‹ La syphilisation étudiée comme méthode curative et comme moyen prophylactique des maladies vénériennesChapitre 66 sur 90 · Dix piqûres sans résultat · texte numérisé non relu

Dix piqûres sans résultat

17. — Nouvelle apparition d'un abondant écoulement de flux menstruel.

Cette fdle sort de l'Hôpital après quatre mois et demi de séjour. Il y a longtemps que sa santé n'a pas été dans un état aussi florissant. On a abandonné l'usage de l'iodure de potassium depuis 54 jours, et jusqu'à présent elle n'a pas ressenti la moindre douleur osseuse ni articulaire.

Elle rentre à l'Hôpital le 21 mai de cette même année. L'état de sa santé est excellent.

Elle a été envoyée à l'Hôpital pour une petite êcorebure située à l'orifice vaginal, de la grandeur de 4 millim. environ, superficielle et d'une belle couleur rosée, n'offrant aucun aspect d'ulcère spécifique.

Deux jours après son entrée, la menstruation parut, et fut très-abondante pendant six jours, ce qui empêcha qu'on ne put prendre du pus de la plaie pour essayer l'inoculation.

Le l'r juin on tenta l'expérience en inoculant sur une personne non syphilisée, du muco-pus fourni par la petite ulcération vaginale, qui était encore ouverte, mais qui présentait un bel aspect ; l'inoculation n'obtint aucun résultat.

11 . — L'ulcération était cicatrisée sans médication locale. 13. —Cette fille sortit de l'Hôpital.

Elle rentre lo 26 août (1).

L'état de sa santé est médiocre ; elle est convalescente d'une hépatite, dont elle fut affectée pendant le mois passé, et pour laquelle on lui (il 10 saignées. Elle est aménorrhoïque depuis deux mois.

Elle vint me consulter hier, en me disant qu'elle se sent malade depuis trois jours. Je lui trouvais de la fièvre, de la toux et des douleurs à la région sterno-costale droite. Je lui conseillais de se rendre à l'Hôpital, afin de pouvoir mieux étudier sa maladie.

Le 27, la fièvre et la toux continuent: — S centigr. de tartre stibié dans un véhicule gommeux.

Le 28, la fièvre est moins intense : — infusion de seigle ergoté.

Le 29, apyrexie — point de douleurs.

Le 30, elle sort de l'Hôpital.

(t) M. le doct. Sella me dit qu'au commencement d'août l'Inspecteur sanitaire des prostituées l'avait trouvée affectée d'un chancre à la vulve.

Cette femme me dit que le 26 juin elle avait contracté un petit ulcère à l'orifice vaginal, et qu'il se cicatrisa eu <l jours, à la suite de quelques cautérisations qu'elle «o lit elle-même.

Je suis fâché de n'avoir pu vérifier par l'inoculation la nature de cet accident.

Elle rentre le 2 novembre, affectée de la gale; sa santé est excellente, et elle est bien réglée depuis deux mois. Elle sort le 14 novembre.

Réflexions.

1° L'iodure de potassium que l'on avait administré à cette malade pendant les nombreux et longs séjours qu'elle a faits dans cet Hôpital depuis ■1845 jusqu'à 1830, n'avait pu faire disparaître que temporairement les douleurs osseuses. C'est un fait important, qui démontre que la guérison des symptômes syphilitiques tertiaires de M. Rieord, au moyen de l'iodure de potassium, est loin d'être radicale. L'expérience me fait voir tous les jours avec quel peu de fondement on émet, et on soutient des théories que les faits viennent ensuite démentir.

2' La longue cure pratiquée en 1850-51 par les mercuriaux et l'iodure de potassium à hautes doses, fut également insuffisante et sans effet pour obtenir la guérison radicale. Ce n'est pas le seul fait, dans le quel j'ai malheureusement constaté dans cet Hôpital, et dans ma pratique particulière des rechutes après un traitement suivi pendant longtemps , et avec beaucoup de soins, et qui paraissait donner l'espoir fondé d'une guérison définitive.

3° Un traitement anliplilogistique, même très-actif, n'améliore pas d'une manière bien durable, ni bien sensible les accidens de syphilis constitutionnelle ; ainsi les douze saignées faites à cette femme, avant qu'elle entrât a l'Hôpital, n'avaient produit aucun amendement dans ses douleurs ostéocopes.

•4° Soit que l'on prenne du pus d'ulcère d'une personne arrivée à un degré avancé de syphilisation, soit que l'on se serve de celui que fournissent des chancres chez des personnes qui sont infectées pour la première l'ois, cela ne nuit en rien au développement des ulcères artificiels, pourvu que celui sur lequel on prend le virus, soit en voie de progrès. Ainsi la division que fait M. Auzias-Turennede'pus en formes et en qualités différentes, ne pourrait se soutenir; et l'on devrait chercher d'autres causes pour expliquer le différent développement des ulcères produits par une inoculation simultanée, mais avec du pus d'ulcères différens. En effet, si le cours des ulcères inoculés le 7 octobre, dont ceux qui avaient été produits par le pus pris sur une personne infectée pour la première fois, et depuis peu de temps se développèrent plus rapidement, parait donner raison à M.Auzias-Turcnne,le résultat de l'inoculation du 25 du même mois contredirait sa théorie : car on ne put constater aucune différence dans la marche des ulcères provenant de l'inoculation de pus pris en partie sur une femme qui n'avait encore subi que trois ou quatre inoculations, et qui n'était soumise a la syphilisation que depuis peu de jours, et en partie sur une pustule avortée, qui ne dura que cinq ou six jours, et sur une personne, qui était arrivée à la dernière période de syphilisation.

5° Les douleurs ostéocopes augmentaient toujours, lorsque la fièvre se réveillait par suite d'une cause quelconque, et diminuaient aussitôt que l'accès était vaincu.

6° Sous l'influence des inoculations, les douleurs de la dyaphise des

'«68 OBSERVATION xcir.

os cédèrent rapidement, au lieu que les douleurs articulaires furent plu.» rebelles.

