‹ La syphilisation étudiée comme méthode curative et comme moyen prophylactique des maladies vénériennesChapitre 48 sur 90 · Elle sort de l'Hôpital · texte numérisé non relu

Elle sort de l'Hôpital

Elle rentre la quatrième fois le 10 mars, pour une nouvelle excoriation très-superficielle , de la largeur de deux millim. à peine, située à la fosse naviculaire. Ainsi que dans le mois de janvier , il me fut impossible d'inoculer la matière qu'elle sécrétait, car il yen avait une trop petite quantité. La déchirure était parfaitement guérie le 18 , sans aucun pansement , et le 20 mars la fille T. sort du Syphilicôme.

Enfin elle y rentre de nouveau le 9 août : la membrane muqueuse de la fosse naviculaire et de la face interne de la nymphe gauche présente une couleur blanchâtre sur une étendue de quelques millimètres, comme s'il allait s'y développer quelques excroissances.

On cautérise deux fois ces portions de la muqueuse qui présentent un peu de changement de couleur , et l'on examine ensuite chaque jour cette femme jusqu'au 27 août. Comme il ne s'est développé aucune espèce de végétations, on lui permet de sortir de l'Établissement.

Toutes les fois que j'eus occasion de voir cette fille, elle jouissait d'une santé excellente. On n'observa jamais le moindre symptôme d'infectiou générale.

Réflexions.

1° Les premiers chancres artificiels devinrent gangreneux sous l'influence d'une alfeclion fébrile. On ne pourra pas attribuer cet accident à la qualité du virus dont on se servit , car il était sécrété par un petit chancre vnlvaire simple que portait la malade elle-même , et qui se cicatrisa en peu de jours.

2" Les chancres inoculés dans les mois de mars et d'avril prirent une grande extension , et durèrent longtemps. Je crois que la cause principale de cette particularité, fut la lenteur avec laquelle on procéda dans cette expérience , pendant les premiers temps , et aussi un peu la constitution lymphatique de cette femme.

5 L'application du pus virulent sur l'orifice du vagin ne fut suivie d'aucun résultat, quoique la syphilisation ne fût pas encore bien avancée.

. i" Quel est le motif pour lequel dix-huit piqûres faites en sept fois dans le mois de juin, avec du pus virulent, ne produisirent aucun résultat ? La syphilisation était loin d'être complète, ainsi que le prouvent la longue durer et l'étendue des chancres que l'on inocula sur la fin d'avril et dans le mois de mai , et les autres qui se développèrent ensuite dans le mois de juillet. Je crois que l'on doit en attribuer la cause au mélange du pus avec l'onguent réfrigérant que l'on employait pour le pansement des chancres sur lesquels on prit alors le pus dont on se servit pour faire les inoculations.

5° L'application du pus virulent sur des chancres en voie de cicatrisation , n'en relarda nullement la guérison.

6" La syphilisation modifia jusqu'à un certain point la hlennorrhafjic urétrale. Mais il fallut recourir à la cautérisation du canal urétral pour triompher de l'affection de la muqueuse qui au bout de six mois sécrétait encore du mucus séreux.

Chancre vvlvo vaginal. — Blennorrhagie urélrale. — Excroissances. — Syphilisation. — Ilccision des excroissances — Cautérisation du canal de l'urètre. — Guértson.

BARBE A., jeune fille de 17 ans, tempérament bilioso-sanguin , excellente constitution, bien réglée depuis deux ans, entrée à l'Hôpital le 3 juin 1851.

Elle est affectée d'un chancre à l'orifice vaginal et qui s'avance d'un centimètre dans le vagin, sur une largeur de, deux centim. environ; de plus elle a des végétations sur la vulve, et un écoulement urétral.

C'est sa première vérole, et elle date, selon elle, de 20 jours.

4 juin. — On commence l'expérience en faisant trois piqûres sur la région hypochondriaque droite, avec du pus pris sur son chancre vulvovaginal; il en résulte trois pustules.

