‹ La syphilisation étudiée comme méthode curative et comme moyen prophylactique des maladies vénériennesChapitre 61 sur 90 · Les chancres artificiels ont environ 3 millimètres · texte numérisé non relu

Les chancres artificiels ont environ 3 millimètres

Trois nouvelles piqûres, répétées le 11, donnent iieu a six pustules,

13. — Le chancre vulvo-vaginal s'est beaucoup amélioré, et marche vers la guérison; aucun changement dans la syphilide; les douleurs aux extrémités ont diminué peu à peu, et ont presque cessé entièrement ii présent.

Deux piqûres avec du pus virulent restent sans effet.

19. — Les premiers chancres artificiels ont à peine 3 ou C millini.. et sont déjà granuleux; les autres ont 5 ou i millimètres.

Trois piqûres faites aujourd'hui donnent naissance à une seule pnstuliqui était déjà guérie le 30.

22. — Trois piqûres, quatre autres le 30, suivies de six petites pustules.

S juillet. — l.e chancre vulvaire est cicatrisé depuis cinq ou six jours. La syphilide est à-peu-près dans le même état que lorsque l'on commença l'expérience, pour ce qui est de la largeur des taches; cependant leur couleur est moins obscure, et il commence à s'en délacher quelques écailles épidermiques. La malade se plaint de douleurs qui depuis trois jours la tourmentent de nouveau à l'épaule gauche, au genou et au tibia du même côté.

11 reste huit petits chancres larges de 2 à 4 millim., tous les autres sont cicatrisés.

Trois nouvelles piqûres suivies de trois pustules.

13. — La malade accuse encore quelques légères douleurs dans les extrémités : on ne lui a prescrit aucun remède, si ce n'est trois bains simples.

Trois piqûres, cinq le 21, sans obtenir de résultat.

23. — Les douleurs ont cessé complètement depuis le 15 du mois passé. Cependant on remarque que cette fille devient triste et taciturne: elle fuit la compagnie des autres malades ; et tandisque celles-ci passent presque toute la journée réunies ensemble, elle au contraire s'assoit solitaire sur son lit, ou dans quelque lieu écarté, et souvent on la voil verser des larmes. On s'informe à plusieurs reprises de l'état de sa santé, mais elle répond toujours qu'elle ne ressent aucun mal.

Depuis ce jour, jusqu'au 7 août, on lui fait en quatre fois dix-huit piqûres suivies de onze pustules, dont quelques unes se dessèchent sans s'ouvrir dans l'espace de six à sept jours; les autres s'ulcèrent, mais

ne dépassent pas 2 ù 3 millim. et guérissent également dans l'espace de 10 à 15 jours.

13 aoilt. — La malade a maigri considérablement; elle ne prend qu'un peu de potage, et même à contre cœur. Cependant elle n'accuse aucun mal. La langue est couverte d\in léger enduit muqueux.

On prescrit 12 grammes de teinture de rhubarbe, qu'elle prit peu a peu le matin , pendant quelques jours consécutifs. On lui fait prendre de temps en temps quelques bains; le 28 juillet, elle en avait déjà pris quatre simples et deux sulfureux.

Huit piqûres sur l'abdomen sans résultat.

20. — L'usage continué de la teinture amére lui a donné un peu d'appétit. Mais sa tristesse et son accablemeut moral ne font qu'augmenter.

Six piqûres sur la région épigastrique suivies de 4 pustules.

22. — Huit piqûres sans résultat. Six le 28 donnent lieu à autant de petites pustules.

3 septembre. — Il reste quatre petits chancres de l'inoculation du 2d août, et six petites pustules abortives de celle du 28.

Dix piqûres sans résultat.

23- Tous les chancres artificiels sont guéris depuis quelques jours; tes taches de la syphilide continuent à pâlir et à fournir des écailles; cependant elles conservent encore la même largeur. La malade est toujours plus mélancolique et plus faible; l'amaigrissement et l'aversion pour toute espèce de nourriture ne font qu'augmenter. Elle est aménorrhoïque depuis deux mois.

Elle ne désire qu'une chose, c'est de rentrer dans sa patrie.

L'état dans lequel se trouve cette fille, son affaiblissement progressif qui provient en grande partie, et peut-être même uniquement de la mélaucolie profonde à laquelle elle est en proie, nous font juger prudent et nécessaire de lui permettre de sortir de l'Hôpital, pendant quelque temps, sous la condition cependant qu'elle y reviendra dès qu'elle aura triomphé de la nostalgie qui la domine actuellement, afin qu'on puisse lui faire suivre le traitement que son état exigera. Elle est restée dix mois dans l'Établissement. Il y a quatre mois que l'on a commencé 'la syphilisation.

Les cicatrices qu'elle porte sur différents points de l'abdomen sonl toutes petites, superficielles, et presque de la couleur de la peau.

Le 19 août 1852, j'eus des nouvelles de cette fille par M. le docteur Piglia qui eut la bonté de m'écrire à son sujet les lignes suivantes:

«Elle demeure maintenant à en qualité de domestique; elle

■I m'a dit que sa santé était assez bonne , et que depuis sa sortie du i< Syphilicômc elle n'a fait aucun traitement.»

Dès que j'eus connu sa résidence, je priais mon excellent confrère, M. le docteur M...., de l'examiner de temps en temps, et de m'avertits'il reconnaissait chez elle quelque symptôme qui put avoir rapport à la maladie vénérienne dont elle a été affectée.

592 OBjtnvATioji lwv.

Réfle

1" Un fait remarquable dans cette Observation, c'est la persistance il» la syphilide, malgré l'usage prolongé à hautes doses des préparations mercurielles. Cependant les frictions furent bien faites et l'économie en ressentit évidemment l'effet, puisque la malade fut sujette à des stomatites mercurielles pour lesquelles on fut obligé de suspendre a plusieurs reprises ce traitement.

2" Les mercuriaux n'avaient pas pu vaincre la maladie, ainsi que le prouvèrent les douleurs ostéocopes, qui se manifestèrent à la suite d'un traitement prolongé pendant si longtemps.

3° Les chancres artificiels furent tous petits et peu douloureux, et un grand nombre d'inoculations furent sans résultat, quoique faites avec du pus de chancres en voie de progrès; cependant elles eurent évidemment une action salutaire sur la maladie vénérienne, car les douleurs ostéocopes cessèrent, et les taches de la peau s'écaillèrent et devinrent plus pales. Je ne parle pas du chancre vulvaire, qui était déjà couvert de bougeons charnus lorsqu'on commença l'expérience, et qui depuis marcha rapidement vers la cicatrisation.

4" D'où vient que tous les chancres artificiels eurent si peu d'étendue? 11 est, je crois, difficile de l'expliquer. On ne peut l'attribuer au tempérament robuste du sujet, puisque cette fille, comme on l'a vu, était lymphatique et d'une faible constitution; ni à de nombreuses infections antérieures, car celle-ci n'était que la troisième, et les précédentes guérirent en peu de temps par un traitement approprié; ni à l'existence d'une syphilis constitutionnelle grave, car on obtint des chancres larges et nombreux chez d'autres femmes qui n'étaient pas moins gravement malades que celle-ci. Peut-être doit-on en bonne partie attribuer ce fait à la longue durée et à l'extension des chancres vulvaires dont elle était affectée.

5" En admettant cette explication, il en résulte qu'un long-traitement mercuriel n'avait pas détruit l'effet syphilisant de ses vastes chancres vulvaires qui sécrétèrent pendant si longtemps une grande quantité de pus virulent.

6" Il ne se manifesta depuis sa sortie aucun nouveau symptôme d'infection constitutionnelle: je pense donc qu'il est permis actuellement de croire qu'il a suffi pour la syphiliser, du petit nombre de chancres que l'on put faire naître sur elle.