7' L'iodure de potassium administré comme auxiliaire, sur la fin de la s\ pliilisation, agit d'une manière étrange sur le cours ultérieur qu'elle suivit. Lorsqu'on en commença l'usage, on n'obtenait plus que de petites pustules peu enflammées, et qui se desséchaient en peu de jours. Lorsqu'on eut commencé à administrer l'iodure de potassium , en continuant les inoculations, en se servant toujours du pus fourni par le même chancre induré que portait une autre malade, on ut peu à peu les pustules, qui se développaient, devenir plus douloureuses, s'ulcérer et avoir une durée beaucoup plus longue. Au contraire, dès qu'on eût cessé d'employer l'iodure de potassium, la phlogose diminua, de même que la largeur et la dureté des ulcères, jusqu'à ce qu'enfin il y eut insensibilité complète. Quel est le mode d'agir de l'iodure de potassium sur l'organisme d'un syphilise? Détruirait-il en partie le virus introduit dans l'économie? ou bien donnerait-il aux tissus une modification particulière opposée à celle que produit l'absorption du virus? son action ne serait-elle que mécanique et non spéciale, c'est-à-dire! le sel absorbé et porté en circulation, étant expulsé de l'économie au moyen de tous les émonctoires, donnerait-il lieu à cette recrudescence d'inflammation par sa présence dansles capillaires cutanés, et dans les produits de la sécrétion des chancres? Ne le voit-on pas tous les jours occasionerdes inflammations sur une peau saine, et raviver celles qui existaient avant qu'on le mit en usage, surtout lorsqu'on l'administre a des doses un peu élevées?

S" L'inoculation pratiquée sur les cicatrices laissées par d'anciens chancres donna des résultats positifs.

!>'' L'état général de l'économie, sous l'influence du traitement actuel, fut beaucoup plus rapidement amélioré, qu'il ne l'avait été par la longue cure mercurielle et iodique faite en 18">0-S1 ; la menstruation, qui manquait, ou était peu abondante depuis plus d'une année, se régularisa, et devint tout-à-fait normale dans les deux derniers mois.

10" On doit attribuer cette guérison à la syphilisation, et non à l'iodure de potassium : 1° pareeque l'action salutaire de ce remède est toujours temporaire, au lieu que chez cette femme, que nous avons encore examinée tout récemment, la guérison se maintient; 2° pareeque, lorsque ce remède lui fut administré, la maladie du système osseux était déjà beaucoup améliorée par la syphilisation.

OBSERVATION XCH.

Chancres ano-vulvaires ; bubons inguinaux virulens; syphilide papuhpustuleuse ; tubercules muqueux dans la bouche. — Syphilisation. — Guérisori.

THÉRÈSE T. , âgée de 19 ans , tempérament lymphatico-sanguin ,

bonne constitution , bien réglée , entrée au Syphilicôme le 21 août 18S2.

Elle est affectée de deux chancres, l'un à l'orifice vaginal, et l'autre

à l'anus; ils n'offrent point d'induration, datent d'environ £3 jours, sont tous deux larges de 8 à 10 millim., et en voie de transformation. Elle a en outre des excroissances vulvaires, et deux bubons inguinaux qui renferment une abondante collection purulente. Elle a déjà contracté deux autres fois des maladies vénériennes. Dans la seconde moitié de l'année ■1831 , elle vint à l'Hôpital pour deux vastes chancres situés l'un à la vulve, et l'autre à l'anus: on les traita par des cautérisations et le protoiodure de mercure à l'intérieur. Pendant les mois de mai, juin et juillet 1832, elle entra de nouveau dans cet Hôpital pour un chancre anal et un écoulement urétral : on ne lui fil alors qu'un traitement local.

Quelques jours après son entrée à l'Hôpital, les deux bubons s'ouvrirent spontanément, et il en sortit une grande quantité de pus séreux. Le 5 septembre, on commença à voir sur les extrémités , sur le dos et l'abdomen quelques petites pustules cuivrées, indolentes, dont le nombre alla toujours en augmentant. Le 10, tout son corps était couvert d'une éruption cutanée syphilitique papulo-pusUileuse , ou syphilide pustulolcnticulairc. En même temps, il se manifesta un gros tubercule muqueux à la lèvre inférieure, et un autre à la commissure labiale droite.

10 septembre. — Les chancres de la vulve et de l'anus , que l'on a cautérisés deux fois avec le nitrate d'argent, sont maintenant dans la période de cicatrisation. Les ouvertures des bubons ont pris l'aspect virulent , et sont plutôt douloureuses : on les recouvre d'un cataplasme émollient.

19. — L'état général est bon ; pendant ces jours passés, on lui a fait prendre trois éméto-catharliques et deux bains simples. On commence aujourd'hui l'expérience, en lui faisant cinq piqûres, que l'on répète au nombre de deux le 22, sur le côté droit du thorax, avec du pus de chancres récents vulvaires et ganglionnaires d'autres malades : il en réculte autant de pustules.

23. — L'inoculation du pus du chancre ganglionnaire, qui avait donné des résultats positifs le 19, répétée aujourd'hui et le 25, reste sans effet.

25. — Huit piqûres , avec du pus d'un chancre vulvaire récent, donnent lieu à sept pustules.

7 octobre. — Les chancres artificiels de la première et de la seconde Inoculation ont environ 5 millim . de surface, sont peu douloureux, et dans une période de transformation assez avancée. Les bubons inguinaux ont toujours été pansés avec des cataplasmes émolliens : leur volume est beaucoup diminué , et leurs ouvertures sont déjà granuleuses et peu douloureuses; on coupe les excroissances. La syphilide 6e dessèche dans tous les points, et l'éeaiilemenl commence. Les deux tubercules muqueux des lèvres ont disparu.

Quatre piqûres avec du pus de ses derniers chancres artificiels , et trois le 8 avec du pus d'une nature douteuse , d'un chancre vulvaire d'une autre malade : on obtient quatre pustules de la première inoculation, et une de la dernière.

17. — L'éruption cutanée a disparu, il ne reste plus qu'un peu d'é- ^aillement dans les régions où elle était le plus abondante. Les excroissances n'ont pas repullulé depuis leur récision.

Tous les chancres sont cicatrisés, à l'exception de ceux que l'on a inoculés le 7, qui sont encore virulens et larges de 3 millim. Aucun ne s'est étendu plus de quatre millim. ; la pustule de l'inoculation du 8 est restée abortive.

Cinq piqûres et trois le 22, avec du pus de chancres artificiels d'autres femmes : sept pustules.

28. — Il ne reste plus que trois petits chancres produits par la dernière inoculation : quatre autres sunt couverts de croûtes à demi-desséchées. Les ulcères ganglionnaires sont cicatrisés ; mais il y a encore de l'engorgement dans les glandes lymphatiques. L'état général continu» à être excellent.

Trois piqûres aujourd'hui , et trois autres le 29 , avec du pus d'un chancre vulvaire d'un aspect douteux , contracté par une femme presque sypbilisée (Obserc. l), donnent naissance à autant de pustules qui guérissent dans l'espace de 10 à 12 jours.

18 novembre. — 11 y a longtemps qu'on ne voit plus de traces de la syphilide. Trois piqûres avec du pus d'un bubon virulent , répétées le 19 et le 20, avec du pus d'un ulcère vulvaire d'une femme presque syphilisée qui est rentrée depuis peu ( Observ. lxxxviii ) : il en résulte autant de pustules qui ne diffèrent nullement entre elles dans leur développement, ni dans leur cours ultérieur: toutes se dessèchent dans l'espace de 8 à 10 jours, la plupart sans s'ulcérer.

