‹ La syphilisation étudiée comme méthode curative et comme moyen prophylactique des maladies vénériennesChapitre 65 sur 90 · La diarrhée a cessé. — Apyrexie · texte numérisé non relu

La diarrhée a cessé. — Apyrexie

Les dernières traces de l'ecthyma et de la syphilide papuleuse ont disparu. Le vaste et profond ulcère de la jambe gauche est cicatrisé ; ceux de la jambe droite sont bien près d'être guéris. D'autres abcès, qui commençaient à se développer sur les jambes, se sont résolus par l'absorption de la matière purulente qu'ils contenaient déjà ; on voit encore un de ces abcès sur la région antérieure de la cuisse gauche ; il est indolent et Offre des symptômes de fluctuation. Il ne s'est plus manifesté de douleurs dans les yeux , ni dans les os. Tous les chancres artificiels sont guéris.

h'àO OBSERVATION LXXXVIU.

Quatre piqûres avec du pus de chancres artificiels d'une autre malade, sont suivies de quatre pustules qui s'ulcèrent ; le 21, ces chancres avaictil 2 millimètres.

25. — On lui fait quatre piqûres avec le pus de ses chancres artificiels: on ohtient autant de pustules. Le même jour on lui inocule inutilement du pus pris sur une autre malade.

27. ■ — Les deux ulcères profonds de la jambe droite sont cicatrisés. La santé de la malade s'améliore de jour en jour; cependant il y a toujours aménorrhée.

5 juin. — Pendant les deux nuits passées, elle a ressenti quelques douleurs vers le tiers moyen de l'humérus droit, et dans les deux articulations tihio-fémorales. On reprend l'usage de l'induré de potassium, en commençant par lui en administrer 5 décigr. dissous dans un mucilage de gomme arahique.

Les chancres produits par l'inoculation du 17, sont cicatrisés depuis trois jours; ceux qui sont nés à la suite de celle du 25, sont près d'être guéris, ils ne se sont pas étendus au delà de 3 millimètres.

Trois piqûres sur la face interne de la cuisse droite, et deux sur la gauche, avec du pus d'un chancre vulvaire récent; il en résulte deux ulcères sur chaque cuisse.

10. — Le pus qui se trouvait contenu dans l'abcès profond de la cuisse gauche est presque totalement absorbé.

les chancres produits par la dernière inoculation ont environ 5 à 6 millim.; le soir ils sont ordinairement assez cnllammcs pareeque la malade reste levée tout le jour, et se promène longtemps, ce qui doit nécessairement les irriter et en retarder la cicatrisation. Le malin ils sont toujours moins douloureux et moins enflammés.

Cim] piqûres sur le côté droit, avec du pus pris en partie sur les chancres artificiels qu'elle a aux cuisses, et en partie sur des chanerrs artificiels d'une autre femme: il en résulte trois pustules.

20. — Il y a plusieurs jours que les douleurs ostéocopes ont cessé; on abandonne aujourd'hui l'usage de l'induré de potassium, dont elle a pris de nouveau 0 grain. Tous les symptômes de syphilis constitutionnelle ont complètement disparu depuis quelque temps.

28. — Les chancres artificiels des cuisses sont très-douloureux; les derniers que l'on a inoculés sont presque entièrement desséchés, ils ne se sont même pas ouverts. Une cicatrice un peu déprimée et d'une couleur cuivrée indique le point où était situé l'abcès sous-cutané de la cuisse gauche.

Huit piqûres sur les régions thoraciques, avec du pus de ses chancres, suivies de sept petites pustules.

i juillet. — La marche empêche la cicatrisation des chancres des cuisse^ qui se couvrent d'abondantes fongosités. L'n d'entre eux situé sur la cuisse droite, a plus de deux centim., les autres ont de 15 à 1li millim. Ils paraissent être encore virulens: dans le hut d'en reconnaître la nature, on inocule en dix points du pus qu'ils sécrètent, et l'on n'obtient qu'une pustule, qui s'ulcéra, et se cicatrisa dans l'espace de dixhuit jours.

OBSERVATION LXXXVHt. 451

21 . — 11 reste encore sur les cuisses trois chancres fongueux et indolens. La santé de cette femme va toujours de mieux en mieux. Depuis ce jour, jusqu'au 7 août, on fait en six fois vingt-quatre piqûres, en se servant toujours de pus de chancres vulvaires ou ganglionnaires en voie de progrès, que portaient des femmes récemment entrées à l'Hôpital: il en résulta dix-sept pustules, qui s'ulcérèrent presque toutes et guérirent dans l'espace de 6 à 10 jours.

18 août. — Quatre piqûres avec du pus d'un bubon ulcéré d'une nature douteuse: aucun effet.

13 septembre. — La femme V. sort de l'Hôpital. — Sa santé est dans un état trés-satisfaisant ; mais elle est toujours atteinte d'aménorrhée. H y a longtemps que tous les symptômes syphilitiques ont disparu. La vision est bonne dans l'œil droit : elle peut distinguer même les plus petits objets ; le tiers externe de la pupille est libre, une légère pellicule produite par l'exsudation fibrineuse en occupe les deux tiers internes. L'expérience a duré plus de quatre mois et demi. Avant de l'entreprendre, on a fait li frictions de 3 gram. chacune d'onguent napolitain, et on lui a administré 10 gram. d'iodure de potassium; pendant le traitement par les inoculations, on lui a fait prendre à deux reprises, 14 autres gram. d'iodure de potassium. Les cicatrices situées sur les ré- .gions thoraciques latérales et antérieure sont toutes petites et peu apparentes; les quatre plus visibles sont celles qui existent sur les cuisses. On en voit deux très-étendues sur la jambe droite : et Une sur la gauche, d'une couleur cuivrée, déprimées, irrégulières; elles sont le résultat des ulcères secondaires. On n'a pas continué les inoculations jusqu'à l'immunité.

Elle rentre le 28 septembre 18S2.

Elle porte deux petites déchirures superficielles sur les côtés de l'orifice vaginal, et une autre de la longueur de 7 millim., étroite, mais assez profonde à la fosse naviculaire. Sa santé s'est beaucoup améliorée depuis sa sortie du Syphilicôme. 11 ne s'est plus manifesté sur elle aucun symptôme syphilitique.

Le 29 septembre, le 5 et le 9 octobre, on fit plusieurs inoculations sur une autre femme non syphilisée, avec du pus de ces déchirures, mais toujours sans résultat.

