‹ La syphilisation étudiée comme méthode curative et comme moyen prophylactique des maladies vénériennesChapitre 57 sur 90 · Deux piqûres sans effet · texte numérisé non relu

Deux piqûres sans effet

On cautérise le chancre vulvaire qui se cicatrise lentement.

i juillet. — Depuis ce jour, jusqu'au 19, on fait en cinq fois treize inoculations, suivies de douze pustules, qui se changent encore en chancres larges de 3 à o millimétrés, qui guérissent dans l'espace de 8 à \i jours.

23. — Le chancre vulvaire est presque complètement cicatrisé; on le cautérise de temps en temps.

On fait entre aujourd'hui, le 28, le ôi juillet, les 2, 7 et 12 août dix-sept piqûres, qui donnent lieu à seize petites pustules, dont la plupart M dessèchent sans s'ouvrir , et qui toutes guérissent dans l'espace de 7 à 10 jours.

Le chancre vulvaire est cicatrisé, et l'induration qui l'accompagnait a disparu.

20 août.— Huit inoculations sans effet. Six le 22 et huit le 28 don-

OBSERVATION LVI. Ôll

nent naissance à quatorze pustules, qui guérissent en très-peu de temps (6 a 8 jours).

17 septembre. — Après quelques jours d'inappétence et de légères douleurs épigastriques, on vit reparaître le météorisme qui céda cette fois à la diète, et à l'oxyde magnésique, répété pendant trois jours à doses réfractées. Quatre piqûres, cinq le 24 et le 28 et deux le 29: on obtient onze pustules fugaces (S à 8 jours de durée).

1 octobre. — Deux piqûres, trois le 4, toujours avec du pus que l'on reconnut ensuite n'être pas virulent, et qui conséquerament restèrent sans résultat.

8. — Trois inoculations avec du pus de chancres indurés d'une femme récemment entrée: le 15 on voit deux petites pustules qui étaient desséchées le 18, sans même s'ouvrir: on répète l'expérience le 18 en six points; il en résulte cinq petites pustules ahortives, et une un peu plus développée qui contenait un peu de pus séreux. On l'inocula le 23 sur une femme sur qui on commençait le traitement syphilisant : il donna lieu a des chancres qui ne différèrent en rien pour le développement et la durée, des autres chancres qu'avaient fait naître chez cette malade des piqûres faites simultanément avec du pus de chancres indurés récents d'une femme infectée depuis peu de jours.

3 novembre. — La fdle V. sort aujourd'hui de l'Hôpital. On ne poussa pas l'expérience jusqu'à l'immunité parfaite, à cause du vif désir que la malade manifestait de sortir de l'Hôpital où elle se trouve depuis près de huit mois. Les maladies intercurrentes qui nous obligèrent plusieurs fois à interrompre la syphilisation , la lenteur peut-être exagérée, mais prudente, avec laquelle on procéda dans le commencement, le caprice de la malade qui se refusait quelquefois obstinément à se laisser inoculer, pour se présenter ensuite d'elle même quelques jours après, telles furent les causes pour lesquelles cette expérience dura si longtemps.

Pendant tout ce temps, il ne se manifesta aucun symptôme d'infection générale, et l'état de sa santé fut toujours excellent. La menstruation se maintint régulière.

Elle a pris dans ces derniers jours cinq bains sulfureux, outre les vingt qu'elle avait déjà pris pendant le traitement de la gale.

Elle porte sept cicatrices de la largeur d'un centimètre environ, outre un grand nombre d'autres plus petites, 'foules cependant sont peu apparentes, superficielles) et vont en se décolorant.

la fdle V. rentre au Syphilicôme le 21 décembre 1851. L'état de -ca sanlé est excellent.

du voit à droite de l'orifice vaginal, sur l'ancienne cicatrice du chancre guéri par la syphilisation, un petit ulcère large de 1 à 2 millim., super- (icit'l et d'un bel aspect.

Kilo fut envoyée au Syphilicôme de Turin par M. Arrigo , médecin d'Alexandrie, que j'avais prié d'avoir la bonté de diriger immédiatement sur Turin les femmes syphilisées qu'il reeon naîtrait atteintes de quelque maladie vénérienne primitive ou secondaire.

Quoique l'on reconnût que celte petite ulcération vulvaire n'était qu'une simple déchirure, cependant, afin de ne laisser aucun doute sur sa nature, on inocula le 22 le pus qu'elle fournit, sur une femme qui n'avait subi aucune inoculation ; on n'obtint aucun résultat.

Le 23 la déchirure était guérie.

Le 27 la fdle V. soit de l'Hôpital.

