‹ La syphilisation étudiée comme méthode curative et comme moyen prophylactique des maladies vénériennesChapitre 8 sur 90 · DE LA SVPIIILISA.TION · texte numérisé non relu

DE LA SVPIIILISA.TION

fieaces laites sur l'homme, et avancer qu'il fallait l'étudier avant de la condamner. Mais M. Cazenave de son côté, eut l'obligeance d'insérer dans son estimable journal la traduction que M. le docteur Carenzi a eu la bonté de faire; M. Auzias écrivit une lettre le 30 juin à l'Académie des sciences pour lui annoncer les résultats que j'avais obtenus par la syphilisalion chez l'homme, et il publia aussitôt son premier ouvrage intitulé: De la syphilisalion, ou Vaccinalion syphilitique.

Dans cet opuscule , M. Auzias, après quelques considéra lions préliminaires sur les précautions à prendre, et sur la meilleure manière de pratiquer l'inoculation du virus sur les animaux, combat victorieusement les nombreuses objections de ceux qui persistent à nier la possibilité de la transmission du virus syphilitique aux animaux. 11 cite ensuite un certain nombre de faits de chancres qu'il a inoculés sur des animaux, jusqu'au point d'en rendre quelques-uns insensibles à l'action du virus. Chacune de ses observations est suivie de réflexions et de corollaires que nous examinerons ailleurs.

Les succès inespérés que j'avais obtenus de la syphilisalion , et dont j'avais donné un court aperçu dans mon Mémoire du 23 mai , fournirent un nouveau sujet d'études et de réflexions à tous ceux qui se livraient d'une manière particulière à l'élude de cette branche importante de notre Science. S'il y eut des hommes assez sensés pour attendre le complément de mes expériences, avant de prononcer un jugement, il n'en manqua pas d'autres, qui, présomptueux et intolérants , sans avoir vu , sans vouloir ouvrir les yeux pour voir , taxèrent ex cathedra mes essais de tentative la plus absurde, la plus insensée et la plus immorale que l'esprit humain eût conçue jusqu'à nos jours. Mais à quoi bon tout ce bruit, s'il vous plaitV II est facile d'en comprendre le motif: — la syphilisalion n'est pas un fruit

JiO IltSUMK H1STOKIQUE

de leur cerveau ; bien plus, les principes sur lesquels elle est fondée sonl peu d'accord avec les doctrines qu'ils professent. Je n'ai pas l'intention d'écrire l'histoire des aménités que l'on a lancées à mon adresse et à celle de tous ceux qui ne regardaient pas de travers la sypliilisation. Le silence est la réponse la plus digne que je puisse y faire , car ce n'est pas avec des mots vides de sens ou injurieux que l'on peut combattre les faits. Revenons à l'histoire des publications scientifiques qui ont trait à la sypliilisation.

M. Diday , dans le N° 50 de la Gazette Médicale de Paris, 2G juillet 181)1 , examina mon Mémoire , et en fit une critique très-sensée. J'ai cru devoir y répondre par une lettre que j'adressai à M. Diday, et qui fut insérée dans le n° 40 du même journal, k octobre. L'importance de la matière, les nouveaux détails que je donne dans celle lettre m'obligent delà réimprimer en entier, parce qu'elle servira mieux que tout ce que je pourrais dire à faire connaître à quel point en était alors la sypliilisation.

A M. Diday, ex-médecin en clicf de l'Hôpital de l'Antiquaille à Lyon.

Fiat lux.

Monsieur,

Vous m'avez fait l'honneur de publier le 26 juillet, dans le n° 50 de la Gazette Médicale de Paris un examen de mon petit Mémoire sur la sypliilisation chez l'homme, et vous permettrez, j'espère, que je vous présente quelques considérations qui serviront de réponse aux observations scientifiques que vous avez eu la complaisance de faire.

L'argument qui nous occupe me paraît de la plus haute importance, car je crois qu'il renferme la source d'un bien très-grand pour l'humanité et d'un véritable progrès pour la science. La sypbilisalion a besoin de fixer l'attention de tous les syphilographes

DE Lk SYPHIL1SATIGN. 51

distingués el consciencieux, car elle est toute nouvelle, et elle devra certainement subir plusieurs modifications avant de produire tous les résultats que l'on peut en attendre, et acquérir le degré de perfection dont je la crois susceptible.

