions d'onguent mercuriel (3 grammes par friction). Des végétations qui se reproduisaient toujours la forcèrent à séjourner dans le Syphilicôme pendant toute l'année 1810. La récision et la cautérisation n'empêchant pas leur reproduction, j'essayais un nouveau traitement mercuriel externe. Mais il ne put triompher de la puissance végétative de la muqueuse vulvo-vaginale, qui ne céda qu'à des récisions profondes des végétations et à des cautérisations répétées. Depuis 1848, jusqu'à ce jour, elle a été envoyée neuf fois à l'hôpital pour des chancres compliqués deux fois d'écoulement urétral, et toujours elle guérit par un traitement local.

29 janvier 7 jour de son entrée au Syphilicôme, on lui fait sur la cuisse gauche la première inoculation avec du pus de ses chancres. Il en résulte une grosse pustule, qui se change bientôt en ulcère syphilitique; on répète l'inoculation le 31 , et l'on obtient également une pustule.

8 février. — Les deux chancres inoculés onl i mil!, de large, mais ils sont superficiels et peu douloureux.

27. — Les deux chancres artificiels sont cicatrisés; leur largeur n'a pas dépassé 8 ririll., et ils ont toujours été très-superlieiels. Trois des chancres vulvaires sont en voie de cicatrisation, et ont déjà diminué considérablement, savoir: celui de la fossette naviculaire, et les deux qui sont situés sur les côtés de l'urètre, au contraire, celui qui occupe le canal et l'orifice de l'urètre est encore virulent; en effet, trois piqûres faites ce même jour avec le pus qu'il fournit, produisent trois pustules.

5 mars. — Deux piqûres, repétées le 10 et le 15 en employant du pus pris sur des chancres artificiels d'autres femmes: six chancres.

20. — Les six chancres des trois dernières inoculations sont ouverts; leur largeur varie de 3 à 0 mill., et tous sont superficiels. Depuis quelques jours, ceux qui étaient situés sur les côtés de l'urètre sont guéris, ainsi que celui de la fosse naviculaire. Celui qui se trouve dans l'urètre est granuleux; mais l'induration y persiste encore.

Des inoculations faites aujourd'hui et répétées le 24 avec du pus pris sur un chancre vulvaire d'une femme récemment entrée à l'Hôpital , restent sans aucun effet.

27. — Trois piqûres avec de pus pris sur des chancres artificiels d'une autre femme; il en résulte trois pustules dont le pus inoculé le 51 sur un seul point, donne également lieu à une petite pustule.

3 avril. — 11 ne reste plus d'ouverts que quatre chancres sur l'ahdomen; ils sont petits, peu douloureux et superficiels. Le chancre urétral est cicatrisé, mais il a laissé quelques fongnsités dans le canal qui est encore assez induré.

Quatre piqûres, et trois le 7, en employant du pus des chancres de deux femmes récemment entrées à l'Hôpital: aucun résultat.

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