‹ La syphilisation étudiée comme méthode curative et comme moyen prophylactique des maladies vénériennesChapitre 64 sur 90 · Quatre autres avec du pus \irulent : aucun effet · texte numérisé non relu

Quatre autres avec du pus \irulent : aucun effet

•4 mai. — Quatre nouvelles piqûres avec du pus de chancres artificiels : aucun effet. L'induration huntérienne du prépuce persiste encore, mais elle a heaucoup diminué.

8. — Voyant l'inutilité des tentatives d'inoculation, peut-être pareeque j'étais obligé de me servir de pus desséché et ramolli ensuite avec de l'eau, voyant en outre que les croûtes ecthymateuses du cuir chevelu et de la face n'étaient pas encore desséchées, et qu'il restait toujours un peu d'induration au prépuce, je fus obligé de reconnaître que les piqûres trèsnombreuses que l'on avait faites trop fréquemment au commencement du traitement, avaient empêché les chancres de prendre un développement suffisant, et de produire leurs effets salutaires. J'ai cru devoir en conséquence terminer le traitement par les antisyphilitiques.

Je lui prescrivis donc deu\ pilules composées chacune d'un tiers de grain de proto-iodure de mercure, à prendre tous les jours et 175 gram. du Roi) de Savaresi, dans lequel je lis dissoudre \i gram d'iodure de potassium, à prendre une cueillerée matin et soir.

19. — Il se présente à la visite, et me dit n'avoir pris encore quel!! pilules en tout, et un tiers de la dose du Hoh. Les croûtes sont toutes desséchées, et presque toutes détachées. L'état général du reste est toujours bon.

28. — Des douleurs intestinales l'obligent à suspendre de temps en temps l'usage des pilules. Il ne reste plus que quelques taches un peu livides dans les points occupés par les ulcères ecthymateux.

20 juin. — Il jouit d'une bonne santé; il ne reste pas d'autres symptômes vénériens qu'une légère induration du prépuce.

12 août. — Il me racconte qu'il a été absent de Turin pendant un mois, qu'il a pris en tout 120 pilules, ce qui fait deux grammes de proto-iodure de mercure, qu'il en a cessé l'usage depuis 20 jours, et que sa santé est bonne. J'examinais le pénis, et j'y trouvais encore un peu d'induration. Je lui conseillais alors les pilules de Sédillot, afin de la faire disparaître entièrement. Les taches livides qui entouraient les cicatrices des ulcères ecthymateux ont disparu. L'ayant visité de nouveau sur la fin d'octobre, je le trouvais dans un état qni ne laisse rien a désirer.

Réflexion»,

1" Les chancres de l'inoculation du 17 mars furent tous petits, et ne durèrent que 21 jours. Ceux du 24 et du 27 furent encore moins étendus, et se cicatrisèrent en 16 ou 19 jours. Tous les autres eurent une durée très-courte et peu de développement; enfin les inoculations du 19 avril, un mois après le commencement de l'expérience, ne donnèrent plus que des pustules abortives.

D'où vient que les chancres artificiels eurent une durée si courte, et

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si peu de développement ? Je crois devoir l'attribuer à la fréquence de» inoculations, car un l'ait constant, c'est l'influence qu'ont les nouveaux chancres sur les précédents, pour en arrêter la marche et en abréger la durée.

2 ' Le petit nombre de chancres artificiels que l'on obtint suffit cependant, malgré leur peu d'étendue et de durée, pour diminuer un peu les symptômes constitutionnels, et une petite quantité de mercure les fit ensuite disparaître complètement. Ce fait ne démontrerait-il pas qu'il y a une certaine analogie entre le mode d'action du traitement par les mercuviaux, et celui que l'on fait par la syphilisation ?

3° C'est le seul cas dans lequel je n'ai pas vu disparaître sous l'influence des inoculations, l'induration huntérienne laissée par d'anciens chancres, mais il faut observer que les chancres artificiels qu'il eut, furent peu étendus, et eurent une courte durée.

Syphilis constitutionelle ; cachexie syphilitique — Syphilisation incomplète. — Amélioration remarquable. — On abandonne la syphilisation à la suite de complications graves. — lodure de potassium et mercuriaux. — Guirison.

MARIE-FRANÇOISE S., âgée de 25 ans, tempérament lymphatique, faible constitution; elle a été réglée quelques fois, il y a trois ans; depuis lors, elle est amenorrhoïque et épileptique depuis deux ans; entrée à l'Hôpital le 19 avril 1852.

Elle vient de la province. Elle est affectée d'une syphilis constitutionnelle qui s'est manifestée par plusieurs symptômes diilérens.

Elle a d'abord un vaste ulcère serpigineux qui s'étend de la moitié, inférieure du côté droit de la région frontale, jusqu'à la moitié antérieure de la région temporale; il occupe les deux paupières, et a détruit une partie des tissus de la supérieure , en sorte qu'elle est maintenant raccourcie, et ne peut plus couvrir le globe de l'œil, qui se trouvant ainsi continuellement exposé à la lumière et à l'air, est affecté d'une conjonctivite permanente. On voit vers le milieu du front, un autre ulcère semblable, large de 2 à 3 centim., et couvert d'une croûte épaisse. Un ulcère serpigineux a corrodé le tiers du pavillon de l'oreille gauche, et continue encore à exercer ses ravages destructeurs. Les régions latérales et antérieures du cou sont occupées par une espèce de collier d'ulcères serpigineux couverts de croûtes et qui ne sont pas très-profonds. On voit un vaste ulcère ecthymateux vers l'articulation huméro-radio-cubitale gauche: d'autres disséminés sur les extrémités inférieures, sont larges de i à 5 centim., couverts de croûtes, la plupart superficiels: trois cependant sont proronds, et ont détruit le tissu cellulaire sous-cutané. Eu tatre, In rsphé du palais, le bord libre cl la face antérieure du voile du

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palais sont le siège d'ulcères grisâtres et caractéristiques. Vers .-on tiers moyen, le tibia gauche a un volume double de l'ordinaire, mais il est peu douloureux. L'état général est déplorable: il y a amaigrissement considérable; la peau est d'un jaune pale, le punis petit et fréquent, il y a inappétence, trouble des fonctions intellectuelles et apathie morale: en un mot, on reconnaît évidemment la cachexie syphilitique à un degré très-avancé.

La cause unique de cette série de symptômes syphilitiques a été un petit chancre non induré, dont on reconnaît à peine la trace, que celte femme contracta, il y a vingt mois, dans le seul rapport sexuel qu'elle dit avoir eu dans sa vie. Il y a plus d'une année que. se sont manifestes les premiers symptômes de la syphilis constitutionnelle: ce furent d'abord de petites croûtes sur la face, le tronc et les extrémités, peu à peu elles devinrent plus nombreuses, plus larges el plus profondes. Klle n'a fait jusqu'ici aucun traitement. Depuis son infection, sa santé fut souvent troublée par des maladies, mais surtout par l'épiiepsie, sous l'influence de laquelle elle alla toujours en empirant.

J'ai voulu essayer si la syphilisation seule pourrait ramener à l'étal physiologique un organisme si profondément altéré par l'action du virus syphilitique; mais, en \ ayant recours, j'avais l'intention d'employer aussitôt d'autres aïeuls modilicateurs, si je m'apercevais (pie les inoculations ne déterminassent pas une amélioration prompte et notable, car avant tout, ce cpie j'ai le plus à cu'ur, c'est la guérison de mes malades.

Avant de commencer l'expérience, je lui fais prendre quelques bains simples et un purgatif.

21 ami. — Dix-neuf piqûres avec du pus de chancres artificiels d'autres malades, six le 20 et dix le 27: il en résulte vingt-deux pustules

28. — Huit piqûres avec le pus des chancres artificiels de la première inoculation, et quinze le 29: on obtient huit pustules de la première tt sept de la seconde.

Hier il y eut fièvre et embarras gastrique: le tartre slibié fit disparaître ces symptômes.

1" mai. — Les inoculations ont été faites jusqu'à présent sur les régions thoraciques latérales; les chancres auxquels elles ont donné, lieu, ne sont pas très-douloureux, et les plus larges de ceux qui sont nés à la suite de l'inoculation du 24 avril, ne dépassent pas 4 millimètres.

Les ulcères secondaires sont moins douloureux, et l'état général s'est un peu amélioré.

Dix piqûres à l'épigastre avec du pus de ses chancres, huit pustules; six autres sur la région interne et supérieure de la cuisse gauche, avec du pus d'un vaste chancre vulvaire d'une femme non soumise à la syphilisation, peu enflammé, consécutif à une déchirure de la fosse naviculaire, pendant un accouchement, et qui n'était pas encore cicatrisée lorsque, dans un rapport sexuel, elle fut mise en contact avec du pus virulent: il en résulte quatre pustules.

12. — Les chancres artificiels des cinq premières inoculations marchent tous simultanément vers la guérison, quelques uns même se sont desséehés après quelques jours de ;' iré( : aucun ne dépassa <i fiûllirni-

niisEUVÀTio* r.xxx. '4lî>

tirs, et ne s'enflamma plus qu'à l'ordinaire. Les pelils chancres qui se développèrent à l'épigaslre , à la suite de l'inoculation du pus de ses chancres sont parfaitement guéris; au contraire, quatre autres chancres inoculés le même jour sur la cuisse gauche, avec du pus d'une autre femme, se sont un peu enflammés par la marche , et sont maintenant larges de 7 i k 9 millimétrés.

45. — Aujourd'hui, et le 18 on fit des inoculations d'essai avec du pus de déchirures vulvaires récentes, sans eflèt.

17. — Un grand nombre des ulcères secondaires sont cicatrisés. Tous les ulcères du membre inférieur droit sont guéris. Ceux du front, du pavillon de l'oreille gauche, des paupières, de la région sourcilière droite et de l'avant-bras gauche sont bien près de l'être. Ceux du membre inférieur gauche sont encore un peu larges, cependant ils marchent aussi vers la cicatrisation. Dans la bouche, il ne reste plus qu'un petit sillon ulcéré. Le tibia gauche est toujours tuméfié et indolent.

19. — Hier la malade a commencé à ressentir un mouvement fébrile, accompagné de céphalalgie et de douleurs dans les lombes; ces symptômes sont plus intenses aujourd'hui: application de sangsues aux vaisseaux hémorrhoïdaux.

Les chancres artificiels des cuisses sont très-enflammés et presque phagédéniques; ils se sont réunis en un seul , d'environ deux centimètres et demi de long. Tous les autres sont cicatrisés. Les ulcères secondaire» qui suppuraient encore sont également devenus plus douloureux et plus enflammés.

23. — Le 20, la fièvre continuait encore: on prescrivit 5 centigr. de tartre stibié qui produisirent d'abondantes évacuations, et soulagèrent beaucoup la malade. L'amélioration ne se maintient cependant pas aujourd'hui : nouvelle application de sangsues à l'anus.

24. — La fièvre et la céphalalgie ont augmenté. Les chancres artificiels sont couverts d'une escarre gangreneuse, il en est de même des ulcères secondaires du membre inférieur gauche. On administre le matin 5 centigrammes de tartre stibié, le soir on fait une petite saignée; lotions fréquentes des chancres artificiels et cataplasme émollient.

23. — Mêmes symptômes. La gangrène ne parait pas encore vouloir se limiter dans les chancres artificiels, ni dans les ulcères secondaires. Ceux-là n'en forment plus qu'un, qui a 3 ou -4 centimètres de long, deux et plus de large, et 6 ou 7 millimètres de profondeur; ceux-ci ont une étendue qui varie de (i à 15 millimètres, un d'entre eux, situé à la région postérieure de la cuisse, a 5 ou 6 millimètres de profondeur.

Le sang de la dernière saignée est couenneux; on en fait deux autres petites, et une autre dans la matinée du 26; boissons acidulés, mêmes pansemens que ci-devant.

27. — Depuis la saignée d'hier matin, on observe une amélioration remarquable dans tous les symptômes. La gangrène est maintenant limitée dans tous les ulcères; la fièvre a beaucoup diminué: boissons acidulés. On lui prescrit en outre des pilules de sulfate de quinine uni à une petite dose d'opium, dans le but de prévenir des accès de fièvre intermittente qui, dans notre Hôpital, se manifeslent presque toujours à la

"•16 OBsERVATIO.N I.XXX.

suite il un I- maladie qui :i exigé un traitement anliphlogiMique un |m>u •Dergique.

28. — L'amélioration continue. Tous les anciens chancres gangreneux se détergent.

Deux vésicatoires sur les bras, et mixture antipériodique et calmants.

12 juin. — Jusqu'à ce jour, la convalescence a été assez Lionne, et l'on n'a eu à combattre que quelques légers accès de fièvre intermittente, dont le spécifique a triomphé. La malade commence déjà à se lever quelques instants, et elle a un appétit extraordinaire. Tous les chancres artificiels et les ulcères secondaires qui étaient devenus gangreneux sont maintenant à moitié cicatrisés, et marchent rapidement vers la guérison. Ceux du pavillon de I oreille gauche et du cou sont guéris; les autres sont également en voie de cicatrisation.

Aujourd'hui la malade accuse des douleurs intestinales et de la diarrhée: décoction gouimeuse de tamarins.

16. — La diarrhée et l'irritation rntérique n'ont pas encore cené: application de sangsues aux vaisseaux hémorrhoidaux.

19. — La diarrhée a diminué. Pendant la nuit passée, il se manifesta une douleur au côté droit, avec toux et dyspnée; il y a fièvre intense; la percussion et l'auscultation indiquent qu'il y a une forte congestion du lobe inférieur droit. Ou fait une petite saignée; boissons mucilagineuses.

21. — Hier, il y eut une légère amélioration : vésieatoire locu doknli, 2 centigr. de tartre stibié dissous dans une grande quantité d'eau.

Tous les chancres artificiels et les ulcères secondaires sont guéris, à l'exception de celui qui est situé au milieu du front, et de celui du bran gauche.

24. — On fut encore obligé de saigner la malade les 22 et 27», pari.eque la fièvre persistait, et que la douleur du côté, la toux et l'oppression avaient augmenté, Aujourd'hui cependant il y a une amélioration remarquable.

6 août. — Le mois d'août se passa tout entier pour cette femme à relever de ces longues et fréquentes maladies.

La diarrhée qui se manifestait de temps en temps, et quelques accès d'épilepsie contribuèrent a en prolonger la convalescence ; maintenant «lie se trouve dans un état satisfaisant.