Chancres vulvaires anciens et indurés ; bubon inguinal gauche virulent ; blennorrhagie urHrale ; syphilide papulo-pustuleuse. — Traitements mercuriels longs et réitérés suivis de stomatites graves, de gastro-entérite et de diarrhée. — Réapparition de la syphilide sous la forme tuberculeuse peu de temps après la fin du traitement mercuriel. — Commencement de la syphilisation. — A la suite d'affections fébriles graves, les cinq seuls chancres artificiels que l'on a obtenus, deviennent gangreneux, et guérissent après un long espace de temps. — De nouvelles maladies aiguës se manifestent , récidivent plusieurs fuis, et finissent par occasionner la mort de la malade.

JEANNE R., âgée de 27 ans, tempérament lymphatique, constitution molle, prostituée depuis quelque mois, e»trée au Syphilicôme le 16 novembre 18M0.

Elle est affectée d'un chancre induré à la face interne de la nymphe gauche, et d'un autre simple sur lu nymphe droite correspondante; elle a en outre un bubon inguinal gauche yirulent, ouvert depuis quelques jours, une blennorrhagie urétrale, et une syphilide papulo-pustuleuse commençante, sur différentes régions du corps. Elle dit être infectée depuis 2 mois environ, et pour la première fois: elle n'a fait aucun traitement avant de venir dans l'Hôpital. Elle est aménorrhoïque depuis deux mois.

Eu égard à la rigidité de la saison, on entreprit alors un traitement antisyphilitique interne par le proto-iodure de mercure, dont elle prit en tout 2 gram. M) à la dose de S centigr. par jour, en deux pilules. On fut souvent obligé d'en suspendre l'usage , et vers la fin de février on l'abandonna même complètement, pareequ'il déterminait fréquemment des douleurs intestinales accompagnées de diarrhée.

Les chancres se cicatrisèrent après quelques cautérisations; l'écoulement urétral cessa à la suite de quatre cautérisations du canal, avec un crayon d'azotate d'argent; le chancre ganglionnaire, traité par les émoiliens, marchait aussi, quoique lentement, vers la cicatrisation; mais la syphilide persistait, et même devenait plus manifeste.

Sur la fin de février, les fonctions intestinales s'exécutant d'une manière normale, et la nécessité de la continuation du traitement mercuriel se faisant de nouveau sentir, on résolut de le faire par la méthode externe, dans l'espoir que la malade le supporterait plus facilement. Elle consuma do cette manière 120 gr. d'onguent mereuriel, pendant les mois do mars et d'avril. Mais on fut souvent obligé, comme la première fois, d'en suspendre l'usage de temps en temps, ù cause de la stomatite mercurielle, qui se déclarait aussitôt que l'on avait fait quelque frictions, et de la réapparition fréquente de l'entérite et de la diarrhée. Enfin, sur la tin du mois d'avril , la stomatite devint plus grave, la diarrhée plus abondante; on fut donc obligé d'abandonner complètement les mercuriaux. Den raulérisaiions répétées de la membrane muqueuse de la bouche, et des

Ô9't OBSERVATION LXXVI.

gargarismes alumineux firent diminuer ia stomatite. Un régime convenable, des boissons mucilagineuses et acidulés, deux applications de sangsues, l'une aux vaisseaux hémorrhoïdaux et l'autre sur l'abdomen, jugèrent l'entérite et la diarrhée.

Lorsque ces circonstances impérieuses nous eurent oliligé d'abandonner l'usage des mercuriaux, on avait jusqu'à un certain point l'espoir d'avoir triomphé de la maladie vénérienne : en effet, le bubon était parfaitement cicatrisé depuis quelque temps, et il restait peu de traces de la syphilide. Mais, soit que la dose de mercure ne fut pas encore suffisante (ce que je craignais d'autant plus que par suite de l'ignorance ou de la mauvaise volonté de la malade, les frictions furent souvent mal faites), soit que I» diarrhée abondante et la salivation eussent trop promptement chassé le mercure de l'économie, vers la moitié de mai, on vit reparaître la syphilide sous une forme plus grave, la tuberculeuse. On vit d'abord se manifester sur le cuir chevelu, le cou et surtout sur la face, des taches cuivrées, de Connu circulaire, larges de io à 30 millim., sur lesquelles s'élevèrent peu-à-peu de petits tubercules groupés d'une manière irrégulière, n'occasionnant ni douleur, ni prurit, et qui le 30 mai étaient élevés de i à(i millim. au dessus du niveau de la peau.

L'intolérance de P organisme de cette femme pour les mercuriaux, en rendait l'usage impossible; on acquiesça donc au désir que manifestait la malade d'être traitée par la syphilisation dont elle avait reconnu l'utilité sur quelques unes de ses compagnes aussi gravement malades qu'elle. Elle était encore aménorrhoïque.

51) mai. — Trois piqûres sur la région thoracique latérale inférieurs droite, avec du pus virulent d'un chancre en voie de progrès Après 21 heures on voit déjà un point rougeàtrc sur les piqûres; le second jour, une petite vésicule; et le troisième, une véritable pustule.

4 juin. — Quatre nouvelles piqûres à gauche vers la 9"^ et la 10™c côte: il n'en résulte que deux pustules.

12. — La malade se plaint depuis deux jours de douleurs intestinales cl de diarrhée. Elle a la peau chaude, sèche, le pouls donne 90 pulsations, il est petit, profond; la langue est sèche et les bords en sont un peu rouges, il y a soif intense.

Les cinq chancres artificiels , trois à droite et deux à gauche , sont douloureux , avec les Lords engorgés et enflammés , et sécrètent une grande quantité de pus virulent : — deux saignées , diète , glace , décoction de tamarins.

13. — Aucune amélioration : deux nouvelles saignées, boissons acidulés et gommeuses.

10.— Pendant deux jours, il y a eu amélioration des symptômes généraux et locaux. Mais aujourd'hui il se manifeste une nouvelle recrudescence de tous les symptômes, spécialement dans le chancre gaucue inférieur, qui prend un aspect gangreneux: on fait deux nouvelles saignées de 190 grammes.

20. — Les deux chancres phagédéniques , sont stationnaires depuis deux jours , et peu douloureux. Le pus qu'ils sécrètent, inoculé sur plusieurs femmes , donne lieu à la pustule caractéristique, le chancre

droit est oblong, il est formé de la réunion des trois premiers chancres artificiels : il a 5 ccntim. de long sur 2 de large. Celui de gauche n'a que 2 «entim. environ de large; l'autre qui est situé du même côté , mais inférieurement, est couvert d'une escarre gangreneuse. La diarrhée persiste encore, mais elle a cependant un peu diminué; le pouls est toujours fréquent et tendu, la peau chaude et sèche; la malade est encor*tourmentée par la soif: nouvelle saignée de 1 90 grammes que l'on répète le 21.

23. — L'escarre du chancre situé du côté gauche inférieurement commence à se détacher ; mais comme il est encore douloureux et que le> l»ords sont engorgés, on juge à propos de lui faire encore dans la journée deux petites saignées de 130 grammes.

28. — Le 25 l'escarre s'était détachée entièrement, et le 26 le chancre avait un bel aspect , lorsque le 27 il se manifesta un léger accès de lièvre intermittente, à la suite duquel il devint de nouveau gangreneux en quelques points ; les deux autres sont en voie de cicatrisation : huit décigr. de sulfate acide de quinine.

30. — Le chancre, qui était devenu gangreneux, a repris un hel aspect; l'état général est satisfaisant. On prescrit des pilules composées chacune de S centigr, de sulfate de quinine et de camphre, et 1 centigr. d'opium, à prendre une chaque deux heures; on continue la même préparation jusqu'au A juillet. On lui fait aussi prendre deux bains tièdes.

d juillet. — Le chancre gauche inférieur qui, hier, à la suite d'un ac- <-ès de fièvre intermittente, offrait de nouveau quelques points noirâtres, est aujourd'hui rose et d'un bel aspect, depuis que l'accès a cessé. Le fond commence à s'élever, et les bords ne sont plus enflammés; il a maintenant S centim. de largeur sur 5 millim. environ de profondeur; les autres continuent à diminuer d'extension. Tous les tubercules de la syphilide disparaissent de jour en jour. La malade se lève et se promène dans les salles. Le pouls est assez bon, et l'appétit augmente.

