‹ La syphilisation étudiée comme méthode curative et comme moyen prophylactique des maladies vénériennesChapitre 7 sur 90 · APPERÇU HISTORIQUE · texte numérisé non relu

APPERÇU HISTORIQUE

Turnbull, Rieord et Castelnau avaient encore contribué à confirmer celte ancienne conviction. Mais vers la fin de I8M, M. Auzias-Turenne, dans un Mémoire adressé à l'Académie des sciences de Paris annonça qu'il avait réussi à produire par l'inoculation, des chancres sur les singes, les lapins, les chais et les chiens. L'éveil fut ainsi de nouveau donné à la curiosité scientifique des syphilographes français. Quelques uns entreprirent aussitôt de répéter les expériences de M. Auzias- Turenne, entre autres MM. Castelnau et Cullericr; mais dans la publication qu'il firent l'un et l'autre du résultat de leurs observations , tous deux convinrent qu'ils n'avaient pu communiquer le chancre à aucune espèce d'animaux. M. Auzias- Turenne ne se laissa pas déconcerter par cette publication. Il répéta ses expériences, et se convainquit de plus en plus de la possibilité de transmettre la syphilis aux animaux., toutefois en prenant quelques précautions indispensables. Il présenta à l'Académie deux singes chez lesquels on pouvait observer deux chancres huntériens donnant un pus qui inoculé produisit des chancres identiques. Malgré cela, il n'avait pu faire entrer la certitude et la conviction dans l'esprit de la plupart de ses collègues , comme il avait droit de l'espérer. Il fallait une expérience décisive , péremptoire pour confondre les incrédules . La question aurait été résolue si on avait pu communiquer à l'homme un chancre semblable , en inoculant du pus pris sur le chancre d'un animal. Dans ce but , M. Auzias fit un appel à tous ceux qui croyaient à la localisation des symptômes syphilitiques primitifs, pour que dans l'intérêt de la science ils voulussent se soumettre à l'expérience. Pendant longtemps personne ne répondit à cette invitation, jusqu'à ce qu'enfin, en 1830, M. le professeur Robert Weltz se décida à tenter l'expérience sur lui-même. ITpris du pus de chancres qui s'étaient développés sur un singe et sur un chat , et se fit quatre inoculations

SUR l.'lNOCBUTJON SYPHILITIQUE. 27

sur les bras, et qualre fois il oblint le chancre avec tous ses caractères qu'il laissa développer pendant dix jours , après quoi il les guérit par des cautérisations répétées.

L'année suivante M. Diday s'inocula sur la verge le pus d'un chancre existant sur un chat ; l'inoculation fut suivie d'un chancre qui devint phagédénique et donna de sérieuses appréhension à ce collègue distingué et courageux (■!).

(1) M. Sigmund, professeur de clinique des maladies vénériennes à Vienne, à obTenu des résultais positifs de l'inoculation du virus sur tous les animaux à sang chaud; bien plus, sur le chien, le lapin, le cheval les symptômes primitifs furent suivis de syphilide cutanée. Il observa aussi sur les mêmes animaux la syphilisation, c'est-à-dire la diminution successive de la durée et de l'extension des chancres.

■ Les expériences de transmission du virus du chancre de l'homme sur les animaux que j'ai faites sont peu nombreuses et très-imparfuites. Je crois cependant utile d'en donner un apperçu, sans vouloir leur attribuer plus d'importance qu'elles n'en ont réellement.

Grâce à la bonté de MM. Lessona et Vallada, professeurs à l'école vétérinaire, j'ai eu pendant le mois d'avril passé, à ma disposition, un cheval affecté de la morve à un degré si avancé, qu'elle était jugée au dessus des ressources actuelles de l'art.

Deux questions se présentaient simultanément dans le cas actuel. — La transmission du chancre au cheval, et l'action du virus syphilitique sur la morve et viceversa. Depuis les expériences de MM. Auzias-Turenne et Diday, et celles de M. Sigmund, la transmission du virus syphilitique de l'homme aux animaux était pour moi un fait accompli. Mais il n'était pas impossible qu'un virus modifiât l'autre d'une manière inconnue, d'autant plus qu'il existe entre ces deux virus une certaine analogie qui se manifeste par les tissus sur lesquels ils portent leurs ravages, et par les ulcères des cavités nasales que tous deux déterminent.