Elle y rentre de nouveau le 3 juillet 1852.

On voit sur la face interne de la nymphe droite et à l'orifice vaginal un chancre superficiel, d'une forme circulaire irrégulière, d'une couleur grisâtre et de la largeur de prés de deux centimètres. La malade dit qu'elle est depuis deux mois atteinte d'une fièvre tierce, pour laquelle elle a pris quelques doses de sulfate de quinine, qui ne purent la faire cesser entièrement.

Elle est en outre atteinte d'aménorrhée depuis deux mois. 11 y a environ un mois qu'elle a cet ulcère vulvaire qui s'était beaucoup enflammé pendant les accès de la lièvre périodique.

(in a immédiatement recours à de fortes doses de sulfate de quinine, que l'on administre chaque jour pour vaincre cette fièvre.

6 juillet. — Trois piqûres répétées le 13 sur une femme non syphilisée, avec le pus du chancre vulvaire de la malade: aucun résultat.

2t. — Il y a trois jours, il s'est manifesté nue fièvre continue intense, accompagnée de douleurs utérines. On prescrivit deux purgatifs oléagineux , et on fit quatre petites saignées. Aujourd'hui l'amélioration est sensible. Infusion de seigle ergoté.

2!t. — La malade eut deux nouveaux accès de fièvre intermittente, pour lesquels on fut obligé de recourir de nouveau aux préparations de quinine.

25 août. — L'ulcère vulvaire présente depuis plus de 40 jours un bel aspect, et se couvre de granulations ; cependant la cicatrisation marche lentement; c'est à peine s'il a diminué de 5 ou <4 millimètres. On l'a pansé ces deux derniers jours, avec une solution concentrée de chlorure de zinc.

Il y a longtemps qu'il ne s'est plus manifesté d'accès de fièvre périodique, et la santé de la malade s'esl beaucoup améliorée. Mais jusqu'à présent la menstruation n'a pas encore eu lieu, et il y a toujours des symptômes de congestion utérine. Il y a quinze jours, on lui a fait pour ce motif une application de sangsues à l'anus, et depuis vingt jours, on lui fait prendre tous les jours 75 centig. de sous-carbonate de fer et de seigle ergoté.

20 septembre. — On suspendit pendant les premiers jours de ce mois l'usage de la préparation ferrugineuse et de l'ergot de seigle. On le reprit vers la moitié du même mois, à cause de la réapparition des douleurs utérines qui devinrent ensuite aiguës, et furent compliquées de fièvre et de pleurodynie ; on fut obligé le 10 de pratiquer deux petites saignées.

50. — Les deux-tiers de l'ulcère vulvaire sont cicatrisés: on le cautérise de temps en temps.

Hier la malade se plaignit de douleurs à l'épigastre, et de météorisme à la même région: cette affection est fréquente chez cette femme; niais elle céda à l'administration de l'oxyde de magnésie continué pendant quelques jours.

!) octobre. — L'aménorrhée continue; la malade prend de nouveau depuis six jours le seigle ergoté et le sous-carbonate de fer.

Elle a maintenant bon appétit et son état général s'est beaucoup amélioré depuis son entrée à l'Hôpital, jusqu'à ce jour.

Il ne resle plus qu'une petite portion de ulcère vulvaire qui ne soit pas cicatrisée.

29. — H y a encore quelques fongosités sur le siège de l'ulcère; on les cautérise avec le nitrate d'argent.

18 novembre. — L'aménorrhée continue toujours. Cependant la santé du sujet se mandent bonne. Elle ne présente aucun symptôme d'infection constitutionnelle, et sort aujourd'hui de l'Hôpital.

Réflexions.

1" La diminution progressive des chancres artificiels avait été assez régulière.

2" La guérison du chancre vulvaire fut lente, quoique la période de virulence n'eût pas été longue: mais la syphilisation lit disparaître l'induration huntérienne dont il était le siège.

5" La surface de l'ulcère vulvaire devenue granuleuse et près de la cicatrisation, ne se ressentit nullement de l'application du virus, quoique l'on ne fût pas encore arrivé au terme de l'expérience.

•i° Le pus d'une petite pustule abortive qui se développa sur cette malade vers la fin de la syphilisation, ayant été inoculé sur une autre femme, y donna lieu à un ulcère caractéristique qui eut le même développement, et dura autant que les autres chancres inoculés simultanément sur la même région du côté opposé. Ce fait prouverait que la distinction que M. Auzias-ïurcnnc fait des différentes formes de pus, est erronée.