9. — Tous les chancres artificiels marchent vers la guérison. On voit sur la région sacrée l'escarre d'un décubitus large d'environ 3 centim.. dont la malade nous a caché l'existence jusqu'à présent : cataplasme émollient ; nouvelle dose de sulfate acide de quinine.

42. — La chute de jl'escarre laisse à découvert une plaie profonde , qui manifeste une tendance continuelle à s'agrandir : fréquentes lotions d'eau froide, et application de plumasseaux de charpie trempées dans la liqueur de Labarraque mêlée avec de l'eau; repos dans le lit. Les chancres artificiels, droit et gauche, sont guéris; la cicatrisation marche aussi rapidement dans celui qu'il est situé inférieurement à gauche.

20. — L'ulcère gangreneux de la région sacrée s'est encore étendu: l'appétit diminue; le pouls est fréquent, la physionomie abattue: nourriture légère, boissons acidulés, pansement comme ci-devant.

30.— La gangrène est bien limitée, et la surface de l'ulcère se déterge: l'état général s'est aussi amélioré.

8 août. — L'ulcère de la région sacrée conserve un bel aspect , et continue à marcher vers la cicatrisation ; mais le pouls se maintient fréquent et la peau est encore plus chaude qu'à l'état normal: en con-

séquence . on fait une nouvelle application de sangsues aux vaisseaux hémorroïdaux. Le chancre artificiel, qui était encore ouvert, est maiictenant cicatrisé. Il ne reste plus de traces de la syplnlide.

29. — Le travail réparateur de la plaie a continué lentement, mais sans interruption jusqu'à ce jour. L'état général n'a pas été troublé par des affections un peu graves; cependant le pouls n'a jamais été entièrement normal, il s'est au contraire toujours maintenu fréquent et un peu tendu, et la peau chaude et sèche. La malade du reste n'accusa jamais de douleur, à l'exception d'une faiblesse générale. On lui fait prendre des aliments succulens et faciles à digérer. Le 29, sans cause connue, on voit apparaître de nouveau la fièvre et la diarrhée. Les bords de l'ulcère du décubitus prennent une couleur noirâtre , et deviennent douloureux : diète , pulpe de tamarins et poudre de Dower : 50 sangsues k l'anus.

Ie1' septembre.— Le mouvement fébrile et la diarrhée continuent; la gangrène de l'ulcère est manifeste; il y a eedèm» des extrémités; mème3 prescriptions; on panse l'ulcère avec la liqueur de Labarraque étendue dans de l'eau.

5. — La gangrène fait des progrès continuels; il y a prostration générale des forces ; le pouls est étroit, petit et très-fréquent. L'œdème des extrémités augmente, et il commence à se former une légère collection de pus dans le péritoine : trois gr. d'onguent mercuriel en frictions sur l'abdomen. On obtient d'abord une diminution de l'ascite, mais les jours suivants il n'y a plus d'amélioration.

■12. — L'état général de la malade alla toujours en empirant, jusqu'au soir, où elle mourut. L'ulcère du décubitus s'était étendu considérablement, (17 centini.), il était sale et profond. Il y avait anasarque, mais peu avancée. On ne fit pas la nécroscopie, pareequ'une maladie, dont j'étais atteint, m'empêchait alors de me rendre a l'Hôpital.

Réflexions.

1" Quel est le motif pour lequel les chancres artificiels sont devenus gangreneux?

Cette femme était aménorrhoïque depuis son entrée à l'Hôpital, et se trouvait conséquemnient dans un état d'orgasme vasculaire qui la prédisposait aux congestions. Les premières doses de proto-iodure de mercure avaient déterminé une irritation intestinale, qui subit différentes phases de guérisons et de récidives sous la plus légère influence, et spécialement à l'époque critique.

Elle devint plus grave à la suite de la stomatite mercurielle occasionnée par les frictions ; mais elle fut très-grave dans l'été , précisément à l'époque où la chaleur excessive de l'atmosphère rend très-fréquentes les diarrhées et les entérites dans notre Hôpital.

Le p is virulent dont on se servit pour inoculer les chancres de cette malade , fut le même que l'on employa pour plusieurs autres chez lesquelles il ne donna lieu qu'à des chancres bénins, et dont la santé ne fut jamais altérée.

Il y eut cinq chancres artificiels qui se développèrent ; quatre devinrent

phagédéniques, et un gangreneux, lorsque l'angioïle et l'enlérile passèrent a l'état aigu. Celui-ci se détergea dès qu'on eut triomphé de la fièvre par les saignées ; mais il se faisait de nouveau gangreneux, aussitôt qu'il se manifestait quelque nouvelle affection phlogistique intestinale ou vasculaire, même légère, et chaque fois que la malade était en proie à un accès de fièvre intermittente; il ne se cicatrisa que lorsque tous les symptômes de phlogosc interne eurent disparu, et que la fièvre intermittente fut vaincue. Pendant que cette femme était affectée de chancres artificiels phagédéniques et d'un gangreneux, une autre qui n'était pas soumise à la syphilisation, dont le lit se trouvait à côté du sien, et qui avait plusieurs ulcères scrofuleux aux régions cervicales, fut prise de quelques accès de fièvre intermittente, à la suite desquels ils devinrent gangreneux, et qui ne changèrent d'aspect que lorsque la fièvre fut vaincue.

MM. les Membres de la Commission Académique furent également témoins de ce fait.

On observe tous les ans dans notre Hôpital, pendant l'été, des cas graves de chancres gangreneux; une longue expérience et une observation suivie m'ont convaincu qu'ils sont toujours le résultat d'une condition phlogistique viscérale ou vasculaire, et non pas du plus de virulence du pus. Je crois donc pouvoir en conclure que l'aménorrhée, les mercuriaux et la saison des chaleurs déterminèrent chez cette femme l'inflammation intestinale et angioïque qui fut la cause de la gangrène du chancre artificiel.

2" La gangrène de l'ulcère delà région sacrée fut-elle l'effet du décubitusou de la syphilis?

Cette femme était restée quelque temps couchée horizontalement , pendant qu'elle était affectée d'une grave inflammation interne ; ce fait explique facilement comment une compression continuelle et prolongée , agissant sur un fond aussi enflammé , a pu déterminer la gangrène de la région sacrée. Les considérations suivantes prouveront que cet ulcère n'était ni virulent, ni syphilitique. Lorsque la gangrène se manifesta dans le décubitus, il y avait longtemps que les chancres des parties génitales étaient guéris, tous ceux des inoculations artificielles étaient près de se cicatriser, et la syphilide elle-même avait disparu. De toutes les piqûres des sangsues que l'on avait appliquées à l'anus, et sur lesquelles coulait continuellement le pus de l'ulcère gangreneux de la région sacrée, aucune ne resta ouverte, aucune ne passa en suppuration, ni acquit les caractères syphilitiques, comme cela se voit lorsqu'il y a des chancres près de l'anus. De plus, vers le commencement du mois d'août l'ulcère du décubitus lui-même était déjà complètement détergé, les chancres artificiels étaient tous cicatrisés, la syphilide avait disparu, l'appétit commençait à renaître, et les forces à revenir, au point de nous laisser l'espoir de la voir guérie en peu de temps. Si l'ulcère du déeuhitus reprit l'aspect gangreneux, ce ne fut qu'à la suite de la nouvelle apparition de la fièvre et de la diarrhée. J'ajouterai envore une considération très-importante, et dont Mil .les Membres de la Commission Académique sont a même d'aprécier la vérité, c'est que lu destruction des parties molles »<• lui pas d'abord l'effel d'un procès

ulccratif, mais gangreneux; que l'ulcère qui suivit la vaste escarre "gangreneuse prit un bel aspect aussitôt que la gangrène s'arrêtait que, véritable représentant de l'affection phlogistique interne, il en suivit toutes les phases. Je crois donc pouvoir en conclure que l'ulcère du décubitus l'ut encore malheureusement une conséquence de l'inflammation viscérale et vasculaire dont la malade était affectée.

