Elle sort de l'Hôpital
8 juillet. — Elle s'y présentede nouveau; on voit sur les côtés de l'urètre deux ulcérations superficielles et irrégulières, moins étendues que celles qu'elle avait dans le mois d'avril, mais situées au même endroit.
Dans l'intention de reconnaître si elles étaient ou non de nature syphilitique, on inocule le 13 et le 20, sur différentes femmes, du pus qu'elles fournissaient ; mais toujours sans résultat.
Depuis le 20, on cautérisa de temps en temps la surface ulcérée avec une solution caustique de chlorure de zinc. La cicatrisation fut lente. I.c 0 août l'ulcération du c'ité gauche était guérie, celle du côté droit le fut sept jours plus tard.
30. — Elle sort du Syphilicôme ; si santé à toujours été, et continue d'être aussi bonne qu'on peut le désirer.
23 septembre. — On l'examina de nouveau, et on reconnut que sa santé était toujours excellente.
Elle rentre à l'Hôpital le 50 septembre. Elle est affectée de deux fissures oblongues, situées dans le sillon qui se trouve sur les côtés de l'urètre. Aucune de ces deux déchirures ne présente des caractères syphilitiques.
4 et S octobre. — On fait sur une autre femme deux piqiircs avec le pus de ces déchirures ; mais on n'obtient aucun résultat.
1G. — Elles sont en grande partie cicatrisées. Mais on excise de chaque côté de l'urètre, qui, comme on l'a dit plus haut, est épais et procèdent, une portion du tissu qui le compose, afin de mettre le plus qu'il sera possible un obstacle aux déchirures qui ont lieu si fréquemment chez celte fille dans le même endroit.
29 novembre. — Elle sort de l'Hôpital, sa santé est excellente. Il y a déjà quelques jours que les plaies laissées par la récision d'une partie de la paroi urétrale sont complètement cicatrisées.
Elle rentre de nouveau le 21 décembre ; cette fois la déchirure est petite,
très-superficielle , d'une couleur rose, et occupe le sillon vagino-urétral du côté droit, c'est-à-dire le tissu de la dernière cicatrice.
22. — On fait trois piqûres sur une autre femme , en se servant du pus que l'on put recueillir sur cette déchirure ; mais on n'obtient aucun résultat. Le 28 elle était cicatrisée sans aucune médication, et le 29 cette fdle sort de l'Hôpital.
1° Les vastes et anciens chancres que cette femme portait depuis deux mois, lors de son entrée à l'Hôpital, étaient encore virulents.
Cependant, il fallut un grand nombre de chancres artificiels pour obtenir l'immunité, ce qui me la fait mettre au nombre des sujets difficiles à syphiliser.
2'1 Les chancres artificiels durèrent longtemps. Le prurit et l'inflammation aiguë dont ils furent le siège, doivent être attribués à l'affection herpétique concomitante qui se développa spécialement autour des chancres artificiels, qui agissaient comme un foyer d'irritation ; peut-être l'usage prolongé des préparations sulfureuses à l'intérieur et à l'extérieur y contribua-t-il beaucoup.
3° On observa en général la diminution successive des chancres artificiels : quelques-uns cependant s'écartèrent de temps en temps de la marche ordinaire , soit à cause de la recrudescence de l'affection cutanée, soit à cause de l'orgasme vasculaire qui se manifesta plusieurs fois chez cette femme, car elle était affectée d'aménorrhée complète.
4° Les chancres artificiels qui furent environnés de pustules impétigineuses laissèrent des cicatrices frangées, irrégulières; la raison en est peutêtre que le pus des chancres, mis en contact avec les ulcères impétigineux, leur communiqua sa virulence.
S" Le pus virulent appliqué sur des chancres en voie de cicatrisation n'en retarda pas la guérison.
6° On cautérisa les chancres vulvaires qui marchaient déjà vers la cicatrisation, mais lentement, afin d'activer le travail de la guérison, et empêcher qu'ils ne devinssent calleux.
7° L'affection cutanée consécutive est peut-être un effet de la gale. Ses caractères anatomiques, le prurit qui l'accompagnait, son développement autour des chancres artificiels avant de se manifester à la face, et enfin les moyens thérapeutiques qui en triomphèrent, lèvent jusqu'au moindre doute qu'elle ait pu avoir quelques rapports avec une syphilide.
Chancres vulvaires rebelles au traitement par l'iodure de potassium et les ■mercuriaux. — Inoculation de pus d'ecthyma syphilitique, suivie de résultats positifs. — Syphilisation. — Guérison.
MARIE C. âgée de 20 ans, tempérament sanguin-lymphatique, constitution robuste, bien réglée, entrée à l'Hôpital le 29 janvier 1851.
Elle a deux chancres : un à la fosse naviculaire, large d'environ deux centimètres, l'autre a l'orifice vaginal, de huit ou dix millim. d'extension. L'infection date de près de deux mois ; elle a déjà contracté une autre fois lin chancre, qui guérit au bout de deux mois par un simple traitement local.
17 février.— On fait deux inoculations sur la cuisse gauche, et quatresur la région hypogastrique, avec du pus fourni par des ulcères ecthymateux que l'on voit sur diverses régions du corps chez Magdeleine M., mais surtout sur les cuisses, le dos et le cou. Jusqu'au 23, il n'y a que la trace des piqûres, mais ce même jour on voit paraître quatre petites pustules sur l'abdomen, et une sur la cuisse gauche, dans les différents points d'inoculation; toutes sont entourées d'une auréole de couleur cuivrée.