5' La guérison des tubercules muqueux à la suite d'inoculations répétées et la non reproduction des mêmes ni d'autres symptômes syphilitiques généraux nous laissent l'espérance fondée d'avoir trouvé dans la syphilisation un moyen prophylactique et curatif de la syphilis constitutionnelle.

C° L'ulcère vulvaire pour lequel elle rentra au Syphilicôme daus le mois de juillet, n'était pas virulent, ainsi que le démontra l'inoculation; cependant la forme qu'il avait me laisse soupçonner qu'il s'agissait réellement d'un chancre , qui aurait eu une très-courte durée , ou qui peut-être même aurait avorté si l'organisme s'était trouvé dans un état physiologique, c'est-à-dire, s'il n'était pas survenu la fièvre intermittente. Mais les accès répétés et obstinés de la fièvre périodique l'enflammèrent outre mesure, et lui firent prendre près de deux centimètres d'extension. La lenteur de la guérison doit peut-être s'attribuera l'état maladif dans lequel se trouva cette femme pendant quelques mois.

ôl'»

Chancres vulve-vaginaux calleux et très-vastes. Tubercules muqueux vu'vaires ulcérés. — Ecoulement vulvo-vaginal. — Peu d'amélioration par les mercuriuux. — Syphitisatim. — Guérison.

ANNE MARIE P., âgée de 23 ans, tempérament sanguin-lymphatique, bonne constitution, menstruation régulière, entrée à l'Hôpital le 18 février

Kllc esl affectée île vastes chancres durs et calleux, et qui ne paraissent plus wrulcns; ils occupent la fusse navieulaire, la l'ace interne des deux n\ inphes, et s'étendent environ d'un Centimètre sur les parois latérales ila vagin: en outre, elle a un grand nombre de tubercules muqueux ulcérés sur les grandes lèvres, un écoulement puruletlt vulvo-vaginal et la gale.

Elle dit être infectée depuis trois mois, et pour la première fois; elle n'a fait jusqu'ici aucun traitement antisyphilitique. A son entrée à l'Hôpital, on la met dans la salle des galeuses, et ou entreprend le traitement de l'affection cutanée par la pomade alealino-sulfureuse. Dans le commence» ment du mois de mars, comme la malade ne voulait pas se soumettre à la&yphilisalion, on lui administra le protoiodure de mercure à l'intérieur, à lu dose de cinq centigrammes par jour, et on en continua l'usage jusque vers la lin d'avril. (Mi unit ensuite l'élhiops minéral au protoiodure de mercure pour combattre une impétigo de la face, qui s'était manifestée à la suite de la gale. Un cautérisa de temps en temps les cliuncres, et on lui fit prendre des liains simples et des liains sulfureux.

Une gastro-entérite accompagnée de lièvre intermittente fit suspendre l'usage de ces remèdes ; elle a\ait pris 2 grain. 50 de protoiodure de mercure et 14 grain, d'élliiops minéral.

lit juin. — I, 'état général de la malade est assez lion. Les vésicules et les croûtes impétigineuses de la face uni disparu. L'écoulement vulvovaginal a cessé; les tubercules imi(|ucu\ sont déprimés, peu livides, et ne sécrètent plus de pus. Les chancres vulvaires sont cependant toujours dans le même étal que lois de 600 entrée à l'Hôpital: ils sont livides, les hords

et la base sonl indurés, ils ocg sio snt peu de douleur, et sécrètent un

pus liquide et rougeàtre. la malade se décide maintenant à se laisser inoculer. (In lui l'ait en Conséquence trois piqûres avec du pus d'une nu- Ire malade récemment entrée à l'Hôpital, car on craint qu'une inoculation du pus de ses chancres ne soit sans résultat. Le 23 il y a trois pustule- qui sont déjà ulcérées.

7 juillet. — Il n'y a pas encore d'amélioration sensible dans les chancres volvaires. Les tubercules muqueux sont presque au niveau de la peau. Les chancres artificiels sont douloureux et larges d'un centimètre environ.

Six piqûres avec du pus d'un bubon ouvert aujourd'hui même: on n'obtient qu'une petite papule rougeàtre, qui avait déjà disparu le il, et qui peut-être n'était que l'effet de la pi jure.

Cependant le 9, le 11 et 19 on lui fit dix inoculations, partie avec du

OliSERVAI'ION I.VII. 515

pus (le ses chancres artificiels, et partie avec celui d'une autre femme, et l'on obtint dix pustules.

4 août. — Il y a maintenant sur l'abdomen dix chancres larges de 8 à 12 millim.; les trois qui se sont développés à la suite de la première inoculation sont cicatrisés; les tubercules muqueux ont entièrement disparu; les chancres vulvaires prennent un bel aspect; on les cautérise de temps en temps pour les réveiller de leur inertie.