5' Doit-on attribuer la mort de Jeanne R. à l'ulcère artificiel qui devint gangreneux?

Il serait absurde de croire qu'un chancre artificiel gangreneux, quoique vaste et profond ait pu occasionner la mort :

i" Parcequ'il n'y en eut qu'un seul sur les cinq qui passa eu gangrène.

2J Parceque l'on voit tous les jours un grand nombre de chancres artificiels sur d'autres malades, et cependant elles n'en souffrent pas, pareequ'ils ne sont pas inoculés sur des sujets qui soient alteints (le quelque inflammation interne.

3" Parceque tous les chancres artificiels pluigédéniques et les gangreneux étaient cicatrisés longtemps avant l'issue funeste de la maladie. 4" Parcequ'il ne s'est manifesté aucun symptôme syphilitique depuis la cicatrisation des chancres artificiels.

5" Enfin parceque la gangrène du chancre artificiel fut l'effet et non la cause de la grave inflammation interne qui se serait manifestée également sans la présence des chancres artificiels, et aurait probablement exigé un traitement aussi énergique que celui que nous avons suivi. De là, je conclus que la mort de cette femme ne doit pas être attribuée aux chancres artificiels, mais bien à l'angioïte et ù l'entérite.

i" Quelle fut l'étiologie de l'angioïte, de l'entérite et de l'anasarque?

L'aménorrhée fui probablement la cause prédisposante. Les mercuriaus et l'air miasmatique de l'Hôpital dans lequel ces maladies sont frès-tréquentes pendant l'été, furent les causes déterminantes. L'anasarque qui se manifesta dans les derniers jours delà vie, fut le dernier produit di l'angioïte, et peut-être de quelque lésion du foie: elle ne contribua pas peu au développement et à la gravité de la gangrène.

5° IS'outrepassa-t-on pas peut-être les règles de la prudence dans la méthode antiphlogistique déplétive?

Je ne lo crois pas, et je suis persuade que ce traitement était indispensable : en effet, la fièvre intense, et la gangrène du chancre artificiel ne cédèrent qu'aux saignées que l'on pratiqua. Du reste, les avantages que l'on retire tous les jours de l'emploi de ce système dans le traitement des chancres artificiels, en démontrent assez i' utilité,

G° Doit-on attribuer la guérison de la syphilide au petit nombre d'inoculations que l'on fit, ou au traitement antiphlogistique, ou enfin à l'action révulsive des chancres artificiels ?

Les chancres artificiels, à l'exception de celui qui était situé à la partie inférieure gauche qui devint gangreneux, furent à la vérité pliagédéniques, mais cependant ils restèrent virulens, ainsi que le démontra l'inoculation, sur plusieurs autres femmes, du pus qu'ils sécrétait. Leur durée fut assez longue pour que nous puissions croire qu'ils ont produit

OBSERVAT10K LXXVII. 599

une modification salutaire sur l'organisme. S'ils ne furent pas capables de la syphiliscr entièrement, ils suffirent cependant pour faire disparaître la syphilide qui persistait encore après les saignées, et pendant que les chancres artificiels sécrétaient une grande quantité de matièrr purulente, et qui ne guérit complètement que lorsqu'ils furent tous cicatrisés. En outre, on ne vit reparaître aucune trace de la syphilide, mêrn* après que l'action révulsive des chancres eut cessé, et que l'état général de cette femme se fut un peu amélioré dans le mois d'août.

Quoique les cinq chancres artificiels n'aient pas été suflisans pour la syphilisër, je dois faire observer qu'ils n'ont occasionné aucun trouble, si même la puissante révulsion qu'ils déterminèrent ne contribua pas à arrêter et à suspendre pendant quelque temps la marche de la phlogose interne.

7° Comment se fait-il que le mercure introduit dans l'économie n'ait pas empêché que des chancres artificiels, quatre devinssent phagédéniques et un gangreneux?

C'est un fait singulier , et que nous avons déjà observé scir d'autres malades, que les chancres artificiels deviennent presque toujours plus graves chez les individus auxquels on a administré peu de temps auparavant le mercure à fortes doses. Cela dépend probablement de ce (pie le mercure introduit dans la circulation sanguine en altère la crase, et prédispose l'individu a une condition angioïque spéciale; et il n'est pas un praticien qui ne connaisse quelle funeste influence elle exerce sur les ulcères, même sur ceux qui ne sont pas spécifiques. Mais en admettant même l'crronéité de cette explication, il n'est pas inutile de noter ce fait, car on peut en retirer une leçon utile.

Le corollaire le plus important que je crois que l'on doit déduire de cette observation, c'est de ne jamais entreprendre la sypbilisation, si ce n'est lorsqu'il n'existe plus d'indice de phlogose interne, ou, si elle existe, lorsque l'on aura préparé l'individu par uu traitement antiphlo- It'istiquc.

OBSERVATION LXXVH.

Tubercules muqueux coruhjlomateux anu-périnro- vuhaires. — Syphilide tuberculeuse. — Syphilisatiori. — Guérison.

MARIE R., jeune fille âgée de 19 ans, tempérament sanguin-lymphatique, bonne constitution, menstruation régulière, entrée ù l'Hôpital l«t 7 juin 1851.

Cette malade porte de nombreux tubercules muqueux condylomateux ulcérés à la vulve, au périnée et à l'anus; elle est en outre affectée d'un écoulement purulent vulvo-anal. On voit une petite cicatrice à la foss* naviculaire, et une très-grande ;i l'aine droite laissée par un bubon passé en suppuration et guéri depuis quelques jours sans traitement antisyphilitique. Elle n'a jamais eu d'autre infection. Elle a en outre la sale.

400 OBSERVATION l.XWlt.

Ou commence immédiatement le traitement de cette dernière affection par la pomade alcalino-sulfurense, et on lui fait prendre en même temps un grand nombre de bains sulfureux. Vers le milieu du mois de juillet, lorsque la gale était guérie, on voit apparaître sur la face, sur le cou, sur les épaules et entre les omoplate* de la malade une éruption syphilitique tuberculeuse, offrant tous les caractères de celte syphilide si bien décrite par Cazenave sous le nom de syphilide tuberculeuse régulière disposée en groupes. On voit des plaques de différentes grandeurs, une. entre autres au milieu des omoplates, de la largeur de A à 5 centimètres, quinze ou seize autres plus petites qui n'ont pas pkis de 6 à 20 millim. <T extension ; toutes sont formées de petits tubercules cuivrés, disposés en cercle et comprenant un champ central un peu élevé, et d'une couleur cuivrée livide : outre ces plaques, on observe encore d'autres tubercules plus petits, mais également caractéristiques dispersés sur les mêmes régions et sur le cuir chevelu.

La malade ne s'opposant pas à ce qu'on la traite par Ja sypbilisalion, on commence l'expérience le 28 juillet, après l'avoir préparée avec quelques purgatifs, et des boissons nitrées.

La sypliilide fait des progrès continuels, niais les tubercules ann-pcrinéo-vulvaircs, cl spécialement ceux de la vulve ont beaucoup diminue depuis l 'époque de son entrée à l'Hôpital.