Les deux ulcères secondaires qui étaient encore ouverts il y a quarante-cinq jours, paraissent vouloir de nouveau s'agrandir; celui du front a 2 centimètres, 50, et celui du bras gauche un et demi

On se décida à ne plus recourir à la syphilisation, mais à cmplojer l'iodure de potassium à l'intérieur, aussitôt que le tube intestinal serait capable de le tolérer. Cependant on fait aujourd'hui et le 7 quelques inoculations d'essai, avec du pus d'ulcères vulvaires de femmes récemment entrées, que leur aspect et leur forme nous faisaient croire n'être pa» virulens; on n'obtint aucun résultat.

13. — L'amélioration générale continue; l'appétit et les forces reviennent: hier elle a eu un léger accès d'épilepsie: on lui administre la première dose d'iodure dV potassium.

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W, — On prescrit l'usage de substances antispasmodiques et antipériodiques pour chercher à guérir, ou au moins, à pallier un peu l'épilepsie. En même temps, on continue l'usage de l'iodure de potassium.

29. — Les deux ulcères secondaires qui étaient restés ouverts jusqu'à présent, sont maintenant granuleux et en voie de cicatrisation. La santé de la, malade continue à s'améliorer, mais lentement.

Les accès d'épilepsie ont été ces jours derniers plus fréquents qu'à l'ordinaire. .le crois que cette recrudescence de l'affection nerveuse est due à l'exquise sensibilité de l'économie qui est maintenant extrêmement affaiblie par les maladies fréquentes qui l'ont affectée.

L'aménorrhée et la guérison rapide des nombreux ulcères qui faisaient depuis quelques mois l'office d'émonctoires, par l'abondante suppuration à laquelle ils donnaient lieu, auront aussi contribué à produire cette recrudescence.

On prescrit toujours les antispasmodiques, préparations de valériane, d'assa-fœtida, d'opium, etc., unies à des sels de quinine. En outre, on fait de temps en temps une application de, sangsues à l'anus, lorsqu'il se manifeste quelque symptôme précurseur d'un accès d'épilepsie.

20 septembre. — Une congestion cérébrale, précédée, de trois accès d'épilepsie très-grave?, survenus au commencement de ce mois, nous obligèrent à faire de nouveau deux petites saignées et une forte application de sangsues aux apophyses mastoïdes. Le tartre stibié répété plusieurs fois, et deux larges vésicatoires contribuèrent à vaincre celte nouvelle complication. Pendant ce temps, on suspendit l'usage de l'iodure de potassium, que l'on reprend aujourd'hui conjointement au rob de Savarcsi. On continue en même temps l'usage des substances calmantes antispasmodiques.

Les deux ulcères secondaires du front et de l'avant-bras gauche sont encore ouverts et stationnaires.

7 octobre. — Les accès épileptiques ne sont plus si fréquents, ni aussi graves à mesure que les forces reviennent. Les deux ulcères secondaires sont granuleux, et marchent vers la cicatrisation.

On prescrit les pilules de Sédillot , dont on augmente graduellement le nombre à mesure que l'on aperçoit qu'elle peut mieux les tolérer.

14 novembre. — L'état général alla peu à peu en s'améliorant ; les accès épileptiques sont beaucoup moins fréquents que dans le mois d'août. On a abandonné depuis 20 jours environ l'usage des antispasmodiques; on se contente de recourir de temps en temps au sulfate de quinine, lorsqu'il se manifeste quelques légers accès de fièvre intermittente. Les deux ulcères secondaires sont, guéris depuis longtemps.

Elle continue l'usage de l'iodure de potassium dans le rob de Savaresi, et maintenant elle prend huit pilules de Sédillot: elle tolère facilement les deux préparations. Il ne reste plus de symptômes de syphilis.

29. — Elle sort de l'Hôpital dans un état satisfaisant. Elle a pris en tout 27 grammes d'iodure de potassium et 300 pilules de Sédillot.

Réflexions.

1" Malgré la cachexie syphilitique évidente dont celle femme était atteinte, et le mauvais état dans lequel se trouvait sa santé, les premiers chancres artificiels n'éprouvèrent rien de particulier dans leur marche , ni dans leur durée. Au contraire , les chancres qui existaient sur la lin du mots de mai, devinrent gangreneux, sous l'influence d'une affection phlogistiquc générale. Mais les chancres artificiels qui se trouvaient alors en voie dé progrès ne furent pas les seuls qui devinrent gangreneux , il en fut de même des ulcères secondaires qui étaient encore ouverts, mais qui marchaient rapidement vers la guérison.

2° La maladie syphilitique qui avait si profondément altéré l'organisme, et qui durait depuis si longtemps, fut promptement et puissamment modifiée par la syphilisation. Je crois que si je n'avais pas été obligé de l'abandonner, à cause des maladies longues et obstinées qui vinrent compliquer ce traitement, j'aurais obtenu un résultat entièrement satisfaisanl.

3" Lorsqu'on eut triomphé des complications, devait-on recourir à de nouvelles inoculations, et chercher dans le traitement syphilisant seul la guérison de l'affection vénérienne? Voici les principales raisons qui me firent pencher vers l'autre méthode: 1" Les maladies récentes qui avaient exigé un long traitement déprimant direct et indirect, avaient en outre produit chez elle une grande prostration des forces; une cause, même légère, aurait pu dans ce cas, réveiller quelque nouvelle affection inflammatoire, et occasionner une autre interruption; 2U L'extrême mobilité et l'exquise sensibilité du système nerveux avaient rendu l'épilepsie plus grave et les accès devinrent plus fréquents, en sorte qu'il était à craindre que quelque accès plus prolongé ne déterminât des conséquences funestes , et même la mort ; conséquences que quelques uns n'auraient pas manqué d'attribuer à la syphilisation ; 3" Le grain) avantage que l'on retire des préparations iodiques (surtout de l'iodttte de potassium qui est facilement toléré par l'estomac) pour rétablir les fonctions digestives, et relever ensuite les forces, me déterminèrent à recourir immédiatement à ce puissant modificateur.

•i° L'iodure de potassium et les mercuriaux terminèrent le traitement ; mais une petite dose de ces remèdes suffit pour obtenir une guérison parfaite.

Ulcères secondaires profonds du tissu cellulaire sous-cutané. — Kéciilkt après une longue cure mercurielle. — Syphilisation. — Guérison.

CATHERINE L. , âgée de 24 ans , tempérament sanguin-lymphatique, constitution médiocre , menstruation souvent irrégulière.

Elle avait subi un premier traitement dans le Syphilicôme en 18-18, pour un vaste chancre de la région fémorale -. on lui avait fait 21 frictions mercurjelles de 3 errant, chacune.

observation i.xxxi. 419

Au mois d'août 1 8H0 , elle rentra à l'Uùpital affectée de chancres urétraux, d'excroissances et de tubercules muqueux à la vulve ; on lui fit 10 frictions, et on lui prescrivit 'J0 centigrammes de proto-iodure de mercure en 30 pilules. Elle se présenta de nouveau à l'Uùpital le 22 janvier 1831, pour un ulcère vaste et profond du tissu sous-cutané, occupant la région externe du tibia gauche , et entouré d'une large auréole cuivrée. Vu rinfîammution dont cette région était le siège , on lui fit (plâtre saignées, on prescrivit les émolliens locaux , etc. Ces seuls moyens suffirent pour faire cicatriser l'ulcère. — Mais, sans cause connue, il s'ouvrit de nouveau en plusieurs points, au bout de quelques jours. 11 se forma d'abord quatre petits abcès sous-cutanés , presque indolens , qui finirent par se faire jour à travers la peau qui les recouvrait , et par se réunir en un seul ulcère de forme très-irrégulière. On eut alors recours aux mercuriaux , et on lui fit 28 frictions avec la dose ordinaire d'onguent mercuriel double , et sous l'inlluence de ce traitement l'ulcère se cicatrisa. La guérison paraissant assurée, on lui permit, le 21 mai , de sortir de l'Uùpital.

Un mois ne s'était pas écoulé depuis sa sortie , que l'ulcère reparut; repos , calmants , émolliens , etc. , tout fut inutile ; il faisait des progrès rapides, et a l'ancien venaient de s'enjoindre deux autres tout près de lui. Ce fut alors que la malade se décida à venir de nouveau à l'Hôpital réclamer les secours de l'art.

Le 22 août 1851, elle se présente à la visite avec trois ulcères profonds, qui avaient détruit la peau et le tissu cellulaire à la jambe gauche. Un de ces ulcères large de trois centim. , correspond au tiers inférieur de la région tibiale externe , l'autre, de la grandeur d'un centimètre, est situé au-dessus de la malléole externe , le dernier , placé en dessous des deux autres, correspond à l'articulation libio-tursiemie ., et offre environ deux centim. d'extension. On ne voit aucune trace de veines variqueuses ni dans cette jambe, ni dans l'autre. La malade est en outre affectée de la gale.

On commence l'expérience le 23 août, et en même temps on traite la gale par les préparations sulfureuses.

23 août. — Douze piqûres , répétées le 28 et le 50, avec du pus virulent pris sur des femmes en voie de syphilisation , donnent un nombre égal de chancres.

2 septembre. — Les chancres artificiels sont tous très-petits (3 a 5 millimètres) et ne sont pas très-douloureux. On les panse avec du cérat de Galien et des cataplasmes émolliens.

Vingt-cinq piqûres et cinq le 9, avec du pus pris sur un chancre induré d'une femme infectée pour la première fois : vingt-deux pustules de l'inoculation du 2 et cinq de celle du 9.

17. — Tous les chancres des inoculations précédentes sont cicatrisés , sauf quatre provenant de celle du 9 , qui sont encore virulens et couverts de croûtes. Aucun n'a dépassé la largeur de 8 millim , la plupart n'en ont pas eu plus de 5.

Les ulcères secondaires de la jambe gauche qui n'ont été pansés qu'avec du cérat, offrent déjà des granulations et sont vn voie de gué-

420 ORSLRVATlOiS 1AVXI.

rison ; leur base s'élève , leurs bords deviennent adhérents , ot se rapprochent les uns des autres.

Di\ piqûres repétées le 22 et le 23 , et douze le 20 , les premières avec du pus de ses chancres , les autres avec celui de chancres de fein.

s soumises à la syphilisalion , ne produisent que de petites pustu-

t«s, dont un grand nombre ne s'ulcèrent même pas , et toutes se dessèchent dans l'espace de huit à dix jours sans occasionner de douleur.

28. — Les chancres du 9 sont guéris depuis quatre jours. On prend du pus d'un ulcère vulvairc devenu gangreneux a la suite de quelques accès de fièvre périodique , et on l'inocule en deux points sans résultats. I.o 50 , on répète la même opération avec du pus virulent pris sur une femme entrée ce mémo jour a l'Hôpital , et on obtient deux petites pustules , qui se dessèchent en huit jours, sans même s'ouvrir.

i" octobre. — Deux piqûres avec du pus pris sur un ancien bubon ulcéré, quatre le i, avec du pus d'un chancre vulvaire ancien, tous deux. sur la même personne , ces deux inoculations restent sans résultat.

8. — Tous les chancres artificiels sont cicatrisés. Les ulcères secondaires de la jambe gauche ont diminué de la moitié , mais comme ils sont indolents et qu'ils offrent un aspect fongueux , on les cautérise le 9 avec le nitrate d'argent.

Quatre piqûres avec du pus de chancre induré et récent produisent quatre pustules qui sont guéries le 1G. Un renouvelle l'expérience le 12, en inoculant le même pus en huit points différents : on obtient sis. pustules qui ne durent que neuf jours.

18. — !.a malade a ressenti deux accès de fièvre intermittente dont le spécifique ordinaire a rapidement fait justice. On cautérise de nouveau, le 1G , les ulcères de la jambe ; maintenant les deux plus petits soûl guéris , le plus grand a encore i inillim. de diamètre.

Six inoculatious faites le même jour, dix le 25, avec du pus de chancres artificiels d'autres femmes ne donnent aucun résultat.

28. — Depuis quelques jours, l'ulcère de la jambe est parfaitement cicatrisé. Sept piqûres le 28 , dix le 51 , six le 3 novembre et huit le 8. Il en résulte vingt pustules abortives, qui disparaissent après quatre ou six jours, mais qui sont virulentes; en effet, le pus qu'elles contiennent ayant été inoculé le 8 novembre sur une femme non soumise à la syphilisation, il en résulte trois chancres bien développés.

15 novembre. — Huit piqûres faites aujourd'hui ne donnent lieu à aucune pustule, quoique l'on ait employé du pus d'un chancre induré, qui fut suivi de résultats positifs sur d'autres personnes.

18. — On fait de nouveau cinq piqûres, et vingt le 29 avec ce même pus infructueusement employé le 13 ; elles sont suivies d'autant de petites pustules spécifiques , mais qui disparaissent au bout de six ou huit jours.

10 décembre. — Depuis ce jour, jusqu'au 2G, on fait en cinq fois quarante inoculations , qui font nailre trente petites pustules la plupart abortives, quelques unes contenant du pus , mais qui toutes guérissent tlan> l'espace de \ à 5 jours.

50. — L'état général de la santé de Catherine I. es1 bien plus salisUi-

OBSERVATION f.XXXIl. 'l2l

iîanl que lots de son entrée à l'Hôpital •. pendant les quatre mois et huit jours employés à la cure , elle ne ressentit que quelques accès passager.» de fièvre intermittente. Elle est maintenant parfaitement guérie de la maladie pour laquelle elle est entrée à l'Hôpital ; on lui permet de sortir. Les cicatrices des inoculations sont toutes situées sur les régions latérales et inférieures du thorax , à l'hypochondre et à l'épigastre ; les plus étendues ont 6 à 7 millim. Elles changent de couleur et deviennent blanchâtres comme celles que laisse la vaccination.

Quelques jours après sa sortie , elle se présente à moi pour me dire qu'un des ulcères de la jambe s'est ouvert de nouveau , à la suite de la fatigue produite par une marche trop prolongée. Je lui prescris le repos, un bandage compressif et l'usage du cérat sur la surface ulcérée; an bout de peu de jours, l'ulcère se cicatrisa, et depuis rien de semblable ne s'est plus présenté. J'ai eu plusieurs fois occasion d'examiner cette malade, et la dernière fois sur la fin du mois de décembre ; je l'ai tonjours trouvée dans un état excellent ; la cicatrice de la jambe est durable, et elle n'a jamais en le moindre symptôme de syphilis primitive, ni constitutionnelle.

Rùflexions .