27. — On inocule le peu de pus que contiennent ces pustules , sur d'autres régions, mais inutilement.
•1er mars. — Toutes les pustules inoculées sont couvertes d'une croûte noirâtre, qui laisse voir, lorsqu'on l'enlève, une ulcération superficielle et irrégulière.
On entreprend le traitement antisyphilitique par les frictions mercurielles.
10. — Les ulcères ecthymateux qui ont acquis la largeur d'un centimètre environ, sont peu douloureux, superficiels et couverts d'une croûte noirâtre.
20. — Les ulcères ecthymateux produits par les inoculations, sont guéris ; ils ont laissé des cicatrices irrégulières et très-superficielles de la largeur de 10 à 15 millim., et d'une couleur cuivrée très-prononcée. On continue le traitement mercuriel.
17 avril. — On suspend les frictions à cause d'une stomatite qui vient de se déclarer. On en a fait en tout 58, de trois grammes chacune. Le chancre vaginal est guéri depuis quelque temps; celui de la fosse naviculaire est cicatrisé sur un tiers de son étendue.
23 mai. — On reprend le traitement mercuriel par le protoiodure de mercure (quatre centigrammes par jour) ; peu de temps après on y joint l'iodure de potassium (cinq décigr. par jour). On emploie ces remèdes .jusque vers la fin de juillet sans en retirer un grand avantage; en effet, le chancre de la fosse naviculaire , malgré quelques cautérisations répétées de temps en temps, a encore un centimètre de largeur ; il ne se manifeste cependant aucun symptôme d'infection secondaire.
Pendant le mois d'août et le commencement de septembre, des accès de fièvre intermittente qui se renouvelèrent plusieurs fois, nous obligèrent à suspendre toute espèce de traitement antisyphilitique.
23 septembre. — On a finalement triomphé de tous ces accès, et on commence le traitement par la syphilisation, d'après le désir qu'en manifeste la malade elle-même. Le chancre de la fosse naviculaire est indolent, d'un rouge violacé , et conserve la même étendue. Le sujet est atteint d'aménorrhée depuis deux mois.
On lui fait neuf inoculations sur la région hypocondriaque droite avec du pus pris sur une femme qui touche à la fin de la syphilisation, et sept à la région hypocondriaque gauche avec celui d'une autre récemment entrée à l'Hôpital ; on n'obtient qu'une seule pustule à droite.
7 octobre-, — Le retour de quelques accès fébriles guéris par les préparations de quinine, nous oblige à suspendre les inoculations. Le chancre artificiel a 5 ou 6 millim. de largeur ; on inocule en quatre points sur la région latérale du coté gauche, du pus fourni par ce chancre: le 10 on voit quatre pustules.
10. — Un fait dix inoculations à droite, et sept à gauche le 12, avec du pus d'une autre femme, et toutes donnent naissance à des pustules.
17. — Les accès de fièvre s'étant manifestés de nouveau, on prescrit le sulfate de quinine pendant quatre jours de suite, à la dose de 5 décigrammes.
Le chancre artificiel de la première inoculation marche vers la cicatrisation; les quatre qu'ont produit les piqûres du sept ont S millim. de largeur; ceux du 10 et du 12 n'ont pas plus de 2 ou 3 millim.; mais ils sont un peu douloureux.
Le chancre de la fosse naviculaire s'est beaucoup amélioré ; il est en grande partie cicatrisé.
Douze piqûres sur la région inframammaire droite sont suivies d'autant de pustules.
24. — Le 19, le 20 et le 21 il se déclara chez la malade une fièvre intense continue, accompagnée de céphalalgie ; on prescrit cinq centigr. de tartre stibié , qui donne lieu à d'abondantes évacuations ; le 21 , infusion de seigle ergoté, 20 sangsues aux vaisseaux hémorrhoidaux, le 22 et le 23, amélioration : on insiste sur l'usage du seigle ergoté.
Aujourd'hui la fièvre et la céphalalgie ont disparu ; le chancre vulvaire est cicatrisé depuis deux jours. Les inoculations du 17 ont donné, lieu à des chancres très-enflammés, de la largeur de 5 à 6 millimètres.
Douze inoculations sur la région épigastrique avec du pus pris sur une autre femme.
2S. — La menstruation, qui manquait depuis trois mois, reparait ; elle dure trois jours, mais elle n'est pas très-abondante. L'inflammation des chancres artificiels a cessé, et tous marchent rapidement vers la guérison.
30. — Les piqûres du 2i ont donné lieu a onze petites pustules, qui se dessèchent sans s'ouvrir; trois sont déjà parfaitement cicatrisées, ainsi que tous les autres chancres artificiels.
On inocule en neuf points du côté droit le peu de pus que contiennent quelques unes de ces pustules; le 31 on répète l'expérience eu six endroits avec du pus d'une autre femme en voie de syphilisation.
4 novembre. — L'inoculation du 50 donne naissance à cinq petites pustules, et celle du 51, à quatre: elle sont toutes presque indolentes, et ne passent pas à l'ulcération. On fait cinq piqûres sur la région épigastrique, avec le pus que l'ont peut recueillir clans les pustules de l'inoculation du 50.
12. — La dernière inoculation a produit deux petites pustules, qui sont déjà guéries aujourd'hui. On fait dix nouvelles piqûres avec du pus pris sur un chancre induré que porte une femme nouvellement entrée à l'Hôpital, on n'obtient que quatre pustules abortives.