28 failli I. — Depuis ce jour, jusqu'au 18 du mois d'août, on fait en huit fois, et à 2 ou 5 jours il intervalle, cinquante inoculations avec du pus virulent d'ulcères artificiels pour la plupart indurés, existants sur d'autres femmes soumises à la sypbilisalion. On choisit pour faire les piqûres les régions latérales inférieures du thorax et lombaires afin que les cicatrices puissent plus facilement se cacher. Toutes les inoculations, ù l'exception de trois, sont suivies d'ulcère* caractéristiques.

20 août. — J.es chancres des deux premières inoculations (28 juillet et Ti août) au nombre de sept, sont très-avancés dans la période de transformation ; ils ont 12 ait millim. de largeur. Parmi les autres , quelques- uns sont entourés d'une zone inflammatoire et un peu indurées; d'autres ont passé la période de progrès , ils sont peu douloureux , et l'on voit déjà quelques granulations paraître sur le fond de l'ulcère. I.a diminution en grandeur est évidente dans les chancres successivement inoculés; on les panse tous avec du cérat, des cataplasmes émolliens, et de temps en temps on fait prendre quelques bains simples. La syphilide s'est beaucoup améliorée ; les tubercules épars, les moins considérables commencent à pâlir; les plaques circulaires s'écaillent , s'abaissent , et la couleur cuivrée de leur centre disparait. Les tubercules vuhaires ont beaucoup diminué; l'amélioration n'est pas aussi sensible pour les tubercules condylomateux de l'anus, quoique cependant ils se soient aussi un peu abaissés.

Douze inoculations sur les régions dorsales, huit le 22 et douze le 21, avec du pus pris sur les chancres artificiels de la malade, font naître vingtsept pustules.

■ 28. — Les chancres des quatre premières inoculations (28 juillet, o, '■ 10 août) sont cicatrisés; un grand nambre d'autres ennt en voifidS

OBSERVATION LXXVIf. 401

juérison ; ceux des trois dernières inoculations sont peu enflammés , presque indolens et peu développés (2 à 4 mill.). L'amélioration continue pour les tubercules cutanés et ano-vulvaires. Douze piqûres faites aujourd'hui avec du pus pris sur des chancres d'une autre femme, ne donnent lieu qu'à cinq petites pustules, qui n'occasionnent presque pas de douleur, et qui se dessèchent avant le lme jour. On répète l'expérience le 31 et le 3 septembre, en 18 points la première fois, et en 12 la deuxième; on obtient treize pustules de la première inoculation, et douze de la seconde.

18 septembre. — Une légère entérite compliquée de diarrhée oblige de suspendre l'expérience pendant une quinzaine de jours. Les chancres des deux dernières inoculations, exaspérés par l'irritation intestinale, furent plus douloureux que la plupart des autres, et acquirent une étendue de 7 à 8 millimètres. Maintenant cependant ils sont en voie de tran formation. Il reste encore quelques ulcères des inoculations du 22 et du 24 août, mais ils sont près d'être cicatrisés complètement. La syphilide s'amende de jour en jour; les petits tubercules répandus sur le cou, sur la face et le cuir chevelu ont disparu, en ne laissant qu'une petite tache sur le point qu'ils occupaient; les plus volumineux se sont abaissés au niveau de la peau ; il ne reste plus que des traces des tubercules muqueux de la vulve.

Dix piqûres faites aujourd'hui ue donnent que trois petites pustules qui guérissent en six jours. Le 20, douze nouvelles inoculations suivies de dix pustules.

22. — Outre les pustules produites par les deux dernières inoculations, il reste encore onze chancres artificiels suppurants; mais la plupart sont couverts de croûtes, et tous sont dans la période de cicatrisation. On n'obtient aucun effet de six inoculations faites aujourd'hui, et de six autres répétées le 24, toujours avec du pus de chancres artificiels existants sur d'autres femmes.

28. — Les taches cutanées , reste de la syphilide, vont en se décolorant ; cependant les tubercules muqueux de l'anus persistent encore , quoiqu'ils aient diminué de volume.

On voit encore S ou 6 petits chancres couverts d'une croûte sèche , et presque totalement cicatrisés.

Deux piqûres sur lé dos, avec du pus pris sur des chancres artifrciels d'une autre femme soumise à la syphilisation, font naître deux pustules, qui étaient desséchées neuf jours après.

Ier octobre. — Deux autres piqûres avec du pus d'un bubon gangreneux ne donnent naissance à aucune pustule.

i. — Dix piqûres faites dans quatre inoculations pratiquées le^. le 9, le 13 et le 18, produisent autant de pustules, qui guérissent sans s'ulcérer, dans l'espace de 8 à 12 jours. On se servit toujours du pus de chancres indurés d'autres femmes.

20. — Les taches cutanées deviennent de plus en plus pâles ; les tubercules de l'anus sont encore un peu relevés au dessus du niveau de la peau, et continuent à sécréter beaucoup de muco-pus. Désirant connaître reffel du pus viruleut sur les tubercules muqueux ulcérés, on en prend

sur des chancres en voie de progrès, et on l'applique sur les tubercules que la malade porte à l'anus, en l'y maintenant au moyen de plumasseaux de charpie. Cette expérience, répétée successivement les 20 , 22, 84, 27, 28 et 29 octobre, ne produit pas le moindre elTet sur la marche des tubercules, et ne les empêche pas de diminuer et de s'abaisser graduellement.

Quinze piqûres le 20 et le 24, dix le 28 et le 31 , avec du pus de chancres artificiels d'autres femmes; on obtient 28 petites pustules, qui guérissent au bout de 6 à 8 jours, excepté trois provenant de la dernière inoculation, qui s'ulcèrent, et ne sont pas encore totalement cicatrisées le 13 novembre.

3 no;;em6re. — Quatorze inoculations pratiquées aujourd'hui, avec du pus d'autres femmes, et dix le 8 , restent infructueuses.

H. — On touche légèrement avec le nitrate d'argent les tubercules muqueux de l'anus, qui continuent encore à sécréter une petite quantité de mueo-pus.

On fait aujourd'hui quatorze piqûres, huit le 13, et vingt le 19; il en résulte 38 petites pustules.

24. — Du 16 au 20 de ce mois, la malade accuse de violentes douleurs à l'utérus ; le pouls est fréquent et tendu : on prescrit par deux fois l'huile de ricin. Le 21 parut la menstruation , qui fut très-abondante pendant quatre jours ; maintenant elle est prés de cesser. Les pustules des trois dernières inoculations se sont enflammées et ulcérées, sous l'influence de l'éréthisme vasculairc , qui précéda le flux menstruel. Mais dès qu'il eut coulé en si grande abondance, la phlogosc des ulcères diminua pour cesser bientôt tout-à-fait.

l«r décembre. — Les tubercules muqueux de l'anus ont disparu. I.« taches cutanées deviennent toujours plus pales. Tous les chancres artificiels sont guéris.

Vingt piqûres faites aujourd'hui et dix le S , sont suivies de vinglquatre pustules très-petites , dont la plus grande partie se dessèchent en 4 ou 5 jours , quelques unes en 6 ou 7 jours.

14. — À dater de ce jour, jusqu'au 6 janvier 1852, on fait en cinq fois soixante- six inoculations : on n'obtient qu'une seule pustule de l'inoculation du 27 décembre où on en avait fait trente avec du même pus. Cette pustule dura huit jours , parce qu'elle se trouvait sur la région latérale, et inférieure du thorax , où elle était continuellement irritée par les vêtements. Le pus employé pour ces inoculations, fut pris deux fois sur des chancres artificiels récents (9 jours de date) développés chez une femme soumise depuis peu de temps à la syphilisation , une fois sur un chancre vulvaire induré virulent, deux autres fois sur des ulcères vulvaires.