30. — Le bubon droit s'est ouvert de nouveau il y a quelques jours, et il en sort du pus de bonne nature. Je crois que cet accident est dû au tempérament lymphatique par excellence de cette fille , et au trop d'exercice qu'elle a fait, ce qui aura déterminé un peu de phlogose dans une partie de la glande, et donné lieu ensuite a la suppuration.

La santé est toujours excellente.

Huit piqûres, et vingt le 6 décembre, avec du pus de chancres artificiels d'autres femmes : on obtient vingt-sept pustules qui guérissent dans l'espace de 9 a 11 jours.

12 décembre. — L'ouverture nouvelle du bubon est maintenant cicatrisée, sans qu'on ait rien fait pour obtenir ce résullat.

Quatorze piqûres, avec du pus de chancres artificiels d'une autre femme, donnent lieu à autant de pustules la plupart abortives; deux s'ulcèrent, s'étendent de 1 à 2 millimètres, et guérissent dans l'espace de 13 jours.

27. — L'état général de cette femme ne laisse rien à désirer; la menstruation a toujours été régulière.

La fille T. sort aujourd'hui de l'Hôpital, où elle se trouve depuis environ quatre mois. L'expérience en a duré un peu plus de trois, mais elle n'a pas été conduite jusqu'à l'immunité parfaite. Toutes les cicatrices des chancres artificiels sont petites, peu apparentes, et situées sur les régions latérales du thorax.

Elle a pris plusieurs bains sulfureux pendant les mois de novembre et de décembre (1).

( I ) La docilité de cette 611e aie permit de tenter sur elle l'inoculation du pus qne l'on put recueillir sur les déchirures ou sur les chancres pour lesquels quelques prostituées rentrèrent à l'Hôpital , après avoir été plus ou moins svphilisécs. Je me suis abstenu de parler dans celte Observation des inoculations faites avec du pus de déchirures, parecqu 'elles ne donnèrent aucun résultat.

OBSERVATION XCIfl. 471

1° Tous les chancres artificiels de cette femme furent petits, mais suffisants pour la guérir en peu de temps de son affection syphilitique constitutionnelle. Il est très-probable que les infections précédentes auront contribué à abréger le cours de la syphilisation.

2' On fut obligé de couper les excroissances, pareeque la syphilisation ne les modifiait nullement.

Chancres. — Tubercules muqueux aux parties génitales et à la commissure labiale droite. — Excroissances vulvaires. — Psoriasis syphilitique. — Favus. — Syphilisation. — Guérison.

MARIE P., âgée de 18 ans, tempérament lymphatico-sanguin, bonne constitution, menstruation régulière jusqu'au mois passé où elle manqua, entrée au Syphilicôme le 2 septembre 1852.

Elle est affectée de deux chancres : un à la fosse naviculaire, de la largeur d'environ 12 inillim. , et l'autre au côté droit de l'orifice vaginal , large d'environ 8 millim. ; tous deux sont assez avancés dans la période de transformation ; ils ne sont ni indurés, ni douloureux. Les grandes et les petites lèvres et les plis inguino-vulvaires sont envahis par des tubercules muqueux , qui sécrètent une odeur extrêmement fétide ; il y en a un sur la commissure labiale droite ; ils se sont manifestés depuis quelques jours seulement. Toute la surface du corps , sans en excepter la face et la paume des mains, est couverte de taches cuivrées, irrégulières, circulaires, peu saillantes, indolentes, couvertes d'écaillés sèches et adhérentes, larges de 6 à 8 millim., dont l'apparition remonte à vingt jours environ : on diagnostique le psoriasis syphilitique. Elle est en outre affectée de favus sur presque tout le cuir chevelu ; cette maladie date de l'âge de huit ans , et jusqu'à présent, elle n'a jamais été combattue d'une manière convenable.

Elle est malade depuis environ 50 jours, et c'est la première infection qu'elle contracte. Elle n'a fait jusqu'ici aucun traitement local, ni général.

19 septembre. —On lui a administré ces jours passés un bain simple, un purgatif et des boissons nitrées. Le chancre vaginal est cicatrisé , celui de la fosse naviculaire est en voie de cicatrisation. Les symptômes d'infection générale persistent encore, et le cuir chevelu est couvert d'épaisses croûtes de favus.

On commence aujourd'hui le traitement par la syphilisation , en lui faisant six piqûres sur les régions thoraciques latérales, avec du pus d« chancres d'une autre femme : il en résulte six pustules.

23. — On coupe les cheveux, et on recouvre les croûtes du favus avec un cataplasme émollient.

25. — Cinq piqûres avec da pus de chancres artificiels d'un autre sujet sur lequel on a commencé l'expérience depuis peu de jours seu-

lement : aucun résultat. Dix autres piqûres aujourd'hui , et quatre le 29 , avec du pus de ses chancres artificiels , sont suivies de dix pustules. Les croûtes du favus sur lesquelles on continue à appliquer des cataplasmes , commencent à se détacher.

8 octobre. — Le chancre de la fosse naviculaire est cicatrise ; les tuhercules muqueux vulvaires sécrètent moins de pus , et commencent à diminuer ; on ne leur a fait aucun pansement. La syphilide n'a subi presque aucune amélioration. Les régions qui étaient couvertes de croûtes faveuses sont maintenant d'un rouge brillant, indolentes et sèches ; il parait que cette maladie est aussi modifiée par ce traitement ; on continue l'application des cataplasmes sur la tète.

Les chancres inoculés le 19 septembre sont larges de 8 à 10 niillim. , et quelques uns sont déjà dans une période de transformation assez avancée. Ceux des inoculations du 23 et du 29 sont en voie de progrès.

Six piqûres, et deux le 20 , avec du pus de ses chancres , donnent lieu a six pustules.

2G. — Tous les chancres sont cicatrisés, ou près de l'être, à l'exception des ceux que l'on a inoculés le 8 et 20 de ce mois. Le volume des tubercules muqueux est diminué de plus de la moitié. La syphilide se détache et se décolore ; l'état général est excellent.

Deux piqûres avec du pus de chancres artificiels d'une autre femme, suivies de résultats positifs.

50. — Trois piqûres , répétées le i novembre , la première fois avec du pus de ses chancres artificiels , et la seconde avec du pus de chancres d'une autre femme ; il n'en résulte que trois pustules de la première inoculation.

8 novembre. — La menstruation , qui manquait depuis trois mois , a paru de nouveau il y a trois jours.

Dix piqûres sur le thorax avec du pus d'autres femmes , suivies d'une seule pustule , dont le pus inoculé le 10 en trois autres points, donno lieu a trois pustules.