26. — A l'approche de la nouvelle époque menstruelle , on observe quelques symptômes de congestion pulmonaire accompagnés de crache-
ments de sang: trois saignées et de légers purgatifs triomphent de cette complication.
La réapparition de la menstruation, qui s'est montrée il y a quatre jours achève la guérison.
Elle sort aujourd'hui dans un état de santé parfaite.
Elle est restée près de dix mois dans l'Hôpital ; l'expérience n'en a duré que deux environ.
Les cicatrices des chancres artificiels sont peu apparentes, aucune ne dépasse 6 millim. Elle a pris dernièrement deux bains sulfureux; elle en avait déjà pris sept avant de commencer le traitement.
Elle rentre au Syphilicùme le 28 décembre 1851, après avoir passé environ un mois dans une maison de tolérance de cette ville.
Sur les côtés de l'urètre (qui chez cette femme comme chez le sujet delà li '"■ Observation est volumineux et dépasse l'orifice vaginal), existent deux fissures irrégulières, se prolongent d'un centimètre dans le vagin-, celle de droite est plus large que celle de gauche, toutes deux sont superficielles et peu douloureuses ; elles ne présentent point d'indurations, et sont d'une couleur jaunâtre.
On pensa que la conformation particulière de l'urètre avait été la cause primitive de ces déchirures , que des coïts répétés les avaient ensuite agrandies et enflammées.
Quoique ces ulcérations ne présentassent aucun caractère syphilitique, cependant on tenta le 29 d'inoculer sur une autre femme non syphilisée, la matière qu'elles sécrétaient; mais on n'obtint aucun résultat.
On se contenta d'y appliquer des plumasseaux de charpie sèche , et on les toucha quelques fois avec un pinceau trempé dans de la teinture alcoolique d'iode pour activer la cicatrisation qui marchait trop lentement. Ces seuls moyens suifirent, et le 2i janvier elle était guérie.
Elle resta encore dans l'Hôpital jusqu'au 12 février 1852, pour une excoriation qui se forma d'elle-même le jour qu'elle devait sortir.
Sa santé est excellente.
Elle rentre à l'Hôpital le 1 ■'■ décembre 1852; sa santé s'est toujours maintenue excellente, et il ne s'est manifesté jusqu'ici aucun symptôme d'infection primitive ou constitutionnelle. On voit une petite déchirure du côté gauche de l'orifice vaginal : elle est a peine large de 2 à 3 millim., superficielle et indolente.
On inocule le 2 et le 4 sur une autre femme le pus de cette excoriation, mais sans résultat.
Le 25 elle était cicatrisée, sans aucun pansement.
Elle ne sortit de l'Hôpital que le 29, pour obtenir la guérison d'une déchirure qu'elle se fit par inadvertence sur la cuisse gauche , près de l'orifice de l'anus. Sa santé est excellente.
Réflexions.
1° Avant que l'on pensât à soumettre cette femme à la syphilisation, on lui inocula en différents points du pus d'eethyma syphilitique, qui produisit au bout de quelques jours de véritables pustules ecthymateuses.
OBSKRVATION XX. 171
2° Un fait digne de remarque dans cette observation, c'est 1 inutilité du
traitement par l'iodure de potassium et les mercuriaux pour la cicatrisation du chancre vulyaire, et la rapidité avec laquelle il guérit lorsqu'on eût commencé la syphilisation.
3° Le flux menstruel qui avait cessé depuis deux mois, malgré le traitement iodique et mercuriel, reparut un mois après que l'on eût commencé les inoculations.
4" Les chancres artificiels n'acquirent pas une grande dimension à cause du nombre et de la fréquence des inoculations.
Ti" On put observer chez cette femme, comme chez les autres, l'influence grave qu'ont les maladies aigiies qui viennent compliquer le traitement, sur le développement et la durée des chancres artificiels.
Chancre vulvaire induré. — Sypliilisation incomplète. — Guérison.
CATHERINE S., âgée de 30 ans, tempérament lymphatieo-sanguin, constitution médiocre, bien réglée, — entrée, au Syphilicôme le 17 avril 1851.
On voit à la fosse naviculaire un chancre induré, large d'environ un centimètre; il date de 15 ou 20 jours. C'est la seconde infection qu'elle contracte. En ISjO, elle avait déjà été traitée dans le Syphilicôme pour un chancre et un bubon virulent à la région fémorale gauche. Elle fit alors une cure mercurielle externe.
18 avril. — On lui fait avec le pus de son chancre vulvaire trois inoculations, qui sont suivies d'autant de pustules.
29. — Le chancre de la fosse naviculaire devient granuleux; les deux chancres artificiels ont 6 ou 8 millim. de large. Deux inoculations répétées le 8 mai avec du pus d'une autre femme : on obtient quatre chancres.
22 mai. — Le chancre vulvaire, ainsi que les trois de l'inoculation du 18 avril sont presque cicatrisés; ils ont eu 10 à 12 millim. dans leur plus grande largeur.— Trois piqûres répétées le 20 et le 3 juin: dans les deux premières fois on se servit du pus de ses chancres; il en résulta huit pustules qui s'ulcérèrent ensuite.
9 juin. — 11 reste encore huit chancres ; trois commencent à se couvrir de granulations. Les deux de l'inoculation du 29 avril étaient déjà cicatrisés le 3 de ce mois ; ce même jour, un des deux chancres inoculés le 8 mai était encore ouvert, mais bien près de guérir. Ils ont eu tous à peu près la même largeur: 10 à 12 millimètres.