I" Les premières inoculations, faites en grand nombre et à des intervalles rapprochés, donnèrent lieu à beaucoup de chancres, qui restèrent tous fort petits et durèrent peu de temps.

2° Le pus d'un chancre gangreneux que portait une autre femme, ayant été inoculé sur la malade, ne produisit aucun résultat.

5' Les pansements faits avec des substances émollientes , le repos , etc. favorisèrent sans doute la prompte cicatrisation des ulcères secondaires de la jambe; mais la persistance de la guérison , et l'état général satisfaisant de la malade depuis plusieurs mois que la cure est terminée , tout me porte à croire que la syphilisation a procuré la guérison radicale de l'infection vénérienne chez cette femme.

l'Àstes ulcères secondaires à l'arriere-Louche. — Cachexie syphilitique. — Syphiiii probablement héréditaire. — Syphilisation et iodure de potassium. — Guérison.

JEAN L., âgé de 15 ans, tempérament lymphatique, faible constitution. 11 est fais d'une mère qui contracta des maladies syphilitiques dont elle fut victime, il y a quelques années ; il n'a jamais joui d'une bonne santé. Il a commencé depuis deux ans à sentir dans l'arrière-bouche une cuisson qui allait toujours en augmentant peu à peu, jusqu'à éprouver de la ilifficullé et de la douleur dans la déglutition. Malgré l'emploi d'antiscro- Vleii\ el d'antiphlogjstiqueSj sa maladie alla toujours en augmentant.

'i22 observation i.xxxii.

On n'a pu obtenir aucun renseignement sur les antécédents d'une maladie aussi grave.

M. le Dr Cler eut l'obligeance de nie l'envoyer sur la lin du mois de mars 1852 ; je le fis entrer aussitôt à l'Hôpital des enfans. Voici les symptômes qu'il présentait: vaste ulcère de l'arrière-bouehe avec destruction presque complète du voile du palais, d'une partie des amygdales et des tissus de la face postérieure du pharynx, sur une étendue considérable.

On voit sur la ligne moyenne de la voûte palatine une vaste ouverture à bords ulcérés, communiquant avec les fosses nasales, produite par la carie, qui a détruit une portion des apophyses palatines des os maxillaires supérieurs. Cette ouverture était beaucoup plus large et plus douloureuse il y a quelques mois, au dire du malade, maintenant elle commence ù se resserrer.

La voix est rauque et presque inintelligible; il y a toux presque continuelle avec des crachats purulents, et de l'anxiété dans la respiration, amaigrissement considérable, pâleur de toute la peau, lièvre légère avec exacerbation vers le soir.

Je soupçonnais d'abord la coexistence de tubercules pulmonaire»; mais la percussion, l'auscultation, et un examen plus attentif me convainquirent qu'il n'y avait pas de lésion pulmonaire organique.

Je reconnus à ces symptômes le triste héritage de la syphilis de sa mère, et je crus devoir tenter la guérison par les inoculations. Je commençnis donc l'expérience, après lui avoir fait prendre un bain simple, et un purgatif oléagineux.

i"' ai>ril. —Neuf piqûres sur la région thoraciqiie gauche avec ilu pus de chancres récents: neuf chancres. Vingt-cinq piqûres le i, et douze le 10, donnent lieu à autant de pustules.

17. — Les chancres de la première et de la seconde inoculation ont île 4 à 6 millimètres, et ne sont pas très-douloureux ; quelques uns sont déjà granuleux. Ceux île l'inoculation du 10 ont 1 ou 2 millini. de large.

On n'aperçoit encore aucune amélioration dans les ulcères de l'arriérebouche; l'ouverture naso-palatine diminue de largeur, les bords en deviennent ronds et prennent un bel aspect. Boissons mucilagineuscs.

Cinq piqûres avec du pus de ses chancres, et douze le 28 avec celui de chancres artificiels d'un autre malade: la première inoculation donne lieu ù quatre pustules, et la seconde à onze.

5 mai. — • Les chancres inoculés le 1« et le 4 avril sont cicatrises depuis quelques jours. Il n'en reste plus que trois de celle du 10, ils sont près d'être guéris, et ne se sont pas étendus plus de 5 à S millimètres. Ceux de l'inoculation du 17 sont cicatrisés, ils n'ont pas eu plus de 2 à 4 millimètres. Les derniers sont encore virulens.

L'état général s'est déjà amélioré; l'appétit a beaucoup augmenté, et le malade commence à prendre de l'embonpoint. L'ulcère de l'arrièrebouehe a une belle couleur, et se couvre de granulations; on voit même déjà se former quelques points de cicatrisation. La voix est toujours rauque et caverneuse ; mais l'anxiété de la respiration a diminué, et le malade est plus tranquille pendant la nuit. Le bord de la liMBH

palatine est entièrement cicatrisé ; il ne reste plus qu'une ouverture simple qui est à peine large de 2 millimètres.

Douze piqûres, avec du pus de ses chancres artificiels, donnent naissance à sept pustules.

15. — L'ulcère de l'arrière-bouelic marche rapidement vers la cicatrisation. La santé est bonne. Il ne reste plus que les chancres de la dernière inoculation, qui sont larges de 1 à 2 millim., et ne paraissent plus virulens.

Vingt piqûres avec du pus desséché et rammolli par la salive ne donnent lieu qu'à deux petites pustules ahortives. Quatre au.res piqûres le 19, avec du pus de chancres récents, font développer quatre pustules.

il juin. — Le vaste ulcère de l'arrière-bouche est presque complètement cicatrisé. La toux et l'expectoration sont presque nulles; cependant l'aphonie persiste encore, probablement à cause de quelque lésion organique produite dans le larynx par l'ulcère de l'arrière-bouche, qui parait s'être propagé jusque dans cette région. Amélioration progressive dans l'état général.

Il y a longtemps que les chancres de la dernière inoculation sont guéris: ils sont toujours restés petits, et ont été peu douloureux.

On fait depuis ce jour jusqu'au 22 juillet quarante-cinq piqûres en quatre fois : elles donnent lieu a un petit nombre de pustules qui se desséchèrent en peu de temps sans même s'ouvrir.

9 août. — Sur la fin de juillet, on ne voyait plus de traces de l'ulcère de l'arrière-bouche, et la guérison paraissait complète, lorsque avant-hier, le malade accusa une sensation de brûlure dans la déglutition. On examina le pharynx, et l'on aperçut une légère ulcération à la face postérieure du pharynx et sur l'amygdale gauche. Du reste, la santé du sujet ne laisse rien à désirer; l'appétit est excellent, les forces sont revenues, il a acquis de l'embonpoint et un teint naturel.

Quinze piqûres, qui ne donnent lieu qu'à des pustules ahortives.

12. — En présence de l'impossibilité dans laquelle on se trouve de pouvoir faire naître de nouveaux chancres qui s'étendent assez pour produire une certaine quantité de pus virulent, on croit devoir recourir à l'iodurc de potassium.

9 septembre. — La petite ulcération, qui s'était de nouveau manifestée à l'arrière-bouche, est actuellement cicatrisée. Il a pris 18 gram. et 40 centigr. d'iodure de potassium; on en continue encore l'usage.

H novembre. — On continua l'iodure de potassium jusqu'au 25 octobre avec quelques interruptions. Il en a pris en tout 42 gram. L'état général est toujours satisfaisant; la respiration normale, la toux n'a pat reparu, mais la voix est encore rauque.

Réflexions.

1' Les inoculations triomphèrent en peu de temps d'une affection, qui avait résisté à plusieurs traitemens antiphlogistiques et anliscrofuleux. Cependaut la guérison ne fut pas complète, peut être pareeque l'on ne put pas introduire dans la masse du sang une quantité suffisante de virus. Eu effet, on n'obtint que de pelits chancres, qui se cicatrisèrent rapidement,

b'2'4 OBSERVATION l.XXXIII

et ne fourniront qu'une 'petite quantité -de pus virulent. Cela provient de ce (]ue l'on lit trop de piqûres a la fois, et que les inoculations fuient trop fréquentes.

2° L'iodure de potassium, administré à la suite de la réapparition de l'ulcère, le fit cicatriser de nouveau. J'en ai ensuite continué l'usage pendant longtemps, sans recourir aux mercuriaux, afin d'étudier jusqu'à quel point la syphilisation et l'iodure de potassium peuvent être employés de concert dans le traitement des maladies syphilitiques, ainsi que les corollaires que l'on en pourra déduire.

Je pourrai faire une étude utile sur le sujet de cette observation, car il m'est facultatif de le voir de temps en temps, et maintenant il est dans un état très- satisfaisant.

OBSERVATION LXXXUI.

Vaste chancre induré à la vulve. — Syphilisation. — (iuérimn. — Susp'nlion /le l'inoculation pendant trois mois à cause de différentes maladies aiguës. — Apparition de douleur* ostéoeopes. — On recommence, l'expérience, et on y unit l'iodure de potassium. — La malade sort guérie des douleurs osseuses, mais incomplètement syphilisée.

THËR.KSE C. , femme B., âgée de 54 ans, tempérament sanguin-lympliatique, constitution médiocre; elle a accouché deux fois, et la menstruation a toujours été régulière jusqu'au mois de février [Misse, depuis lors elle a cessé ; entrée au Svphilicûme le 10 avril 185t.

On reconnaît la présence d'un chancre induré, de la largeur de 3 centimètres, à la partie interne de la petite nymphe gauche, vers la fosse naviculaire. Il y a environ cinquante jours qu'elle est malade, et jusqu'ici elle n'a encore fait aucune espèce de traitement.

C'est sa première infection.

12 avril. — On lui fait trois inoculations avec du pus pris sur le chancre qu'elle porte à la vulve, mais elles restent sans effet. On les répète le 17 au nombre de deux; il en résulte deux ulcères caractéristiques.

l'i mai. — Le chancre vulvaire n'a pas fait de progrès, les deux autres produits artificiellement, ont environ 4 millim. de largeur, et ne sont pas très -enflammés.

Trois piqûres répétées le 12, avec du pus d'un chancre artificiel d'une autre femme, donnent autant de chancres.

22. — Le chancre vulvaire a pris une couleur rose, il est couvert de granulations, et il commence à diminuer d'étendue. Les six chancres artificiels produits par les deux dernières inoculations sont ouverts, ceux de l'inoculation du 17 avril sont déjà cicatrisés, ils n'ont pas dépasse 8 millimètres.

Deux piqûres et trois le 2C, avec du pus des chancres de la malade elle même ; les dernières sont infructueuses, les premières donnent lieu à deux chaneses.

2!t. — Le chancre de la vulve continue a se cicatriser. Ceux de l'inoculation du 1er mai sont dans la période de transition, et ceux du 12 deviennent granuleux. Us ont tous cinq à 6 mill. de largeur.

Trois nouvelles inoculations avec du pus de ses ulcères, et deux le 4 et le 7 juin: il en résulte six pustules.

16 juin. — Le chancre de la vulve est guéri, en laissant une légère induration dans le tissu de la cicatrice. H reste encore quatre chancres sur l'abdomen, ils ont 3 à 4 millimètres.

Trois inoculations avec du pus d'une autre femme, deux le 20 et le 24, donnent naissance à cinq pustules.

7 juillet. — Tous les chancres artificiels sont cicatrisés. On inocule sans résultat du pus d'un bubon que l'on vient d'ouvrir aujourd'hui. Le 17 on fait six nouvelles piqûres avec du pus pris sur un autre femme, mais également sans résultat.

20. — La malade se plaint de douleurs gastro-intestinales aiguës; il v a fièvre, langue sèche et'rouge, soif ardente, diarrhée ; l'abdomen est douloureux sous la compression, on diagnostique une gastro-entérite: — quatre saignées, boissons acidulés.

2-j. — Depuis hier les symptômes de gastro-entérite et de la réaction cardio-vasculaire ont cessé. Aujourd'hui, il se déclare une métrite accompagnée de fièvre ; il y a six mois que la menstruation n'a pas paru: deux saignées, deux applications de sangsues, une aux vaisseaux hémorroïdaux et l'autre ù la région hypogastrique.

20 septembre. — Depuis la convalescence de ces deux maladies aiguës, on vit se manifester des fièvres intermittentes rebelles qui plusieurs fois coupées par les préparations de quinine , récidivèrent encore et alternèrent, ou s'associèrent ces derniers jours, avec des douleurs vagues dans les épaules, l'humérus droit, les jambes et la tète. La poudre de Dower, l'aconit et l'infusion de tilleul les calmèrent un peu, mais ne purent les dissiper complètement.

Tous ces motifs obligèrent de suspendre les inoculations pendant trèslong temps ; si l'on ne tient pas compte des deux dernières qui furent infructueuses, on aurait presque trois mois d'interruption de l'expérience que l'on reprend aujourd'hui.

Dix piqûres suivies de trois petites pustules qui guérirent en 7 jours:

x autres au contraire faites partie le 2G, et partie le 5 octobre, donnent neuf pustules qui passent à l'ulcération, acquièrent 3 ou 4 millim. d'extension et guérissent dans l'espace de 12 à 1G jours.

10 octobre. — Les douleurs des bras et des jambes continuent; on prescrit de nouveau l'extrait d'aconit. Le 8 il y eut un accès de fièvre périodique, pour lequel on lui administra hier 40 centigr. de sulfate acide de quinine,

Six inoculations avec du pus virulent donnent 4 pustules.

16. - Depuis trois jours, il n'y a plus eu d'accès de lièvre intermittente.

Tous les chancres artificiels sont guéris, excepté deux de l'inoculation du 5 octobre, qui sont très-petits et en voie de cicatrisation, et quatre petites pustules produites par la dernière inoculation. Les douleurs continuent à se faire senlir tantôt dans la tète, tantôt dans les humérus.

HO OBSERVATION IAXXIU.

ou dans les tibias ; elles sont plus aiguës pendant, la nuit, niais il n'y a aucune apparence de lésion nsséo-périosléique. Le sujet étant très-affaibli par les derniers accès de fièvre périodique, on ne juge pas prudent de continuer les inoculations syphilitiques. On lui prescrit aujourd'hui 75 centigr. d'iodure de potassium, et on en continue l'usage jusqu'au 31 de ce mois, en augmentant peu à peu la dose. Sous son influence, les douleurs osseuses diminuent sensiblement; le 31, jour où on en cessa l'usage, après en avoir administré 20 gî. en tout, elles avaient totalement disparu.

L'état de la malade se trouvant aussi beaucoup amélioré, on reprend l'expérience.