Le 19 octobre, il ne reste plus que la déchirure de la fosse naviculaire. On en cautérise la surface avec une solution de chlorure de zinc.

Le 11 novembre elle sort de l'Hôpital. On cautérisa encore deux fois avec cette solution la déchirure vulvaire, on y appliqua ensuite à plusieurs réprises du sous-carbonate de plomb pulvérisé, et le 9 novembre elle était cicatrisée. Sa santé se maintint toujours excellente.

Elle rentre le 18 novembre pour une ulcération superficielle de k fosse naviculaire, large de 2 millim. et longue de 3, d'une couleur grisâtre et d'un aspect douteux.

Le 19 et le 20 on inocule en trois points sur une autre femme le pus de cette ulcération: il en résulte six pustules.

Le 21 on coupe jusque vers l'ulcère la commissure postérieure de la

402 OBSERVATION LXXXVHI.

vulve qui est trop saillante , afin de rendre la plaie aussi virulente, et obtenir ainsi un vaste chancre dont le pus absorbé et porté dans la circulation, puisse procurer à cette femme l'immunité à laquelle on ne put arriver pendant la syphilisation, et pour empêcher que les déchirures ne soient aussi fréquentes. Dans le but d'obtenir l'immunité absolue, on lui fait ce même jour six inoculations, et le 30, on eu fait dix autres, avec du pus d'une autre femme: il en résulte quinze pustules. 4 décembre. — Les pustules inoculées le 21 se sont converties en chancres, qui ne se sont pas étendus au delà de 2 millim.; trois sont maintenant cicatrisés, et deux prés de l'être. Quoique la plaie vulvaire soit en contact avec du pus qui est encore probablement viraient , elle ne s'est pas convertie en chancre, et a déjà considérablement diminué.

7. — Dix-huit piqûres et huit le t2, dix-neuf petites pustules, dont un grand nombre abortives, et qui toutes se desséchèrent dans l'espace de 8 à 12 jours.

26. — La plaie vulvaire est cicatrisée. La santé de cette fille s'est améliorée pendant son séjour dans l'Hôpital. 28. — Elle sort du Syphilicôme.

Réflexions.

1° L'avortcment est-il l'effet de la maladie syphilitique, ou bien doit- • on l'attribuer à la fatigue causée par le long voyage que cette femme a dû faire sans moyens de transport, pour se rendre de son pays à l'Hôpital? Je crois que le voyage doit être considéré comme cause occasionnelle, car ce fut pendant ce temps qu'elle commença à ressentir les douleurs utérines. En outre, la mauvaise santé de celte femme nous explique facilement comment une cause qui ne pourrait que difficilement déterminer l'avortement chez une autre femme, a été dans ce cas suffisante pour le produire.

2° Un fait remarquable, c'est que l'iritis syphilitique se manifesta précisément après une longue stomatite mercurielle qui n'était pas encore complètement guérie. L'n effet, tout le monde sait que dans le traitement des iritis syphilitiques et dans celui des iritis simples, on obtient ordinairement des avantages signalés lorsqu'on a pu déterminer, par les préparations mercurielles, la stomatite et une salivation abondante.

3° On doit attribuer à l'influence salutaire de la syphilisation la guérison du nombreux cortège de symptômes généraux dont cette femme était atteinte. On lui avait, à la vérité, fait 14 frictions d'onguent mercuriel et prescrit 10 gram. d'iodure de potassium avant d'entreprendre la syphilisation ; mais je crois que personne n'attribuera à ce traitement incomplet le succès de celte cure. Les symptômes syphilitiques n'en furent en effet nullement modifiés ; les douleurs ostéocopes persistaient; les abcès profonds du tissu cellulaire continuaient leur cours, bien plus, il s'y ajouta l'ecthyma syphilitique et une iritis très-grave. On vit, à la vérité, pendant le traitement par I'iodure de potassium disparaître les tubercules rnuqueux ano-vulvaires, s'améliorer l'érithême papuleux ; mais souvent, comme on le sait, tous ces symptômes ne sont que précurseurs d'autres manifestations vénériennes constitutionnelles , et

quelquefois ils peuvent disparaître momentanément sans aucun traitement antisyphilitique.

4° Les antiphlogistiques que l'on mit en usage pendant la période aiguë de l'iritis, les instillations de solution d'extrait de belladonne préparée d'après la méthode d'OEhler, ainsi que les pilules de jusquiame et de belladonne furent très-utiles pour arrêter la marche foudroyante de l'inflammation; mais ces moyens seuls n'auraient pas suffi pour triompher d'une inflammation spécifique qui, suivant l'opinion des praticiens, ne cède pas toujours à un traitement iodique et mercuriel bien dirigé. L'amélioration rapide que l'on obtint dès qu'un certain nombre de chancres donnèrent du pus virulent, et la persistance de la guérison après un long espace de temps, me donnent l'espoir qu'elle sera radicale.

5° La gravité des symptômes syphilitiques qui n'avaient pas encore disparu à la suite des inoculations qu'on n'avait pas pu répéter suffisamment , et que l'on avait peut-être faites en trop grand nombre à la fois, en sorte qu'elles ne donnaient lieu qu'à des chancres petits et de peu de durée, me détermina à lui administrer un peu d'iodure de potassium pendant le traitement syphilisant. 11 est possible que les douleurs eussent cessé chez cette malade, comme chez d'autres, sous l'influence seule de la syphilisation ; mais il s'agissait ici d'expériences faites sur un des mes semblables, et je serais bien blâmable, si le désir immodéré de les pousser anssi loin que possible, m'avait porté à laisser souffrir des malades confiés à mon honneur. Du reste, la dose d'iodure de potassium que l'on prescrivit fut trop petite, pour qu'on puisse lui attribuer la guérison mémo momentanée des différens symptômes constitutionnels dont cette femme était affectée. On lui doit, à la vérité, la diminution des douleurs ostéocopes, mais si la guérison n'avait pas été complète, elles se seraient déjà manifestées de nouveau. Je fais la même remarque pour les légères doses d'onguent napolitain mêlé à l'extrait de belladonne, et employé en onctions sur le front, pour activer le plus qu'il était possible l'absorption de la petite quantité de lymphe qui se trouvait encore dans le champ pupillaire.