Trois inoculations faites avec du pus d'une femme récemment entrée à l'Hôpital restent sans effet ; dix autres piqûres faites en partie le 16, et en partie le 20, donnent lieu au contraire à six pustules.
Ie' juillet. — La malade accuse des douleurs névralgiques intenses dans les régions qui sont sous l'action de la 5. me paire cérébrale droite. Les accès qui étaient d'abord ifreguliers, paraissent se manifester maintenant
deux fois par jour, à des heures fixes. On administre le sulfate de quinine, dont l'usage continué pendant plusieurs jours à petities doses, fait disparaître la névralgie.
Quatre chancres artificiels suppurent encore, un est près de guérir: ils ont 3 ou i millim. d'étendue.
Trois piqûres, autant le 12: six pustules.
27. — la névralgie se manifeste de nouveau; celte fois elle est accompagnée d'une douleur de la même nature qui a pour siège le ventricule; l'application d'un vésieatoire àl'épigastre en triompha. On prescrit l'écorce de quinquina pulvérisée unie au sous-carbonate de fer, et on en continue l'usage jusqu'à la guérison complète, qui se fit attendre assez long-temps.
Les chancres artificiels de l'inoculation du 1er de ce mois sont guéris depuis plusieurs jours ; ils ne s'étendirent pas au delà de 5 ou 6 millim. Les trois de la dernière inoculation ont acquis 5 millim. de largeur, et sont près de se cicatriser.
Depuis ce jour, jusqu'au 8 août, on fit en trois fois quatorze piqûres, qui donnèrent lieu à onze pustules. Elles se convertirent en chancres, qui devinrent large de 3 ou i millimètres, et guérirent dans l'espace de 14 à 17 jours.
23 août. — Huit piqûres, neuf le 30 : il en résulte douze petits chancres, qui ne prennent pas un grand développement, et se cicatrisent en 12 ou 15 jours.
20 septembre. — On lui fit ces jours passés trois saignées pour des douleurs utérines aiguës accompagnées de fièvre.
La malade est maintenant parfaitement rétablie.
On observe un commencement d'alopécie, surtout du côté droit où elle ressentait la névralgie ; mais elle n'est pas accompagnée d'écaillement, ni d'aucun autre symptôme d'infection constitutionnelle sur d'autres régions du corps. On fait vingt piqûres, suivies de onze petits chancres guéris en 12 jours.
Six autres piqûres faites le 29, ne donnèrent lieu qu'à une seule pustule abortive, qui se dessécha en trois jours, sans même s'ouvrir.
5 oitobre. — Deux piqûres, suivies de deux pustules.
2L — Le 17 la malade se plaignit de nouveau de ses douleurs nerveuses ordinaires; il y a en outre inappétence, céphalalgie gravative continuelle.— Le 19 on lui administre 5 centigr. de tartre stihié: aucune amélioration. On prescrit alors une forte dose d'huile de ricin. — Le 21 et le 22, trois grammes d'oxyde de magnésie: le 24 la céphalalgie et la fièvre avaient disparu complètement. Les douleurs névralgiques continuent encore tantôt dans le nerf maxillaire supérieur, tantôt dans le sus-orbitaire, mais elles ne sont pas aussi vives. On administre de nouveau le souscarbonate de fer, et l'écorce de quinquina pulvérisée.
Sous l'influence de cet orgasme vasculaire, les deux chancres produits par l'inoculation du S devinrent douloureux, et acquirent 7 ou 8 millim. de largeur. L'un d'eux est déjà cicatrisé, l'autre fournit encore un peu de pus, mais il est près de guérir.
i i novembre. — La névralgie a cessé. L'alopécie continue, et même augmente. La malade se refuse à de nouvelles inoculations. L'expé-
rience Étant incomplète, on craint qu'il ne se manifeste quelque symptôme secondaire: aussi avant de lui permettre de sortir, on croit nécessaire de lui faire suivre un autre traitement antisypliililique. On commence par lui prescrire un grain, d'iodure de potassium ; on répète la dose le jour suivant. Mais après ces deux gram. , la malade se refuse obstinément de continuer l'usage de ce remède, en disant qu'elle est guérie, que sa santé est bonne, et qu'elle veut sortir de l'Hôpital.
9 décembre. — 11 fut impossible de déterminer la malade a continuer le traitement par la sypbilisalion , ou à faire une cure iodicomercuricllc. Du reste, elle n'a aucun symptôme de syphilis constitutionnelle, à l'exception de la chute des cheveux, qui a beaucoup diminué depuis quelque temps, et qui ne dépend peut-être même pas de cause syphilitique. On lui permet donc de sortir du Syphilicôme. L'expérience dura environ six mois ; elle fut très-irrégulière, soit à cause des maladies qui obligèrent de la suspendre, soit par suite du caprice et de l'indocilité de la malade qui s'opposa toujours à ce qu'on lui fit de nombreuses et fréquentes inoculations.
On voit 63 cicatrices, dont quelques-unes ont 10 à 13 millim. et un grand nombre d'autres, 5 à C de large. L'état général de cette femme est très-satisfaisant ; depuis un mois la névralgie n'a plus eu de récidives. Elle a pris 18 bains sulfureux.
Réflexions.
1° La diminution successive des chancres fut assez normale, quoique les maladies intercurrentes et le caprice de la malade aient empêché de conduire l'expérience avec toute la régularité désirable. Ce fut pour ce même motif qu'on ne put la porter jusqu'à l'immunité, et même on ne put jamais obtenir des pustules qui ne s'ulcérassent pas.