51. — Trois chancres artificiels sont encore ouverts, ils ont 4 ou Ji millim. et sont environnés de pustules kiifiétigineuses qui sont le siège de douleurs assez vives. La face et d'autres régions du corps sont couvertes de petites pustules produites par l'emploi de l'iodure de potassium.

Dix-huit piqûres donnent lieu à 14 pustules.

12 novembre. — 11 y a maintenant 14 petits chancres qui sont larges de 2 à 5 millim., assez douloureux et environnés d'une grande quantité de petites pustules prurigineuses, qui sont peut-être encore l'effet de l'iodure de potassium que la malade a pris dernièrement.

Quatorze nouvelles piqûres sont suivies de onze ulcères qui guérissent dans l'espace de douze jours, sans beaucoup s'enflammer, et sans prendre une. grande extension.

28. — La malade ayant manifesté de la répugnance à continuer la cure, on eut de nouveau recours à l'iodure de potassium, a la dose de 1 gr. par jour: on lemploie jusqu'au 10 décembre, ce qui fait qu'elle en a pris de nouveau 12 grammes.

12 décembre. — Les douleurs des tibias ont tout-à-fait cessé depuis longtemps. L'état actuel de la malade est bon ; elle manifeste un vif désir de sortir de l'Hôpital, on y consent aujourd'hui. L'expérience a été souvent interrompue rt cause de maladies intercurrentes; elle le fut une fois pendant trois mois, ce qui a fait que le traitement a été fort irrégulier. Aussi je crains beaucoup que la syphilisation n'ait pas détruit radicalement l'infection constitutionnelle qui s'est manifestée pendant le cours de l'expérience.

On voit dix cicatrices de 8 à dix millimètres, mais superficielles et peu évidentes; il y en a d'autres, mais beaucoup plus petites.

Je recommandais à cette femme de se laisser examiner de temps en temps, afin que l'on pût aussitôt lui administrer les remèdes nécessaires, s'il venait à se manifester quelque nouveau symptôme syphilitique. Jusqu'à présent (13 novembre), elle n'est pas encore rentrée à l'Hôpital, et tout me fait espérer qu'elle jouit d'une bonne santé.

Réflexions.

1" L'ancien chancre vulvaire induré et virulent au commencement de l'expérience , et 21 chancres artificiels ne purent pas empêcher V développement de la syphilis constitutionnelle. L'expérience «yant été

ODSLRVATIUM LXXX.1V. Î|27

forcément suspendue ù. cause des complications de maladies aiguës qui entravèrent la cure syphilisnnte, on vit entrer en scène les douleurs ostéocopes.

2" Aucun des symptôme?, que M. Ricord appelle secondaires, ne précéda les douleurs ostéocopes, que ce syphilographe range parmi les tertiaires. La malade cependant fut souvent examinée attentivement pendant son séjo r dans l'Hôpital, et a toutes les questions qu'on lui faisait pour savoir, si avant d'y entrer, elle s'était aperçue de quelque éruption cutanée, même légère, nu de quelques douleurs à l'arrièrebouchc, elle répondit toujours négativement.

5' Eu égard à l'état de délabrement dans lequel les maladies qu'elle avait souffertes avaient laissé sa santé, on avait cru devoir dans le courant d'octobre, unir aux inoculations l'iodure de potassium, et comme sous son influence, les douleurs avaient rapidement diminué, et que l'état général s'était amélioré, on voulait continuer les inoculations jusqu'à ce que la guérison fût complète. Mais la malade s'y opposa : on ne put donc terminer la sypbilisation, et il est probable qu'elle n'est pas guérie radicalement de l'infection constitutionnelle; alors par prudence, on continua le traitement par l'iodure' de potassium dont elle prit à la vérité une dose assez élevée mais malheureusement l'action de ce remède n'est que temporaire.

4° L'administration de l'iodure de potassium pendant le temps que les chancres étaient virulens, en retarda la guérison, en donnant naissance à des pustules impétigineuses qui se développèrent sur leur périphérie, et à l'irritation de la surface ulcérée qui faisait probablement les fonctions d'un émonctoire dont la nature se servit pour éliminer de l'économie l'iodure de potassium.

Tubercules muqueux à la imlve, aux aines, aux cuisses, sur les amygdales, sur la luette et à la face postérieure du pharynx; douleurs ostéocopes à l'occipital — ■ Syphilisation. — Guérison.

THÉRÈSE B.,àgée de 23 ans, tempérament lymphatique, constitution frêle, menstruation régulière depuis l'âge de 12 ans, maintenant aménorrhoïque, ou dysménorrhoïque depuis un an environ, entrée au Syphicôme le 1« juin 1851 .

On voit à la fosse naviculaire la cicatrice d'un chancre dont la malade ignore la date de la guérison; à l'aine gauche, une autre large cicatrice laissée par une adénite, dont elle fut affectée dans son enfance, a la suite de la petite-vérole. On aperçoit de gros tubercules muqueux ulcérés au pli inguino-crural droit, il en existe d'autres sur les amygdales, la luette et la face postérieure du pharynx. En outre, elle se plaint de douleurs nocturnes à l'occipital.

C'est sa première infection, elle date d'une année environ; et elle n'a fait jusqu'à présent aucuri traitement nntisyphilitique interne, tri externe.

5 juin. — Après lui avoiT fait prendre un purgatif el un bain simple, "ii commence l'expérience, -en lui faisant les trois premières piqûres sur la région épieolique gaucbe, avec du pus de chancres artificiels d'une autre femme : il en résulte trois elianeres.

7. — Trois piqûres, répétées le II, la première fois avec du pus d'une autre malade, la seconde a\ec celui de ses chancres: il eu nait cinq pustules.

15. — Depuis hier, la malade est en proie à une fièvre intense accompagnée de céphalalgie, et provenant probablement d'une cause rhumatismale. Les premiers chancres artificiels qui étaient très-enflammés liier, et avaient 3 ou i millimètres, ont pris aujourd'hui un aspect gangreneux. Les autres sont beaucoup moins enflammés: deux saignées, diète, boissons acidulés et rafraîchissantes.

15. — La lièvre continue: le sauf.' extrait le 13, et celui de la saignés d'hier est conenneux.

Les chancres artificiels gangreneux de la région épieolique gauche se sont réunis en un seul, qui est très-large et très-douloureux : la gangrène ne parait pas encore vouloir se limiter: nouvelle saignée du bras; 3(1 grain, d'huile de ricin.

18. — On fit encore une saignée le Ifi, quoiqu'il y eût déjà dirninunution de l'inflammation. Hier la gangrène était parfaitement limitée; ce matin il y a apyrexie complète; il se l'ail une crise par une abondante transpiration qui soulage beaucoup la malade. On enlève l'escarre. Le chancre a maintenant <> centina. de long, sur 3 de large et 3 ou i inillim. île profondeur.

2j.— Il a un bel aspect et se couvre de granulations ; il commence aussi à se cicatriser, les autres chancres artificiels ne se sont pas beaucoup agrandis, et ils sont maintenant en voie de cicatrisation: un d'entr'eux est déjà guéri. Les douleurs ostéocopes de l'occipital ne se font plus sentir depuis quelques jours, et n'ont plus reparu. Les tubercules muqueux inguino-cruraux, et ceux de l'arrière-bouche sont presque entièrement guéris.

15 juillet. — Il ne reste pi «s que les traces des tubercules muqueux vulvo-inguino-cruraux,'Jtceux des autres régions ont disparu, sans qu'il soit possible d'en voir les traces. Les douleurs ostéocopes de l'occipital ne se sont plus fait sentir. Les chancres inoculés le 7 et le H juin sont guéris depuis longtemps. Le'vaste chancre gangreneux est cicatrisé depuis deux jours.

On fait aujourd'hui une piqûre que l'on renouvelle le 25 et le 28, en se servant du pus de chancres artificiels d'autres malades : il en résulte trois chancres.

2 uoiii. — Le plus ancien des trois" chancres artificiels a 8 millim. cl se trouve encore virulent; les autres sont plus petits, mais en voie de progrès; ils sont tous douloureux et enflammés.

Une piqûre faite aujourd'hui avec du pus de chancres artificiels d'une autre malade, donne lieu à unej.petite pustule, qui se dessèche en 8 jours, sans même s'ouvrir. Deux piqûres le 7. et deux autres le 15 font naître quatre pustules bien développées.

1>. — La Siinlii de cette femme est excellente:

Le chancre inoculé le 13 juillet a maintenant un centim. de large, et se trouve dans la période de cicatrisation ; quatre autres sont virulens et larges de 3 à 8 millimètres.

Uuatre piqûres avec du pus d'une femme récemment entrée à l'Hôpital, sont suivies de quatre petites pustules desséchées le 20. Dix autres piqûres le 50 août et deux le 3 septemhre, donnent lieu à dix pustules.

20 septembre. — Il y a maintenant quinze chancres artificiels dont quelques uns sont en voie de cicatrisation. La diminution en largeur a été régulière; il n'en est pas un seul qui ait maintenant plus de S millim., la plupart n'en ont que 3 ou i.

Huit piqûres avec du pus d'une femme qui est sur la fin du traitement syphilisant ; sept pustules, dont quelques unes étaient guéries le l'r octobre, et les autres s'étaient ulcérées. Deux piqûres le 1er octobre, avec du pus d'un bubon que l'on croit virulent restèrent sans effet.

8 octobre. — ■ Tous les chancres artificiels sont cicatrisés. Il y a longtemps qu'il ne reste même plus les traces des tubercules muqueux vulvo-inguinaux. Il ne s'est déclaré aucun nouveau symptôme d'infection générale.

Trois piqûres, répétées le 13, avec du pus de. chancres indurés d'une autre femme, et quatre le 18 avec celui de ses chancres artificiels: il en résulte huit pustules.

24. — Les deux chancres produits par l'inoculation du 8, sont couverts de croûtes, et presque entièrement desséchés; il en reste six, larges de 2 à 5 millimètres.

Cinq piqûres, sept le 28, et dix le 31, toujours avec du pus de chancres artificiels d'autres femmes : il en résulte vingt-une pustules.

3 novembre. — Quelques unes des pustules qui se sont développées à la suite des trois dernières inoculations se sont desséchées aussitôt; la plupart se sont ulcérées. Tous les autres chancres sont guéris depuis quelque temps.

Cinq piqûres faites aujourd'hui restent sans résultat. Neuf autres le S, donnent lieu à autant de pustules qui étaient parfaitement guéries le 18.

15. — Six piqûres faites aujourd'hui et seize le 18, avec du pus d'un chancre vulvaire induré, donnent lieu à quatorze petites pustules qui étaient guéries dans l'espace de 1 1 à 15 jours, un grand nombre sans même s'ouvrir.

28 décembre. — -La malade refusa pendant quelque temps de se soumettre a de nouvelles inoculations, soit par caprice, soit à cause des douleurs intestinales et de la diarrhée dont elle eut à souffrir pendant quelques jours vers la fin de novembre.

Ou recommence aujourd'hui l'expérience, en lui faisant dix piqûres, et six le i janvier 1852, avec du pus de chancres vulvaires d'autres malades: on obtient treize pustules dont la plupart s'ulcèrent encore.

20 janvier. — 11 reste trois chancres fongueux, larges de 5 millim. enniini, produits par la dernière inoculation. Les autres chancres qui s»

sont développés à la suite de celles du i janvier et du 28 décembre M sont moins étendus, et ont guéri dans l'espace de 10 à 12 jours.

Cinq piqûres ne donnent lieu qu'à deux pustules qui s'ulcèrent et guérissent au bout de 21 jours. Il faut remarquer que ces deux chancres furent le siège d'une inflammation grave trois jours après leur développement, à la suite d'une bronchite accompagnée de lièvre, qui tourmenta la malade pendant quelques jours, et qui guérit par l'usage répété de purgatifs oléagineux et par la diète.

15 février. — Elle se refusa jusqu'à présent à se laisser faire de nouvelles inoculations ; en conséquence, quoique la syphilisation ne fût pas complète, comme elle n'offrait plus aucun des symptômes pour lesquels elle était entrée à l'Hôpital, on lui permit d'en sortir.

Sa santé est excellente; la menstruation, qui manquait depuis plus de 16 mois, a été abondante ces trois derniers mois; elle a commencé de nouveau à se manifester aujourd'hui. Elle est dans le Syphilieiïme depuis 8 mois et demi; mais l'expérience a dû subir de longues interruptions par suite des maladies qui vinrent en entraver le cours, et par le caprice et l'indocilité de la malade.

On voit à la région épicolique gauche une vaste cicatrice obloBgue cl déprimée laissée par le chancre gangreneux. Toutes les autres sont beaucoup plus petites, les plus anciennes sont à peine visibles. Elle a pris de temps en temps quelques bains simples pendant les premiers mois du traitement, et quelques autres sulfureux dans les derniers temps de son séjour à l'Hôpital.

Elle rentre, le 29 avril 1852, affectée de la gale. Lorsqu'elle sorti! pour la première fois de l'Hôpital, elle passa quelques jours dans une maison de tolérance; elle entra ensuite au Refuge Barolo, où elle est restée jusqu'à ce jour. Sa santé a continué à être excellente, et clic n'a eu aucun symptôme d'infection primitive, ni secondaire.

On la guérit de la gale par l'usage des préparations sulfureuses, et elle sort le 31 mai.

Réflexions.

1" Sous l'influence d'une fièvre rhumatismale intense, les premiers chancres artificiels devinrent gangreneux, et la gangrène ne se limita que lorsque par un traitement antiphlogistique approprié on eût triomphé de la condition inflammatoire vasculaire.

2' On observa la diminution progressive constante des chancres artificiels; cependant quelques-uns des derniers inoculés firent exception à cette règle , pendant le cours d'une bronchite accompagnée de fièvre, qui détermina une inflammation un peu intense dans les chancres, les rendit plus douloureux, plus larges que les précédents, et les fit durer plus longtemps.

3° Doit-on attribuer la guérison des tubercules muqueux des parties génitales et de l'arrière-bouche, ainsi que des douleurs ostéocopes de V'occipital à la syphilisation, ou bien aux saignées? Dans la supposition •|ti'i! eût suffi des ranvens antiphiogistiques pour les faire disparaître, il

OBSKnVATION I.XXXV. /|ÔI

hic posait i|uc si la syphilisalion n'avait pas exercé une influence salutaire sur l'organisme, cette femme, chez laquelle on avait encore fait naître de nouveaux chancres, aurait dû peu de temps après être sujette à la réapparition des mêmes symptômes, ou de nouveaux symptômes de syphilis constitutionnelle. Elle resta encore 8 mois dans l'Hôpital, et on n'observa jamais chez elle aucune manifestation d'infection générale.