Le 8 avril on fit sur les mâchoires deux incisions larges de deux centimètres, pénétrant jusqu'au tissu sous-cutané, et on y introduisit du pus virulent pris sur des chancres que portait une femme du Syphilicôme. On réunit les bords avec deux points de suture.

• Le 10, les plaies sont gonflées et douloureuses; lorsqu'on eut enlevé les fds, il en sortit du sérum purulent analogue à celui que fournissent les chaucres de l'homme pendant leur période de progrès, et l'on reconnut que la plaie avait une base indurée, ayant quelque ressemblance avec celle du chancre huntérien, et qui en offrait aussi les caractères.

Ont fait deux nouvelles inoculations sur les côtés du cou dans une petite plaie, que l'on ne réunit plus par première intension, pareeque les bords se touchaient presque.

28 APPEEÇO HISTORIQUE.

Ces faits enlevèrent tout prétexte à la critique. Désormais il ne sera plus permis de soutenir que la syphilis est une maladie particulière à l'homme. Il faut remarquer cependant que M. Auzias-Turennc éprouva toujours quelques dif-

Le il.— Le prof. Vallada m'annonce que l'écoulement morveux parait un peu diminué.

Le 12. — Les deux premiers chancres sont manifestement indurés. Les secondes plaies donnent aussi du pus qui parait virulent. On fait cinq autres petites incisions sur le côté droit du cou. Dans les trois supérieures on introduit du pus pris sur les chancres artificiels du cheval, et dans les deux autres, du pus pris sur une femme syphilitique.

Le 13. — On enlève la croule formée par le pus desséché, et l'on voit toutes les plaies artificielles en pleine suppuration. Dans le but de s'assurer si les ulcères artificiels que l'on croit être des chancres ne seraient pas par hasard un effet du virus morveux, on fait une large incision derrière l'oreille droite du cheval, et on en réunit les bords par quatre points de suture, san^ y introduire du pus virulent.

Le 1 j. — La sécrétion morveuse des narines a de nouveau augmenté. Toutes les plaies ont le caractère des chancres, les dernières ont même une base un peu indurée, mais moins que les premières.

Six incisions sur le côté gauche du cou; on introduit dans deux du pus des chancres du cheval, et dans les autres du pus pris sur des chancres d'un homme.

La plaie faite au pavillon de l'oreille parait se réunir par première inten- Bion, on n'y observe aucune induration.

Le 19.— Aujourd'hui elle suppure un peu; mais il faut remarquer: l°que par inadvertance on a laissé en place les quatre fils qui avaient servi ù réunir les bords de la plaie; 2' qu'elle est continuellement tiraillée et comprimée par l'attache de cuir qui passe derrière l'oreille, et appuie directement sur elle.

Elle n'a cependant pas l'aspect virulent que présentent les autres plaies dans lesquelles on a introduit du pus syphilitique; elle est cependant trèsenflammée et donne du pus en abondance.

Il ne reste plus que trois chancres qui soient ouverts; deux supérieurs, et deux inférieurs provenant des dernières inoculations.

Le 20.— Les cicatrices des premiers chancres sont encore assez indurées.

Le 28. — Tous les chancres sont cicatrisés, ainsi que la plaie de l'oreille. Il n'y a point d'amélioration dans la marche de la morve.

Je ne pus pendant quelques jours me transporter à l'école vétérinaire, ce qui fit croire aux prof. Lessona et Vallada que je ne voulais plus continuer l'expérience sur ce cheval, dans lequel l'affection morveuse était trèsavancée. Ils le firent abattre pour servir aux leçons d'auatomie.

