On recommence l'usage de l'iodure de potassium
6 décembre. — L'état général s'améliora peu à peu. 11 se manifesta encore quelques accès de fièvre, que l'on combattit avec le spécifique; la toux a disparu , ainsi que l'engorgement du foie. Le chancre vulvaire est cicatrisé depuis quelques jours; on ne lui a fait aucune médication.
31. — Quelques vésicules de gale qui se sont reproduites, n'ont pas encore permis de laisser sortir cette fille de l'Hôpital. Sa santé va tous les jours en s'améliorant, quoique assez lentement.
Elle a pris en tout 33 gram. d'iodure de potassium.
Réflexions.
1" Les nombreuses maladies auxquelles celte femme fut sujette pendant l'expérience, empêchèrent qu'on put l'amener jusqu'à être insensible à l'action du virus.
2° On doit attribuer la longue durée et 1" extension vies premiers chancres artificiels à ce que les deux premières inoculations ne furent suivies pendant longtemps d'aucune autre, et aux maladies qui se manifestèrent pendant que les chancres artificiels étaient encore en voie de progrès.
3° Le pus du chancre vulvaire que cette fille portait au mois d'octobre, înoculé.snr la fWle V. (V. Obs. XC1.) et sur une autre malade, donna lieu à des chancres, mais ils ne furent pas de longue durée. Ce fait viendrait à l'appui de la doctrine de M. Auzias , si d'autres observations ne détruisaient pas les conséquences que l'on pourrait en tirer.
OBSERVATION Vf.
Chancre urétral, calleux, vaste; destruction presque totale de l'urètre, datant de plus de 21 mois. — Inutilité des traitements mercuriels et iodiques, tentés a plusieurs reprises, ainsi que des cautérisations locales. — Sijphilisation. — Guérison.
FRANÇOISE S., âgée de 35 ans, tempérament lymphatique, constitution médiocre, menstruation souvent irrégulière; atteinte maintenant d'aménorrhée depuis six mois, entrée au Syphilicôme le 10 juin 1850.
Elle est affectée d'un chancre urétral qui a détruit la moitié de ce canal ; tl est dur, calleux et peu douloureux. Son infection date depuis plus 4' une année, et c'est la seconde qu'elle a ; elle a été atteinte il y a 16 ans d'un chancre qui guérit par un simple traitement local, et qui ne fut suivi d'aucun symptôme d'infection générale.
Vers le milieu du mois de juin 1850, elle entreprit un traitement mercuriel et iodique, qui fut poussé jusqu'à iO frictions et 12 grammes d'iodure de potassium. Pendant ce traitement , on cautérisa à plusieurs reprises le chancre urétral avec le nitrate d'argent , le nitrate acide de mercure, et on en excisa même une portion. Vers la tin du mois d'août, il n'y avait aucune amélioration ; il s'était même manifesté une stomatite intense ; aussi on suspendit toute espèce de traitement mercuri'el et iodique , et on se horna a cautériser le chancre de temps en temps. Après avoir accordé plus d'un mois de repos à la malade, on eut recours au protoiudurc de mercure, dont elle prit 55 pilules de deux centig.; mais il détermina une gastro-entérite, accompagnée de diarrhée, et l'on fut encore ohligé d'en abandonner l'usage. On laissa de nouveau reposer la malade pendant trois mois, et au commencement de janvier 1851, l'examen du chancre fit reconnaître qu'il s'était étendu surtout du côté gauche, et que l'urètre était presque compté" tentent détruit jusque vers son orifice interne.
On voulut alors tenter de nouveau un traitement mercuriel, et on fit 26 frictions. Mais , enfin , vers la fin de février, voyant que cette tentative n'avait pas eu plus de succès que les autres , on suspendit l'usage des remèdes et des médications, et on commença les inoculations.
3 mars. — Deux inoculations avec du pus du chancre urétral: point de résultat ; deux avec du pus d'une autre femme : deux pustules.
20. — Les chancres artificiels sont assez étendus ; ils fournissent beaucoup de pus: on l'inocule en deux points le 20, et en trois le 24, et toujours on obtient la pustule caractéristique.
5 avril. — Le chancre urétral n'a pas encore subi d'amélioration sensible , mais il a cessé de faire des progrès.
Les deux premiers chancres artificiels ont presque la largeur de 2 cent., et sont encore dans la période de transformation. Les cinq autres sont moins étendus.