18 janvier 1852. —Marie R. sort de l'Hôpital: les taches laissées par les petits tubercules ont disparu ; celles qui occupent l'emplacement des plus volumineux, sont à peine visibles , et ont perdu la couleur cuivrée livide qu'elles avaient. Les nombreuses cicatrices des chancres artificiels sont situées sur les régions dorsales , latérales du thorax , et quelques unes à la région épiçastrique ; les dernières ont une cou-

OBSERVATION LXXVIF. 405

tour rouge, niais les plus anciennes commencent à devenir blanchâtres. Cette malade est dans l'Hôpital depuis 7 mois et \\ jours; mais il faut remarquer que l'expérience ne fut commencée qu'un mois et vingt-un jour après son entrée : cm la continua depuis, pendant S mois et 20 jours. La santé de cette femme est florissante , et elle s'est toujours conservée dans le même état pendant tout le temps de son séjour dans l'Établissement.

Réflexions.

i" 11 est possible que, le traitement sulfureux alcalin dirigé contre la gale, ait contribué à faire développer plus promptement la syphilide. Il me parait avoir observé d'autres fois ce fait dans l'Hôpital des femmes vénériennes ; mais on ne peut dire rien de certain à ce sujet , à cause de l'extrême irrégularité que l'on remarque dans l'apparition des syphilides et des autres symptômes syphilitiques constitutionnels après l'infection primitive. Le raisonnement cependant parait confirmer ma manière de voir : — lorsque il y a déjà infection générale , mais qu'elle ne s'est encore révélée par aucun des symptômes de la syphilis constitutionnelle, et qu'elle est encore, pour ainsi dire, incertaine du choix du tissu sur lequel elle doit porter ses ravages, si la peau est soumise à l'action d'une cause irritante, quelle qu'en soit la nature, pomade, chaleur, ou i'acarus lui-même, celte cause déterminera un plus grand afflux de sang dans les capillaires cutanés, irritera les extrémités des filets nerveux qui y aboutissent , et alors il est probable que la syphilis choisira ce tissu rendu plus sensible et plus vaseulaire, et qu'elle y produira toutes les lésions dont elle est susceptible. Bien plus, la maladie interne, qui serait probablement restée latente pendant plus ou moins longtemps, manifestera plus tôt sa présence par des symptômes extérieurs.

2° La syphilide commença à céder peu de jours après que l'on eût entrepris l'expérience, et elle ne fit que progresser tant que l'on n'employa que les bains simples , les purgatifs , etc.

5° Vers la moitié de novembre , on n'obtenait plus que de petites pustules qui guérissaient souvent sans s'ouvrir. L'orgasme vaseulaire qui se manifesta à l'époque de la menstruation, suffit pour déterminer l'inflammation et l'ulcération de celles qui existaient alors. Mais la menstruation ayant été abondante, les ulcères qui s'étaient un peu étendus marchèrent rapidement vers la guérisoo.

4° Tous les chancres artificiels furent de courte durée , eu égard à la largeur de quelques uns d'entre eux. Je crois que la raison en est dans la multiplicité et le rapprochement des inoculations pratiquées surtout pendant les derniers mois.

Wt

OBSERVATION LXXVflI.

Chancres et tubercules muqueux ano-vulvaires , ulcère seconduiri sur l' amyt/dale gauche. — Syphilide tuberculeuse. — Sijphilisation. — Guérison.

PÉTRONILLE S., àgéc de 24 ans, tempérament bilioso-lymphalique, bonne constitution , menstruation ordinairement abondante, entrée à l'Hôpital le 3 octobre 1831

Elle est affectée d'un chancre large d'environ tin centimètre et eu voie de cicatrisation, à la fosse naviculaire, d'un autre d'environ trois centimètres et virulent, à l'orifice de l'anus , et de tubercules inuqueux naissants à l'anus et ù la vulve: on en voit en outre aux commissures labiales et ù l'orifice antérieur des narines. Elle a encore un autre ulcère rond et jaunâtre sur l'amygdale gauche: de plus, la face, le cuir chevelu, mais surtout le menton , les ailes du nez et les sourcils sont le siège d'une éruption cutanée formée par des tubercules qui s'élèvent de 2 à 8 millimètres au dessus du niveau de la peau, dont quelques uns sont disposés irrégulièrement et les autres, au contraire, de manière à renfermer un espace de tissu cutané sain, au milieu d'tm cercle de tubercules couverts de croûtes jaunâtres peu adhérentes. Lorsqu'on les délurlie, les lubercules que l'on découvre sont mous et granuleux, de manière s ressembler à une fraise-, ils sont du reste peu douloureux au tomber. Ils sécrètent continuellement une humeur visqueuse qui se dessèche en peu de temps, en formant une croûte nouvelle.

C'est la deuxième infection qu'elle contracte; elle a déjà été traitée dans les mois de mai et de juin passés, pour un chancre à l'anus, par de simples moyens locaux.

Cette infection date de près d'un mois; mais la syphilide faciale n'a commencé à se manifester que vers la moitié du mois du septembre.

On commence immédiatement l'expérience le lendemain de son entrée.

4 octobre. — Cinq piqûres sur la région thoracique latérale droite, avec du pus d'un chancre vulvaire induré d'un autre femme, sont suivies de quatre pustules. On lui inocula le même jour, et de nouveau le 6, du pus d'une ulcération vulvaire d'une autre malade : on obtint aucun résultat, parcequ'elle n'était pas virulente.

7. — Deux piqûres, et dix le jour suivant, toujours avec du pus d'un chancre vulvaire induré et récent : il en nait onze pustules. Le 8 on inocule en deux points le pus d'un chancre vulvaire récent d'une femme ncomplètement syphilisée: il en résulte également, et dans le même ispace de temps deux pustules.

9. — Entre ce jour, le 12 et le 17, on lui fait vingt-huit piqûres avec du pus de ses chancres artificiels; elles donnent lieu à vingt-une pustules.

19. — Hier il se manifest* hh» fièvre plutôt intense, dépendant »r«-

bablciueiii d'embarras gastrique: on prescrivit le tartre-slibié ; aujourd'hui il y a apyrexie et la malade sent renaître l'appétit.

La syphilide n'a subi jusqu'ici que peu d'amélioration, il ne s'est détaché que quelques croûtes dans l'intérieur du nez, et elles n'ont pas reparu. Le chancre de la fosse naviculaire est presque cicatrisé, et les tubercules muqueux ano-vulvaires ont disparu par des moyens hygiéniques. Les chancres inoculés le 4 et le 7 octobre ont tous la même largeur, 8 à 10 millimètres, ils paraissent encore virulens, et sont plutôt douloureux. De ceux que l'on a inoculés le 8, ceux qui ont été produits par le pus du chancre induré se développent d'avantage ; en effet, ils ont 6 millim. de largeur, et sont virulens , tandis que ceux auxquels donna lieu le pus d'un chancre volvaire d'une femme en partie syphilisée n'ont que 3 millim., et paraissent déjà marcher vers la cicatrisation. Ceux de l'inoculation du 12, qui fut suivie de pustules presque ahortives, sont déjà cicatrisés: au contraire ceux que l'on inocula le 9 avec le même pus, sont encore ouverts et virulens.

23. — Les deux chancres produits par l'inoculation du pus d'une femme en partie syphilisée , sont maintenant cicatrisés. Les autres inoculés le même jour avec d'autre pus, ont 6 ou 8 millim., et sont déjà un peu granuleux.

Ceux des inoculations des 4, 7 et 9 de ce mois sont entrés dans la période de cicatrisation; ceux du 17 sont en voie de progrés.

Huit piqûres, et dix le 23, toujours avec du pus de ses chancres artificiels: douze pustules.

28. — Les tubercules muqueux ulcérés endo-nasaux commencent à s'améliorer, ainsi que les pustules du cuir chevelu qui se dessèchent et disparaissent. La syphilide tuberculeuse de la face n'a subi que peu ou presque point d'amélioration.

Le chancre vulvaire, ainsi que ceux des trois premières inoculations *ont guéris; on peut observer sur eux comme sur les successifs, la diminution régulière et progressive ordinaire dans le diamètre.