6" La durée des chancres artificiels n'est sujette à aucune règle fixe. Cela est démontré par le phénomène suivant que l'on observa chez cette femme: les chancres inoculés simultanément et avec le même pus, sur les mêmes régions et en même nombre , à droite et à gauche, ne suivirent pas la même marche : tous ceux du côté gauche furent cicatrisés longtemps avant ceux du côté droit. Peut-être doit-on attribuer ce fait à ce que la malade était plus souvent couchée de ce côté, pour que son œil se trouvât dans une plus grande obscurité.

7° La grande extension et la longue durée des chancres des cuisses ne proviennent , selon moi , que de l'inflammation que déterminaient et entretenaient les mouvements que faisait la malade en se promenant. Je crois que si on lui avait ordonné de garder le lit, on aurait obtenu des chancres parfaitement identiques à ceux qui se développèrent sur l'abdomen et sur le thorax.

8° La disparition progressive et durable de la syphilis constitutionnelle, l'amélioration permanente dans l'état général de cette femme qui

alla toujours en augmentant, et que l'on observa surtout depuis que les chancres fémoraux prirent une grande extension, et sécrétèrent une quantité considérable de pus, semblent démontrer que l'économie doit absorber beaucoup de virus pour que la syphilis contitutionnelle puisse être neutralisée.

Douleurs ostéocopes. — Quelques inoculations. — Amélioration momentanée. — Impossibilité de continuer la syphilisation à cause de longues et graves maladies concomitantes. — Traitement par l'iodure de potassium et les mercuriaux. — ■ Guérison.

MARIETTE II., âgée de 34 ans, tempérament lymphatique, constitution médiocre , entrée a l'Hôpital le 18 mai 1851.

Elle ne présente aucun symptôme syphilitique primitif ; on voit une cicatrice produite par un chancre qui détruisit une portion du canal de l'urètre. Les glandes fémorales droites sont engorgées, ainsi que celles qui environnent les articulations huméro-radio-cuhitales , les sous-axillaires et les cervicales gauches. Elle accuse en outre de violentes douleurs nocturnes dans les extrémités des os du genoux gauche, et dans le frontal , qui est tuméfié vers son milieu. Il n'y a que peu de jours qu'elles ont commencé; l'engorgement ganglionnaire est aussi douloureux; elle est en outre affectée d'une gale invétérée.

On commence d'abord par traiter la gale, dont tout son corps est couvert , au moyen de pomades sulfureuses.

20 mai. — On fait trois piqûres avec du pus d'uleère artificiel d'une autre femme , mais elles sont infructueuses.

28. — Trois nouvelles piqûres , répétées le 29 , donnent naissance à six pustules caractéristiques.

31. — Le repos et l'amélioration de l'affection psorique ont diminué de beaucoup les douleurs qu'occasionnaient les glandes engorgées et enflammées ; celles de l'articulation fémoro-tibiale sont aussi moins fortes. Elles étaient probablement entretenues par des causes rhumatismales, et par l'irritation cutanée qu'engendrait l'affection psorique; la douleur et le gonflement du frontal continuent.

3 juin. — Elle est aussi moins vive dans cette région. On fait troi* piqûres suivies d'autant de pustules.

7. — La douleur et l'engorgement des ganglions lymphatiques ont presque disparu complètement. La malade n'en ressent plus ni le jour, ni la nuit à l'os frontal et à l'articulation fémoro-tibiale gauche ; mais elle dit que depuis trois jours elle en ressent pendant la nuit dans tous le bras et l'avant-bras gauche : on ne peut cependant y découvrir aucune altération anatomique.

Les neuf chancres artificiels sont douloureux , enflammés et larges de 3 à 4 millimètres.

Trois piqûres faites aujourd'hui restent sans effet.

OBSERVATION LXXXIX. k 55

15. — La malade a eu plusieurs accès de fièvre intermittente , qui ont cédé à l'usage des préparations de quinine. Elle se plaint de nouveau de violentes douleurs au frontal , et à l'extrémité supérieure du tibia gauche.

Trois piqûres , répétées le 19 , ne donnent pour résultat que quatre pustules.

Un grand nombre d'accès de fièvre périodique très-rebelle , compliqués d'abord d'une entérite , ensuite (vers la moitié de juillet) d'une angioïte qui nécessita six saignées, et la mauvaise volonté de la malade, nous obligèrent de cesser l'expérience.

On entreprit donc le 5 août la cure par l'iodure de potassium et les frictions mercurielles. Sous l'inQuence de ce traitement, les symptômes syphilitiques disparurent , mais très-lentement.

Le 18 juillet, il ne reste plus que quatre chancres artificiels de la largeur de 5 à G millim., et qui marchent vers la guérison. Lorsqu'on commença la cure iodico-inercurielle , tous étaient cicatrisés depuis plusieurs jours.

Elle sort du Syphilicôme le M novembre ; elle avait pris 56 grammes «l'iodure de potassium, et fait 48 frictions avec de l'onguent mercuriel à la dose ordinaire (3 gram.). La guérison semble parfaite.

Elle rentra à l'Hôpital le M février 1852, atteinte d'une affection psorique qu'elle avait contractée peu de jours après sa sortie du Syphilicôme en novembre 1851.

Toute la surface du corps , mais surtout l'abdomen , l'avant-bras et les cuisses sont couverts de taches superficielles et grisâtres laissées par de petites pustules d'ccthyma qui se développèrent à la suite de la gale. Sur la cuisse et la jambe droite, on voit une pustule d'ecthyma un peu plus volumineuse et de la largeur d'environ un centimètre.

Excepté cette affection cutanée , sa santé fut toujours assez bonne ; mais depuis deux mois , elle ressent de temps en temps des douleurs nocturnes dans les articulations tibio-fémorale droite et huméro-radiocubitale gauche. Cependant elles ne l'ont jamais empêchée de vaquer à ses affaires.

On la soumet à un traitement sulfureux externe, qui, prolongé suffisamment , la guérit de son affection psorique.

10 avril. — Elle sort de l'Hôpital ; les taches cutanées ont disparu en grande partie ; elle n'a plus ressenti de douleurs articulaires depuis les premiers jours de son entrée au Syphilicôme. L'état de sa santé est satisfaisant.

Le 13 novembre 1852, j'ai visité cette femme. Il y avait plus de vingt jours qu'elle était de nouveau tourmentée de douleurs ostéocopes aiguës dans les humérus, les articulations huméro-scapulaires et les tibias, avec tuméfaction des os dans les points douloureux. Je lui prescrivis l'iodure de potassium et les pilules de Sédillot.

Réflexions.