19. — 11 ne reste plus que trois petits chancres, larges de 2 millim. et virulcns , produits par l'inoculation du 10. La syphilide diminue tous les jours ; le tubercule des lèvres a disparu , ainsi que la plupart de ceux de la vulve.

Trois piqûres sur la région interne de chacune des cuisses , avec du pus d'un chancre ganglionnaire, et huit le 21 , sur les régions thoraciques latérales : il en résulte treize pustules.

50. — Les pustules inoculées le 19 sur les cuisses, se sont changées en chancres , îarges de 3 millim. , et plutôt douloureux. Celles que l'on a inoculées le 21, ont donné lieu à de petits chancres peu douloureux, qui ne se sont pas étendus plus de 21 millim., et sont maintenant couverts de croûtes presque desséchées. Les autres sont guéris. Les symptômes syphilitiques s'améliorent tous les jours. Le favus ne s'est pas reproduit ; on a cessé depuis longtemps d'appliquer des cataplasmes tmolliens sur la tête.

Huit piqûres sur le thorax , partie avec du pus de ses chancres , par-

OBSERVATION XC1V. kl?>

lie avec du pus de chancres vulvaires récens d'une autre femme : il en résulte autant de pustules.

12 décembre. — La menstruation ayant tardé à se manifester , il se déclara un orgasme vasculaire, dont on triompha par la diète, le tartre stibié administré ù deux reprises différentes et à petites doses , et par des boissons calmantes. Hier le flux critique commença à couler , et aussitôt tous les symptômes se calmèrent.

Les chancres artificiels furent le siège d'une inflammation assez intense, quia disparu maintenant. Ceux des cuisses ont G ou 7 millim. de large , et ceux de la dernière inoculation n'en n'ont que 2. La syphilide n'a laissé que quelques taches un peu livides, qui se décolorent peu à peu. L'écaillement a cessé presque partout , les tubercules muqueux de la vulve sont presque au niveau de la peau. On coupe les excroissances vulvaires. L'état général est excellent.

Trois piqûres sur chaque bras, avec du pus de chancres artificiels d'une autre femme , suivies de résultats positifs.

26. — Les petits chancres qui sont nés à la suite de l'inoculation du 12, sont presque desséchés. Les anciens chancres sont tous cicatrisés , à l'exception de ceux des cuisses , qui ont 8 millim. , et sont en voie de cicatrisation.

Quatre piqûres avec du pus de chancres artificiels d'une autre femme , suivies de résultats positifs.

31. — Les symptômes de la syphilis constitutionnelle vont tous les jours en s'améliorant. La plupart des traces des tubercules muqueux vulvaires ont disparu. Le favus ne s'est pas reproduit. La santé de cette fille est toujours excellente.

Réflexions.

1° La syphilisation fut régulière ; mais il faut cependant observer que les chancres inoculés sur les cuisses prirent une plus grande extension que ceux qui les précédèrent ; cela provient de ce que cette femme restait levée tout le jour. Les chancres s'enflammèrent encore momentanément, lorsque le retard de la menstruation fit naître un orgasme vasculaire qui céda aussitôt qu'elle se déclara.

2° La guérison du favus paraît radicale. Doit-on l'attribuer entièrement à la syphilisation , ou en partie à l'application des cataplasmes émolliens ? Tout jugement serait actuellement prématuré , car ce n'est pas d'un fait isolé que l'on peut déduire une telle conclusion.

Psoriasis syphilitique extrêmement confluent. — Légère iritis pendant le traitement syphilisant. — Syphilisation. — Guérison.

CHARLOTTE F. , âgée de 18 ans, tempérament sanguin-lymphatique , bonne constitution , aménorrhoïque depuis deux mois , mais bien réglée jusque lu , entrée ù l'Hôpital le 18 septembre 1852.

Elle est affectée d'une syphilide papuleuse tellement conflucnte, qu'il ne reste pas sur toute la surface de son corps un centimètre de peau qui n'en soit pas affecté. Les papules sont larges de 3 à 8 millimètres, d'une couleur fortement cuivrée , complètement indolentes , et font une saillie de \ à 2 millim. en dessus de la peau : on diagnostique le psoriasis syphilitique. 11 y a en outre alopécie assez avancée.

Elle assure n'avoir eu jusqu'ici qu'un rapport sexuel sur la fin du mois d'avril , à la suite duquel elle contracta un chancre à la fosse naviculaire. 11 en reste encore la cicatrice qui n'est le siège d'aucune induration ; ce chancre guérit dans l'espace d'un mois environ. Elle a souffert pendant quelques jours des douleurs à l'arrière-bouche , mais on ne voit maintenant qu'un peu d'hypertrophie de l'amygdale gauche. Les glandes cervicales postérieures ne sont pas engorgées. La syphilide a commencé à se manifester, il y a 28 jours. Elle n'a fait jusqu'ici aucun traitement antisyphilitique.

20 septembre — Hier on lui administra un purgatif salin , et aujourd'hui on commence l'expérience.

Quatre piqûres sur la région Ihoracique latérale gauche avec du pus de chancres récens, dont une autre femme est affectée à l'anus: deux pustules, On répète l'inoculation le 21 avec du pus de chancres artificiels récens d'un autre individu , mais sans obtenir de résultat.

23. — Trois piqûres , cinq le 25 , quatre le 27 et cinq le 29 , partie sur les bras , et partie sur le thorax : la première fois avec du pus de chancres vulvaires récens, et les autres avec du pus de chancres artificiels en voie de progrès : il en résulte quatorze pustules.

7 octobre. — Les chancres inoculés le 20 septembre ont environ 1 centimètre de large , et sont déjà couverts de quelques granulations. Tous les autres sont en voie de progrès: mais ceux de l'inoculation du 25 paraissent vouloir s'étendre beaucoup moins que les autres , quoique le pus qui a servi a les inoculer, ait été pris sur un chancre artificiel ré cent d'une femme sur laquelle on n'avait encore fait que quelques inoculations. On ne peut encore apercevoir jusqu'à présent aucune amélioration marquée dans la syphilide ; seulement on voit déjà quelques papules se couvrir d'écaillés blanchâtres , sèches et très-adhérentes.

Dix piqûres avec du pus de ses chancres , donnent naissance à six

26. — Depuis quelques jours, a commencé un écaillement universel de toutes les papules ; elles s'abaissent un peu , et leur couleur cuivrée devient moins intense, spécialement dans celles des extrémités supérieures et du tronc. Il ne se développe aucune nouvelle papule ; les cheveux tombent en moins grande quantité. L'état général est bon, mais la menstruation n'a pas encore paru pendant ce mois. Tous les chancres artificiels sont en voie de cicatrisation , quelques uns même un peu fongueux ; il ne reste de virulens que ceux de la dernière inoculation, qui sont larges de 4 à 6 millim. Ceux que l'on a inoculés sur les bras se sont étendus davantage , il sont larges de 12 millim. et plus , tandis que les autres n'en n'ont que 7 ou 8.