Deux piqûres avec du pus d'une femme soumise depuis peu de temps aux inoculations, suivies de deux chancres. Sept le 41, et douze le 22, avec du pus de chancres vulvaires d'autres femmes , restent sans résultat.

2 septembre. — Tous les chancres abdominaux sont guéris; ceux de la vulve se sont beaucoup améliorés, et commencent à se cicatriser. Deux nouvelles piqûres, suivies d'un résultat positif.

18. — Les deux chancres de la dernière inoculation sont guéris, i's se sont étendus de 3 à 4 millim Le chancre vulvaire continue à marcher vers la cicatrisation.

Quinze piqûres avec du pus d'une femme qui est aussi soumise à la syphilisalion ; il en résulte autant de pustules caractéristiques.

29. • — La malade, qui est aménorrhoïque depuis trois mois, s'est plaint ces jours passés de toux et de dyspnée ; elle a eu ensuite une hémophtlsie pour laquelle on lui fit quatre saignées et on prescrivit pendant quelques jours l'infusion de seigle ergoté. Llle est maintenant convalescente. Les chancres abdominaux ne se sont pas ressentis de cette maladie, ils ne se sont nullement enflammés, et n'ont pas pris une grande extension (3-i millim.).

4 octobre. — Quatre piqûres sans efTet avec du pus d'un bubon ulcéré et gangreneux.

On répèle le même nombre d'inoculations le S, mais avec du pus virulent: on obtient quatre pustules.

17. — Des douleurs intestinales et utérines nous obligèrent de suspendre l'expérience; la diète et de légers purgatifs triomphèrent de cette complication.

Il reste encore trois petits chancres artificiels; mais ils sont en voie

de cicatrisation. Le chancre vulvaire est presque complètement guéri.

Six piqûres, qui donnent lieu à autant de pustules, dont, deux ahor-

tives se dessèchent dans quatre jours, et les autres ne s'ulcèrent pas, et

guérissent dans l'espace de huit à dix jours

20. — Sept inoculations, et huit le 21, donnent lieu à huit pustules qui se dessèchent en six ou huit jours. 2i. — Le chancre vulvaire est parfaitement cicatrisé. ." I . — Toutes les pustules des dernières inoculations sont cicatrisées. On fait encore dix piqûres avec du pus virulent; elles ne donnent lieu qu'à deux pustules ahorthes.

1 1 noi-eu-bie. — Dans les premiers jours de ce mois, on vit reparaître en abondance, pendant plusieurs jouis, la menstruation, qui manquait depuis cinq mois. La fille P. est dans un état de santé excellent; elle suri de l'Hôpital, où elle cet restée prés de neuf mois. Cependant l'es-

5 IC observa nos l v 1 1 .

périence no dura que cinq mois et demi, el fut souvent interrompus pendant longtemps.

Dans les derniers mois, on lui lit encore prendre quelques bains sulfureux, outre le grand nombre de ceux qu'elle avait déjà pris pendant le traitement de la gale. On lui voit sur l'abdomen trois cicatrices d'un centimètre et demi de largeur, huit d'un centimètre, et quelques autres plus petites.

Réflexions.

■1° Les préparations mercurielles ne furent d'aucune utilité pour les vastes et anciens chancres vulvaires qui n'étaient plus virulents. J'ai observé cpie ce résultat était le même pour la plupart des chancres de celle nature; aussi dans ces cas, je n'ai plus de confiance que dans le traitement hygiénique, soit local, soit général, dans les cautérisations, les pansements avec des substances irritantes, la récision des tissus et le temps. Lien plus, je dois dire que souvent j'ai vu empirer ces ulcères par l'usage continué des merciniaux , peut-être à cause de leur propriété déplaslisanle et ennemie des forces vitales.

2" Quelque long qu'ait été le temps employé par les chancres vulvaires pour se cicatriser, sous l'influence de la syphilisation , cependant, où égard à leur nature rebelle à tous les traitements, on ne peut s'empécher de reconnaître que les inoculai ions ont eu sur eux une influence salutaire.

r>" l.a guérison de ces chancres ne doit pas être entièrement attribuée BUS cautérisations, dont l'inutilité nous fut démontrée avant qu'on eut commencé l'expérience, et que l'on ne reprit que lorsqu'ils étaient déjà eii voie de cicatrisât ion.

t" Les tubercules muqueux, que l'on ne pansa jamais, disparurent sans laisser de Iraces.

5° Les premiers chancres artificiels s'étendirent beaucoup , pareeque dans le commencement, on ne faisait les inoculations qu'à de longs intervalles.