1° Les douleurs ostéocopes qui avaient déjà diminué après un petit nombre d'inoculations, devinrent plus fortes qu'auparavant, lors de la

45*6 OBSERVATION xc.

complication de la fièvre. On ne peut pas savoir si en insistant sur la syphilisation, ces phénomènes auraient disparu: car la persistance de la fièvre et l'apparition d'autres maladies aiguës empêchèrent de continuer les inoculations ; aussi cette observation n'a-t-elle qu'une valeur très-secondaire au point de vue de la syphilisation.

2° Aucun des chancres artificiels ne s'enflamma plus qu'a l'ordinaire, quoique pendant leur période de progrès, il se fût déterminé chez le sujet une maladie aiguë : on doit l'attribuer probablement à ce que l'on eut aussitôt recours à un traitement antiphlogistique énergique.

Vaste ulcère secondaire à l'arrière-bouche et douleurs osléocopes rebelles à de longs traitements todico-mercuriels. — Syphilisation incomplète. — amélioration prompte et remarquable. — Longue administration d'iodure de potassium ; mercuriaux. — Guérison.

M. S. R. , âgé de 27 ans, tempérament lymphatique, bonne constitution.

Le 25 novembre 1818, il contracta deux chancres sur la couronne du gland: le plus petit guérit en 15' jours; l'autre s'étendit d'un centim. environ, et mit plus de deux mois a se cicatriser. Il prit alors 80 pilules de mercure de Plenck, et fit un traitement antiphlogistique local et général.

Deux mois après la cicatrisation du chancre, il commença à ressentir dans la face postérieure du pharynx une douleur qui devenait plus vive dans la déglutition. H prit pendant environ 40 jours le deuto-chlorurr de mercure à la dose de 2 centigr. par jour.

Mais n'ayant éprouvé aucune amélioration à la suite de ce traitement, il vint me consulter le 10 avril 1849. 11 se plaignait d'absence complète d'appétit, de douleurs nocturnes aiguës dans toutes les articulations; cependant on ne put constater aucune lésion anatomique dans les os, et de douleurs dans l'arrière-bouche, où je reconnus la présence d'un vaste ulcère occupant toute la face postérieure !du pharynx et le voile du palais, qui était en partie détruit. Je lui prescrivis l'iodure de potassium , la décoction de salsepareille , et une friction mercurielle tous les soirs.

Ce traitement détermina un peu d'amélioration dans l'état général, et les symptômes syphilitiques allèrent progressivement en diminuant pendant 40 jours, lorsque , malgré la continuation du même traitement, malgré 54 frictions mercurielles et l'usage de l'iodure de potassium, dont il avait pris une quantité considérable, il se manifesta une recrudescence de tous les symptômes de la maladie, mais surtout des douleurs qu'il ressentait dans la dyaphise d'un grand nombre d'os.

On augmenta la dose du iodure , on lui fit prendre deux bains à vapeur, on appliqua des vésicatoires sur les points où les douleurs ostéocopes étaient plus intenses, et on continua le traitement mercuriel ex-

terne. Sur la fin de novembre, il avait fait 80 frictions, chacune de 3 grain, d'onguent mercuriel; il avait consumé une quantité énorme d'iodure de potassium, et de décoction de salsepareille, lorsqu'il abandonna ce traitement. Les douleurs osséo-articulaires avaient disparu, l'état général était amélioré, mais l'ulcère de l'arrière-bouche persistait toujours, et était large d'un centimètre environ.

Pendant tout le cours de ce long traitement mercuriel, il ne souffrit jamais ni de stomatite, ni de salivation. Du reste il le fit sous mes yeux et avec toute la régularité nécessaire.

11 n'y avait pas encore un mois que l'on avait suspendu le traitement, que les douleurs ostéocopes se manifestèrent de nouveau, et l'ulcère du gosier reprit sa marche envahissante. Mais un fait singulier, c'est que conjointement à la recrudescence de l'affection vénérienne, il se déclara une salivation abondante accompagnée d'une stomatite mercurielle qui ne s'était pas manifestée sous l'influence directe des mercuriaux.

Pendant l'hiver de 18i9 à 1850, le malade fut presque constamment obligé de garder le lit à cause de l'intensité des douleurs qu'il ressentait dans les os et dans les articulations. Dans le mois d'avril 1850, il eut recours à l'homéopathie, et pendant plus de trois mois il en suivit rigoureusement toutes les prescriptions; mais la maladie syphilitique ne subit aucune amélioration, et la stomatite ne fit qu'augmenter.

Pendant les mois d'août, septembre et octobre, il prit sans interruption, une demi bouteille chaque jour de la décoction antisyphilitique de Pollini de Milan, mais avec peu d'avantage.

Il passa l'hiver de 1830-51, dans son lit en proie à des douleurs continuelles dans les os et le pharynx; fièvre le soir, inappétence totale, etc.

Dans les mois de mars et avril 1851, il prit pendant 38 jours l'émétopurgatif de Leroy, sans en retirer le moindçe avantage, même pour la salivation qui n'avait pas encore cessé depuis le mois de décembre 1849.

Vers la moitié de septembre de cette année, il vint de nouveau me. consulter, et m'exposa l'histoire de la longue série de ses souffrances. Il était alors tourmenté spécialement de douleurs nocturnes très-vives, dans le maxillaire supérieur droit, et les os du nez qui étaient le siège d'une, tuméfaction remarquable. Une humeur ichoreuse et fétide produite par la lésion des os des cavités nasales, coulait continuellement par les narines. La face antérieure des tibias, et le tiers inférieur du radius gauche étaient occupés par des périostoses dures comme de l'ivoire, et qui étaient tantôt très-douloureuses, tantôt beaucoup moins. L'ulcère de l'arrière-bouche occupait la face postérieure du pharynx, les amygdales et la portion du voile du palais qui n'avait pas été détruite précédemment ; il est probable qu'il s'étendait aussi jusque dans le larynx, car la voix était extrêmement rauque. En outre, il y avait prostration complète des forces, marasme et inappétence.

Les moyens thérapeutiques que l'art pouvait me suggérer avaient été de si peu d'utilité jusqu'ici, que je ne savais réellement pas à quel traitement avoir recours. L'inutilité des mercuriaux répétés pendant si longtemps, me détermina à tenter la syphilisation. Mais comme la gravité du mal exigeait un prompt soulagement, je lui prescrivis avant tout l'io-

dure de potassium à la dose de deux grain, par jour. H y avait cinq jours qu'il le prenait, lorsqu'il se plaignit do légères douleurs intestinales qui me firent comprendre qu'il pourrait difficilement tolérer une dose aussi élevée de ce remède. On n'obtint qu'une légère diminution des douleurs nocturnes et du gonflement du maxillaire supérieur.