Depuis ce jour jusqu'au 17 avril, on fait en cinq fois seize piqûres, toujours suivies d'un résultat positif ; cependant, les chancres vont successivement en diminuant.
21 . — Le chancre vulvo - urétral est granuleux ; on fait à la malade
lieux inoculations avec du pus de ses chancres artificiels ; il en résulte deux pustules.
20 mai. — ■ Cette femme, qui est disménorrhoïque depuis 18 mois, éprouve à chaque époque critique des trouhles de différente nature, tantôt dans un organe, tantôt dans un autre. Vers la fin du mois d'avril, elle fut affectée d'un engorgement utérin, déterminé par la même cause, et dont on triompha au moyen de deux saignées et de deux applications de sangsues à la région hypogastrique. Pendant ce temps, on suspendit les inoculations, que l'on recommence aujourd'hui.
Le chancre vulvaire conserve un bel aspect, et commence à diminuer. Les chancres artificiels sont tous guéris ; ils ont laissé sur l'abdomen des cicatrices dont la grandeur va toujours en progression décroissante. Les plus petites ont 4 à 5 millimètres.
Trois inoculations faites avec du pus pris sur une femme entrée ce matin à l'hôpital , restent sans résultat.
On répète l'expérience en deux points le 22 , en trois points le 26 et le 51 , toujours avec du pus virulent; on obtient huit pustules qui, ;q>rès leur rupture , laissent voir le chancre classique.
1 juin. - La cicatrisation du chancre vulvo-urétral continue. Les chancres artificiels des dernières inoculations sont peu douloureux, et ne se sont pas beaucoup étendus.
On fait trois inoculations, suivies de trois pustules. Le 12, on en fait trois autres et deux le 16 , mais on n'obtient que trois petites pustules, qui étaient déjà desséchées le 24.
Deux piqûres avec du pus de chancres artificiels d'une autre femme, suivies de deux pustules.
20. — Le chancre vulvo-urétral est presque entièrement cicatrisé. Il y a encore cinq chancres artificiels d'ouverts : trois appartiennent à l'inoculation du 7, et deux aux inoculations antérieures. Les pustules de celles du 12 et du 16 sont presque complètement desséchées. Deux inoculations avec du pus de chancres artificiels d'une autre femme : deux pustules.
1er juillet. — A la suite de trois accès de fièvre périodique, les deux chancres produits par l'inoculation du 20 se sont environnés d'une auréole inflammatoire, sont devenus très-douloureux, et ont acquis 5 ou 6 millimètres de largeur. On les panse avec de l'onguent réfrigérant et des cataplasmes émollients. Tous les autres chancres artificiels sont guéris.
Deux inoculations, répétées le 7, toujours avec du pus virulent , restent sans effet.
7. — Le chancre vulvo-urétral est parfaitement guéri ; il ne reste plus que quelques fongosités urétrales.
\Z. — La fièvre reparait; elle est compliquée d'une grave céphalalgie; on la combat par l'usage prolongé du sulfate acide de quinine à petites doses.
16 août. — La malade s'est refusée pendant quelque temps aux inoculations , en alléguant qu'elle est guérie , et , en effet , sa santé s'est beaucoup améliorée. Aujourd'hui elle permet que l'on continue l'expérience, et je lui fais huit piqûres sur l'abdomen; je les répète en même nombre le 22 , toujours avec du pus de chancre en voie de progrès ' mais je n'obtiens que des résultats négatifs.
I51j OBSERVATION VII.
On cautérise légèrement le canal de l'urètre pour faire disparaître hi t'ongosités qu'on y voit encore.
5 septembre. — La fille S. sort du Syphilieôme : sa santé est excellente. Elle est bien réglée depuis deux moi*. Elle est restée dans l'hôpital la mois et 25 jours. 11 y avait plus d'une année qu'elle était malade lorsque l'on commença la cure, et cependant il ne s'est manifesté aucun symptôme d'infection constitutionnelle. On voit un grand uombre de cicatrices sur l'abdomen : deux ù gauche, à la région épicolique, ont 2 cent, environ, et quatre ù droite, ont de 8 à 12 millim. Toutes les autres sont beaucoup plus petites.