03SERVATION LXXXV.

Chancre vulvaire ancien et induré rebelle à un long traitement par l'iodure de potassium et le mercure ; réapparition des douleurs ostrocopes après ce traitement ; ostéite probablement scrofuleuse et nécrose de l'humerus droit. — Syphilisation. — Guérison du chancre. — Cessation des douleurs ostéocopes. — Amélioration de l'ostéite scrofuleuse.

CHARLOTTE V., femme C. , âgée de 28 ans , tempérament lymphatique , hahitus scrofuleux , menstruation souvent irrégulière , entrée à l'Hôpital le 12 décemhre 1850.

Elle porte un chancre induré du côté gauche de l'orifice vaginal, de la largeur d'environ 15 millim., existant , d'après ce qu'elle dit, depuis vingt jours. Elle est en outre tourmentée depuis trois mois par des douleurs ostéocopes dans les pariétaux et le frontal ; on aperçoit des péviostoses sur divers points de ces os.

C'est la sixième fois qu'elle est infectée. Les quatre premières fois, elle ne fit qu'une cure locale. En 1849-50, un vaste chancre vulvaire induré, compliqué d'adénite cervicale suppurative, entretenue prohahlement encore par son habitus scrofuleux, l'obligea de suivre un long traitement par l'iodure de potassium , et ensuite par les frictions mercurielles.

On voit sur diverses parties de son corps de nombreuses cicatrice» blanchâtres et irrégulières laissées par des ulcères scrofuleux dont elle eut à souffrir pendant son enfance. Les régions latérales et antérieures du cou en sont couvertes. Près de l'articulation huméro-cubitale droite, et sur la région antérieure de la jambe droite on voit de vastes cicatrices déprimées et adhérentes aux os qui ont été jadis atteints de carie; deux autres cicatrices de même nature , mais n'offrant pas une aussi grande extension , s'observent sur les côtés de la quatrième vertèbre lombaire.

A son entrée a l'Hôpital , on commença la cure par l'iodure de potassium , qu'on ne lui administra qu'à doses réfractées, à cause de la coexistence d'une irritation gastrique. En peu de jours, les douleurs ostéocopes du crâne diminuèrent, et l'état général s'améliora. Lorsqu'on suspendit l'usage de ce médicament, la malade en avait pris 13 grammes. On eut ensuite recours aux frictions mercurielles, en employant, suivant l'usage , 5 gram. d'onguent napolitain pour chaque friction ; dans l'espace de trois mois elle en avait consommé 204 gram. Malgré la longueur H l'activité de eu traitement . que l'on suspendit vers la

ÎIÔ2 OBSERVATION tVXXV.

moitié du mois de mai , la chancre n'était pas encore cicatrisé. En outre, depuis le mois de tenter, le liras droit de la malade se tuméfia peu à peu sans qu'elle en ressentit ni gène , ni douleur ; el comme elle ne s'en plaignit jamais , ee ne fut que vers la lin de juin (pic l'nn s'en aperçut.

Vers le milieu du mois de juin, le chancre persistant toujours, malgré plusieurs cautérisations répétées surtout pendant les derniers jours , et de légères douleurs s'étant de nouveau fait sentir dans les os du eràne , la malade demanda à être soumise à la sypliilisation. Après l'avoir préparée par quelques bains, quelques purgatifs etc., le 1G juin on commença la cure . en laissant de côté tous les autres traitements tant généraux que locaux.

Depuis son entrée à l'Hôpital, elle fut toujours disménorrhoïque

1G juin. — Deux inoculations avec du pus pris sur de,s ulcères artificiels en voie de progrès d'une autre femme soumise a la sypliilisation : le 19 deux pustules se manifestent. Ce même jour, deux autres piqûres suivies d'une seule pustule.

22. — Deux piqûres restent sans effet ; répétées le 20 en trois points, elles donnent trois pustules bien développées le 30.

Vers le tiers moyen du liras droit, on voit une notable tuméfaction, qui s'est accrue peu a peu depuis quatre mois, sans jamais occasionner li moindre incommodité. Le volume du membre malade est doublé , la peau conserve sa couleur naturelle , la compression et les mouvements divers qu'on imprime au bras, ne réveillent pas la moindre douleur. Cette tuméfaction parait dépendre d'une lésion de l'humérus et des tissus environnants ; on soupçonne une collection de pus située profondément,

30; — Deux inoculations pratiquées aujourd'hui restent sans effet; on les répète le i juillet en trois points différents , il en résullc trois

8 juillet. — Les trois chancres produits par les inoculations du 17 et du 19 juin ont G ù 8 millim. de largeur, et ne sont pas très-doulonreux. L'ulcère vulvuire commence à se cicatriser, depuis que l'on a fait les premières inoculations, et les douleurs ostéocopes du crâne qui se faisaient de nouveau sentir , ont disparu. La tuméfaction du bras droit n'a subi aucune modification apréeiable.

On fait trois piqûres avec du pus pris sur une femne récemment entrée à l'Hôpital, mais sans obtenir de résultat.

13. — Trois piqûres, que l'on répète le 18 sur deux autres points, el sur trois autres le 23, sont suivies d'autant de pustules.

Deux des chancres des deux premières inoculations sont guéris , l'autre est près de l'être. Les ulcères du 2G juin et du 4 juillet sont à peine de la largeur de G millimètres.

2 août. — Il reste quatre petits ulcères de la grandeur de 4 millim dont deux sont le résultat de l'inoculation du 15 , et deux de celle du 18; ils tendent cependant à la guérison. Les pustules qui se sont déw •loppées 8 la suite de l'inoculation du 25, ont gnéri en 9 jours sans s'ouvrir. L'ulcère vulvaire est cicatrisé et l'induration qu'on y ohseï i disparu, la tumeur du bras reste stationnante.

OBSERVATION LXXKV. kÔÔ

On fait trois piqûres le 2 , dix le G , cinq le 7 et six le ii, toujours avec du pus d'ulcères artificiels d'autres femmes; on n'obtient qu'une seule petite pustule de l'inoculation du 7.

18. — Six piqûres, avec du pus de chancres artificiels d'autres femmes, suivies de six petites pustules guéries en 8 jours; on en fait huit le 20 , et dix le 22 , toujours sans résultat.

28. — Dix piqûres: elles donnent lieu à dix petites pustules qui se dessèchent en quatre ou cinq jours. — Quatorze piqûres pratiquées le li septembre restent sans résultat, cependant on se servit toujours du pus d'un ulcère vulvaire récent.

5 septembre. — On examine attentivement la tumeur du bras, et l'on croit y reconnaître un peu de fluctuation profonde sur les côtés du deltoïde. On l'explore avec un rocart, et il en sort du sérum purulent; on dilate alors l'ouverture, qui donne issue à une grande quantité de pus séreux et fétide , et à quelques esquilles noirâtres et friables d'os nécrosé. L'exploration avec le stylet fait reconnaître qu'une portion de l'os est dépouillée de son périoste, et nécrosée sur une longueur de 5 à G centimètres , et adhérente encore au reste de l'os.

8. — Pour faciliter l'issue du pus , on fait une contre-ouverture derrière le bord postérieur du tendon du deltoïde. On continue , dans les pansements journaliers, à extraire de petites esquilles d'os ; la suppuration est cependant moins fétide.

1G. — Le 9 il y eut un accès de fièvre périodique qui se reproduisit quatre jours de suite ; trois doses de quinine suffirent pour en triompher. Il resta toutefois à la malade une céphalalgie gravative qui ne fit qu'augmenter. Depuis son entrée à l'Hôpital, le flux menstruel avait toujours été peu abondant, et depuis le mois de juin, il a cessé complètement. On prescrit 5 grain, d'oxule de magnésie, et 20 sangsues aux ^ aisseaux hémorrhoïdaux.

22. — L'application des sangsues a été très-avantageuse : les nuits ont été plus calmes, la céphalalgie a diminué et la fièvre a cessé. On administre encore 2 gram. d'oxyde de magnésie dans la matinée du 21. Le soir de ce même jour, il se manifeste une légère congestion pulmonaire accompagnée de quelques crachements de sang ; on répète le 22 l'application des sangsues aux vaisseaux hémorrhoïdaux , et on prescrit l'infusion de seigle ergoté.

21. — L'hémophtisie a cessé; il y a apyrexie , la céphalalgie a disparu. On prescrit 5 gram. d'oxyde de magnésie.

3Ô, — Amélioration progressive — l'appétit augmente de jour en jour.

21 novembre, — L'état général du sujet alla toujours en ^'améliorant jusqu'à ce jour. La tumeur du bras droit a beaucoup diminué, ainsi que le gonflement de l'humérus; la partie nécrosée n'est pas encore mobile; mais de temps en temps il s'en détache quelques esquilles osseuses par la suppuration qui est chaque jour moins abondante. On accède au désir que manifeste la malade de sortir de l'Etablissement, quoique la nécrose de l'humérus droit ne soit pas encore parfaitement guérie. Excepté ce symptôme, qui s'il n'est un produit de l'habitus scrofuleux de cette femme est un effet de la périostite syphilitique dont le progrès est fort

'■\ù'i OBSERVATION IAXXV.

limité, cette femme ne présente aucun symptôme d'infection vénérienne Elle est restée H mois et 9 jours dans l'Hôpital, et on lui fit la première inoculation il y a cinq mois. Elle a dix cicatrices d'ulcères sur l'abdomen, de la largeur de 5 a 8 înillim., et quelques autres plus petites; toutes sont superficielles et peu apparentes.

Nous l'avons revue sur la fin du mois de juin, sa santé est dans un très-bon état : plus de douleurs ostéocopes, pas le moindre symptôme vénérien. Cependant elle avait encore un trou fistuleux au bras drnit , et en y introduisant le stylet, je pus me convaincre que la surface de l'»i émit lisse et dénudée.

Elle se présenta chez moi le 2i décembre. La nécrose de l'humérus droit persistait toujours, et la portion nécrosée n'était pas encore mobile. Lue ouverture qui s'était faite spontanément an dessous de celle qu'on avait pratiquée au Syphilicùme, facilitait l'écoulement de la matière purulente, et il en sortait continuellement une humeur séro-purulentc et fétide. En outre, au sommet de la tête, dans le point OÙ les douleurs ostéocopes étaient le plus aiguës, il s'est ouvert un aines aveo carie du pariétal; un abcès semblable, mais qui n'était pas encore ouvert, se voyait sur la partie supérieure de la région frontale gauche. Cependant elle ne ressent plus de douleurs ostéocopes dans ces os, ni dans aucune autre portion du système osseux.

Voyant que malgré les longs traitements iodico-mercuriels qu'elle ttVttil suivis, et la sypbilisation incomplète qu'on avait, essayée, la maladie syphilitique n'était pas vaincue , j'eus recours immédiatement à l'iodure de potassium; aussitôt que les symptômes auront subi quelque amélioration, je lui administrerai de nouveau les préparations mercurielles, afin de voir, si à la suite du petit nombre de chancres artificiels olilemib eu 1831, elles seront plus utiles que par le passé, et si elles pourront enfin procurer la guérison si désirée de cette affection rebelle.

Réflexions.

1° je crois que l'on doit attribuer en partie au vice serofuleux l'ostéite et la nécrose du bras droit; en effet, l'absence de douleurs diurnes et nocturnes dans la portion d'os si profondément altérée, la lenteur que la maladie mit à se développer, et les nombreuses affections scrofuleuseï auxquelles cette femme fut sujette aux différentes époques de sa vie,- militent en faveur de mon opinion.

2° On ne lui fit que peu d inoculations, et tous les chancres restèrent petits, superficiels et peu douloureux; cette femme qui paraissait être syphilisée, pareeque les ulcères étaient allés toujours en diminuant de dimension , et que les dernières inoculations n'avaient donné que des pustules de peu de durée , qui n'acquirent pas un grand développement, et dont plusieurs même avaient été sans effet, ne l'était pas malheureusement, car la maladie vénérienne a pris un nouveau développement qui nécessita un autre traitement iodico-mercuriel.

fllôï

Ulcères secondaires. — Douleurs osséo-articulaires. — Syphilisation tresirrégulière et incomplète. — lodure de potassium et mercuriaux. G'uèrison. — Nouvelle infection. — Guérison en peu de temps.

ANGELE G., veuve, âgée de 38 ans, tempérament bilioso-lymphatique, mauvaise constitution, détériorée par un grand nombre d'années d'une existence misérable et d'une vie déréglée, dysménorrhoïque depuis plusieurs années, et aménorrhoïque depuis 1-1 mois, entrée à l'Hôpital le S avril 1851.

Elle n'offre aucun symptôme d'infection primitive, mais on voit aux deux côtés du genou droit un vaste ulcère irrégulier d'une couleur rouge-violacée, à base et à bords indurés , et environnés d'un œdème du tissu cellulaire sous-cutané limité ù celte région. La matière sécrétée par cet ulcère est ichoreuse. Les deux proéminences du frontal sont tuméfiées et douloureuses, surtout pendant la nuit. Elle nous dit que les deux ulcères du genou ne datent que de quelques jours, et que les douleurs qu'elle ressent clans quelques os, mais surtout dans ceux de la tète, se manifestent de temps en temps, quelquefois plus, quelquefois inoins fortement, depuis près de 1-i ans. Elles commencèrent à se faire sentir à la suite de graves accès de fièvre intermittente, auxquels elle fut longtemps sujette dans l'île de Sardaigne. Elles disparaissent pendant quelques temps, même sans traitement, pour se réveiller ensuite, surtout à l'époque des variations atmosphériques.

Elle n'a été jusqu'ici traitée que deux fois dans le Syphilicôme de Turin. En 1819 elle y fut envoyée pour des traces de tubercules muqueux, qui disparurent en peu de jours. Dans la seconde moitié de 1850, elle fit un long traitement mercuriel et iodique (40 frictions, chacune de 3 gram. d'onguent mercuriel, et 9 gram. d'iodure de potassium) pour des chancres vulvaires indurés, un abcès virulent sus-pubien, un bubon inguinal droit également virulent, des périostoses du frontal et du temporal, et une syphilide pustuleuse. Elle dit cependant qu'elle a contracté, il y a longtemps, plusieurs véroles, qui guérirent presque toutes par un simple traitement local. Après quelques jours de repos dans l'Hôpital, et l'administration d'un purgatif, on commence l'expérience.

H avril. — Trois piqûres, autant le 17, avec du pus de chancres artificiels, donnent lieu à six chancres.