20 septembre. — On abandonne tous les remèdes, et on commence le traitement par la syphilisation.

Vingt piqûres avec du pus de chancres artificiels récents d'un autre malade: il en résulte autant de pustules. On répète 1 inoculation le 24 avec du pus de pustules au quatrième jour de développement : une seule pustule.

28. — Les douleurs et la tuméfaction du maxillaire supérieur droit ont beaucoup diminué , l'écoulement purulent des narines continue encore.

L'ulcère du pharynx est d'une couleur rose sur presque toute sa surface et peu douloureux. L'appétit et le bien-être, vont en augmentant.

Les chancres de la première inoculation sont plutôt douloureux, quatre ont les bords et la hase indurés. On les panse avec du cérat et des cataplasmes émolliens. Le pus qu'ils sécrètent inoculé aujourd'hui et le 1er octobre en quelques points, ne donne aucun résultat. Au contraire, sept piqûres faites le 50 septembre avec le même pus, donnent naissance à six pustules.

19 octobre. — L'état général s'améliore rapidement. Les périostoses et les douleurs du maxillaire supérieur droit ont disparu totalement; l'ulcère de l'arrière-houche est aux trois-quarts cicatrisé. L'écoulement purulent des narines persiste encore.

Les chancres artificiels de la première inoculation out 12 à 15 mill. de large, et sont en voie de transformation; le chancre, du 24 est cicatrisé, il n'a pas eu plus de. 5 inillim. Ceux du 30 septembre sont virulens et larges de 5 à 8 millimètres.

Cinq piqûres avec du pus de ses chancres: on n'obtient qu'une seule pustule.

50. — L'état général est bon ; l'ulcère du pharynx est cicatrisé depuis trois jours , l'écoulement nasal a diminué. Le malade ressent encore de temps en temps des douleurs fugaces dans les anciennes périostoses des tibias et du radius gauche.

Il ne reste plus qu'un seul chancre qui soit virulent, c'est celui de l'inoculation du 19; il y en a encore six de celle du 20 septembre; mais ils sont près d'être cicatrisés, et n'offrent aucune induration ; il en existe encore trois du 30 septembre, qui sont fongueux.

Dix piqûres avec le pus de son chancre artificiel virulent , donnent naissance à autant de pustules , dont le pus inoculé le 7 novembre en douze points fait développer douze pustules.

iS novembre. — Les chancres des deux dernières inoculations sont bien développés, ils ont de i à 7 millim., celui du 19 octobre s'est étendu d'un centim. environ, maintenant il est couvert de croûtes et près d'être cicatrisé.

M. S. s'est engraissé et a pris des couleurs. L'écoulement purulent

OBSERVATION XC. 'l59

des narines est réduit à peu de chose; mais les anciennes périostoses des tibias et du radius gauche ne diminuent pas de volume, et dans les journées humides et pluvieuses, elles sont parfois le siège de douleurs peu intenses et passagères. Je lui administre de nouveau l'iodure de potassium afin de faire disparaître ces dernières traces des lésions que l'affection syphilitique a déterminées dans le système osseux.

27. — Il a pris 8 graro. d'iodure de potassium: les douleurs des anciennes périostoses ont disparu.

II reste encore quelques uns des chancres de l'inoculation du 50 septembre, que des fongosités empêchent de se cicatriser. Quelques uns de ceux que l'on a inoculés le 30 octobre et le 7 novembre sont déjà guéris, d'autres sont en voie de cicatrisation, et quelques uns sont encore virulens; aucun n'a plus de 7 millim., et sa plupart ne dépassent pas 5 millimètres.

Douze piqûres aujourd'hui avec le pus de ses chancres, et quinze le i décembre, il en résulte autant de pustules.

27 décembre. — Les douleurs n'ont plus reparu; la salivation qui tourmentait le malade depuis si longtemps a cessé; la santé est toujours bonne.

La plupart des chancres de la dernière inoculation sont encore ouverts, et en voie de transformation; ils ont 2 ou 4 millim. de large.

Dix piqûres sur la région épicolique droite, avec du pus d'un autre individu: il en résulte neuf pustules.

1852. il janvier. — 11 y a 20 jours que nous n'avons pas vu le malade. Les neuf chancres de la dernière inoculation sont maintenant en voie de transformation, et larges de S à 6 millim. 11 fut, sur ces entrefaites, obligé de faire quelques voyages à pied pour des affaires de famille, et les chancres devinrent très-douloureux et très-enflammés. Mais cette inflammation céda facilement à quelques jours de repos. Tous les autres chancres sont cicatrisés.

Depuis douze jours, de nouvelles douleurs se sont fait sentir au tiers inférieur du radius droit, et la tuméfaction dont il était le siège s'est augmentée. Le 10 il s'appliqua un vésicatoire loco dolenti, et il prend depuis six jours, SO centigr. d'iodure de potassium par jour. La douleur et la tuméfaction ont un peu diminué. Je lui conseille de continuer encore quelques jours l'usage de l'iodure de potassium, et je fais vingt piqûres sur la région sous-ombilicale, avec du pus de ses chancres; elles donnent lieu à dix-huit pustules.

27. — Les douleurs ostéocopes de l'avant-bras diminuèrent peu à peu ; mais on s'aperçoit de l'existence d'une collection purulente profonde; la narine laisse encore couler un peu de mucus purulent; l'état général est bon, et il ne s'est pas manifesté de nouveaux .symptômes syphilitiques. Il a pris 7 grain. 50 d'iodure de potassium, dont il a suspendu l'usage pendant trois jours; je lui recommande d'en porter la dose à 75 centig. par jour.

Trois des chancres inoculés le 27 décembre sont encore ouverts, fongueux et larges de 8 millimètres. Ceux de la dernière inoculation sont virulens, douloureux et larges de 2 millimètres.

Vingt piqûres avec le pus de ses chancres sont suivies de onze pustules, qui s'étendirent peu, et guérirent dans l'espace de 15 ù 18 jours.