2° Vers la fin de l'expérience, deux chancres artificiels qui auraient dû se cicatriser en peu de temps, eurent au contraire une très-longue durée, et devinrent enflammés et douloureux sous l'influence des troubles gastriques qui se manifestèrent à cette époque.
5" L'alopécie fut-elle occasionnée par la syphilis, ou par la névralgie de la 5. me paire des nerfs crâniens, qui dura assez longtemps, récidiva plusieurs fois, et cessa par l'usage interne du fer et du quinquina? L'absence totale des autres symptômes constitutionnels, ainsi que de la syphilide du cuir chevelu , et les considérations tirées de ce que cette femme n'a plus été renvoyée à l'Hôpital jusqu'à présent, me portent à croire qu'elle était plutôt l'effet de la grave névralgie dont elle avait été atteinte.
Chancre vulvaire^induré. — Syphilisation. — Guèrison.
LOUISE F., âgée de 16 ans, tempérament sanguin-bilieux, excellente constitution, menstruation normale; entrée au Syphilicùme le 4 mars
On voit à la fosse naviculaire un chancre de 2 centimèt. de large, et qui , quoique récent , esl déjà induré ; il est peu douloureux, et offre l'aspect d'un chancre chronique. La malade assure qu'il ne date que de 20 jours.
C'est la quatrième fois qu'elle est infectée ; elle a toujours eu des chancres, pour lesquels elle n'a jamais fait qu'un traitement par le protoiodure de mercure, il y a deux ans.
10 mars. —On lui fait, avec du pus d'une autre malade, quatre inoculations, qui donnent lieu a quatre chancres.
10 avril. — Ils sont encore ouverts, et ont environ un centimèt. et demi, mais ils sont en voie de cicatrisation. En effet, on inocule en deux points sur l'ahdomen le pus qu'ils sécrètent, mais on n'obtient aucun résultat. Le chancre vulvaire commence à diminuer, mais lentement : on ne fait aucun traitement local.
17. — Quatre inoculations sur l'abdomen, avec du pus d'une autre malade, suivies de quatre pustules.
19, 21, 29. — On fait plusieurs inoculations sur l'abdomen avec du pus de chancres artificiels d'autres femmes, mais toujours sans pouvoir obtenir la pustule caractéristique. Cela dépend probablement de ce que le pus dont on se servit était mêlé à de l'onguent réfrigérant.
1er mai. — Le chancre de la fosse naviculaire n'est encore qu'à moitié cicatrisé, il fournit peu de pus, et n'occasionne pas de douleurs. Les chancres produits par l'inoculation du 10 mars, et celle du 17 avril sont cicatrisés depuis peu de jours; ils ne se sont pas étendus plus de 2 millim. Le 1 '', le 12, et le 15 mai on lui applique sur l'orifice vaginal et dans l'urètre du pus de chancres en voie de progrès; on surveille cette fille pendant quelque temps, afin qu'elle ne puisse pas le faire disparaître en se lavant. Point de résultat.
19. — Trois piqûres sur l'abdomen, répétées le 20, sans aucun effet.
22. — Trois autres piqûres sur l'abdomen, suivies de trois pustules, qui s'ulcèrent, mais se dessèchent rapidement, et qui le 4 juin étaient complètement guéries.
26. — Depuis ce jour, jusqu'au 17 juillet, on fait à de courts intervalles, à neuf reprises, vingt-trois piqûres sur différentes régions de l'abdomen, en choisissant toujours du pus, qui chez d'autres femmes produisit la pustule caractéristique, mais jamais on ne peut obtenir de résultats positifs.
Cependant le chancre vulvaire marche lentement vers la guèrison, il est même presque stationnaire : on le touche légèrement trois ou quatre fois avec le nitrate d'arsent,
Le 19 juillet il se manifesta une lièvre intermittente accompagnée d'une céphalalgie continue très-intense: on fit trois saignées, et on prescrivit ensuite le spécifique, qui la guérit de la fièvre. Le 50 , on voit avec surprise (|ue le chancre vulvaire est cicatrisé. Malgré cela, on fait encore deux piqûres, qui ne produisent pas plus d'effet que les précédentes.
M août. — Elle sort de l'Hôpital; sa santé est excellente; elle n'a sur l'abdomen qu'un petit nombre de cicatrices, qui palissent, et sont peu apparentes. Elle est restée 5 mois et 7 jours dans l'Hôpital, et jamais il ne s'est manifeste chez elle de symptômes d'infection générale.
Le 27 novembre, trois mois et demi après sa sortie, elle se présente de nouveau à l'Hôpital.
Sa santé ne laisse rien à désirer ; on observe à la fosse naviculaire une fissure longitudinale, étroite, sur la cicatrice de l'ancien ebancre vulvaire guéri par la syphilisation ; elle n'offre aucun des caractères du ebancre.
Le 29, on inocule en trois points différents sur une femme nouvellement entrée à l'Hôpital le pus que fournit cette excoriation; mais ou n'obtient aucun résultat.
1"' décembre. —Elle est en partie cicatrisée; on la cautérise légèrement aujourd'hui, et le 4, avec le nitrate d'argent.
8. — Elle est totalement cicatrisée. La lenteur de la guérison provint probablement de ce que la déchirure était située sur un tissu de cicatrisation, ou de ce qu'il y a chez cette femme une condition idiosyncrasique qui empêche la prompte cicatrisation des ulcères.
11 ;— Elle sort de l'Hôpital.
Le lr mai 1852 elle y rentre de nouveau.