Quatre piqûres , et trois le 30 , toujours sur les côtés du thorax , avec

OBSERVATION XCIV. 47i>

du pus de chancres artificiels d'autres femmes : il en résulte autant de pustules.

4 novembre. — La syphilide s'abaisse et s'écaille toujours plus. L'alopécie s'arrête. L'état général continue à s'améliorer • on a prescrit ces jours derniers trois bains simples.

Trois piqûres , et sept le 8 , sur le thorax , avec du pus de ses chancres : les premières seulement donnèrent lieu à trois pustules.

10. — Trois nouvelles piqûres sur le bras gauche, et six le 13, partie sur le bras droit , et partie sur le thorax , avec du pus de chancres artificiels d'une autre femme : on obtient neuf petites pustules.

49. — Les chancres du 26 et du 50 octobre se sont étendus de 2 ou u millimètres , et sont maintenant cicatrisés. Les pustules qui les suivirent s'étendirent moins encore ; quelques unes même ne s'ulcérèrent pas, et maintenant toutes sont ou guéries , ou bien près de l'être. Les anciens chancres des bras , qui s'étaient un peu étendus , ainsi que ceux du thorax, sont couverts de fongosités qui en retardent la cicatrisation.

La syphilide est abaissée presque au niveau de la peau, et l'écailleinent est moins abondant; on aperçoit déjà des espaces de peau où la couleur cuivrée , laissée par les papules syphilitiques , a disparu complètement. Le cuir chevelu est encore le siège d'un écaillement considérable , accompagne de la chute de quelques cheveux.

Trois piqûres avec du pus d'un chancre ganglionnaire , suivies d'une seule pustule abortive. Six le 21 , avec du pus de chancres artificiels récens , donnent lieu à autant de petites pustules , qui guérirent dans l'espace de 12 jours.

30. — Le 25 de ce mois, la malade se plaignit d'une légère douleur dans l'œil gauche; un examen attentif me fit reconnaître un peu d'irrégularité dans la pupille; il n'y avait presque pas de photophobie, l'injection des vaisseaux de la sclérotique périkératidienne était très-légère : je me bornais alors à prescrire un éméto-cathartique. Le 26, les mêmes symptômes persistaient; dans la crainte de voir se développer l'iritis syphilitique, j'ordonnais l'instillation dans l'angle interne de l'oeil de la solution de l'extrait essentiel d'atropa belladonne préparée suivant la méthode QEhler,et l'usage, de pilules composées de 5 centig. de feuilles de belladonne pulvérisées, et d'extrait de jusquiame noir. Ces moyens ont déjà déterminé une diminution de tous les symptômes de l'iritis commençante.

Neuf piqûres sur l'abdomen et le thorax, avec du pus d'autres malades : il en naît huit pustules.

7 décembre. — On cesse l'usage des pilules; on continue les instillations de la solution de l'extrait de belladonne dans l'œil. La pupille est régulière, la douleur et l'injection ont presque cessé.

Les papules syphilitiques sont maintenant au niveau de la peau ; on voit encore un peu d'écaillement sur les différentes régions du corps, mais il diminue tous les jours. Il est plus abondant sur le cuir chevelu ; la peau reprend peu à peu sa couleur naturelle.

Les pustules de la dernière inoculation sont petites et peu douloureuses. On fait sur le thorax huit nouvelles piqûres, avec du pus de chancres

476 OBSERVATION ÏCV.

artificiels d'une autre femme: il en résulte autant de pustules. On répèM l'inoculation le 12, mais sans obtenir de résultats positifs.

14. — Huit piqûres avec du pus d'une antre femme, partie sur les jambes, partie sur les bras: il en résulte de petites pustules, dont le pus inoculé le 26 en deux points, donne lieu à deux autres pustules.

31 . — Les taches laissées par la sypbilide se décolorent rapidement. L'iritis commençante a disparu depuis quelques jours, sans laisser de lésion organique. L'état général est toujours bon, et l'appétit est excellent.

Les chancres inoculés le 14 sur les bras, sont a peine larges de 2 mil].; ceux des jambes ont pris un plus grand développement; ils sont cependant granuleux et peu douloureux. On voit encore sur les bras deux grosses croûtes; elles recouvrent des chancres fongueux anciens qui ne sont pas encore complètement cicatrisés.

L'expérience touche à sa fin, et il est probable que cette femme sortira dans peu de temps de l'Hôpital, parfaitement guérie.

Réflexions.

1" La marche de la syphilisation fut régulière, et son influence sur la syphilis constitutionnelle se fit sentir jusque vers la fin de novembre, où se développa une légère iritis syphilitique. On ne combattit cette complication que par des moyens très-simples, qui auraient sans doute été insuffisants si la cause interne n'avait pas été vaincue par la syphilisation.

2° La diminution progressive des chancres fut assez manifeste; si l'on observa un plus grand développement dans ceux des extrémités, cela dépendit des mouvements plus fréquents et plus étendus de ces membres , ce qui les rendait en même temps plus douloureux et plus enflammés.

5" La sypbilide disparut plus rapidement, et la résolution de l'iritis commençante fut plus prompte, lorsque les chancres des jambes prirent plus de développement que ceux des dernières inoculations.

4° La sypbilide continente et bien développée que nous avons observée chez cette femme se déclara à la suite d'un petit chancre simple et non induré.

On trouvera dans les faits que je publie un grand nombre d'observations semblables.

Tubercules muqueux ano-pêrinéo-vulvaires. ■ — Excroissances aux mêmes régions. — ■ Tubercules muqueux ulcérés entre les doigts du pied droit. — Ecthyma syphilitique.— Douleurs nocturnes osseo-articulaires. — Syphilisation. — Rècision et cautérisation des excroissances. — Cucrison.

CATHERINE V., âgée de 16 ans, tempérament sanguin-lymphatique, bonne eonstitution, non encore réglée, entrée au Syphilicôme le 7 septembre 1852.

Elle est affectée d'une foule de volumineux tubercules muqueux ul-

cérés et mêlés à des excroissances à la vulve, au périné et à l'anus. On en voit aussi quelques uns profondément ulcérés entre le troisième et le quatrième doigt du pied droit. Il n'existe aucune lésion à l'arrièrebouche, et cependant elle accusait, il y a quelques jours, de la douleur dans la déglutition; les glandes cervicales postérieures sont engorgées, mais presque entièrement indolentes. Sur différentes régions du corps, sont répandues 20 ou 25 taches cuivrées, circulaires, indolentes, et qui sont de niveau avec la peau: elles ont succédé à des ulcères ecthymateux qui sont maintenant guéris. Depuis un mois, elle ressent des douleurs nocturnes à l'acromion gauche , dans l'articulation huméro-scapulaire du même côté, et dans le tiers supérieur de l'humérus de ce bras.