Neuf piqûres avec du pus de ses chancres, et quatre avec celui de petites pustules d'une femme qui est dans un degré de syphilisation très-avancée: il en résulte douze pustules.

31. — On fait avec le pus de ses chancres artificiels douze piqûres aujourd'hui , huit le 3 et sept le 9 novembre : toutes sont suivies de résultats positifs.

H novembre. — Les croûtes de la syphilide se dessèchent de plus eu plus, et depuis quelques jours elle parait se limiter. L'ulcère de l'amygdale gauche est cicatrisé depuis quelques jours. Les chancres nés à la suite de l'inoculation du 28 du mois passé, que l'on fit avec du pus pris sur différentes personnes, eurent le même développement : ils s'étendirent de 3 millim. environ, et hier ils étaient tous cicatrisés. Ceux de l'inoculation du 3 sont ouverts et virulens; ceux du 31 octobre sont en voie de cicatrisation , et presque desséchés ; tous les autres sont cicatrisés.

Depuis ce jour, jusqu'au 29 de ce mois, on fait en ciuq fois quarante ueuf piqûres; trois fois avec du pus d'un chancre vulvaire induré et

''06 observation I.X.VVlll.

récent d'une autre malade, et les deux autres avec celui de ses chancres artificiels: il en résulte trente-neuf pustules qui s'ulcèrent presque toutes, mais guérissent dans l'espace dé 8 à I 2 jours, sans s'étendre plus de Ï a 3 millimètres.

5 décembre. — Il y a quelques jours que les croûtes de la sypliilide commencent a se détacher, en laissant à découvert des taches cuivrées; qui ne s'élèvent pas au dessus du niveau de la peau, et qui ne laisseront pas de trace de leur existence, lorsque leur couleur spéciale SB sera effacée. Les tubercules muqueux des narines et de la commissure labiale ont complètement disparu.

On fait quelques piqûres les 5, 10, 13, 20 et 26, avec du pus decliancics vuUairas d'autres malades: il en résulte vingt-deux pustules, dont trois abortives, et les autres guéries dans 8 ou 10 jours, quelques unes sans même s'ouvrir.

30- — Vers la moitié du mois, on observa des vésicules de pale sur les mains, le ventre et les cuisses: elle l'avait contractée dans l'Hôpital avec d'antres malades. (In la soumit à un traitement externe par In pomade sulfureuse alcaline et des bains de sulfure de potassium.

I.a sypliilide a continué à marcher vers la guérison jusqu'à la moitié de ce mois ; il ne restait plus que quelques croûtes à la région sourd- Mère droite et sur le menton. Mais depuis lors, l'amélioration cessa complètement ; et depuis deux jours, on aperçoit de nouveau sur les régions cpii avaient élé le siège de l'ancienne éruption, quelques plaques rouges un peu prurigineuses , qui sont élevées de I à 2 millim. sur la peau, l.e 27, la malade accusa une céphalalgie intense avec lièvre continue: l'administration du tartre slihié fait disparaître ces symptômes. Il y a maintenant apyrexie; mais la malade se plaint d'une douleur souille i l'hypochondre droit, douleur qui devient plus aiguè sous la pression.

Douze piqûres; dix le '2 et quatre le [janvier 1892: elles donnent lieu à seize petites pustules, dont la durée est toujours courte: elle ne dépasse pas huit jours.

7 janvier. — Les tubercules qui ont reparu sur la face, sont couverts d'une croûte jaunâtre, et offrent le même aspect que ceux qu'elle avait lors de son entrée à l'Hôpital. On n'aperçoit aucun autre symptôme de syphilis constitutionnelle. L'hypochondre droit continue à être douloureux, il y a constipation: on prescrit successivement, jusqu'à ce qu'on eut reconnu une amélioration notable, un purgatif salin tous les deux jours.

Dix piqûres, autant le 0, et seize le 15, en prenant toujours du pus de chancres bien développés, et en voie de progrés: il en résulte vingt pustules.

17. — L'engorgement et la douleur du foie ont un peu diminué; mais on remarque depuis quelques jours une teinte jaunâtre sur toute la peau et sur la conjonctive de la sclérotique.

Pendant ces quatre derniers jours, la menstruation a coulé abondamment; mais hier elle s'est arrêtée tout u coup.

Aujourd'hui il y a un peu de fièvre: cinq centigr. de tartre stibié dans de l'eau impériale.

obsekvation i.xxvnr. 1l07

Le» tubercules de la face commencent à se dessécher, et il ne s'en est pas développé de nouveaux. Les chancres des inoculations du 7 et 9 de ce mois sont jaunâtres, plus douloureux et plus enflammés que ceux des inoculations antérieures : ils ont 2 ou 5 millimètres.

20. — Les pustules de l'inoculation du 15 ont avorté, et sont aujourd'hui parfaitement desséchées: il n'en reste plus que sept qui sont près de se cicatriser. L'état général devient meilleur.

Dix piqûres, douze le 24, avec du pus d'un chancre induré: on obtient dix-huit pustules.

On fait en outre le 24 et le 20, des piqûres avec du pus de chancres artificiels d'une femme nouvellement entrée à l'Hôpital : toutes restent sans effet.

27. — Jusqu'à présent, il n'y a aucune amélioration dans l'ictère, il semble même devenir plus intense. On prescrit alternativement des purgatifs salins et de l'huile de ricin.

Les croûtes qui s'étaient formées sur les tubercules se dessèchent et se détachent, en laissant une papule, qui n'est plus ulcérée, d'une couleur légèrement cuivrée , qui s'abaisse en peu de jours, en produisant quelques écailles légères. La croûte tombe quelquefois, quoique la cicatrice du tubercule ne soit pas encore entièrement formée; alors la matière que sécrète de nouveau la surface ulcérée s'y condense en formant une nouvelle croûte mince et jaunâtre qui cependant tombe eu peu de jours, et laisse voir le tubercule guéri.

Depuis ce jour, jusqu'au 8 février, on fait en quatre fois cinquantehuit piqûres: trois fois avec du pus de chancres artificiels récents, cl une fois avec celui d'un chancre vulvaire d'une autre malade: il n'en résulte que trente-deux pustules, dont quelques unes restent abortives, les autres guérissent, sans s'ulcérer, dans l'espace de 7 à 8 jours ; et quelques unes s'ulcèrent, mais se cicatrisent dans 12 ou 15 jours.

10 février. — Les croûtes qui couvraient les tubercules de la face sont tombées ; maintenant ils s'abaissent continuellement, quelques uns même sont déjà réduits à des taches cuivrées , qui ne font nullement saillie sur la peau, mais qui sont encore couvertes d'écaillés légères. L'ictère a considérablement diminué, et disparait de jour en jour. L'état général est bon. *

Huit piqûres faites aujourd'hui ne donnent naissance qu'à une seule pustule qui s'ulcéra et employa dix jours à guérir. Au contraire , un grand nombre de piqûres faites les 17, 20 et 27 restent sans effet, quoiqu'on se fût toujours servi de pus de chancres en voie de progrès.

2 mars. — 11 ne reste plus que quelques traces à peine visibles de la syphilide tuberculeuse de la face; la peau n'a pas été détruite. La santé se maintient bonne ; sur la fin de février, la menstruation eut lieu en abondance.

Cinq piqûres et trois le 10, avec du pus de chancres artificiels récents d'une autre femme: il n'y eut que l'inoculation du 2 qui donna lieu à trois pustules, dout deux restèrent abortives et la troisième employa lt; jours à guérir.

■13. —Trois piqûres et douze le 17, avec du |iii6 de chancres artificiels et de chancres vulvaires de plusieurs femmes: douze pustules.

23. — Les petites pustules des deux dernières inoculations se sont ulcérées, et depuis trois jours elles sont douloureuses et entourées d'une zone inflammatoire; cependant elles n'ont qu'un millimètre environ de surface. — Cinq piqûres sans effet.