On voit sur le côté gauche de la fosse naviculaire , sur le point où était situé l'ancien chancre, une solution de continuité large de 7 à S millim., d'une couleur rouge de vin, indolente, circulaire, un peu déprimée, mais sans avoir les bords taillés ù pic, fournissant très-peu de matière purulente, et n'offrant aucun des caractères du ebancre.
Elle dit que cette déchirure ne date que de peu de jours, et qu'elle fut la suite d'un abus de rapports sexuels.
Elle est en outre affectée d'une fièvre continue, et de douleurs aussi continues dans les extrémités inférieures, mais spécialement le long de la partie interne de la jambe, depuis le genou jusqu'au pied. On n'observe aucune altération dans le périoste des tibias , clans lesquels , du reste, les douleurs ne sont pas plus intenses que dans les autres tissus. Les douleurs et la fièvre, se sont manifestées il y a trois ou quatre jours; et tous les jours elles augmentent d'intensité depuis 4 heures du soir jusqu'à tO.
Le 2 mai on commença par lui administrer un purgatif, qui ne produisit aucune amélioration, non plus que des boissons diaphoniques qu'on lui prescrivit le 5. I.a fièvre persiste encore le 4: deux saignées que l'on répète le 3 ; le sang était couenneux.
6. — Amélioration notable pendant le jour: mais le soir il y eut de nouveau augmentation de la fièvre et des douleurs,
On avait prescrit le matin i gram. d'oxyde de magnésie , et le soir on lui fit prendre 30 eenligr. de poudre de Dower.
8.— L'accès que l'on observe tous les soirs me fait juger qu'une fièvre intermittente est unie à la synoque rhumatismale. Je prescris en conséquence le sulfate de quinine uni à l'opium.
12. — La fièvre et les douleurs qui se manifestaient tous les soirs, cédèrent rapidement à l'administration de la quinine; le soir et la nuit suivante la malade fut tranquille. On répète encore la dose de sulfate de quinine.
lo. — Les douleurs rhumatismales ne se sont plus reproduites, l'état sanitaire est bon, et l'appétit croit de jour en jour. 11 n'y a point d'amélioration dans l'ulcération vulvaire, elle est inerte: on la icautérise avec le nitrate d'argent.
34 juin. — L'ulcère de la fosse naviculaire a toujours le même aspect et la même étendue; il est indolent, fournit peu de pus, les bords et la base en sont un peu calleux. On le cautérise de, temps en temps, tantôt avec le nitrate d'argent, tantôt avec le nitrate acide de mercure, ou avec une solution caustique de dorure de zinc.
8 août. — L'ulcère vulvaire est à peine à moitié cicatrisé, malgré les cautérisations répétées.
Il y a environ un mois, deux orgeolets se sont développés, l'un dans la paupière supérieure droite vers l'angle interne de l'oeil, l'autre dans la paupière inférieure du même oeil vers l'angle externe. Celui-ci suivit un cours régulier, et disparut en peu de jours; l'autre au contraire, se convertit en un tubercule dur , arrondi et indolent. La malade manifeste le désir d'en être délivrée : je le cautérise trois fois avec un crayon de nitrate d'argent La chiite de l'escarre laissa voir une petite ulcération de la largeur de 5 millim. sur le bord palpébral, dont la guérison marcha lentement, et qui n'était pas encore complètement cicatrisée vers le commencement de ce mois. Mais tout-a-coup le petit ulcère qui existait encore, redevient, sans cause connue, plus douloureux, et la paupière s'engorge et s'enflamme.
Aujourd'hui on voit sur le bord palpébral une cavité, produite par l'érosion d'une partie du tissu de cet organe, et une ulcération conjonctivo-palpébrale grisâtre, très-superficielle et irrégulière, de la largeur d'environ 5 millim. On prescrit un collyre d'azolate d'argent.
12. — Aucune amélioration dans l'ulcère palpébral. Aurait-il une origine syphilitique? L'état général de cette femme est excellent, et un examen attentif ne laisse apercevoir aucun symptôme de syphilis constitutionnelle. Cependant, dans le doute, on croit prudent de lui administrer, comme expérience, l'iodure de potassium.
18. — L'ulcère palpébral est slationnaire ; on abandonne l'usage de l'iodure de potassium, dont elle n'a pris que six grammes, et l'on prescrit des boissons rafraîchissantes, à cause d'une irritation gastro-entérique compliquée de diarrhée, qui vient de se manifester.
2i. — Ces jours passés, la menstruation a eu lieu ; aujourd'hui il y a une amélioration notable dans l'ulcère palpébral, et le gonflement a beaucoup diminué. On observe sur les bords pnlpébraux de l'oeil gau-
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che une légère blépharite ciliaire provenant probablement de cause herpétique. Je lui prescris l'éthiops minéral; elle en prend maintenant depuis trois jours 50 centigr. par jour.
L'ulcère vulvaire est presque totalement cicatrisé; il en reste à peine deux millimètres.
5. septembre. — L'amélioration de l'ulcère palpébral continue. Ces jours passés la malade s' étant procuré un morceau de nitrate d'argent d'une prostituée nouvellement entrée, se cautérisa iprofondément et à plusieurs reprises l'ulcère vulvaire. La cicatrice fut détruite en grande partie, et l'on voit maintenant une solution de continuité de la largeur de 6 millimètres environ.
17. — La menstruation fut accompagnée d'un orgasme vasculaire qui dura deux jours; l'écoulement critique fut peu abondant, et cessa au bout de deux jours.