Les os douloureux ne sont le siège d'aucune lésion anatomique appréciable ; mais les mouvements du bras occasionnent des souffrances aiguës, et sont très-limités. Il y a inappétence.

Tous ces symptômes secondaires se sont manifestés à la suite de deux chancres ganglionnaires inguinaux, qui se sont développés sans que la malade se soit aperçue de la présence de quelque affection syphilitique aux parties génitales.

Du reste, l'examen de la muqueuse de ces régions ne laisse voir aucune cicatrice. Les deux bubons ont guéri dans l'espace de quarante jours , par des applications émollientes ; ils ont laissé de vastes cicatrices cuivrées.

Dans les premiers jours du mois d'août, commencèrent à se manifester des tubercules muqueux et des excroissances vulvaires , et en même temps, des pustules d'ecthyma et des tubercules au pied droit. Peu de jours après, commencèrent à se faire sentir les douleurs ostéocopes ; depuis le commencement de juillet, la malade était en proie à une grande agitation pendant la nuit, quoiqu'aueune douleur ne vînt troubler son sommeil ; mais depuis deux mois, elle est tourmentée par une insomnie continuelle.

C'est sa première infection, et elle n'a fait jusqu'ici aucun traitement antisyphilitique.

14 septembre. — Ces jours passés, on lui administra deux purgatifs et des boissons rafraîchissantes.

On commence l'expérience en lui faisant trois piqûres avec du pus d'une pustule, ou mieux d'un petit chancre avorté, contracté hors de l'Hôpital, par une femme qui a déjà été soumise à la syphilisation (Obs. xxxix): on obtient une seule pustule.

17. Trois piqûres avec le pus de la pustule inoculée le 14 : deux pustules. Huit piqûres avec du pus d'un chancre vulvaire récent d'une autre femme affectée d'un écoulement leucorrhéique abondant : — une seule pustule.

19. —Quatre piqûres avec du pus d'une femmereutrée bier'aveedes chancres récents, et dix le 25, avec du pus de ses chancres, donnent lieu à aulant de pustules.

27. — Hier et avant-hier, la malade éprouva un léger mouvement fébrile'qui céda à un doux purgatif. Aujourd'hui d'y a apyrexie. La nuit passée, elle a commencé à dormir assez tranquillement, car les douleurs

478 OBSERVATION xcr.

ostéocopes ont beaucoup diminué. L'appétit est meilleur. Les chancres artificiels et les tubercules muqueux étaient devenus douloureux sous l'influence de la fièvre éphémère qui s'était manifestée ces jours passés. Maintenant qu'elle a cessé, cette inflammation a disparu.

Le cbancre artificiel du 14 a six millim., et les autres vont progressivement en diminuant; tous sont dans la période de progrès.

11 octobre. — Les douleurs ostéocopes ont cessé complètement; le sommeil est tranquille, et l'appétit extraordinaire. Les tubercules muqueux ulcérés situés entre les doigts du pied droit sont cicatrisés depuis deux jours; ceux de la vulve, du périnée et de l'anus ont diminué considérablement de volume. Les glandes lymphatiques cervicales postérieures sont encore engorgées, mais indolentes.

Le premier chancre artificiel a maintenant 11 millimètres environ, et se trouve encore virulent; celui que l'on inocula le 17 avec du pus d'une autre femme est cicatrisé depuis huit jours , il a toujours été peu douloureux et petit; au contraire, ceux qui furent produits par l'inoculation du pus de ses chancres faite le même jour, ne sont pas encore complètement cicatrisés ; mais leur largeur n'a pas dépassé 4 ou 5 millimètres. Ceux de l'inoculation du 19 ont 4 ou 5 millim., et sont en voie de cicatrisation, de même que ceux de la dernière inoculation qui ont 3 ou 4 millimètres.

On inocule aujourd'hui sans résultat le pus du chancre du 14 septembre. L'expérience répétée le 16 et le 21, mais avec du pus de chancres artificiels d'une autre femme, donna lieu a six pustules.

29. — 11 ne reste plus que neuf chancres qui ont 3 ou 4 millim. de large, et de ce nombre, trois sont anciens et près de se cicatriser. Les tubercules muqueux se sont abaissés au niveau de la peau. Les douleurs n'ont pas reparu, la santé est bonne, et l'appétit excellent. Elle n'a pris aucun bain général, et l'on n'a fait aucun pansement sur les tubercules muqueux.

Trois piqûres avec du pus de ses chancres, quatre le 8 et cinq le 10 novembre, ces dernières sur les cuisses: il en résulte autant de pustules.

19 novembre. — 11 ne reste plus que les chancres des deux dernières inoculations.

Cinq piqûres sur la région antérieure interne de la jambe droite, avec du pus d'une autre femme, suivies de résultats positifs.

23. — Le 20 et le 21, un orgasme vasculaire qui se manifesta sans cause connue , nous fit prescrire le tartre stibié ; hier on ordonna en outre un purgatif oléagineux: aujourd'hui il y a une amélioration remarquable. Les chancres artificiels s'étaient un peu enflammés et étaient devenu douloureux ; maintenant tous ces symptômes ont disparu. 11 ne reste plus que les traces des tubercules muqueux. On prescrit aujourd'hui le premier bain général.

30. — La santé de la malade est excellente. 11 reste encore dix chancres : cinq sur la jambe droite, qui ont à peine 3 millim., et cinq sur la gauche qui en ont S ou 6, et sont en voie de transformation. On commence la récision de quelques unes des nombreuses excroissances ano-périnéo-vulvaires.

OBSERVATION xcv. 479

Cinq piqûres sur la jambe droite, et huit le 8 décembre, sur la gauche, toujours avec du pus de chancres artificiels d'autres femmes; il en résulte douze petites pustules.

13 décembre. — Trois des chancres de l'inoculation du 19 fournissent encore un peu de sérosité'; ils ne se sont pas étendus plus de 5 à 4 millim. Ceux des deux dernières inoculations sont presque indolens et très-petits.

Dix piqûres sur le thorax, avec du pus de ses chancres: le 15, on voit dix pustules.

22. — Cinq piqûres faites aujourd'hui avec du pus douteux d'une autre femme, restent sans résultat. Six le 27, sur la cuisse gauche, donnent lieu 4 cinq pustules.

31. — Les pustules de l'inoculation du 15 sont couvertes de croûtes desséchées.

L'état général est toujours allé en s'améliorant , et ne laisse maintenant rien à désirer. La plupart des excroissances ont été coupées. Les tubercules muqueux n'ont pas laissé de traces dans les points qu'ils occupaient. Il reste encore un peu d'engorgement dans les glandes cervicales postérieures, mais elles ne sont pas douloureuses. Les douleurs ostéocopes et articulaires n'ont pas reparu.