Je ne puis tirer, pour le moment, aucune conclusion du petit nombre d'inoculations que j'ai pratiquées, d'aulant plus que le cheval sur lequel

sur l'inoculation syphilitique. 29

Acuités pour la première transmission du pus de l'homme à l'animal ; mais lorsqu'un chancre s'était développé sur celui-ci , il était plus facile d'en inoculer d'autres avec du pus qu'il sécrétait , soit sur le même animal , soit sur d'autres appartenant à la même espèce.

Que l'on ne croie pas que la transmissihilité de la syphilis de l'homme aux animaux soit une question futile , ou de simple curiosité , car l'application de ce fait a déjà produit un résultat immense , comme on le verra dans l'histoire de la syphilisalion , et sera encore d'une grande utilité pratique dans l'élude des maladies vénériennes.

Quels résultais a donné V inoculation dans le traitement des maladies syphilitiques ?

Ceci étant un fait que j'ai non seulement confirmé, mais auquel j'ai encore donné un plus grand développement par les éludes que j'ai faites sur la syphilisalion chez l'homme, j'ajouterai plus loin à ce que l'on connaissait déjà, ce que dans le cours de mes expériences j'ai cru reconnaître d'utile dans l'intérêt de la science.

En 1777 Percy eut occasion d'examiner deux individus, qui affectés de symptômes syphilitiques anciens et rehclles à plusieurs traitements longs et bien dirigés , fatigués de remèdes et de régime , ayant contracté une nouvelle vérole, virent leurs anciens symptômes disparaître

j'expérimentais étaut atteint de la morve, je n'ai pas cru prudent d'inoculer à l'homme le pus de ses ebauercs artificiels.

Quoiqu'il en soit, je crois que l'on doit étudier avec soin les effets de t'inoculation syphilitique sur les chevaux morveux, à cause de la grande utilité qu'on en retirerait si ces essais venaient à être couronnés par quelques succès inattendus. Qui aurait jamais cru que le virus du vaccin inoculé à l'homme, l'aurait préservé de la terrible contagion de la pclitc-vérole?

30 AWEfiÇU HISTORIQUE

avec les nouveaux, par le même traitement qu'ils avaient infructueusement suivi jusque là. Il en conclut que la nouvelle infeclion avait, dans ces deux cas, tellement modifié l'organisme, qu'elle l'avait rendu apte de nouveau à subir l'effet des remèdes. Cette conviction fut si profonde chez lui, que l'année suivante ayant élé appelé à visiter un malade affecté de symptômes évidents de syphilis constitutionnelle qui avaient résisté à toutes les préparations mercurielles qu'on lui avait administrées pendant longtemps sous différentes formes, il se décida à faire naître chez lui une infeclion artificielle. Il fil donc trois piqûres sur chaque bras, et il laissa les pustules syfilitiqucs se développer en toute liberté, et suivre leur cours régulier. Un mois et demi après, lorsque les chancres du bras droit furent guéris, et que ceux du bras gauche se furent singulièrement améliorés, il commença un traitement mercuriel qui fut couronné d'un succès complet. Remarquons cependant que les symptômes précxistanls à l' infeclion artificielle n'avaient nullement élé amendés par l' inoculation ; bien plus, les ulcères de l'amygdale et de la couronne du gland s'étaient étendus d'avantage. Plus loin on verra que mes expériences à ce sujet m'ont donné des résultats plus heureux que ceux de Percy.

Il parait que la publication des succès de Percy dans les cas rebelles à toute espèce de traitement quelque bien conduit qu'il soit, cas malheureusement trop fréquents, aurait dû mettre en honneur cette expérience de l'inoculation qui présentait si peu de dangers. Cependant aucun praticien, que je sache, ne fut assez hardi depuis pour oser la renouveler. Au contraire, des écrivains spécialistes d'un grand poids en cetle matière n'hésitèrent pas à désapprouver la conduite de Percy, avant même d'en avoir expérimenté la valeur. On ne doit donc plus s'étonner si cet essai fut enseveli dans l'oubli.