Il faut surtout remarquer dans cette observation r
1° Que les deux premiers chancres artificiels, n'ayant pas été suivis de nouvelles inoculations pendant longtemps , devinrent très-larges, et Curent le siège d'une inflammation plus intense. Dans les autres, au contraire , on observa une rapide diminution en largeur.
2" Que les maladies fébriles sont souvent la cause pour laquelle les chancres se développent et s'enflamment beaucoup plus qu'ils ne le devraient , eu égard au degré de syphilisation dans lequel se trouve le sujet au moment de l'inoculation.
ô" Qu'à mesure que la syphilisation faisait des progrès, l'état général s'améliorait; c'est au point que le flux menstruel, qui manquait depuis» environ 20 mois, fut abondant les deux derniers mois.
4° Que , malgré la faiblesse qu'avaient occasionnée chez cette malade la longue durée de son chancre et les différents traitements mercuriels, la cure syphilisante ne fut cependant suivie d'aucun inconvénient.
5° Qu'il faut peut-être attribuera la longue durée et à l'étendue du chancre vulvaire le nombre proportionnellement petit d'inoculations qui furent nécessaires pour syphiliser cette femme , quoiqu'elle fût douée ■'un libre molle et d'un tempérament Lymphatique.
6° Que les pustules abortives r que l'on observe ordinairement sur la fin de la syphilisation, manquèrent dans le cas actuel; ce qui me laisse croire que la syphilisation n'a pas été portée jusqu'au point de produire l'immunité, car l'insuccès des dernières inoculations dépend peutêtre de causes étrangères à la malade. Si la femme qui nous occupe était restée plus longtemps dans l'hôpital, j'aurais volontiers tenté de nouvelles inoculations , seul moyen de m'assurer de ce fait.
Chancre urêlro-vulvo-vaginal, calleux et chronique. — Syphitisation. Guérison.
BARBE M., âgée de 18 ans, tempérament lymphatique, constitution
médiocre, menstruation régulière, entrée au Syphilieôme le 2 mars 1851.
Elle est affectée d'un chancre au côté droit de l'orifice vaginal, près
de l'urètre, et qui se prolonge dans le vagin; il a 2 centimètres, h base en est dure , calleuse , peu douloureuse ; il date , au dire de la malade , de plus d'un mois. En outre, elle est atteinte de la gale. Elle a été guérie, en 18-49, d'un chancre non induré, par un simple traitement local. En 1851 , elle s'est de nouveau présentée à l'hôpital pour des tubercules ano-vulvaires passés à l'ulcération et pour des excroissances. Cette fois, elle fit un long traitement mercuriel pendant les mois d'avril, mai et juin, et on excisa les excroissances.
Pendant le mois de mars , on la traita pour la gale, et on cautérisa plusieurs fois le chancre vulvaire avec le nitrate d'argent , ou le nitrate acide de mercure , sans lui administrer cependant aucune préparation mercurielle à l'intérieur, ni à l'extérieur.
Après avoir continué inutilement ce traitement pendant un mois , on crut utile d'entreprendre tla syphilisation , soit parce que les mercuriaux étaient contre-indiqués par le long traitement qu'elle avait fait, il y avait à peine une année , par ces préparations, soit parce que l'on espérait en obtenir une guérison plus prompte : en effet , on avait déjà employé avantageusement la nouvelle méthode pour le traitement des chancres calleux et chroniques.
3 avril. ■ — Comme on pensait que le pus du chancre vaginal que cette femme portait ne serait pas inoculable, on lui fit, avec du pus pris sur un chancre artificiel d'une autre femme, deux inoculations sur l'abdomen.
Le 10 avril, il y a deux chancres bien développés et douloureux.
10. — On lui inocule en deux autres points le pus de ses chancres artificiels ; il en résulte deux pustules.
14. — Aujourd'hui , le 17, le 21 et le 28, on fit sur différents points de l'abdomen plusieurs inoculations avec du pus pris sur d'autres femmes en cours de syphilisation ; mais on n'obtint que des résultats négatifs.
1er mai. — On ne peut encore constater aucune amélioration sensible dans le chancre vulvo-vaginal.
Les deux premiers chancres artificiels ont environ un centimètre el demi de largeur, et fournissent beaucoup de pus ; cependant , il commencent à se couvrir de quelques bourgeons vasculaires. Les deux autres ont à peine 6 mill., et sont peu douloureux.
Trois piqûres, suivies de trois chancres.