Le temps nécessaire pour réciser complètement les excroissances, suffira probablement pour arriver à l'immunité, eu faisant de nouvelles inoculations. Les pustules que l'on obtient actuellement n'ont plus qu'une durée très-courte, ce qui nous fait espérer que la malade pourra sortir de l'Hôpital dans quelque temps (1).

Réflexions.

l°Les différents symptômes d'infection constitutionnelle dont cette fille était atteinte, furent rapidement modifiés par la syphilisation ; ils disparurent complètement au bout de deux mois.

2° Les chancres artificiels que l'on put faire naître sur cette fille, furent en général peu étendus et peu enflammés. Cependant quelques uns de ceux que l'on inocula sur les cuisses, dans les mois de novembre et de décembre, prirent une extension un peu plus considérable que ceux que l'on inocula sur le thorax : cela dépendit évidemment du plus d'exercice des extrémités inférieures.

3° Le chancre produit par la piqûre faite le 14 décembre, avec le pus d'un petit ulcère qui ne dura que peu de jours, et contracté par une femme presque complètement syphilisée, prit une extension assez considérable. Au contraire, ceux qui suivirent l'inoculation du pus des chancres récens, contractés par un individu qui n'avait jamais été syphilisé, faite le 19, furent moins étendus et moins enflammés que le précédent. Ce fait vient à l'appui de la théorie que j'ai émise sur l'identité du pus de tous les chancres en voie de progrès.

4° La syphilisation ne modifia nullement les excroissances.

(I) Los femmes dont il est question dans les Observations XCH, XC.III, XCIY et XCV, ont été examinées le 22 septembre, en présence de la Commission Académique de Tnrin et le plusieurs on très Confrères, par M. Métier, Président de l'Académie de Médecine de Taris, qui a pu se convaincre de la gravité des affectious syphilitiques dont elles étaient atteintes.

Ulcères serpigineux à la jambe droite ; pustules d'ecthyma fur le dos. — Syphilisation commencée depuis peu de temps. — Amélioration tresremarquablc.

MARIE JEANNE C, veuve F., âgée de 40 ans, tempérament sanguinlymphatique, bonne constitution, menstruation régulière, entrée à l'Hôpital le 22 novembre 1852, venant de la province.

La malade ne peut nous donner aucuns détails sur l'époque de son infection, ses antécédents syphilitiques, ni sur les remèdes qu'on lui a administrés. On voit cependant à l'aine droite une cicatrice consécutive à une adénite syphilitique. Depuis sept mois, elle est affectée d'un grand nombre d'ulcères serpigineux sur la jambe droite. La portion du tissu cutané qui n'est pas ulcérée, est occupée par les cicatrices des ulcères de même nature, qui se sont cicatrisés, pour s'ouvrir ensuite ailleurs. Les premiers ulcères ont été précédés de tubercules de la grosseur d'une amande , dans le centre desquels se formait peu à peu un abcès qui finissait par s'ulcérer. Il reste encore actuellement quelques uns de ces tubercules entre les ulcères et les portions de tissu cutané intact. Ces ulcères sont plutôt superficiels , grisâtres , légèrement prurigineux , mais peu douloureux. Le tissu cellulaire sous-cutané est induré et hypertrophié. En même temps que ces tubercules se développaient sur la jambe, quelques pustules ecthymateuses se manifestaient sur diverses régions du corps : il y en a actuellement cinq sur le dos, de la largeur de S à 8 millim. et couvertes de croûtes.

Cette grave affection syphilitique constitutionnelle me détermina à proposer a la malade de la traiter par la nouvelle méthode, ce qu'elle accepta immédiatement. Elle n'avait fait jusqu'ici aucune espèce de traitement mercuriel, ou autre; on s'était contenté de lui conseiller des applications émollientes sur la jambe malade.

Je lui prescris le 23 un purgatif salin que l'on répète le 24, des cataplasmes émolliens sur les ulcérations de la jambe droite, et je commence l'expérience le 25.

25 novembre. — Je lui fais dix-huit inoculations avec du pus de chancres artificiels, sur les régions thoraciques latérales droite et gauche, les bras et les cuisses: il en résulte treize pustules, qui le 8 décembre étaient toutes également développées et enflammées ; celles du côté droit étaient cependant plus douloureuses, pareeque la malade a l'habitude de se coucher de ce côté pendant son sommeil, et les comprime ainsi plus que les autres.

13 décembre. — Le petit nombre de pustules ecthymateuses qu'elle a sur le dos se dessèchent ; quelques uns des ulcères de la jambe droite sont déjà cicatrisés, tous du reste prennent un plus bel aspect. On continue l'application des cataplasmes émolliens.

Seize inoculations disséminées sur les cuisses, les bras et le thorax, avec

du pus de chancres artificiels récents d'un autre malade: on obtient autant de pustules.

2G. — (.es pustules d'ecthyma ont disparu; elles n'ont laissé que des traces rougeàtres à peine visibles. La plupart des ulcères serpigineux de la jambe droite sont cicatrisés.

11 ne reste plus que sept chancres des inoculations du 25 novembre: deux sur le côté, trois sur les bras et deux sur les cuisses: aucun n'a plus de 8 millimètres, et tous sont en voie de transformation. Les chancres des dernières inoculations sont en voie de progrès, mais peu enflammés. Ces jours passés a eu lieu la menstruation qui a été abondante.

Quatorze piqûres disséminées comme les précédentes, sur les cuisses, les bras et le thorax, suivies de quatorze pustules.

31. — Il ne reste plus à la jambe droite qu'un seul tubercule ulcéré et très-petit près de l'articulation tibio-tarsienne. La santé du sujet est excellente. Les chancres artificiels suivent régulièrement leur cours.

Réflexions.

Quelque incomplète que soit actuellement cette observation, on peut déjà apprécier la salutaire influence de la syphilisation sur les symptômes de cette affection constitutionnelle grave et invétérée, qui ont presque complètement disparu dans l'espace d'un mois et quelques jours. Le repos et l'application de substances émollientes sur les ulcères de l'extrémité inférieure auront contribué sûrement à en faciliter la guérison, mais il suffît, pour être convaincu de leur insuffisance, de se rappeler que la malade mit en usage ces moyens pendant plusieurs mois, lorsqu'elle se faisait soigner chez elle, et qu'elle n'en n'avait retiré aucune amélioration.

Ici finissent les quatre-vingt-seize Observations qui forment la base de mon ouvrage, et desquelles je déduirai les principaux corollaires qui me semblent en découler naturellement.

Dans ce nombre, on en trouvera quelques unes qui, soit à cause du peu d'inoculations que l'on fit, soit à cause de l'administration postérieure des mercuriaux, n'ont aucune valeur au point de vue thérapeutique de la syphilisation : mais j'ose espérer, que considérées sous un autre aspect, elles renfermeront d'utiles enseignemens.