43 mai. — M. S. ne put revenir à Turin pendant trois mois et demi environ. Dans cet intervalle, il continua pendant quelque temps, mais assez irrégulièrement l'usage de l'iodure de potassium, dont il ne peut nous préciser la dose totale qu'il a prise. La douleur de l'avant-bras gauclie ne s'est plus fait sentir, mais l'abcès profond s'est étendu, et comme on n'a pas donné issue à la collection purulente qu'il contenait, elle a disséqué un large espace de tissu cutané, et détruit une partie des tissus mous supraradiaux. Enfin l'abcès s'est ouvert depuis quelques jours, et il en est sorti une quantité considérable d'un pus séreux et fétide. Maintenant on voit une large ouverture qui laisse à découvert une partie du radius privée de son périoste et nécrosée; cependant elle n'est pas encore mobile. En outre deux des anciennes périostoses de la face antérieure du tibia droit sont depuis quelques jours le siège de légères douleurs. La cicatrice de l'arrière-bouchc est résistante-, la santé s'est maintenue bonne; l'appétit n'a jamais manqué, et les forces ont augmenté.

Les affaires de M. S. ne lui permettant pas de rester à Turin pour terminer le traitement par la syphilisation, on juge nécessaire de lui prescrire de nouveau l'iodure de potassium, et de se borner à un traitement antiphlogistique local sur l'abcès de l'avant-bras droit.

14 juin. — Il commença a prendre 75 centig. par jour d'iodure de potassium, et il en porta ensuite graduellement la dose a 5 grain. 50, en sorte que dans un mois il en a pris 03 grammes.

Les légères douleurs ostéocopes qu'il ressentait disparurent en peu do temps. Quelques esquilles d'os nécrosé se sont détachées du radius, et il ne reste plus qu'une ouverture de quelques millimètres dans la région occupée par le vaste abcès; cependant il y a encore quelques fragments osseux qui doivent se détacher. L'état sanitaire est toujours bon. Un diminue aujourd'hui la dose de l'iodure de potassium.

i septembre. — La santé se maintient bonne. Il a repris depuis quelques mois ses occupations ordinaires qui sont très-pénibles, et qu'il avait été obligé d'abandonnerpendant trois ans. L'introduction du stylet mousse par le petit trou listuleux de l'avant-bras, fait reconnaître qu'il existe encore une portion de l'os qui est dénudée et privée de périoste.

11 a continué à prendre l'iodure de potassium à différentes doses, et presque sans interruption. Il ne peut me préciser la quantité totale qu'il en a prise.

29 novembre. — Le trou fistuleux de l'avant-bras gauche n'est pas encore cicatrisé; il reste probablement quelque portion d'os nécrosé qui devra s'éliminer, quoique l'introduction du stylet mousse ne puisse le faire connaître.

Il sort de temps en temps quelques gouttes de mucus purulent de la narine droite; la tuméfaction des os du nez et du maxillaire supérieur droit a disparu. Les anciennes périostoses des tibias existent encore, mais elles sont complètement indolentes.

La cicatrice du chancre de l'arrière-bouche est solide, et l'état général excellent.

OBSERVATION XU. 461

Il continua encore pendant plus d'un mois l'usage de l'iodure de potassium; ensuite il (it, dans les mois d'octobre et de novembre, 24 frictions, chacune de 5 gram. d'onguent mercuriel double. J'ai insisté sur l'usage des mercuriaux, pareeque je suis convaincu de l'insuffisance des préparations d'iode, pour la guérison radicale de la syphilis constitutionnelle, et pareequ'il m'était impossible dans le cas actuel, de reprendre le traitement par la syphilisation.

Je lui prescris actuellement les pilules de Sédillot.

Réflexions.

1" L'ulcère secondaire de l'arrière-bouche, le gonflement et la douleur du maxillaire supérieur droit et des os du nez furent modifiés rapidement par la syphilisation. C'est au point que l'ulcère qui avait résisté à tant de traitemens mercuricls prolongés pendant si longtemps, se cicatrisa en un peu plus d'un mois, et la périostosc douloureuse mit environ un mois à guérir. Je ne crois pas que l'on puisse attribuer ce prompt résultat à l'iodure de potassium qu'on lui administra pendant les cinq premiers jours qui s'écoulèrent avant que l'on commençât les inoculations, car il en avait déjà fait usage mais inutilement à hautes doses et à plusieurs reprises, dans d'autres circonstances.

2" On ne put conduire la syphilisation à son terme, pareeque les occupations du malade ne lui permettaient pas de continuer plus longtemps ce genre de traitement. On lui prescrivit en consequence.de nouveau l'iodure de potassium; mais, quoiqu'il le prit très-régulierement, il ne put empêcher la réapparition des douleurs ostéocopes, ni la nécrose d'une portion d'un os.

3° L'usage prolongé de l'iodure de potassium à haute dose fit disparaître les douleurs ostéocopes, et détacher peu à peu du reste de l'os la portion nécrosée du radius gauche. Mais aurait-il suffi pour produire une guérison radicale de la syphilis constitutionnelle ? Si on l'administre seul, sans mercuriaux, il ne détruit jamais radicalement l'infection vénérienne, mais c'est un puissant auxiliaire des mercuriaux. C'est dans cette conviction que j'ai administré ces préparations à ce malade, afin de voir, s'il sera possible, d'obtenir la guérison d'une affection qui s'est montrée jusqu'à présent aussi rebelle aux nombreux traitements que l'ou a dirigés contre elle.

Nombreuses périostoses et douleurs ostéocopes récidivées après plusieurs traitements par l'iodure de potassium et les mercuriaux. — Syphilisation à laquelle on unit sur la fin l'iodure de potassium. — Guérison.

HYPPOLITA V., jeune fille âgée de 22 ans, tempérament sanguin-lymphatique, bonne constitution , atteinte de dysménorrhée depuis plus d'une année, et d'aménorrhée complète depuis sept mois: entrée à l'Hôpital le 1«' octobre 1851.

La malade ne présente aucun symptôme syphilitique primitif, seulement elle se plaint de douleurs aiguës , qui se font sentir surtout pendant la nuit dans un grand nombre de régions du système osseux. L'ayant visitée, on trouve une périostose volumineuse occupant le condyle interne et le tiers supérieur du tibia gauche et un grand nombre de tumeurs de même nature sur la face antérieure du tibia droit. Des douleurs extrêmement vives se font sentir non seulement dans ces deux os, siège des périostoses, mais encore a la partie interne de la clavicule gauche, a la moitié supérieure du sternum et. à l'extrémité inférieure de l'humérus droit, sans qu'on puisse découvrir aucune altérai ion anatomique dans ces diverses régions. Les articulations fémoro-tibiale et liuméro-radio-cubitale droites sont également le siéee de douleurs trèsaigues ; l'avant-hras n'a qu'un mouvement d'extension très-imparfait.