16. — Le chancre vulvaire ne présente aucune amélioration, cependant il n'a pas fait de progrès. Les chancres artificiels ont 6 millimètres de largeur, et sont très-douloureux.

Trois nouvelles piqûres sur la région sous-mammaire gauche, répétées le 19 sur la même région du côté opposé: cinq pustules.

9 juillet. — Le chancre vulvo-vaginal se couvre de bourgeons charnus, et il est en voie de réparation. Les trois premiers chancres artificiels ont un centimètre; les autres qui sont situés sur l'abdomen, 6 à 8 millim. , et sont encore virulents.

Deux piqûres sur la région épigastriques : deux pustules. — Quatre piqûres le 10: le 17 trois pustules nouvelles bien développées.

17. — Le chancre de la vulve a bien diminué ; l'écoulement urétral se maintient, mais il est séreux, limpide, peu abondant, et n'occasionne aucune douleur pendant l'émission des urines. On cautérise le canal avec

un crayon de nitrate d'argent, et on coupe quelques végétations vulvaires. Quatre inoculations sur la région hypochondriaque gauche, répétées le 19 sur la même région, et cinq le 21 sur la région infra mammaire droite: douze pustules.

23. — Le chancre vulvaire est cicatrisé en grande partie; des trois de la première inoculation, un est cicatrisé, et deux sont près de l'être; les cinq de l'inoculation du 16 et du 19 juin sont en voie de réparation.

Quinze chancres ont encore l'aspect virulent : tous sont petits (2 à 5 millim.). On fait trois nouvelles piqûres, que l'on répète le 2-i et le 27; elles donnent lieu à 8 pustules.

28. — Le chancre vulvo-vaginal est parfaitement cicatrisé ; on récise quelques excroissances de la même région. Si on comprime le canal urétral, on en fait encore sortir un peu de liquide séro-muqueux. On le cautérise de temps en temps avec le nitrate d'argent ; vers la moitié du mois d'août l'écoulement avait complètement disparu.

Depuis ce jour jusqu'au 11 août, on fait en sept fois trente inoculations, toujours sans résultats , quoique l'on se servit toutes les fois de pus virulent.

13 août. — Quatre inoculations sur la région épigastrique donnent quatre petites pustules, qui ne s'ulcérèrent pas et étaient desséchées le 20 du même mois.

Tous les chancres artificiels sont cicatrisés. Cependant on fut encore obligé de réciser quelques végétations qui se manifestèrent de nouveau sur les caroncules myrliformes.

15. —On continua les inoculations jusqu'au 21 septembre, et on fit en neuf fois 63 piqûres, sans obtenir d'autre résultat que douze pustules très-petites et abortives, qui ne durèrent que 4 à 6 jours.

23 septembre. — La malade sort de l'Hôpital, où elle est restée trois mois et vingt jours; l'état de sa santé est excellent, et n'a jamais souffert le moindre dérangement pendant le traitement. Toutes les cicatrices des chancres artificiels sont situées dans des endroits peu apparents, comme sur les régions latérales inférieures du thorax, épigastrique etc. — Du reste, excepté huit ou dix cicatrices, qui ont de 6 à 10 millim. de large, toutes les autres sont très-petites. Elle a pris 15 bains sulfureux pendant les mois de juillet, août et septembre.

S janvier 1852. — Elle rentre à l'Hôpital; elle n'a souffert aucune incommodité depuis sa sortie de l'Hôpital, il y a trois mois et demi. L'état de sa santé est excellent. (In voit à la face interne des nymphes une petite excoriation irrégulière et superficielle, de la largeur de 2 millim. à gauche, et de 1 à peine du côté droit; toutes les deux sont indolentes. Elle la croit produite par l'abus du coït. Elles ont l'aspect d'une ulcération simple. Pour rendre le diagnostic plus certain, on inocule en deux points sur une femme non syphilisée, et récemment entrée, le mueo-pus qu'il fut possible de recueillir sur ces deux ulcérations. On n'obtient aucun résultat.