21. — Deux piqûres avec du pus de chancres artificiels d'une femme en voie de syphilisation, font naître deux petites pustules, qui s'ulcèrent et ne durent que 1-i jours.

29. — Les ulcères secondaires du genou prennent un bel aspect, et leur diamètre parait diminuer. Les douleurs nocturnes du front ne sont plus aussi intenses.

Les chancres artificiels des deux premières inoculations sont en voie de progrès, mais peu douloureux.

436 OBSERVATtON LXXXVI.

12 mai. — Les chancres artificiels ont environ un centimètre de large, et sont en voie de transformation. Le pus qu'ils fournissent, inoculé aujourd'hui en trois points, donne lieu à trois pustules. Cinq autres piqûna laites en partie le 19, et en partie le 22, font naître quatre pustules.

31. — Elle eut quelques accès de fièvre intermittente, dont on triompha par l'usage du spécifique. Les chancres artificiels des trois dernières iuoculations se sont un peu enflammés, mais la phlogose a disparu maintenant. Ceux des deux premières inoculations sont cicatrisés.

Les ulcères secondaires du genou droit sont cicatrisés depuis neuf jours. Les douleurs ostéocopes sont presque nulles , et ne l'empêchent pas de reposer pendant la nuit.

Trois piqûres répétées le 5 et le 9 juin : celles du 5 restent sans effet, et les antres donnent lieu a cinq petits chancres.

11 juin. — Les chancres de l'inoculation du 12 du mois passé sont cicatrisés depuis quatre ou cinq jours; ils ont eu à peine 7 millimètres. Ceux du 19 et du 22 sont presque cicatrisés, ils ont environ 5 ou 6 millimètres; ceux de l'inoculation du 31 sont encore virulens, mais petit» et peu douloureux.

Elle a eu deux accès de fièvre ces jours passés; aujourd'hui il y a fièvre continue et céphalalgie intense. L'aménorrhée, persiste : — cinq centigr. de tartre stihié le matin, et une saignée le soir.

!.">. — Aujourd'hui la lièvre a cessé; mais on fut obligé de faire six saignées. — Moissons nilrées et rafraîchissantes.

Les chancres artificiels se sont peu enflammés, probablement à cause de l'activité du traitement antiphlogistiquc. Il ne reste plus maintenant que ceux de la dernière inoculation.

13 juillet. — La maladie était vaincue, et la convalescence allait demicuv en mieux, lorsqu'il survint des fièvres périodiques rebelles, dont les accès récidivèrent plusieurs fois, et qui n'ont pas encore complètement cessé, malgré l'administration répétée de fortes doses de sulfate de quinine.

Tous les chancres artificiels sont guéris depuis plusieurs jours.

9 août. — La malade ressent encore de temps en temps quelques accès de lièvre. Les forces reviennent peu à peu, et maintenant elle se trouve dans un état satisfaisant. On lui fait prendre fréquemment de fortes dose» de quinine.

Mais elle se plaint depuis quelques jours de douleurs fugaces tantôt dans l'une et tantôt dans l'autre articulation tibio-fémorale, tantôt dans l'huméro-seapulaire gauche, tantôt dans le frontal: et ces douleurs sont plus vives la nuit que le jour. Cependant on ne peut constater aucune lésion des os, ni du périoste, dans les points douloureux. On a prescrit jusqu'à présent la poudre de Dovver, l'opium, et l'extrait d'aconit, mais inutilement.

20 septembre. — Les douleurs osséo-arthritiques n'éprouvent aucune amélioration par le traitement narcotique ; elles semblent au contraire avoir augmenté depuis quelque temps. Du reste la santé du sujet est bonne.

On abandonne toute espèce de traitement, et on recommence l'expérience, après plus de trois mois d'interruption.

Quinze piqûres avec du pus de chancres artificiels d'une autre femme sont suivies de six pustules. Huit le 26 septembre , et cinq le 5 octobre, avec du pus de ses chancres, donnent lieu à douze pustules.

!t octobre. — Il y a peu d'amélioration dans les douleurs des genoux; celles du frontal ont cessé , ainsi que celles de l'articulation huméroscapulaire gauche. Les chancres de l'inoculation du 20 marchent déjà vers la cicatrisation ; ils sont petits et peu douloureux

Cinq piqûres avec du pus de chancres artificiels d'une autre malade : <inq pustules.

16. — Les chancres artificiels sont guéris, à l'exception de ceux de la dernière inoculation , qui sont encore en voie de progrès , et un peu douloureux.

Les douleurs de l'articulation du genou droit ont disparu ; celles du genou gauche au contraire ont augmenté, et sont plus ou moins aiguës pendant la nuit. Les os douloureux ne sont cependant le siège d'aucune lésion organique.

Hier il y eut un léger accès de fièvre, qui fut suivi d'une céphalalgie intcDse. Aujourd'hui, il y a en outre des douleurs utérines. La menstruation n'a pas encore eu lieu depuis que la malade est entrée à l'Hôpital.

La santé précaire du sujet ne permettant pas^de faire de nouvelles inoculations, parcequ'elles pourraient donner lieu à des chancres phagédéniques ou même gangreneux, et l'état dans lequel se trouve cette femme exigeant un prompt soulagement, on lui prescrit l'induré de potassium.

28 novembre. — On en continue l'usage , et on en augmente rapidement la dose jusqu'à un gram. et demi par jour-, seulement on le suspend quelquefois pendant peu de temps, à cause de l'apparition d'accès de fièvre intermittente, qui se manifestent de temps en temps, ou pour de légères douleurs intestinales. Les douleurs osséo-arthritiques n'ont pas encore disparu ; elles se sont de nouveau fait sentir dans l'articulation liuméro-seapulaire gauche. La santé s'est un peu améliorée.

Les cinq chancres inoculés le 9 octohre sont encore ouverts et larges de 6 à 7 millimètres; ils sont prurigineux; mais il y a longtemps qu'ils ne sont plus virulens, bien loin de là, ils sont fongueux.

27 décembre. — Malgré l'administration de 5-i gram. d'iodure de potassium, la malade accuse toujours des douleurs nocturnes, tantôt dans un os, tantôt dans un autre, et cependant on ne peut jamais découvrir la moindre tuméfaction dans aucun d'entr'eux. La santé du reste est passable.

Il reste encore trois chancres artificiels fongueux : on en cautérise la surface avec le nitrate d'argent.

On reprend aujourd'hui la syphilisation que l'on a interrompue si longtemps, avec l'intention de la continuer au moins jusqu'à ce qu'on n'obtienne plus que des pustules abortives , et de laisser alors partir cette femme , qui me parait se plaindre de douleurs qu'elle ne ressent pas. On continue en même temps à lui faire prendre l'iodure de potassium.

Vingt piqûres , vingt-cinq le 5 janvier , et quatorze le 13 , toujours avec du pus de chancre vulvaire induré: il en résulte Si pustules qui

'«58 observation txxxvr.

s'ulcèrent, s'étendent de 1 à 2 millim. , et guérissent dans l'espace de 12 à 15 jours.

20 janvier 1852. — Douze piqûres, avec du pus d'un chancre vul vain d'une femme récemment entrée à l'Hôpital, restent sans elTrt.

On a suspendu depuis quelques jours l'usage de l'iodure de potassium, ù cause d'une légère gastro-entérite. Les douleurs persistent encore, tantôt dans un point, tantôt dans un autre.

31. —On recommence l'usage de l'iodure de potassium, parecque la malade accuse de nouveau des douleurs osseuses.

iQ février. Ou continua jusqu'à ce jour l'usage de l'iodure de potassium, dont elle a pris en totalité pendant le traitement, 71 grammes 25. Elle nous dit, que depuis 5 ou G jours elle ne ressent plus au cune doulear.

Elle sort aujourd'hui de l'Hôpital. On ne pousse pas l'expérience jusqu'à l'immunité, parcequ'elle s'y refuse, en alléguant qu'elle est guérie. Le traitement sypliilisant a duré près de dix mois, mais il faut observer qu'il a été conduit très-irrégulièrement. Les cicatrices les plus larges n'ont pas plus de 8 millimètres.

L'état sanitaire est assez bon.

Elle rentre à l'Hôpital le G juillet 1852.

Elle est affectée de la gale : en outre , on voit à la fosse naviculamun petit ulcère large de 5 millim., qui offre tous les caractères du chancre; cependant il n'est pas induré.

La santé est bonne. Les douleurs osséo-artbritiques, mais spécialement celles du frontal se manifestent encore quelques fois , et disparaisses ensuite. Les os ne sont le siège d'aucune altération anatomique, et l'on ne reconnaît sur le sujet aucun symptôme d'infection générale.

On entreprend h' traitement de la gale par l'usage externe des sulfureux. On cautérise le chancre avec le nitrate d'argent.

Le II juillet, on lui prescrit l'iodure de potassium , à la dose de 1 gramme par jour.

Le 25, le chancre de la fosse naviculaire était cicatrisé: on l'avait encore cautérisé quelquefois avec le nitrate d'argent.

Le 15 août, l'iodure de potassium n'a pas été d'une grande utilité; en effet, les douleurs disparaissent, et reviennent avec la plus grande facicilité. Nous croyons en conséquence, devoir recourir aux inercuriaux, plutôt pour notre tranquillité que pour satisfaire à une prescription urgente. On ordonne les pilules de Sedillot.

Le 29, la fille G. sort de l'Hôpital : on n'a obtenu qu'une légère amélioration des douleurs dont elle se plaignait en entrant ; et nous soupçonnons toujours plus qu'elles n'étaient que simulées.

J'eus occasion d'examiner cette femme le 17 octobre ; elle me dit qu'elle n'avait plus ressenti de douleurs depuis longtemps, et qu'elle jouissait d'une bonne santé.

Réfle

\" On doit d'abord se demander de quelle nature étaient les douleur? osséo-arthriti<]ues , dont il est question dans cette observation. Leur longue durée sans produire de lésion importante dans le tissu osseux , l'irrégularité de leur marche, leur versatilité, leur disparition momentanée et leur réapparition peu de temps après, leur obstination qui ne les fit céder qu'incomplètement à l'usage prolongé de l'iodure de potassium , toutes ces circonstances me laissent croire qu'elles tenaient à une cause rhumatismale , si elles n'étaient pas une simple fiction de la malade. En ellct, cette femme se trouve dans une âge déjà un peu avancé , privée de tout moyen de subsistance -, elle est paresseuse , et ne manifestait jamais le désir de sortir de l'Hôpital.

2° L'absence de motifs auxquels on aurait pu les attribuer, et l'aspeel qu'ils présentaient, doivent faire considérer comme syphilitiques les ulcères serpigincux, qu'elle avait aux côtés du genou droit.

5" Les fréquentes maladies auxquelles elle fut sujette pendant le traitement sypbilisant , empêchèrent qu'il ne suivit une marche régulière. Cependant il fit sentir son utilité par la prompte guérison des ulcères secondaires et la diminution des douleurs osseuse*. Celles-ci reparurent lorsqu'on fut obligé de suspendre les inoculations, et diminuèrent lorsqu'on les recommença. La mauvaise influence que pouvaient excercer les accès de fièvre intermittente sur les chancres artificiels , m'ayant mis dans l'impossibilité de continuer l'expérience, je crus devoir compléter le traitement sypbilisant par l'iodurc de potassium.

4.° tes chancres artificiels qui existaient lors de l'apparition de la fièvre intermittente , et pendant que l'on administrait l'iodure de potassium , s'étendirent plus que les précédents , furent douloureux et prurigineux, se couvrirent de fongosilés, et exigèrent un long espace de temps pour se cicatriser.

5° L'expérience n'a pas été poussée jusqu'à l'immunité, aussi de nouvelles infections peuvent facilement avoir lieu. Cependant le chancre du mois de juillet 1852, fut petit et de peu de durée.

OBSERVATION LXXXVH.

Syphilide tuberculeuse perforante et serpigineuse. — Douleurs osttocopes . périostoses. — Cachexie syphilitique. — Syphihsation et une petite dose U'iodure de potassium. — Guérison.

JOSEPIIE D., veuve P., âgée de 30 ans, tempérament sanguin lymphatique , constitution médiocre , menstruation habituellement normale et manquant actuellement depuis deux mois, entrée au Syphilicôme le i avril 1852.

Elle est affectée d'une syphilide tuberculeuse , perforante et serpigi-

neuse aux régions supra-clavieulaires, sous-maxillaires et cervioales latérales. Les tubercules sont tous plus ou moins ulcérés, très-enflammés, et lorsqu'on détache les croûtes qui se sont formées à leur surface, on découvre des ulcères, dont quelques-uns sont superficiels, d'autres profonds (5 ou 4 millim. ) , irrégulièrement circulaires, et sécrétant une grande quantité de pus sanieux ; en outre , il y a des périosloses au tiers supérieur des deux humérus et aux acromions, avec des douleurs nocturnes intenses dans les parties osseuses, qui sont le siège de la tuméfaction, et dans les deux articulations huméro-scapulairos. Les mouvements des extrémités supérieures sont très limités et douloureux, spécialement ceux du liras droit. Il y a inappétence, marasme et cachexie syphilitique.

Cette femme nous assure qu'elle n'a jamais eu d'infection primitive. Elle a fait un traitement ntercuriel interne, il y a sept ans, pour des douleurs ostéocopes. Dans les années 1847 et -18, elle entra au Syphilicôme avec une périostitc du frontal , et un vaste abcès à la région scapulaire gauche, pour lesquelles on lui fit prendre 30 gr. d'iodurc de potassium. Mais les douleurs ostéocopes ne tardèrent pas à reparaître , et elle fit dans son pays plusieurs traitements; enfin, elle rentra au Syphilicôuie en juillet 1831. Elle avait des douleurs ostéocopes intenses aux humérus, toute la face et le cou étaient couverts de croûtes épaisses sous lesquelles se trouvaient des ulcères profonds et serpigineux de la même nature que ceux, dont elle est affectée actuellement. Elle fit alors un long traitement iodico-mercuriel (43 frictions, chacune dc3gr. d'onguent mercuriel, et 4-2 gram. d'iodure de potassium à I intérieur). Les douleurs ostéocopes ont reparu il y a deux mois , et les tubercules du cou et de la clavicule ont commence à s'ulcérer depuis 20 jours.