C'est pour la seizième fois que cette femme se présente dans cet Hôpital. En 1843, elle contracta pour les deux premières fois deux chancres, pour lesquels elle ne fit qu'une cure locale. Dans les premiers mois de 1844, elle eut encore des chancres indurés, pour lesquels elle prit 2 grammes 00 de proto-iodure de mercure ; d'autres chancres simples, qui se déclarèrent dans le cours de cette même année, cédèrent en peu de jours à un traitement local. Au commencement de l'année 184f>, elle se présenta de nouveau à l'Hôpital avec des chancres à la vulve , accompagnés pour la première fois de douleurs ostéocopes dans les articulations huméro-scapulaire et fémoro-tibiale droites. On prescrivit l'iudure de potassium , dont elle prit. 30 gr. ; les douleurs et les ulcères disparurent. Pendant les années 1843, 48, 49, elle entra cinq fois pour des chancres et des douleurs ostéocopes, qui avaient leur siège spécialement dans les tibias, et toujours elle sortait guérie en peu de jours, par l'iodurc de potassium, dont elle ne prit jamais que de. petites doses.

En mars 18.'ii) , elle se présenta a l'Hôpital avec des ulcères secondaires de l'arrière bouche, tuméfaction et douleurs dans l'humérus et le tibia droit , et des chancres indurés à la fourchette. On lui lit 24 frictions mercurielles de 3 gr. chacune, et on lui prescrivit 0 gr. d'iodurc de potassium.

Enfin , sur la fin du 1850, les douleurs ostéocopes devinrent si intenses qu'elles l'obligèrent à se présenter encore à l'Hôpital. On constata la présence d'une foule de périostoses très-dures aux deux tibias, dans presque toute la clavicule gauche , avec compression du plexus brachial , et parésis de l'extrémité supérieure correspondante , beaucoup plus sensible la nuit que le jour.

La dernière cure mercurielle et iodique ayant été insuffisante, peulétre pareequ'on ne l'avait pas suivie assez longtemps, on résolut de la recommencer. En conséquence, pendant les trois premiers mois de 1831, on lui prescrivit 30 gr. d'iodure de potassium , et on lui fit des frictions avec de l'onguent mercuriel double; elle en employa 108 gr. Cette cure fut suivie avec un soin particulier, et tout portant à croire qu'un traitement si prolongé avait dû détruire complètement le virus syphilitique , on lui permit de sortir de l'Hôpital. Mais , au bout de trois mois a pi'ine, les mêmes symptômes se manifestèrent, et les douleurs devinrent

tellement intolérables, qu'elle fut obligée rentrer encore à l'Hôpital. 11 y a environ 40 jours qu'on lui pratiqua 12 saignées pour une angioïte; mais elle n'en n'a obtenu aucun soulagement dans ses douleurs nocturnes, et, depuis trois mois , cette malheureuse ne peut plus prendre un geul moment de repos pendant la nuit.

L'insomnie continuelle et la maladie qu'elle vient de faire l'ont réduite à un état déplorable: elle n'a point d'appétit, et le pouls indique constamment un peu de fièvre.

Tous les moyens employés jusqu'ici ayant été sans effet , on résolut de tenter la syphilisation. La malade elle-même le demandait avec instance, espérant y trouver un terme aux douleurs atroces qu'elle souffrait, douleurs qui avaient résisté à tous les remèdes a base d'iode et de mercure.

Après avoir préparé la malade avec quelques bains simples , quelques purgatifs etc.; on commença l'expérience le 5 octobre.

5 octobre. — On lui pratiqua seize inoculations avec le pus d'un bubon, que l'on reconnut plus tard pour n'être plus virulent-, toutes restèrent sans effet.

7. — Huit nouvelles piqûres sur la région hypoebondriaque droite , avec du pus pris sur une femme infectée depuis peu et pour la première fois ; et quatre sur la même région du côté gauche, avec du pus pris sur une autre femme déjà en partie syphilisée (Observ. v); on obtient quatre ulcères à droite et trois à gauche.

9. — Quatre piqûres et dix le 15, il en résulte treize pustules.

17. — Les douleurs ostéocopes ont diminué au sternum, à la clavicule et aux deux tibias , mais elles se maintiennent encore très-vives dans les articulations fémoro-tibiale et huméro-radio-cubitale droite. Les chancres artificiels sont douloureux, et ceux que l'on a inoculés le 7 s'agrandissent plutôt du côté droit que du côté gauche, sans être pourtant plus enflammés.

Vingt piqûres avec du pus de chancres artificiels d'une autre malade; le 20 on voit se développer 19 petites pustules.

23. — Le 19, sans cause connue, il se manifesta tout-à-coup un mouvement fébrile accompagné de chaleur brûlante à la peau, et d'inappétence ; le jour suivant, la malade eut un accès de fièvre intermittente. Les douleurs ostéocopes des articulations, qui commençaient à être moins vives, se réveillèrent avec intensité pendant la fièvre. On eut immédiatement recours au sulfate acide de quinine: cette fâcheuse complication disparut, et les douleurs ostéocopes se calmèrent. Pendant les deux dernières nuits, elles cessèrent complètement au sternum, à la clavicule, et elles s'amendèrent tellement dans les autres régions, que la malade pût dormir pendant plusieurs heures. Depuis quelques jours, on lui fait prendre des boissons nitrées, pour calmer le mouvement presque fébrile qui persiste encore.

Les ulcères inoculés le 7 sont en voie de guérison ; un à droite a 25 inillim. de largeur , les autres du même côté , 8 à 10 ; ceux de gauche ne dépassent pas la largeur de 6 à 7 millimètres.

Ceux que l'on a inoculés le 9 ont encore l'aspect virulent ; — de ceux de l'inoculation le 13, trois seulement se sont développés et sont

virulens, les autres pustules se sont desséchées sans s'ouvrir. Quelque» uns de ceux du 17 sont déjà guéris.

On pratique dix nouvelles piqûres avec du pus d'ulcères artificiel» d'une femme il laquelle on n'a encore fait que peu d'inoculations , el quatre avec du pus de pustules avortées d'une femme arrivée au dernier terme de syphilisation ; on obtient le 28 dix ulcères d'un côté , et trois de l'autre.