5 avril. — Menstruation abondante; les chancres qui s'étaient enflammés pendant l'orgasme vasculaire qui l'avait précédée , sont presque desséchés.

Six piqûres, répétées le 7, avec du pus d'une virulence certaine, ne produisent aucun effet.

1(>. — Depuis ce jour, jusqu'au 4 mai , on fait en quatre fois vingtquatre piqûres, toujours avec du pus virulent: il n'en résulte que trois petites pustules , dont deux ne se développèrent pas , et la troisième se dessécha en 0 jours.

11 mai. — La fille S. sort de l'Hôpital. La face et le cuir chevelu n'offrent plus de traces des tubercules et des pustules syphilitiques. Sa santé est excellente. Elle est dans l'Hôpital depuis 7 mois. Toutes les cicatrices des chancres artificiels sont petites, et leur situation sur les régions latérales et postérieures du thorax, hypochondriaques et épigas- Iriquc les rend peu visibles.

Elle rentre à l'Hôpital le 11 juillet 1852.

Elle n'oll're aucun symptôme de syphilis primitive, ni constitutionnelle; on voit seulement à la fosse naviculare une excoriation large de 2 millim., qui était déjà cicatrisée le 1 i de ce mois, sans aucun traitement local. On ne put y trouver assez de pus pour pouvoir en tenter l'inoculation sur une autre femme.

Le I i, commença à se manifester la menstruation, qui dura jusqu'au 10, jour où elle sortit de l'Hôpital.

On la visita de nouveau le 7 et le 20 septembre , et le 27 octobre: on la trouva toujours en bonne santé , et jamais elle ne présenta le plus léger symptôme de syphilis primitive, ni constitutionnelle.

• Réflexions.

1" Les chancres inoculés le 8 octobre , partie avec du pus d'un chancre volvaire induré, et'partie avec celui d'un chancre d'une femme incomplètement syphilisée, offrirent une grande différence dans leur marche: ceux que l'on obtint avec le pus du chancre induré d'une femme qui n'avait jamais été inoculée, eurent un développement et une durée beaucoup plus longue que les autres. Sur la fin du même mois, on répéta l'expérience en inoculant simultanément en quelques points du pus de ses chancres artificiels récents et bien développés, et ailleurs celui de pustules d'une femme qui était dans un degré de syphilisation très-avancé : mais il n'y eut point de différence dans leur marche, ni dans leur durée. Devra-t-on conclure de ces résultats opposés , que le pus de la femme eu partie syphilisée, que l'on employa dans l'expérience du 8 octobre, avait déjà outrepassé la période de progrès, et que ce n'est que dans cette période

OUSERTATIOR I.XX1X. ltÙ9

que le pus a toujours la même virulence dans toutes les variétés de* chancres ?

2° Pendant que dura l'engorgement hépatique et l'ictère, les chancres artificiels devinrent jaunâtres par suite de la présence de la bile dans le sang, et s'entourèrent d'une zone inflammatoire. Leur durée et leur développement furent un peu plus considérables que dans les chancres qui naquirent avant cet état pathologique.

3° Je crois que la recrudescence, qui se manifesta en décembre dans la syphilide, fut l'effet des préparations sulfureuses employées pour le traitement de la gale.

Tubercules muqueux. — Ecthijma syphilitique. — Inoculations nombreuses et trop fréquentes. — Diminution remarquable de la syphilis constitutionnelle. — Guérison rapide après une petite dose de mercure.

M'- M. G. B., âgé de 31 ans, tempérament lymphatique, constitution un peu faible.

En 1843 , il fut atteint d'un chancre au prépuce , qui détruisit une partie du frein, et se cicatrisa rapidement après une seule cautérisation. Depuis cette époque, tous les trois ou quatre mois, il avait sur le gland, ou sur le prépuce, des tubercules muqueux qui s'ulcéraient légèrement de temps en temps, et disparaissaient ensuite rapidement au moyen de quelques applications de charpie trempée dans une solution d'acétate de plomb, ou de sublimé corrosif.

En 18-47, il eut sur le prépuce un nouveau chancre petit et induré et. une adénite inguinale double ; ces symptômes disparurent à la suite d'un traitement interne par le mercure gommeux de Plenk, et du pansement du chancre avec une solution de sublimé corrosif. Il y eut même ptvalisme. L'induration du chancre résista aux mercuriaux.

En 18S0, il fut atteint d'une blennorrhagie suivie d'un engorgement des glandes inguinales des deux côtés, et d'une épididymite avec lièvre. Trois saignées, le repos, des bains émolliens et autres moyens semblables , procurèrent la résolution de l'épididymite et la guérison de la blennorrhagie.

En 1881, les tubercules muqueux, qui ne se manifestaient ces années passées que sur le pénis, naissaient fréquemment sur le scrotum. 11 eut en outre, une angine, dont je ne connais pas la nature, mais qui guérit par les antiphtogistiques

Enfin dans le mois de juillet, il fut atteint d'une éruption cutanée, qui s'étendit peu-à-peu , et. fut rebelle à tous les moyens hygiéniques et thérapeutiques, qu'il mit en usage. Cependant on ne lui administra pas de mercuriaux.

M mais 1832. — Il se présente à moi , et je le trouve dans l'état suivant : — amaigrissement considérable, pâleur jaunâtre de la peau ,

'lIO OBSERVATION I.XXIX.

digestion lente et difficile; gendres un peu détruites par l'usage antérieur des mercuriaux , quelques dents cariées et plusieurs arrachées , nombreuses et larges pustules sur le cuir chevelu, nui fournissent une grande quantité de matière purulente , en formant ainsi une espèce de croûte qui exhale une fétidité insupportable. Si l'on enlève quelques unes de ces croûtes épaisses, on aperçoit des ulcères superficiels qui sont un peu granuleux, (in voit des croûtes semblables, mais un peu plus brunes, environnées d'une zone cuivrée, sur les régions frontale, temporale et maxillaire droites; mais elles sont un peu plus minces, et les pustules plus élevées et d'une couleur plus violacée. La région dorsale est le siège de deux larges ulcères ecthymateux , qui sont plus enflammés que les autres, pareeque le frottement des vêtements fait détacher la croûte qui les recouvre et les laisse ainsi souvent a dé- • couvert. Il y en a un autre assez vaste sur l' avant-bras gauche, quelques autres moins étendus sur les extrémités supérieures, trois ù la région thoracique antérieure, et quelques uns plus petits sur les cuisses; enfin il a des tubercules muqueux au scrotum. L'induration huntérienne du prépuce persiste encore, et forme une tumeurdu volume d'un petit pois.

17. — On commence l'expérience, après lui avoir l'ait prendre deux bains simples et un purgatif salin.

Trente-quatre piqûres sur la région thoracique gauche, avec du pus d'un ebancre induré récent d'un autre individu.

18. — Trente quatre points ruiigcàtrcs, sur quelques uns desquels ou voit déjà naître la vésicule.

19. - Les vésicules sont toutes bien développées; lorsqu'on les ouvre, on y voit un noyau d'une substance jaunâtre, un peu dense, entouré d'un sérum liquide, presque transparent.

21). — Il y a de rentables pustules; le soir il se déclare un peu dt lièvre qui persiste encore1 le -1 : léger purgatif.

22. — La lièvre continue; il y a déjà quelques pustules qui sont ulcérées; mais elles sont toutes petites, cl quelques unes paraissent ne vouloir pas faire de progrès : un grain de tartre stibié dans un demi litre d'eau, ù prendre peu-à-peu.

23. — La lièvre a cessé. Vingt piqûres à droite avec da pus d'un chancre pbagédénique d'un militaire: aucun effet.

2J. — Hix piqûres avec du pus de ses chancres artificiels qui son! tous petits (1 à 8 millim.) et peu douloureux.

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