L'inutilité du dernier traitement, qu'elle a fait, suggère à la malade l'idée de demander à être soignée, s'il est possible, par une autre méthode que celle des mercuriaux. J'étais d'abord incertain s'il convenait de pratiquer la sypbilisation sur une organisation aussi délabrée ; et si je me suis décidé à l'entreprendre, c'était avec l'intention formelle de l'abandonner aussitôt, et de recourir à ï'iodure de potassium, si l'on n'obtenait pas prompteuient des résultats satisfaisants, ou dans le cas qu'il en serait résulté quelque inconvénient.

Je commençais donc l'expérience sous ces conditions.

G avril. — Dix-sept piqûres , huit le 15 et vingt-cinq le 17, avec du pus de chancres artificiels d'autres malades : il en résulte quarante-six

19. — Les douleurs ostéocopes ont diminué; la malade commence à pouvoir dormir quelques heures pendant la nuit ; les mouvements des bras, et surtout du gauche, sont plus libres. Les ulcères serpigineux sont moins douloureux ; il y a amélioration de l'état général.

Les chancres inoculés le C furent peu enflammés ; ils ont maintenant 4 ou S millim., et sont déjà couverts de granulations.

On lui a fait prendre quelques bains simples ces jours passés, et tous les soirs on lui administre une infusion de fleurs de tilleul.

24. — Les chancres artificiels de la première inoculation sont cica-

OBSERVATION LXXXVir. 'lil

trisés, ou bien près de l'être; deux de celle du 13 ont 2 millim. , les autres pustules se sont desséchées sans s'ouvrir ; il en a été de même d'un grand nombre de celles qui sont nées à la suite des piqûres du 17. Plusieurs piqûres faites aujourd'hui ne sont suivies que de deux pustules ; huit autres faites le 28 ne donnent lieu qu'à une seule pustule: on se servit pour l'une et l'autre inoculation, de pus de chancres artificiels récents, mais pansés avec le cérat.

3 mai. — Les douleurs ostéocopes continuent à s'amender ; elles ont presque cessé dans l'humérus, et dans l'articulation huméro-scapulaire gauche; mais elles continuent encore dans l'extrémité supérieure droite : on voit des croûtes se détacher de quelques parties du cou , et elles laissent ainsi découvrir des cicatrices récentes. L'appétit est cependant moins bon que ces jours passés.

Tous les chancres de la deuxième inoculation étaient guéris le i" mai; il en reste encore quatre de l'inoculation du 17, qui sont virulens et larges de 4 à 5 millim. ; des autres pustules inoculées le même jour, quelques unes ont avorté, d'autres se sont étendues de 1 à 2 millim. , et ont employé 10 ou 11 jours à guérir. Il reste encore en outre les trois chancres inoculés le 2 1 et le 28.

Trois piqûres avec du pus d'un des chancres artificiels que fit naître sur elle l'inoculation du 17 avril, ne donnent lieu qu'à une seule pustule. S. — On applique un large vésicatoire sur l'épaule droite, dans le double but de favoriser la résolution du reste de tuméfaction qui existe encore dans l'articulation huméro-scapulaire, mais plus encore pour voir s'il serait possible, par une autre méthode d'inoculation, de faire naître un large chancre. On dépose ensuite, le 6 et le 7 , sur la peau privée de son épidémie, une grande quantité de pus virulent. Mais le vésicatoire n'en éprouve aucune modification, et le 11 il était déjà desséché.

11. — Les ulcères secondaires du cou continuent à s'améliorer; niais la malade se plaint d'inappétence, et de légères douleurs aux acromions. Cette nuit elle en a ressenti également dans les fémurs et dans les lombes.

1S. — Hier, la menstruation qui manquait depuis plus de trois mois, commença à se manifester pour la première fois; elle avait été précédée pendant deux jours d'un malaise général qui a maintenant disparu. Les chancres artificiels de l'inoculation du 17 sont couverts de granulations, les autres sont virulens; il y en a deux qui sont un peu enflammés et douloureux, ce sont ceux des inoculations du 28 avril et du 5 mai.

27. — Le 17 on appliqua un vésicatoire sur chaque cuisse, afin de diminuer les douleurs ostéocopes, mais on en retira peu d'avantage.

Les ulcères secondaires sont presque tous guéris; les douleurs acromiales et fémorales persistent encore, quoiqu'elles ne soient plus aussi aiguës: depuis quelques jours, elle n'accuse plus de douleurs à l'humérus et à l'épaule gauohe, dont les mouvements sont parfaitement libres.

Trois piqûres à la face interne de chacune des cuisses, et une à l'épigastre, avec du pus d'un chancre vulvaire récent, donnent naissance à autant de pustules.

28. — La persistance des douleurs ostéocopes et l'inappétence qui unpêche cette femme de reprendre les forces, me font un devoir de lui administrer un peu d'iodure de potassium, dont on suspendra l'usage dès qui: l'état général sera un peu amélioré. On lui en fait prendre aujourd'hui l.i première dose.

I • juin. — Il ne reste plus qu'un seul chancre artificiel; il est situé suite enté droit du thorax, large d'environ 8 millim., mais granuleux; il est le résultat de l'inoculation du 28 avril. Les pustules de la dernière inoculation ne se sont pas encore ulcérées.

On inocule aujourd'hui ad expert mentum le pus de déchirures VulvairBS de femmes récemment entrées, et l'on répète l'expérience le 2 et le Kl. mais toujours sans résultat.

12. — Il ne reste plus que deux croûtes adhérentes à la région sous-maxillaire droite; la cicatrisation des autres ulcères serpigineux est complète depuis plusieurs jours. Les douleurs ostéocopes ont diminué: on continue l'usage de l'iodure de potassium.

II ne reste plus actuellement que les chancres inoculés le 27 mai; ils nul tous environ G ou 7 millim. de largeur, et sont très-douloureux.

16. — L'apparition de la diarrhée et des douleurs intestinales nous a fait suspendre l'usage de l'iodure de potassium; elle en a pris 11 grammes, 23. L'articulation huméro-scapulaire droite est encore un peu niiile. mais les douleurs osseuses ont disparu; l'appétit est suffisamment lion.

21. — Tous les ulcères secondaires sont cicatrisés, et les croûtes que l'on voyait encore, il y a quelques jours, se sont détachées.

28. — Les chancres inoculés aux cuisses et à l'épigastre le même jour. et avec le même pus, suivirent une marche identique jusque vers la amitié de ce mois; depuis lors la malade, passant presque toute la journée use promener, pareeque les douleurs qui ne lui permettaient pas de faire un exercice trop prolongé avalenl diminué, on vit aussitôt les chancres des cuisses s'enflammet beaucoup plus que celui de l'épigastre. Celui-ci a maintenant 7 millim., et se trouve près d'être complètement cicatrise, laudisque les autres ont 10 à 12 millim., et quoique un peu fongueux, sont encore douloureux et virulens.

Six piqûres à l'épigastre, et cinq le i juillet a la région externe du liras droit, avec du pus de chancres artificiels d'une autre femme : l' inoculation du 28 seulement donna six pustules.

iO juillet. — Les chancres artificiels des cuisses sont cicatrisés depuis deux jours, ainsi que deux de ceux que l'on a inoculés le 28 du mois passé; les autres que l'on a inoculés le même jour sont encore ouverts; ils ont 3 ou 4 millim., mais ils sont en voie de transformation.

On fait plusieurs piqûres avec le pus qu'ils sécrètent, mais sans résultat.

15. — La malade accuse depuis sept ou huit jours un peu de douleur dans l'articulation huméro-scapulaire droite qui est toujours un peu roide dans ses mouvements. L'appétit qui avait augmenté par l'usage de l'iodure de potassium, a diminué depuis trois ou quatre jours. En conséquence, on prescrit de nouveau ce remède.

Tous les chancres artificiels sont guéris.

20. — Deux piqûres, et six le 26, avec du pus de chancres vulvaires de

OBSERVATION I.XXXV1I. WlÔ

femmes récemment entrées, donnent lieu à six pustules qui guérissent dans l'espace de 7 a 10 jours ; deux ne se sont pus même ouvertes.

2i. — On abandonne l'usage de l'iodure de potassium, pareequ'il a donné lieu à des douleurs intestinales et à la diarrhée. Elle en a pris encore 11 grammes.

29. — L'irritation gastro-entérique fut facilement guérie, dès que l'on eut éloigné la cause qui l'avait produite. Les douleurs ostéocopes ont cessé, mais l'articulation de l'épaule droite est encore un peu gênée; l'appétit a augmenté, l'état général s'améliore de jour en jour.

Trois piqûres à l'épigastre, et trois le 2 août, sur le bras droit, avec du pus d'un vaste ebancre vulvaire récent et induré, donnent lieu à six pus- Jules. Au bout de neuf jours, celle de l'inoculation du 2 août étaient entièrement desséchée ; les autres au contraire s'étendirent de 2 millim., et employèrent 12 jours à guérir.

7 août. — Depuis deux ou trois jours, les mouvements de l'épaule droite sont presque libres; la santé et les forces reviennent rapidement; c'est à peine si la malade trouve suffisante la double ration de pain qu'on lui donne; car, depuis deux jours son appétit a augmenté considérablement .

Quinze piqûres sur le coté gauche, suivies de 15 pustules, dont la plupart étaient guéries le 18, et les autres en voie de cicatrisation ; elles acquirent de 1 à 2 millimètres. On se servit du pus d'uu chancre ganglionnaire.

11. — L'amélioration de l'état général va en augmentant tous les jours; les mouvements de l'articulation huméro-seapulaire droite sont complètement libres ; et le sujet ne ressent pas la moindre douleur dans tout le corps.

Quatre piqûres a l'épigastre, avec du pus d'une autre malade: il en résulte autant de petites pustules qui s'ulcèrent à peine, et qui étaient déjà guéries le 22.

22. — C'est l'époque de la menstruation : la malade accuse depuis deux jours des douleurs utérines ; aujourd'hui elle se plaint d'une douleur sous la mamelle droite, et dit qu'elle est plus aigue pendant l'inspiration. — Infusion de seigle ergoté, répétée le 23.

2i. — Hier au soir le flux menstruel commença à se manifester, mais en petite quantité ; ce matin il a presque cessé. La douleur du côté droit a augmenté. Il y a fièvre et toux ; l'auscultation et la percussion font reconnaître une congestion de la base du poumon droit, avec menace de pleuropneumonie: saignée répétée ce soir et le matin du 25.

26. — Diminution de tous les symptômes de la maladie. Hier au soir, application de sangsues aux vaisseaux hémorroïdaux ; aujourd'hui on la répète à la région inframammaire droite.

27. — Il y a presque apyrexie; la toux et la douleur ont presque cessé ; l'inspiration est encore un peu difficile: — purgatif oléagineux.

28. — L'amélioration continue : — nouvelle application de sangsues loco dolenti.

29. — Ce matin on s'aperçoit d'une recrudescence dans les symptômes de la maladie : - on prescrit 5 centigr. de tartre stibié dans de l'eau gommeuse.

'»'«* OBSERVATION LXMVtf.

5 septembre. — L'oxaeerliation do la maladie ne fut que momentanée: depuis lora, l'amélioration alla toujours en augmentant, quoique un peu lentement. La malade se lève.

43. — La santé est parfaitement rétablie. La menstruation est régulière depuis plusieurs mois; et ce ne fut que le mois passé qu'elle se manifesta en petite quantité, à cause de la coïncidence de la maladie Congestive et inflammatoire du poumon. Il serait difficile en la voyant, de reconnaître cette malade qui se présenta il y a cinq mois à l'Hôpital dans un état aussi déplorable.

Elle sort du Syphilieômo. 11 ne s'est manifesté aucun nouveau symptôme de syphilis constitutionnelle, quoiqu'il se soit déjà écoulé HO jours depuis que l'on a définitivement abandonné l'usage de l'iodure de potassium. Le traitement a duré environ cinq mois. On lit prendre en deux fois à la malade 22 gram. 23 d'iodure de potassium, comme auxiliaire de la sypbilisation. Les cicatrices des chancres artificiels sont situées presque toutes >ur les côtés du thorax, et à l'épigastre, et sont peu visibles. Six sur la région interne des cuisses ont 12 ou 15 millim., quelques unes de celles qui sont situées sur l'abdomen ont de 7 à 9 millim. L'expérience touchait presque à sa fin, et l'on était près d'obtenir l'immunité parfaite, lorsque survint cette maladie qui, nécessitant une bonne convalescence, me décida à lui permettre de sortir de l'Hôpital.

Réflexions.

1° Malgré l'état de cachexie évidente dans lequel se. trouvait la malade, les chancres artificiels eurent un cours régulier, et furent peu enflammés.

2° On chercha inutilement à faire naitre des chancres artificiels en apposant du pus virulent sur la peau privée de son épidémie au moyen d'un vésicatoire.

5" Les inoculations que l'on avait pratiquées simultanément sur les cuisses et à la région épigaslrique, donnèrent lieu à des chancres qui ne différèrent dans les premiers temps, ni dans leur développement, ni dans leur extension. Mais, lorsque la santé de la malade lui permit de passer plusieurs heures à se promener, les chancres des cuisses prirent, à dater de cette époque, un plus grand développement, et sécrétèrent pendant plus longtemps du pus virulent. Il me parait donc évident que l'on ne doit attribuer cette diversité qu'à la station et aux tiraillements que le mouvement fait subir à la peau des cuisses.

■i" La sypbilisation seule avait produite une amélioration remarquable dans tous les symptômes syphilitiques, et dans l'état général: les ulcères serpigineux étaient presque tous cicatrisés , et les douleurs des os et des articulations avaient beaucoup diminué. Mais, lorsque nous fumes arrivés à un certain point, les chancres artificiels prirent peu de développement, les douleurs ostéocopes devinrent un peu plus vives; il était urgent d'administrer l'iodure de potassium pour relever les forces de la malade. On en obtint en effet promptement un résultat satisfaisant; mais l'apparition de la gastro-entérite ne nous permit pas d'en continuer l'usage jusqu'à la disparition de l'affection osséo-arthritique. En effet, il res-

OBSERVATION LXXXVIfl. 4ft5

tait toujours un peu de roideur dans l'articulation huméro-seapulaire droite. Les nouvelles inoculations triomphèrent de ce dernier symptôme, et ramenèrent enfin cette femme à l'état physiologique.

Chancres.— Tubercules muqueux et excroissances ano-vulvaires.—Syphilide. —Ulcères du tissu cellulaire sous-cutané profond. — Ostéocopie. — Iritis aiguë et grave. — Cachexie syphilitique. — Intolérance des préparation* iodiques et mercurielles. — Syphilisalion. — Petite dose d'iodure de potassium. — liécision des excroissances. — Guèrison.