Ce même jour, les ulcères du 7 sont cicatrisés ; ceux du 9, du 13 et du 17 sont en voie de cicatrisation , et l'on observe qu'ils diminuent successivement en largeur ; un de ceux que l'on a inoculés le 9 a 18 millim. d'étendue , les autres 8 seulement.

Les douleurs ostéocopes diminuent, mais lentement, dans les articulations drs genoux et du coude droit. L'inappétence continue.

On fait dix piqûres, et vingt le 31 , toujours avec du pus d'ulcères artificiels d'une autre femme , et on obtient dix-sept pustules.

3 novembre. — La malade a ressenti ces derniers jours deux nouveaux accès de fièvre périodique, pendant lesquels les douleurs ont été beaucoup plus intenses , mais quand on eut triomphé des accès au moyen de la quinine , elles se câlinèrent aussitôt.

Les ulcères des quatre premières inoculations sont cicatrisés. — Ceux du 23 sont bien développés et virulens.

On fait dix nom elles piqûres , suivies d'autant de pustules.

8. — Les douleurs des articulations persistent, ainsi que l'inappétence.

Les ulcères inoculés le 23 et le 28 sont en voie d'amélioration ; ceux du 51 et du 3 novembre ont l'aspect virulent et une largeur de 2 à 5 millimètres.

Dix nom elles piqûres , suivies de dix pustules très-petites.

19. — le 9 la malade eut un accès de fièvre continue avec céphalalgie , et il persista malgré la diète et l'administration de 5 centig.de tartre stibié. La nuit du 9 au 10 fut très-agitée , et le 10 on jugea nécessaire de lui faire deux saignées , que l'on répéta le 11 ; elle en éprouva un grand soulagement. Le sang était très-couenneux. Le 12, elle perdit quelques gouttes de sang menstruel. Le soir, ou lui fit une petite saignée au pied (72 gram.), et on prescrivit une infusion de seigle ergoté.

L'amélioration de l'état général continua le 15 et les jours suivants mais on ne put constater aucune rémission dans les douleurs ostéocopes

15. — Il n'y avait plus d'ouvertes que dix pustules très-petites pro duites par l'inoculation du 8 , et le 18 elles étaient cicatrisées.

On fait trente piqûres avec du pus de chancre induré en voie de pro grès : elles donnent vingt-deux petites pustules à peine développées, qu se dessèchent dans l'espace de quatre à six jours.

22. — Les douleurs nocturnes de la clavicule, du sternum et de ladiaphyse des tibias ont totalement disparu. Celles du condyle interne, du tibia gauche , des articulations fémoro-tibiale et huméro-radio-cubitale droite ont un peu diminué , mais elles persistent encore , ainsi que la rigidité de cette dernière articulation.

Voyant le peu d'effet que l'on obtient des inoculations , quoique l'on

prenne toujours du pus virulent ; incertains si les pustules fugaces qui se développent à la suite des inoculations peuvent suffire pour modifier l'organisme au point de faire disparaître en peu de temps les douleurs ostéocopes des régions où elles persistent encore , on croit prudent et nécessaire d'administrer quelques doses d'iodure de potassium. Quoiqu'on suit persuadé qu'il ne pourra pas guérir radicalement la syphilis , on espère qu'il amendera les souffrances de la malade, et que l'on pourra ensuite compléter cette intéressante observation. En conséquence, on lui prescrit 75 centig. d'iodure de potassium, et on augmente chaque jour graduellement la dose , jusqu'à la porter à 1 gramme, 50.

24. — Neuf piqûres suivies d'autant de petites pustules ; le 29 , sept , qui donnent cinq pustules ; le pus de ces deux inoculations fut pris sur le même ulcère , et sur la même femme.

4 décembre. — Les douleurs diminuent dans les articulations où elles persistaient; la dose d'iodure de potassium est portée alors àl, gr. 50 par jour.

Les pustules du 21 sont parfaitement cicatrisées , et l'on voit cinq ulcères de la largeur d'un millim. produits par la dernière inoculation.

On fait douze piqûres , dont trois au centre de cicatrices d'anciens ulcères. On répète l'opération le 10 eu quatorze points, avec du pus d'ulcères artificiels d'une autre femme; on n'obtient qu'un petit ulcère, qui dure douze jours.

15. — >Les douleurs ostéocopes ont cessé presque complètement ; on continue l'usage de l'induré de potassium. 11 ne reste plus que trois petits ulcères presque cicatrisés , résultat de l'inoculation du 4. Un de ceux qui avaient été inoculés sur d'anciennes cicatrices acquit 2 millim. , niais il resta très-superficiel.

On fait six piqûres, et huit le 17 , on obtient tout autant d'ulcères de la grandeur de 5 millim. et qui guérirent dans l'espace de 17 à 20 jours.

25. — Pendant les huit dernières nuits , la malade n'a pas souffert la moindre douleur. On abandonne l'usage de l'iodure de potassium, dont elle a pris 44 gram. 25. Les anciennes exostoses de la face antérieure des tibias n'ont pas disparu , mais elles sont tout-à-fait indolentes. Les mouvements de l'avant-bras droit sont parfaitement libres ; les ulcères artificiels sont douloureux.

2G. — Six nouvelles piqûres avec le pus pris sur le même ulcère , dont on s'est servi pour les inoculations des 19, 24, 29 novembre et 4 et 17 décembre. On obtient six ulcères , qui s'enflamment et sont douloureux ; ils ont 3 millim. d'extension , et guérissent au bout de 25 jours.

1« janvier 1852. — Depuis ce jour, jusqu'au 15, on fait cinquante-huit piqûres en cinq fois , avec du pus pris sur des femmes nouvellement entrées à l'Hôpital ; elles donnent naissance à vingt petites pustules, guéries dans l'espace de 7 à 10 jours , plusieurs sans même passer à l'ulcération.

20. — La menstruation, qui manquait depuis plusieurs mois, eut lieu en abondance pendant ces derniers jours. L'état général de la malade

est excellent ; jusqu'à ce jour, il ne s'est manifesté ni renouvellement de douleurs, ni aucun autre symptôme syphilitique.

On pratique six piqûres, vingt-quatre le 24, et vingt le 27. Il en résulte vingt pustules, qui toutes s'ulcèrent et restent ouvertes de 9 à 11 jours.

2 février. — On fait dix piqûres, qui ne donnent aucune pustule; quarante pratiquées le 4, et vingt le 8, donnèrent lieu à quarante-neuf pustules très-petites, qui toutes se desséchèrent en cinq jours, et quelques unes après huit jours.

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