(i" Il suffit d'un petit nombre de chancres artificiels pour syphiliseï cette femme, chez laquelle les vastes chancres vulvaires, dont elle était affectée, avaient déjà peut-être donné lieu à un certain degré de syphilisation.

7° La menstruation qui manquait depuis plusieurs mois , reparut sur la fin de la syphilisation; ce fait prouve la salutaire influence du traitement syphilisant sur l'ensemble de l'économie.

Chancre sur le cul de l'uUrus. — Autre chancre induré sur la nymphe gauche. — Tubercules muqueux à la région vulvo-anale. — Syphilisation. — Guérisôn.

ROSE G., jeune fille de 22 ans, tempérament sanguin-lymphatique, bonne constitution, bien réglée, excepté les deux derniers mois où la menstruation a manqué: — entrée à l'Hôpital le 16 mars 1851.

Elle porte un chancre sur la lèvre antérieure du col utérin, un autre induré sur la face interne de la nymphe gauche, de la largeur de 8 à 10 millim., et des tubercules muqueux à la région vulvo-anale. Elle a en outre la gale. Elle dit être infectée depuis un mois, et pour la première fois. Elle n'a fait jusqu'ici aucun traitement antisyphilitique.

On commence immédiatement le traitement de la gale par les préparations sulfureuses ; ensuite , la malade étant disposée à se faire traiter par la syphilisation, on lui fait deux piqûres le 27 du même mois, sur la partie droite de la région hypogastrique, et deux autres le 31 sur le côté gauche, toutes avec le pus de l'ulcère qu'elle porte au col de l'utérus. Il en résulte quatre chancres.

3 avril. — La malade accuse de vives douleurs dans l'utérus; il y a fièvre. C'est l'époque de la menstruation, mais le flux ne parait pas. On prescrit un purgatif et une infusion de seigle ergoté.

5. — Les douleurs et la fièvre continuent, les ulcères artificiels sont enflammés et douloureux, ils prennent un aspect gangreneux.

On fait deux saignées.

6. — Amélioration dans l'état du pouls et des douleurs utérines; les ulcères abdominaux ont encore un mauvais aspect. Nouvelle saignée, — huile de ricin.

8. — Apyrexie. Les ulcères artificiels offrent un meilleur aspect, les douleurs sont moins vives. Ils ont à peu-près un centim. de largeur, mais les deux du côté gauche se sont réunis en un seul. On cautérise l'ulcère du col utérin avec le nitrate d'argent. On ne fait rien au chancre vulvaire qui ne s'est pas ressenti des derniers accès fébriles, et commence à se couvrir de quelques granulations. Les tubercules muqueux ont sensiblement diminué de volume.

10. — On inocule du pus de ses anciens chancres phagé déniques : il en résulte une petite pustule, qui est desséchée le 14: mais le 14 et le 21 ayant inoculé du pus de chancres virulens pris sur d'autres femmes, on obtient quatre pustules.

Ie' moi. — Les ulcères des deux premières inoculations sont peu douloureux, couverts de croûtes, et environnés d'une zone exanlhématique de nature impétisineuse ; ceux du 14 et du 21 sont en voie de progrès el plutôt douloureux. La gale est guérie depuis plusieurs jours. I es tubercules muqueux ont disparu en grande partie; le chancre vulvaire est cicatrisé, il reste encore un peu d'induration sur le point qu'il occupait,

518 observation t.viir.

et celui du col utérin prend un aspect fongueux; on le cautérise dp temps en temps avec le nitrate acide de mercure.

Aujourd'hui et le IS on porte du pus virulent à l'orifice du vagin: aucun symptôme syphilitique ne se manifeste.

22. — Il reste quatre chancres artificiels couverts de granulation^ ils ont 10 à 12 millimètres.

On fait trois nouvelles inoculations, que l'on répète le 20 mai et le 4 juin, toujours avec du pus de chancres artificiels pris sur d'autres femmes ; celles du 20 sont sans résultats, les deux autres donnent six pustules,

- jui,, — Les chancres du 14 el du 21 avril sont cicatrisés, et celui du col utérin est guéri depuis quelques jours. L'induration du chanon vulvaire a complètement disparu.

Trois nouvelles piqûres, vl deux le 10; ces deux dernières seulement produisent deux pustules.

14, — Trois piqûres, et autant le 7 juillet, les premières aveu du muco-pus d'une lilennorrliagie urétralc, et les autres avec le pus d'un bubon ouvert le même jour. Toutes sont infructueuses.