sur l'inoculation syphilitique. ôl

Ces critiques auraient été plus excusables peut-être , si elles n'avaient été dirigées que contre ceux qui inoculaient la syphilis pour guérir une maladie qui lui était étrangère. Mais encore que n'a-t-on pas droit de tenter dans les cas qui sont au dessus de toutes les ressources de l'art? Avant d'abandonner un malade à son malheureux sort, ne sera-l-jl pas permis de recourir empiriquement, si l'on veut, à des moyens hasardés, mais qui pourront peut-être remédier à un mal plus grand que celui qu'ils occasionneront? N'avons-nous pas vu recourir dans des cas désespérés, aux virus et aux substances les plus venimeuses, en courant souvent de plus grands dangers qu'en inoculant la syphilis? Mais tout en croyant qu'il est quelquefois permis au médecin de faire de semblables expériences (et les essais heureux tentés dans quelques maladies rebelles à tout traitement semblent appuyer ce que j'avance) je ne me lasserai pas de répéter qu'on ne doit les entreprendre qu'avec la plus grande prudence. Toujours on doit avoir présent à l'esprit ce que dit fort bien M. Ricord « il ne faut pas oublier que les « chances d'une vérole constitutionnelle qu'on chercherait « à déterminer sciaient absolument impossibles à prévoir, « et que, le plus ordinairement, la syphilis est précisément « grave en raison directe des maladies antécédentes ou con- « confiantes dont peut être infecté le sujet qui vient à la « contracter » .

Quels effets a-t-on obtenus de l'inoculation pour la recherche d'un moyen préservatif pour empêcher V infection syphiliti~ que, ou le développement des symptômes constitutionnels ?

Parmi les immenses bienfaits que la découverte de Jenner a rendus à l'humanité, il eu est uu que l'on a passé

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sous silence, et qui, s'il n'a pas produit immédiatement de grands avantages, diminuera cependant, ou adoucira du moins avec le temps, la somme des misères humaines, en donnant lieu à quelque nouvelle découverte.

Je veux parler de l'espoir que celte invention fit naîtra dans le cœur de tous les savanls4dc trouver des moyens prophylactiques contre un grand nombre des terribles maladies qui nous font traîner une existence misérable, je veux parler aussi de la noble ambition des sectateurs de la science d'IIippocrale qui ont dirigé leurs travaux et leurs éludes vers un Lut aussi utile et aussi beau.

Les maladies vénériennes ont dû attirer spécialement l'attention des savants soit à cause de leur nalurc particulière, soit à cause de leur gravité et de la fréquence avec laquelle on les rencontre. En effet, on a tenté une foule d'expériences à ce sujet, mais toutes malheureusement n'ont produit que des résultats peu satisfaisants.

Mais pour ne pas sortir du cadre que je me suis tracé j'examinerai seulement de quelle manière l'inoculation a servi à ces recherches.

M. Diday de Lyon, dans un Mémoire présenté à l'Académie des Sciences de Paris, dans la séance du 10 septembre IShd, annonçait la découverte d'un moyen prophylactique contre la syphilis constitutionnelle. Afin de mettre dans tout leur jour les expériences qu'il fil, j'exposerai en peu de mois lés bases sur lesquelles il s'appuia pour aller à la recherche de ce nouveau moyen, les conséquences qu'il déduisit des principaux points de sa théorie, les expériences qu'il a tentées et leur résultat.

M. Didny, chaud défenseur et partisan des doctrines de M. Ricord, admet la localisation de la maladie pour ce qui regarde les symptômes primitifs ; Y unicité de l'infection générale; la division des symptômes constitutionnels en secon-

SUR l.'lN0CULAT10N syphilitique.

daires cl tertiaires ; la noïiinoculabilité des symptômes con stitutionnels; la nature particulière de ceux que l'on vevft appeler tertiaires, que l'on ne pourrait plus transmettre pat l'inoculation, ni par l'hérédité avec leurs caractères syphilitiques. Il soutient qu'ils ne cèdent qu'à un traitement spécial (les préparations d'iode); et qu'en un mot, ils constituent, suivant lui, une syphilis dégénérée, modifiée par une longue et incessante action des forces vitales sur le virus vénérien.