L'ulcère vulvaire marche de nouveau vers la cicatrisation. 11 n'en est pas de même de celui de la paupière : il s'est étendu de quelques millimètres sur la conjonctive de la paupière supérieure, en y occasionnant une tuméfaction notable.
On continue l'usage de l'éthiops minéral à la dose de 50 centigr. , et on cautérise l'ulcération palpébrale avec le nitrate d'argent.
22. — L'ulcère vulvaire est enfin cicatrisé depuis deux jours. Celui de la paupière l'est aussi ; il ne reste plus qu'une légère conjonctivite, qui, je l'espère, se dissipera en peu de jours, maintenant que la cause occasionnelle n'existe plus. La cavité laissée par l'ulcère sur le bord palpébral sera réduite a peu de chose , lorsque la tuméfaction de la paupière aura disparu. Elle a pris en tout 15 gram. d'élhiops minéral.
Elle sort aujourd'hui dans un état qui ne laisse rien à désirer.
Elle rentre le 3 novembre 1 852 : sa santé est excellente, elle n'offre aucun Symptôme d'infection générale. On voit à la fosse naviculaire, sur le point qu'occupait l'ancien chancre, une déchirure de la largeur de 5 à 7 millini., rouge, indolente, superficielle, et fournissant peu de pus.
A. — On inocule sans succès en trois points sur une autre femme le peu de pus que l'on put recueillir sur cetle déchirure.
10. — La lenteur avec laquelle se cicatrise cette ulcération, et la crainte de la voir devenir chronique, suivant la tendance ordinaire que manifestent les ulcères chez cette femme, nous décident à faire une incision longitudinale s' étendant du bord inférieur de la déchirure jusqu'au périnée. De cette manière on empêche le contact prolongé des mucosités ulérovaginales et de l'urine avec la surface ulcérée, et l'on espère en obtenir une guérison plus rapide, et rendre par la suite moins fréquentes les déchirures dans les rapports sexuels.
13 décembre. — L'excoriation pour laquelle elle est rentrée à l'Hôpital est cicatrisée depuis quelques jours, et il ne reste plus maintenant qu'à obtenir la guérison d'une petite portion de la plaie que l'on a faite le 10 du mois passé.
Le 21— Elle sort de l'Hôpital, sa santé est excellente.
178 observation xxi.
i" Les chancres que l'on put obtenir chez cette femme furent peu nombreux et de peu de durée. Je crois que cela dépend eu grande partie de son excellent tempérament bilioso-sanguin.
2U Le long intervalle de temps qui s'écoula entre les premières et les secondes piqûres explique pourquoi celles-là ont produit des chancres qui se sont agrandis beaucoup plus que les autres.
3" On n'obtint aucun effet de l'application du pus sur la muqueuse vaginale et urétrale. L'aptitude à contracter des chancres avait presque cessé chez-cette femme.
4° Je ne puis passer sous silence la lenteur avec laquelle les chancres vulvaires se cicatrisèrent depuis qu'ils eurent perdu le caractère virulent. Je n'ai rien pu découvrir chez cette femme qui pût me donner la raison de ce fait. Son tempérament est excellent, sa santé est bonne, et tous les organes accomplissent normalement leurs fonctions. Ce cas n'est pas le seul dans lequel je n'ai pu trouver la raison d'un semblable phénomène.
5° Cette inertie s'observa d'une manière encore plus frappante dans l'ulcère, pour lequel elle fut renvoyée a l'Hôpital en mai 1852. 11 parait cependant qu'alors il avait été produit par une cause traumatique et non spécifique. Peut-être, faut-il l'attribuer en partie à ce que la vaste déchirure qu'elle avait alors, s'était faite sur la cicatrice du chancre.
6" Les douleurs névralgiques des extrémités inférieures, qui se manifestaient avec plus d'intensité vers le soir, tenaient évidemment à l'existence d'une "fièvre intermittente, qui vint compliquer l'affection rhumatismale ; car elles cessèrent promptement par l'usage du sulfate de quinine.
7° Doit-on considérer l'ulcère palpébral comme un symptôme de syphilis constitutionnelle? Je le soupçonnais pendant quelques jours, mais son développement à la suite d'un orgeolet, sa coïncidence avec une légère blépharile ciliaire, l'inutilité de l'emploi de l'iodure de potassium, les avantages que l'on obtint de l'usage de l'éthiops minéral, et l'absence complète de tout autre symptôme d'infection générale, me portèrent à croire que cet ulcère était produit et maintenu par une cause herpétique. Si on voulait le considérer comme syphilitique à cause de l'utilité que l'on retira de l'éthiops minéral pour le traitement, je ferais observer que les études que j'ai faites ces années précédentes sur l'action des différentes préparations mercurielles sur la syphilis, m'ont convaincu que l'éthiops minéral est à la vérité très-utile dans les affections herpétiques, par le soufre qu'il contient, mais qu'il n'exerce aucune action sur la syphilis constitutionnelle.
Chancre, vulvaire, ancien, vaste et calleux, rebelle à plusieurs traitements mercuriels et locaux. — Syphilisation et cure locale. — Guérison incomplète.
JOSEPHINE C. , veuve B. , âgée de 30 ans, tempérament sanguin-lymphatique, bonne constitution, menstruation irrégulière depuis deux ans, aménorrhnïque depuis dix mois; entrée à l'Hôpital le 5 avril -1 8B1 .