17 juillet. — Deux seuls chancres sont encore ouverts, ils ont six miilim., et sont dans la période de cicatrisation. Les tubercules iimqueux anii-vulvaires sont abaissés à peu près au niveau de la peau, et ne sécrètent plus de muco-pus.

A dater de ce jour, jusqu'au 22 août, ou pratiqua en six fois (rente piqûres avec du pus d'autres chancres artificiels, qui inoculé sur d'autres malades, lit paître des chancres, sans que le sujet qui nous occupe en ait ressenti le moindre effet,

20 octobre. — Ayant vu l'inutilité d'une foule d'inoculations successives, on crut devoir les suspendre pendant quelque temps, dans l'incertitude où l'on était, si cette femme était suffisamment s\ pbilisée, ou si les insuccès des inoculations tenaient à une cause inconnue. On tenta donc de nouvelles inoculations, soit pareeque l'on n'avait pas observé la diminution successive d'extension des chancres , jusqu'il n'être plus que de simples petites pustules, soit à cause de la persistance des trace* des tubercules muqueux qui n'avaient pas encore totalement disparu, malgré le fréquent usage que faisait la malade de bains simples et sulfureux. Ou se servit toujours, du reste, pour les nouvelles inoculations du pus de chancres en voie de progrès. Il faut remarquer aussi, que pendant le mois de septembre , la malade eut un grand nombre d'accès de lièvre périodique, dont on trionqdia par l'emploi du sulfate acide de quinine; ce fut là un des motifs pour lesquels on ne put pas recommencer plutôt les expériences.

On fit donc quatre piqûres avec du pus de chancres artificiels en voie de progrès, et cinq le 22 : on obtint trois petites pustules des premier* piqûres, et quatre des autres.

21. — On prend du pus contenu dans les pustules du 20, on l'inocule en six endroits, et l'on obtient deux pustules caractéristiques, dont le pus inoculé sur une autre femme donna des résultats positifs.

OBSEUVATION I.VIIf. 519

28. — Les pustules du 20 marchent vers la guérison ; de celles du 22, deux sont parfaitement desséchées, et une est lien développée; on inocule du pus qu'elle contient, en deux endroits, et on olitient deux pustules; en outre on fait quatre piqûres avec du pus pris sur une autre femme, et elles donnent lieu ù quatre pustules.

51. — Les ulcères du 20 sont cicatrisés, les autres sont encore virulens. Trente-six piqûres faites entre aujourd'hui et le 3 novembre ne donnent aucun résultat.

13 novembre. — Sept inoculations avec du pus de ses propres ulcères, suivies d'autant de pustules.

1 i. — Les ulcères du 22 et du 28 octohre étaient très-enflammés; les autres ne participaient pas à cette inflammation. Elle ressentit en même temps des douleurs intestinales accompagnées de fièvre.

15. — La phlogose continuait, ainsi que les douleurs occasionnées par les chancres qui s'étaient heaucoup agrandis. On pratiqua une saignée, que l'on répéta le 10; le sang était couenneux. Le 17 il y a amélioration dans l'état général ; la douleur produite par les chancres artificiels a diminué; un d'entre eux a 12 millimètres, deux autres G a 10; deux se sont réunis en un seul. Tous ont encore l'aspect virulent.

I" décembre. — L'amélioration continue dans l'état général de la malade et dans les chancres artificiels , qui marchent rapidement vers la guénson. Le 22, la menstruation qui se faisait attendre depuis huit mois, reparut et fut très abondante. La malade en éprouva un soulagement considérable.

Les chancres artificiels inoculés le 15 du mois passé sont cicatrisés depuis deux jours; ils ne dépassèrent pas 5 millimètres. H ne reste plus de trace des tubercules muqueux ano-vulvaires.

Quinze piqûres avec du pus d'autres malades, donnont neuf petits chancres guéris en dix jours. Quatre inoculations faites le 10 restent sans résultat.

50. — Les jours précédents le flux menstruel a paru de nouveau, mais sur la fin il a été compliqué d'un peu d'érysipèle à la vulve; on en a triomphé par l'emploi du tartre stibié.

Vingt-quatre piqûres suivies de deux chancres qui guérirent en 10 jours; quatre le i janvier 1852 et trente le 15 donnèrent lieu, les premières à deux, et les autres à 20 chancres de la largeur de 1 à 3 mill., qui guérirent tous dans l'espace de 10 à 13 jours.

2 février. — Vingt piqûres sans succès.

13. — Sur la fin de janvier, la menstruation reparut de nouveau en abondance. L'état de la santé'de cette fille est maintenant bien meilleure que lorsqu'on reprit les expériences au mois d'octobre. Elle refusa de continuer plus longtemps le traitement, et on la laissa libre de sortir, quoique la syphilisation ne fût pas complote.