PLACIDE V., femme C, âgée de 22 ans, tempérament sanguin-lymphatique, constitution médiocre, aménorrhoïque depuis trois mois, entrée au Syphilicôme le 16 octobre 1851.

Elle a plusieurs chancres: un à la face interne de la nymphe gauche, de la largeur d'environ trois centimètres, un autre de 15 millimètres près du méat urinaire et quelques autres plus petits à la vulve et à l'anus; tous sont assez avancés dans la période de transformation ; en outre , on voit quelques tubercules muqueux naissants et des excroissances aux mêmes régions.

C'est sa première infection ; elle date d'environ trois mois, et la malade n'a fait jusqu'ici aucun traitement antisyphilitique.

Elle a été transportée ici de la province, dans un état maladif; elle est grosse, et pendant le voyage elle a souffert des douleurs utérines qui furent calmées momentanément par l'usage de quelques lavements laudanisés; mais le 25 elles se réveillèrent avec plus d'intensité, et dix jours après son entrée a l'Hôpital, elle avorta d'un fœtus de deux mois, mort-né et présentant même déjà des symptômes de putréfaction commençante. L'avortenient fut suivi d'une longue et grave métro -péritonite qui empêcha d'entreprendre un traitement antisyphilitique.

On avait à peine triomphé de cette maladie au moyen des antiphlogistiques, et cette femme commençait à reprendre des forces, lorsque vers le commencement de janvier 1852, il se déclara une fièvre intense, et au bout de quelques jours, le 9, on vit se manifester une éruption cutanée-papuleuse à papules larges de 5 à 6 millimètres, d'une couleur rouge cuivrée, peu chargée. Sur le front elle affectait la forme confluentc, et sur le reste du corps elle était dispersée ; mais ces papules étaient plus nombreuses sur les extrémités supérieures. Elles furent le siège d'un peu de chaleur et de douleur pendant tout le temps que dura la fièvre qui en accompagna le développement; on diagnostiqua l'érythême papuleux. Tous les chancres ano-vulvaires étaient cicatrisés, mais les tubercules muqueux et les excroissances persistaient encore. Sur la tin du mois de janvier, on commença un traitement mercuriel externe, en lui taisant des frictions d'onguent napolitain ; mais après la quatrième friction, il se manifesta une stomatite gangreneuse très-grave, qui empêcha

pendant un mois l'usage de toutes espèces de traitement n trcudel. Au commencement de février, il se forma dans la partie proffi» de du tissu cellulaire sous-cutané deux abcès , un sur chaque jambe ^ jrs le tiers moyen de la région externe ; ils furent bientôt suivis Ct i eux autres dans les mêmes régions: leur cours fut très-lent. On ne vit d abcrd qu'une plaque d'une couleur cuivrée, large d'environ 5 centim., n'occsionnant qu'un peu de douleur et de chaleur: bientôt après, on reconnut la présence d'une matière fluctuante dans l'intérieur de l'abcès dont les pa rois allèrent peu-à-peu en s'amincissant, prirent une teinte livide et finirent par s'ulcérer. Vers la moitié du mois de mars, la malade accusa des douleurs ostéocopes aux deux acromions, à la moitié supérieure de l'humérus droit, à la rotule et à l'extrémité de l'articulation du genou droit; on reconnut aussi l'existence de périostoses sur tous les points douloureux, niais la principale siégeait sur la rotule droite.

Le 1er mars, après avoir triomphé de la stomatite par quelques purgatifs salins, et un grand nombre de cautérisations de la muqueuse de la bouche et des gencives avec le nitrate d'argent, on recommence les frictions en en faisant une à un jour d'intervalle. On administre en même temps l'iodure de potassium à la dose de Sdécig. par jour. Ce traitement fut continué jusqu'au 20 mars, où on dut. le suspendre à cause de l'apparition de la stomatite, et d'une gastro-entérite compliquée de diarrhée. La syphilide exanthématiqùe avait presque complètement disparu; les tubercules muqueux ano-vulvaires n'existaient plus, et l'on avait coupé les excroissances : mais il n'y avait point d'amélioration dans les douleurs ostéocopes qui empêchaient cette femme de dormir pendant la nuit, ni dans les abcès profonds des jambes, dont deux sont près de s'ulcérer; et un s'est ouvert spontanément le 17. Maintenant il offre une cavité ulcérée, noirâtre, environnée d'une large auréole, d'une couleur cuivrée livide, à bord minces et décollés qui cachent la grandeur de l'ulcère, sécrétant en abondance un pus sanieux , noirâtre, acre, dont le contact irrite et enflamme le tissu cutané sain qui l'environne. En outre l'état général de cette femme est misérable; elle est maigre, faible, et atteinte de cachexie syphilitique.

Le 20 mars, la malade commença à ressentir dans la région sourcilière droite une douleur qui alla en augmentant pendant la nuit. Le 21, l'humeur aqueuse de l'œil droit était déjà troublée; la pupille un peu irrégulière; il y avait une injection des vaisseaux de la sclérotique, le cercle cornéal était plus rouge; en outre, elle était affectée d'épiphora et de photophobie intense accompagnées de douleurs continuelles aiguës et lancinantes dans les régions endo-oculaire et sourcilière. En un mot, il y avait une iritis syphilitique aiguë diffuse à toute la membrane de l'humeur aqueuse. On prescrivit des purgatifs salins, que l'on répéta le 22 et le 24.

25 mars. — La phlogose oculaire augmente, il s'est fait un peu d'exsudation de lymphe plastique dans la chambre antérieure. On instille plusieurs fois par jour, entre la paupière inférieura et le globe de l'œil quelques gouttes d'une solution d'extrait de belladonna préparé selon

la méthode d'OEhler. Ce topique, la diète absolue et l'obscurité, diminuèrent de temps en temps les douleurs, pendant quelques heures.

27. — Depuis hier, on remarquait que l'exsudation de la lymphe plastique avait augmenté sur la face antérieure de l'iris et dans le champ pupillaire, surtout vers l'angle palpébral interne; en même temps, tous les autres symptômes phlogistiqucs persistaient ; on prescrivit en conséquence une application de sangsues sur l'apophyse mastoïde droite. Aujourd'hui la photophobie est plus intense, les douleurs plus aiguës, l'épiphora plus abondant, l'exsudation fibrineuse est augmentée au point de ne plus laisser apercevoir la face antérieure de l'iris, ni la pupille. On fait une nouvelle application de sangsues à la région zygomato-temporale droite et on continua l'usage externe de l'extrait de belladonne.

Mais tous ces moyens ne servent malheureusement qu'à diminuer momentanément la phlogose oculaire. La tension du globe de l'œil fait des progrès continuels, et on craint qu'il n'en résulte des lésions incurables. Quel parti prendre? La stomatite mereurielle qui n'est pas encore entièrement vaincue, contre-indiquc un traitement mercuriel interne ou externe. La gastro-entérite empêche qu'on emploie l'iodure de potassium. qui est de peu d'utilité dans le traitement de l'iritis.

11 me parut donc que c'était le cas de recourir immédiatement à la syphilisation; ce que je fis d'autant plus volontiers que je n'avais jamais eu l'occasion de juger de l'effet que pouvaient produire les inoculations sur l'iritis syphilitique.

Elle a pris en tout 10 gr. d'iodure de potassium, et on lui a fait M frictions mercurielles : elle est aménorrhoïque.

On lui fait trente piqûres, moitié sur la région thoracique latérale droite, et moitié sur la même région du côte gauche, avec du pus dont la virulence est certaine.

28. — H n'y a point d'amélioration sensible: au contraire, la lymphe plastique qui se trouve sur la face antérieure de l'iris a augmenté; il y a fièvre, et la phlogose oculaire se fait sentir d'avantage pendant la nuit: on prescrit deux petites saignées de LiO grammes chacune, car l'état de cachexie dans lequel se trouve cette femme , ne permet pas de lui en extraire une plus grande quantité. On voit naître vingt-quatre pustules sur les points d'inoculation du 27.

29. — Les douleurs de la région sourcilière ont un peu diminué; on prescrit cinq centigr. de tartre-stibié dissous dans une émulsion de semences froides.

Si. — Les pustules sont ulcérées et un peu douloureuses. L'iritis continue à s'améliorer; peu de fièvre: — pilules d'extrait alcoolique de jusquiame noir avec des feuilles de belladonne pulvérisées.

l'r avril.- Depuis deux jours, les douleurs nocturnes des acromions et des rotules sont presque nulles. Deux abcès du tissu cellulaire profond, un sur chaque jambe, passent à l'ulcération; ils offrent le même aspect que celui qui s'est ulcéré il y a quelques jours. On les panse tous avec de l'onguent blanc, et des cataplasmes émolliens.

Vingt piqûres sur la région thoracique droite, suivies de neuf pustules.

^8 OBSERVATION LXXXVIH.

">. — Les douleurs des régions sourcilièrc et endo-oculairc ont cessé complètement; il y a déjà eu absorption d'une partie de la lymphe plastique déposée dans la chambre antérieure, et dans le champ pupillajre; la malade commence à distinguer les objets; la photophobie a disparu, et l'epiphora a beaucoup diminué. Depuis trois nuits, elle n'a plus ressenti de douleurs ostéocopes dans l'humérus droit; celles qu'occasionnaient les ulcères du tissu cellulaire profond de la jambe ont aussi beaucoup diminué. On ne voit plus de traces de l'érythème papuleux; niais on aperçoit <;à et là sur le corps, et surtout sur le dos, les cuisses et le cou quelques pustules eethymateuses couvertes de croûtes, qui ont paru il y a huit ou dix jours.

Les chancres artificiels de la première inoculation ont i ou 6 millim.; ils sont plutôt douloureux . et sécrètent une grande quantité de pus virulent; on les panse avec du cérat et des cataplasmes. On fait le même pansement aux ulcères secondaires des jambes.

Vingt-cinq piqûres du côté droit du thorax, avec du pus de ses chancres; on n'obtient que six pustules , pareeque le pus dont on s'était servi , se trouvait mêlé à du cérat.

M. — Il y a diarrhée depuis deux jours; on suspend l'usage des pilules d'extrait de jusquiame et de feuilles de belladonne. L'amélioration de l'irilis continue, la pupille est en partie libre.

Les chancres inoculés le 27 mars ont 7 à 8 millim ; ceux qui sont situés ilu côté droit sont plus douloureux , ceux du côté gauche se couvrent de, granulations, et quelques uns tendent à se cicatriser. Ceux de la seconde inoculation ont S millimètres, et enfin les pustules produites par les piqûres faites le ."i, commencent à s'ulcérer.

14. — La lymphe rpii s'était déposée sur la face antérieure de l'iris est absorbée; le champ pupillaire , dans ses deux-tiers internes est occupé par une pseudo- membrane mince. La faculté visuelle n'est pas beaucoup gênée par cet obstacle, car il reste un trou pupillaire qui occupe un bon tiers de la partie externe et supérieure de la pupille. Les trois ulcères secondaires, qui sont situés sur les jambes, ont pris un meilleur aspect, et sont peu douloureux; la matière purulente que contiennent les abcès profonds, qui ne se sont pas encore ulcérés, diminue de jour en jour par l'absorption. Les croûtes eethymateuses se détachent tantôt d'un côté, tantôt d'un autre, et laissent voir la cicatrice parfaite de l'ulcère qu'elles recouvraient; on ne voit presque plus de traces de la syphilide papuleuse.

Amélioration remarquable dans l'état général : l'appétit renaît, et les forces augmentent de jour en jour.

Les chancres , qui s'étaient développés du côté gauche à la suite de l'inoculation du 27 mars, sont cicatrisés; au contraire, la plupart de ceux que l'on a inoculés le même jour, avec le même pus , du côté droit , sont encore ouverts ; quelques uns sécrètent une grande quantité de pus; cependant ils sont couverts de granulations. Les autres sont encore virulens, et leur largeur varie de 3 à 5 millimètres.

On lui fait aujourd'hui douze piqûres avec du pus de ses chancres, et

dix le 18. On n'obtient qu'une seule pustule des premières piqûres, et huit des secondes.

27. — Le bien-être et la santé de cette femme vont toujours en augmentant, et l'on voit en même temps disparaître les symptômes de la syphilis constitutionnelle.

11 ne reste, plus que treize chancres artificiels, et quelques uns d'entr'eux sont dans la période de cicatrisation.

Douze piqûres avec du pus de ses chancres artificiels, et sept le 5 mai avec du pus à demi desséché pris sur une autre femme. Cette dernière inoculation reste sans effet, et l'autre donne lieu ù cinq pustules.

S mai. — Pendant les deux derniers jours du mois passé, la malade se plaignit d'une légère douleur dans le bulbe de l'œil gauche et d'un peu de photophobie; mais la pupille fut toujours régulière, et l'humeur aqueuse transparente. Le\^ de ce mois, la douleur avait cessé, et avec elle la crainte de la réapparition de l'iritis. Je prescrivis le 30 deux onctions par jour sur le front, avec une pomade composée de 6 gram. d'extrait hydro-alcoolique de bclladonne et 12 gram. d'onguent napolitain; j'espérais pouvoir faire absorber cette portion de lymphe, qui occupe encore une partie du champ pupillaire sous la forme d'une légère pseudo-membrane. J'en continuais l'usage jusqu'à ce jour.

8. —Depuis trois jours, elle sent de nouveau de légères douleurs dans le tiers inférieur du cubitus gauche, et dans le tiers supérieur du radius droit; le périoste offre un peu de tuméfaction sur les points malades. Les douleurs qu'elle ressentait autrefois dans les os n'ont pas reparu. On prescrit l'iodure de potassium à la dose de 75 centigr. par jour, pareeque les chancres artificiels, qui existent actuellement, sont en petit nombre, et peut-être trop peu étendus.

Douze piqûres, faites avec du pus de chancres artificiels récents d'une autre femme soumise pour la première fois aux inoculations, restent sans effet; peut-être cela provient-il de ce que ces chancres étaient pansés avec du cérat.

15. — Il ne reste plus que trois chancres artificiels, qui ont 3 ou 4 millimètres, et sont près de se cicatriser.

Hier on suspendit l'administration de l'iodure de potassium à cause de l'apparition de douleurs intestinales accompagnées de diarrhée et d'une fièvre intense. Elle en a pris jusqu'à 5 gram. Les douleurs ostéocopes ont disparu. — Application de sangsues aux vaisseaux hémorrhoïdaux, décoction gommeuse de tamarins, diète sévère.

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