L'examen des parties génitales fait découvrir un chancre vaste et profond, calleux et peu douloureux, d'une couleur de brique, occupant lafosse naviculairc, et un autre plus petit offrant les mêmes caractères, situés sur la partie antérieure de la vulve vers le clitoris. Celui-ci a 8 à lOmillim., l'autre au contraire, 5 à 6 centim. d'étendue ; il comprend toute la fosse naviculaire et la moitié inférieure de la face interne des nymphes, dont il a détruit une partie ; il a de même porté ses ravages sur une portion des tissus de la fosse naviculairc. Elle a en outre une ancienne fistule simple à l'anus.
C'est la première fois qu'elle est malade, et son infection date de deux ans. Son mari est mort vers ce temps là par suite d'une maladie vénérienne. Elle ne fit d'abord qu'un simple traitement local; ensuite elle entra dans un Hôpital de cette ville : pendant six mois environ, elle y suivit un traitement antisyphilitique: on lui lit 30 frictions de 5 gram. d'onguent mercuriel chacune; en outre, ou lui prescrivit un grand nombre d'autres remèdes locaux. Cette femme voyant le peu d'avantage qu'elle relirait de ce traitement, sortit de l'Hôpital. Après quelques mois de repos, elle résolut de se soumettre de nouveau a une cure régulière. Pendant neuf mois elle se confia aux soins d'un médecin de cette ville, qui lui fit prendre un nombre considérable de pilules mercurielles, et cautérisa à plusieurs reprises le chancre qu'elle portait, avec le nitrate d'argent. N'ayant obtenu qu'une bien légère amélioration d'un traitement suivi pendant si long-temps et avec tant de persévérance , elle se présenta au Syphilieômc de Turin, où elle fut immédiatement acceptée. H résulte de ses assertions, et mieux encore de celles du praticien distingué qui l'avait soignée jusque là, qu'il ne s'est manifesté chez elle aucun symptôme d'infection générale.
L'ignorance dans laquelle nous étions sur les longs traitements mercuriels qu'elle avait déjà infructueusement suivis, fut cause que l'on commença immédiatement par lui faire des frictions. On en était à la quatrième, lorsqu'elle nous avoua l'inutilité des traitements mercuriels qu'elle avait faits jusque là; dès lors on en suspendit l'usage. Après quelques jours de repos, on commença les inoculations avec le consentement et même le désir de la malade.
1 i avril. — Deux inoculations sur le côté droit de l'abdomen avec du pus pris sur les chancres artificiels d'une autre femme, pareeque son ulcère vulvaire n'est plus virulent. On obtient deux pustules syphilitiques.
21. — Elles s'ulcèrent, et les chancres qu'elles produisent ont maintenant un surface de 2 millim. Le 17 on avait fait sans succès trois inocula-
180 OBSERVATION xxir.
lions avec du pus d'un ancien chancre que portait un autre femme. On lui en fait deux aujourd'hui, sur la région hypogastrique gauche, avec du pus d'un chancre vulvaire d'une femme entrée depuis peu de jours. Elles donnent lieu a deux chancres.
22 mot. — Sur la fin d'avril la malade fut atteinte d'une hronchite aiguë; sous l'influence de l'orgasme vasculaire qui l'accompagnait, les deux chancres inoculés le 21 avril qui se trouvaient alors dans le plus haut point de la période de progrès, s'enflammèrent considérablement, et devinrent ensuite gangreneux. Ils s'étendirent beaucoup en largeur et en profondeur, et se réunirent en un seul. On fut obligé de pratiquer cinq saignées, et d'administrer trois purgatifs d'huile de ricin pour vaincre cette maladie. On fit sur les chancres gangreneux de fréquentes lotions d'eau froide mêlée à quelques gouttes de la liqueur de Laharraque. Le 6 mai, jour auquel la gangrène fut parfaitement limitée, on voyait sur le coté gauche de l'abdomen, un peu au dessous de l'ombilic, un chancre de la longueur de 5 à 6 centimètres, de la largeur de 3, et de la profondeur de 6 à 8 niillim., c'est-à-dire qu'il comprenait le derme et le tissu cellulaire sous-cutané jusqu'à l'aponévrose. Les chancres inoculés le 14 devinrent bien un peu phagédéniques, mais ils marchèrent ensuite rapidement vers la période de réparation , et maintenant ils sont cicatrisés depuis plusieurs jours. Le vaste chancre abdominal est aux deux tiers guéri, et la cicatrisation continue rapidement dans le reste de la surface ulcérée. Celui de la vulve n'offre pas pour le moment d'amélioration sensible.
Trois inoculations répétées le 20 avec du pus pris sur des chancres artificiels d'autres femmes: les trois premières seules donnent lieu à des pustules.
29. — Quatre inoculations, autant le 3 et le 7 juin, la première fois avec du pus d'une autre femme, et les deux autres, avec celui que fournissent ses chancres. Il en résulte dix pustules.
H juin. — Le chancre artificiel de l'abdomen, qui était devenu gangreneux , est maintenant complètement cicatrisé. Ceux qui suppurent actuellement sont tous petits; les plus étendus sont ceux de l'inoculation du 22 mai, qui ont de 7 à 8 millim., et marchent déjà vers la cicatrisation. Le chancre du clitoris est guéri ; celui de la fosse naviculaire est toujours indolent, mais il a beaucoup diminué depuis quelques jours.
La menstruation, qui manquait depuis longtemps, reparait , mais elle n'est pas très-abondante.
Trois inoculations répétées le 13 et le 19, avec du pus provenant de plusieurs femmes: elles donnent lieu à neuf pustules.