Pendant les onze mois qu'elle resta clans l'Hôpital, il ne se manifesta aucun symptôme de syphilis constitutionnelle.

L'expérience dura dix mois; mais on fut souvent obligé de l'interrompre pendant de longs intervalles, et on la suspendit pendant deux

ô20 OBSERVATION MX.

mois soit à cause de l'indocilité de la malade, soit a cause de l'inutilité des inoculations pendant les mois de juillet et d'août.

Deux des cicatrices ont 15 millim., une autre olilongue et déprimée a 15 millim. de large et 5 centim. de long.

Plusieurs autres ont de 5 à 8 millim.. el enfin il y en a d'autres plus petites.

Elle a pris huit bains sulfureux dans les mois d'août et de septembre.

Réflexions.

i" Le phagédénisme des premiers chancres ne doit pas être attribué à la nature du pus, puisqu'on le prit sur le chancre qu'elle portail au col utérin.

2" Les chancres du col de l'utérus et de la vulve étant déjà hors de la période de progrès, se ressentirent peu de la maladie aigué qui fit devenir phagédéniques ceux qu'on venait d'inoculer.

3° L'inoculation du pus des chancres phagédéniques de la malade w produisit sur elle qu'une petite papule qui disparut rapidement; peulêtre même ne devrait-on l'attribuer qu'a la piqûre faite par la lancette et à la matière hétérogène déposée sous l'épidémie, et non à la qualité virulente du pus qu'on employa.

4° Des pustules impétigineuses environnèrent les ulcères artificiels chez celte femme qui venait d'être soumise au traitement sulfureux, :i cause de gale.

S" Le pus virulent appliqué sur la muqueuse vaginale à une époque ou l'expérience était peu avancée, ne donna aucun résultat.

6° Les chancres artificiels du mois de novembre s'enflammèrent de nouveau à l'apparition de la maladie aigué interne.

7° Le rétablissement du flux menstruel dans les derniers mois, prouve l'influence salutaire de la sypbilisation sur l'état général de la santéde cette femme.

8" Je pense que l'insuccès des inoculations pratiquées pendant les mois de juillet et d'août provint du mélange du pus avec l'onguent réfrigérant dont on se servait pour panser les chancres sur lesquels OU prit le pus destiné à l'inoculation.

9' La sypbilisation lit disparaître l'induration du chancre vulvaire.

Tubercules muqueux condylomateux , confluents, vulvo périnéo-ano-iuguino-cruraux. — Blennorrhagie vulvo-urélro-vayinale. — SyphilisaUiB complète. — Aucun traitement interne, ni externe contre les tubercules.— Guérison.

ELISABETH P. veuve, âgée de 33 ans, tempérament hilioso-lymphatique, bonne constitution, toujours bien réglée, entrée au Svphilicôme le 25 mai 1851.

Elle est affectée d'un grand nombre de volumineux tubercule? muqueux.

OBSERVATION L1X. Ô2t

condylomateux, confluents, dont quelques-uns ulcérés aux régions \ulvaire, périnéale, anale, inguinale et crurale , et d'un écoulement mucopurulent, urétro-vulvo-vaginal. Les grandes et les petites lèvres sont tuméfiées et douloureuses, le col utérin hypertrophié et sa membrane muqueuse couverte de granulations.

Elle dit être infectée pour la première fois, et depuis environ un mois; elle n'a fait jusqu'à présent aucun traitement local, ni général.

Dès le jour de son entrée à l'Hôpital, on la met seule dans une chamhre, parceque les tubercules muqueux, dont elle est affectée, exhalent une fétidité insupportable pour les autres malades.

2G mai. — On commence l'expérience en faisant quatre piqûres du côté gauche de l'abdomen, avec du pus de ses tubercules muqueux, et quatre autres du côté droit, avec du pus d'un chancre d'une autre malade. Le 29 on voit trois petites pustules à droite, et aucune du côté gauche.

29. — Trois inoculations à gauche de l'abdomen avec du pus des tubercules muqueux, et trois a droite avec du pus d'un chancre: on n'obtient aucun résultat de ces inoculations.

â juin. — Trois piqûres à gauche, avec du pus virulent, suivies de trois pustules.

7. — Trois nouvelles inoculations sur l'abdomen, sans résultat.

11. — Les trois chancres de l'inoculation du 26 mai ont environ un centimètre; ils sont très-douloureux, et sécrètent une grande quantité de pus. Les trois, qui se développèrent à la suite de celles du 5 juin , sont encore en voie de progrès, et assez douloureux. Les tubercules muqueux ano-vulvaires auxquels oa n'a fait aucun pansement (I) , sont, beaucoup moins douloureux , et sécrètent moins de pus. La phlogose érysipélateusc des régions externes des organes génitaux va en diminuant de jour en jour.