Le 16, l'ulcération du côté gauche était déjà guérie, et depuis deux jours celle de la nymphe droite l'est aussi. On voit sur la cuisse gauche, a la région inférieure, une plaque de la largeur de deux centimètres,

formée de petites vésicules disposées en cercle, et comprenant un espace dans lequel sont renfermées d'autres petites vésicules. Chacune d'elles est environnée d'une auréole rouge, et occasionne de la démangeaison. On ne voit nulle part ailleurs une éruption semblable, ni d'autre nature. Elle dit cependant qu'elle a déjà eu, il y a quelques années, une éruption identique, qui a disparu spontanément.

Le 20 toutes ces vésicules sont desséchées. La rougeur et le prurit ont diminué. 11 s'en détache quelques petites écailles.

Elle sort du Syphilicôme. On l'examina sur la fin de février, et on ne lui trouva plus de traces de la plaque qu'elle avait sur la cuisse gauche; elle a continué à jouir d'une santé excellente.

Elle rentre a l'Hôpital le 17 septembre: on voit sur la face interne de la grande lèvre droite un furoncle qui est déjà en voie de guérison. Le 2o, il avait disparu sans aucune médication, et cette fille devait sortir de l'Hôpital, lorsqu'on s'aperçut d'une légère déchirure à la fosse naviculaire, qu'elle dit s'être faite en se lavant. On ne peut reconnaître dans cette déchirure aucun caractère spécifique, cependant , pour plus de sûreté, on inocule le 28, sur une autre femme, le pus qu'elle fournissait; mais on n'obtint aucun résultat.

Le G octobre, cette déchirure est cicatrisée, et la fille A. sort de l'Hôpital; sa santé est excellente.

Elle rentre le 27 octobre 1852. On voit à la fosse naviculaire près d'une caroncule myrtiforme, un ulcère de la largeur de 4 à S millim., offrant un aspect douteux. En outre, elle nous dit que depuis quelques jours ses cheveux tombent plus qu'à l'ordinaire. L'examen attentif du cuir chevelu et de toutes les régions du corps ne fait découvrir aucun indice d'infection générale, ce qui nous laisse un doute sur la véritable cause de cette alopécie.

On fait le 28 et le 29 trois inoculations sur une autre femme , avec du pus de cette ulcération vulvaire ; il en résulte six pustules caractéristiques.

12 novembre. —On récise deux grosses caroncules situées à l'orifice vaginal. Le chancre vaginal a encore l'aspect virulent ; on l'a cautérisé une fois avec le nitrate d'argent. On lui a prescrit, il y a trois jours, une pomade composée de cérat et d'un peu d'acétate de plomb, pour qu'elle s'en oignit les cheveux.

20.— Les plaies que l'on a faites dans le voisinage de l'ulcère vulvaire, ne sont pas devenues virulentes; elles marchent vers la cicatrisation. On peut en conclure qu'il n'était plus virulent lorsqu'on récita les caroncules, pareeque le contact du pus contagieux leur aurait aussitôt communiqué sa virulence. La chiite des cheveux s'arrête, et ils commencent à repousser dans les endroits où ils étaient tombés en plus grande quantité. Il ne se manifeste aucun symptôme d'infection générale; la santé de cette fille est excellente ; il parait donc que l'alopécie n'était pas due à une cause syphilitique.

50. — L'ulcère et les plaies, qu'avait occasionnées la récision des caroncules, marchent vers la cicatrisation,

OBSERVATION u. 287

9 décembre. — 1) ne reste plus un seul point ulcéré à la vulve. 11. — Elle sort du Syphilicôme ; sa santé est excellente; les cheveux repoussent en abondance.

Réflexions.