Laissons <lonc de côté toute considération personnelle. La science est une et la même partout ; elle ne connaît pas de frontières, et ses ministres de tous les pays, comme de véritables frères, doivent ia cultiver de commun accord.

J'avais observé depuis très-longtemps que dans les deux sexes, le bubon virulent inguinal, fémoral ou pubien est beaucoup plus fréquent à la suite d'un chancre petit, induré ou non, mais qui guérit en peu de jours, qu'après les chancres simples, indurés, phagédéniques ou gangreneux, mais très-grands, et qui suppurent pendant longtemps. J'avais vu la syphilis générale beaucoup moins fréquente après les chancres qui ont une grande extension et une durée trèslongue. J'avais même observé plusieurs femmes qui portaient des chancres énormes pendant des années entières sans être atteintes de la vérole constitutionnelle. J'avais vu que les femmes qui avaient eu souvent des chancres et successivement, à des intervalles trèscourts, sont rarement atteintes d'accidents secondaires syphilitiques, et que ceux-ci, au contraire, s'observent à chaque instant chez les femmes qui viennent de la province, et qui n'ont eu qu'une première et unique infection, qui n'a été considérée par elles-mêmes que comme une chose de peu d'importance. J'avais vu, bien avant que M. Auzias-Turenne eût présenté sa lettre, le 18 novembre 1850, à l'Académie des sciences, sur l'inoculation de la syphilis, que les individus portant de larges et profonds bubons chancreux, et chez lesquels, pour prouver la virulence du pus inguinal, j'avais fait quatre ou cinq inoculations, j'avais vu, dis-je, que ces bubons, quoique trèsgraves, guérissaient beaucoup plus vite que lorsque je ne faisais pas naître des chancres artificiels.

Tous ces faits renouvelés à chaque instant, et confirmés par une longue étude clinique que j'ai faite pendant quatorze ans dans un grand hôpital de maladies vénériennes, dont je suis le médecin en chef, avaient déjà infirmé dans mon esprit plusieurs doctrines de nos grands maîtres, et m'ont encouragé a tenter sur l'espèce humaine les expériences que M. Auzias avait faites sur des singes, et qui confirmaient pleinement mes observations cliniques. Heureusement, mes prévisions sont maintenant réalisées, au moins en grande partie. Une nouvelle doctrine sera bientôt créée en syphilographie, el une réforme

toute entière dans la prophylaxie et dans le traitement de la syphilis naîtra, grâce à la syphilisation.

Après avoir fait pendant cinq mois, dans mon hôpital, plusieurs expériences qui me donnaient tous les jours des résultats 'très-satisfaisants, j'ai cru devoir annoncer les faits tels qu'ils se sont présentés à mon observation journalière, sans entrer dans des théories, et laissant à l'avenir la solution des grandes questions que j'ai énoncées. Mais désirant que l'Académie de médecine de Turin, corps scientifique très-respectable, prit pari aux expériences qui me paraissaient conduire à des résultats aussi singuliers, je l'ai invitée par la lecture du Mémoire que vous vous êtes donné la peine d'examiner, à venir m'aider dans l'étude de la syphilisation. J'ai écrit ce Mémoire d'une manière trop concise, il est vrai, mais je devais me borner à annoncer tout simplement les premiers résultats, et je persiste à croire que je ne devais, et ne pouvais faire autrement. Enfin j'ai atteint le but que je me proposais pour le moment, celui d'être aidé dans mes expériences par les sages conseils de mes confrères, car une Commission a été nommée dans le sein de l'Académie, composée de MM. les docteurs Frôla, Demaria , Freschi , Pertusio et Sella, et depuis elle étudie avec moi, dans l'hôpital des maladies vénériennes, tout ce qui regarde les expériences de la syphilisation.

Le rapport de la Commission et un Mémoire que je publierai dans quelque temps sur les expériences faites jusqu'à présent, vous feront apprécier la syphilisation à sa juste valeur. Par conséquent, je me bornerai maintenant à répondre à quelques -unes de vos objections, et je suivrai l'ordre avec lequel vous avez examiné mes expériences, c'est-à-dire sous ce triple point de vue: exactitude, inconvénients et signification palhogénique.

Page 1