Trois piqûres sur l'abdomen, répétées le 15, le 19 et le 22 : il en résulte douze chancres.

26. — Les tubercules muqueux commencent à s'abaisser, et sont peu douloureux. Ils sécrèteut moins de pus, et celui qu'ils fournissent est moins fétide.

Trois inoculations faites aujourd'hui ne donnent lieu qu'à une seule petite pustule. Cependant, trois autres faites le 30 et répétées le 4 juin, sont suivies de six pustules bien développées.

& juillet. — Les tubercules muqueux, surtout ceux de la vulve et des aines, ont diminué de moitié, et ne fournissent qu'une très-petite quantité de pus. Ceux qui sont situés à l'anus et entre les fesses, sont plus humides et plus saillants; mais ils ont aussi subi une grande amélioration , et sont moins fétides : c'est au point que la malade est admise le 12 juillet dans une des salles ordinaires, avec les autres femmes.

Les six premiers chancres artificiels sont cicatrisés : sept autres sout

(I) On ne lui fit prendra que deuj lmins simples, les premiers jours après son entre» dans l'Hôpital, et eucorc par suite d'une erreur, et sans qu'ils eussent été prescrits par le suétleci».

m voie de guérison, et les autres sont virulents. Deux inoculations infructueuses.

13. — Deux piqûres, répétées le 18 et le 21 : il en résulte cinq petites pustules.

25. — Les tubercules muqueux ano-vulvaires continuent a s'améliorer.

On fait aujourd'hui quatre inoculations, et trois le 28: il en résulte sept pustules.

30. — On applique du pus virulent sur un chancre artificiel abdominal qui est près de se cicatriser , dans l'intention de le faire devenir de nouveau virulent , et diminuer par ce moyen, s'il est possible, le nombre des cicatrices des chancres inoculés : mais la guérison n'en est ni retardée, ni empêchée.

On répète la même expérience sur deux autres chancres le 2 et le 7 août; mais on ne put jamais obtenir un résultat positif.

2 août. — Il reste encore dix chancres larges de 3 à 4 millim.,et pour la plupart en voie de cicatrisation.

Les tubercules muqueux vulvaires ont presque complètement disparu. Il en reste cependant encore deux: l'un a la grande lèvre gauche, l'autre au pli de la cuisse du même côté, qui sont encore élevés de 5 ou 4 niillim. au de-sus du niveau de la peau ; mais ils ont également beaucoup diminué, Il y a quelque temps que l'écoulement urélro-vulvo-vaginal a disparu. On fait trois piqûres avec le pus des mêmes chancres , sur lesquels on en prend aussi pour l'appliquer sur des chancres qui sont en voie de cicatrisation : il en résulte deux pustules. On fait six autres piqûres le 'o, et l'on obtient encore six petites pustules.

7. — Cinq inoculations suivies d'autant de petites pustules; on applique le pus de ces inoculations sur des chancres en voie de cicatrisation, niai» inutilement. Six inoculations le 12 donnent naissance à autant de petite» pustules.

13. — Six piqûres, neuf le 16 et dix le 20 ne donnent lieu qu'à trois petites pustules abortives.

28. — Les deux tubercules qui existaient encore à la grande lèvre cl au pli inguino-crural gauche, se sont beaucoup abaissés, et ne dépassent presque pas le niveau de la peau. Plusieurs de ceux des fesses onl disparu, et n'ont laissé que des traces de leur existence.

Douze piqûres sur l'abdomen, donnent naissance à six petites pustules qui sont suivies de chancres larges de 2 millim. Vingt piqûres le 31, sans résultat ; neuf le 3 septembre produisent quatre petites pustules abor lives, qui guérissent immédiatement.

20 septembre. — On a suspendu jusqu'à |ce jour l'expérience, à cause de quelques accès de fièvre intermittente à type de fièvre tierce, qui se sont manifestés les premiers jours de ce mois; ils récidivèrent encore. quoique l'on eût aussitôt prescrit un purgatif , et ensuite le sulfate acide de quinine. Aujourd'hui la fièvre a cessé , on reprend le traitement syphilisant , et on fait quatre piqûres suivies de quatre pustules abortives.

Tous les chancres artificiels sont guéris : l'amélioration des tubercule» muqueux va en augmentant.

OBSEIWATION LIX. 523

22. — Dix piqûres, quatre le 25 et cinq le 26 donnent lieu à autant de petites pustules.

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