On doit remarquer d'abord: 1° le peu d'extension des chancres artificiels chez cette femme : aucun ne dépassa un centimètre , et la plupart n'eurent que 2 a A millim. de surface.

2" Le petit nombre de chancres artificiels qu'il fallut pour rendre l'organisme insensible à plusieurs inoculations successives faites avec du pus virulent; elles n'eut en tout que 55 chancres et quelques pustules abortives. Doit-on attribuer cette facilité à être syphiliséc à l'excellent tempérament de cette femme, tempérament bilioso-sanguin et sec? D'autres faits paraissent appuyer celte opinion.

3" Après un grand nombre d'inoculations infructueuses, on voit paraître quatre pustules à la suite de celle du 13 août. Elles furent de courte durée et ne s'ulcérèrent même pas ; mais cependant cela prouve que l'action du virus , peut-être plus liquide , fut ressentie ce jour là par l'organisme.

■i" Les végétations ne furent pas modifiées.

5' La blennorrhagie urétrale se réduisit à un simple écoulement de matière assez limpide , qui disparut facilement , en activant la vitalité de la muqueuse du canal par quelques cautérisations.

OBSERVATION Ll.

Chancres ano-vulvaires vastes et anciens; excroissances à l'anus et à la vulve. Syphilisation. — Rêeision des excroissances. — Gwrison.

MARIE G. femme C, âgée de 22 ans, tempérament bilioso-sanguin, constitution robuste, menstruation régulière, entrée au Syphilicôme le 23 janvier 18S1.

Elle est infectée pour la première fois, et n'a encore fait aucun traitement antisyphilitique. Elle a quatre vastes chancres: un à la fosse navieulairc, nu de chaque coté de l'orifice vaginal et un autre ù l'orifice de l'urètre , en sorte que presque tout l'orifice du vagin et la face interne des nymphes ne forment qu'un seul chancre. Eu outre, elle en a un autre à l'anus, avec des excroissances ano-vulvaires. Son infection date, suivant elle, de plus de deux mois.

50 janvier. — Deux piqûres avec le pus de ses chancres vulvaires, sans résultat.

i février. — Trois piqûres, deux sur l'abdomen, et une sur la cuisse gauche, a\ec du pus d'autres malades: le 7 on voit trois grosses pustules.

27. — Deux inoculations sur la région hypogastrique, avec du pus du chancre artificiel de la cuisse tranche : le 5 mars on y voit der\ pustules.

Les chancres de l'inoculation du i février ont environ 2 centimètres, et sécrètent une grande quantité de pus virulent.

5 mars. — Deux nouvelles piqûres sur l'abdomen, avec du pus de ses chancres, suivies de deux pustules caractéristiques.

Les chancres vulvaires ont un bel aspect, et tendent à la cicatrisation.

15 avril. — Les trois premiers chancres artificiels sont guéris. Ceux de l'inoculation du 27 février ont environ 12 millim., ceux qui se sont développés à la suite de celle du 5 mars, sont moins larges que les précédents; tous sont dans la période de cicatrisation. Les chancres vulvaires et ceux de l'anus sont en grande partie cicatrisés.

Deux inoculations sur l'abdomen, avec du pus de ses chancres; on les répète en quatre points le 17, et en trois le 21, avec du pus d'autres malades récemment entrées; mais on n'obtient jamais de résultats positifs.

27. Tous les chancres vulvaires, ceux de l'anus et les artificiels sont cicatrisés.

Deux nouvelles piqûres infructueuses sur l'abdomen.

Ie'' mai'. — Ou applique du pus d'un chancre sur la muqueuse vulvaire, maison n'obtient aucun résultat; on répète cette expérience sur celle du \agin, et sur celle de l'urètre, les 8, 12, 15, 19 et 22 mai, toujours sans résultais. Il est inutile de dire que l'on prit des précautions afin quela malade ne pût pendant un certain espace de temps, ni s'essuier , ni se laver les parties génitales.

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