Les dernières nouvelles que je publie sur la santé des sujets syphi lises, s'arrêtent au 51 décembre 1852.

Je n'entrerai pas dans des détails minutieux sur chacune

des femmes qui font le sujet des observations. Qu'il me suffise de dire que la plupart d'entr'elles eontinucnt à se livrer à la prostitution, et sont en conséquence soumises à une visite sanitaire hebdomadaire, et envoyées au Syphilicôme chaque fois qu'on les trouve affectées d'un symptôme syphilitique évident, ou même d'une nature douteuse.

Il faut cependant en excepter quelques unes qui ont abaudonné totalement la prostitution, ou qui s'y livrent clandestinement. Ce sont celles que je suivis avec plus d'attention, parcequ'elles ne sont pas placées sous la surveillance de la Questure. J'ai eu occasion d'en voir un grand nombre, à plusieurs époques, et enfin dans le mois de décembre je les ai presque toutes examinées, en sorte que les courtes notices, que j'ai ajoutées à l'histoire de chacune d'elles, sont toutes très-récentes.

J'eus occasion de visiter celles qui font le sujet des observations xxvn, XLVII, LXV, LX1X, LXXIV, LXXVIII et LXXXI,

et je les trouvai toutes dans un étal sanitaire excellent.

Je dois à l'obligeance de quelques Confrères des nouvelles satisfaisantes et récentes sur la santé des femmes qui font le sujet des observations xu, xxvi, lxxv (1).

(1) J'ai toujours cherché, autant qu'il me fut possible, à connaître l'étal sanitaire de» syphilisées, c'est ce dont pourront se convaincre ceux qui voudront jeter un coup d'œil sur les faits que je rapporte (V. chap. », § 14). Le lecteur qui apprécie l'importance de cette assertion, me permettra de présenter ici un aperçu rapide de quelques unes des précautions que j'ai prise tout récemment afin de pouvoir publier ce que j'ai observé postérieurement cbez les sujets sypbilisés, et en déduire les corollaires qui me semblent les (dus naturels.

Le L5 septembre, je sus que l'on avait averti la Commission que MM. les docteurs Mondino et Riboli traitaient des femmes syphilisées qui étaient nouvellement infectées. J'écrivis immédiatement a ces deux docteurs, en les priant de me dire si le fait était vrai, et dans ce cas s'ils auraient l'obligeance de me permettre d'examiner ces malades. M. I" docteur Mondino, dans une lettre du 18 de ce mois, me répondit que ceux qui m'avaient donné cette nouvelle avaient été induits en erreur, et qu'il n'avait jamais observé des symptômes vénériens sur des femmes syphilisées. M. le docteur Riboli eut de même la bonté de me répondre

par une lettre en date du 28, qu'il ignorait le nom et la condition des deux femmes syphilisées qu'il traitait pour une nouvelle maladie vénérienne, et qu'aussitôt qu'il les verrait, il les prierait de venir chez moi, ou d'aller chez quelqu'un des membres de la Commission. Le 1er décembre, il écrivit au Rapporteur de la Commission qu'il n'avait plus revu ces fdles, mais « que l'une d'elles était une personne paraissant appartenir à « une condition au-dessus de l'ordinaire , et que l'autre était servante. « La première était affectée de chancres et d'une abondante blennor- « rhagie urétralc, ou mieux, d'un écoulement d'un verd-jaunàtre ; l'au- « tre de tubercules vénériens disséminés sur les grandes lèvres; deux « d'entr'eux étaient très-volumineux. Dans l'une, j'ai observé des cicatri- « ces ponctuées au bas-ventre, vers l'aine droite, et sur l'autre deux seules, « très-vastes, irrégulièrement fusiformes, à peau mince, vers le bord in- « terne de la cuisse opposée. L'examen attentif du vagin avec le spé- « culum ne m'y fit rien découvrir de particulier; mais je m'aperçus «d'un suintement d'une humeur verdàtre par l'anus; l'exploration du « rectum m'y fit reconnaître la présence d'une large ulcération de tu- « hercule (esulcerazionc tubercolare). »

Cette communication du docteur Riboli nous fit immédiatement reconnaître que la femme affectée de tubercules et de chancres à l'anus, et sur laquelle il observa des cicatrices à la cuisse gauche était la même dont l'histoire se trouve dans ce travail , page 488, et qui ne fait nullement partie des femmes syphilisées.

Quant à l'autre de condition civile, je n'ai pu savoir qui ce pouvait être, car en passant en revue toutes les femmes que j'ai syphilisées, je n'en ai trouvée aucune sur laquelle on eût fait des inoculations sur le bas ventre, vers l'aine droite, et qui ait eu des cicatrices ponctuées.

Sur la fin d'octobre, on rapporta à la Commission, qu'une syphilisée affectée de syphilide, avait été reçue dans la Clinique chirurgicale de l'Hôpital Saint-Jean. J'écrivis le 28 octobre à ce sujet, à M. le docteur Bruno chirurgien suppléant, qui me répondit aussitôt « que ni actuelle- « ment, ni par le passé aucune femme syphilisée n'avait été reçue dans « la clinique chirurgicale. »

Enfin, M. le docteur Aubert qui était en 1851 assistant du Syphilicôme, qui connaissait un grand nombre des femmes soumises à la syphilisation, et que j'avais prié de me tenir au courant des détails dont il pourrait avoir connaissance au sujet de la santé de quelques unes de ces femmes qui se trouvaient dans Turin, m'écrivit le 27 décembre la lettre suivante :

« Sur la demande que vous m'avez faite dans notre dernier entretien, « de vous donner des détails sur toutes les femmes syphilisées que je « pourrais découvrir, je me suis mis en devoir de remplir l'obligation « que j'avais acceptée, et le silence que j'ai gardé jusqu'ici, est une preuve « que je n'ai rien observé en bien ou en mal à ce sujet. »

En même temps, il me renouvela la promesse de me communiquer toutes les observations qu'il aurait occasion de faire sur quelques unes de ces femmes, et je profite de cette circonstance, pour lui témoigner toute ma reconnaissance.

TABLEAU statistique relatif à la propriété

Nombre des individus

soumis aux

inoculations, et

sortis du

SypHilicôme

Traites par la

syphilîsation

seule

Par la syphili- ] satioo et en me1-/ me temps par Tiodure de potassium

Par la sypbilisation et ensuite par l'iodure de potassium et les!

mercuriaux '

Peu d'inocula-i

tioos, et ensuite!

cure iodico- /

mercurictle *

Total des syphilisces rentrées au Syphilicôme, ou reconnues malades ailleurs

NlTMBBO

d'ordre

des Observations

Mil —

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