Ces principes posés, voici par quel raisonnement il fut conduit à proposer sa méthode de vaccination syphilitique.

Les accidents de syphilis constitutionnelle ne se développant qu'une seule fois dans l'homme, si l'on pouvait trouver un agent qui imprimât artificiellement à l'organisme une modification analogue, le sujet devrait nécessairement être à l'abri d'ultérieures infections générales. Mais où chercher Je modificateur capable de produire un tel résultat? L'analogie nous indique qu'il réside dans la maladie elle-même, ou dans les maladies qui ont avec elle une certaine ressemblance. C'est précisément dans les lésions syphilitiques constitutionnelles que M. Diday croit qu'on doit le trouver; car il n'existe pas de maladie analogue qui étant inoculée puisse opérer cette puissante modification. Mais parmi ces lésions, les unes sont secondaires, les autres tertiaires ; ce serait manquer de prudence que d'inoculer celles-là, si la chose était possible, puisque l'on n'obtiendrait pas d'autres résultats que de donner à l'individu la maladie dont on veut le préserver; bien plus, ce serait vouloir la faire développer avec certitude, tandis que probablement elle ne se serait pas développée spontanément, car les chancres ne sont pas toujours suivis d'infection universelle. Restent donc les lésions tertiaires, et c'est eu celles-ci que M. Diday a mis sa confiance.

En effet, si elles ne sont plus un symptôme évident de

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syphilis, cependant elles conserver) Pencore un je ne sais quoi de vénérien capable de déterminer une modification organique, de produire an clumgement diathésiqve dans ce sens. modification capable de préserver à l'avenir l'individu de l'infection constitutionnelle. Mais comment pourra ton transmettre ce je ne sais quoi de syphilitique et de non syphilitique que l'on nomme symptôme tertiaire ? Ce ne. sera certainement pas parles produits qu'ils fournissent: M. Ricord a surabondamment prouvé qu'ils ne sont pas inoculables. Il reste le sang, au moyen duquel la mère chez laquelle se sont montrés ces symptômes pendant la grossesse, peut transmettre l'infection à son enfant. La morve, la petite vérole peuvent se communiquer par l'inoculation du sang ; on doit donc supposer que celte faculté se trouve dans le sang des malades affectés d'accidents tertiaires.

Cela pose, il fait une légère incision sur la peau qui couvre des périostoses que porte un sujet atteint en même temps de douleurs osiéocopes, et avec une lancette il fait deux piqûres au bras gauche de 16 individus atteints de symptômes primitifs. Les petites plaies guérissent sans occasionner de réaction locale, et sans laisser de traces. Les sujets n'accusent aucune sensation générale. Les symptômes primitifs disparaissent dans la période de temps ordinaire, avec un traitement local émollient, astringent ou narcotique suivant les cas, et sans aucun traitement antisyphilitique général. Au bout de huit mois, un seul de ces 16 individus fut atteint de symptômes d'infection générale; mais il faut remarquer qu'à l'époque de l'inoculation il avait un chancre induré; aussi M. Diday proclama-t-il que l'expérience avait sanctionné ses vues théoriques sur la vertu préservative de la syphilis constitutionnelle que possèdent les symptômes tertiaires inoculés.

Je m'écarterais du plan que je me suis tracé si je voulais suivre l'illustre expérimentateur sur le terrain des idées

sun l'inoculation syphilitique. 55

qu'il développe, des conséquences qu'il en déduit, et de la valeur qu'il attribue à ses expériences. Je ne puis cependant m'empècher d'énoncer rapidement quelques considérations que j'ai faites à ce sujet.

Et d'abord, la base fondamentale de l'édifice de M. Diday, l'unicité de la contagion constitutionnelle est-elle un dogme aussi prouvé et aussi inébranlable qu'il le dit d'après M. Ricord ? De nombreuses observations citées par les auteurs, et un certain nombre que j'ai eu occasion de voir par moimême m'ont démontré la fausseté de cette proposition. Quant à la localisation des symptômes primitifs, mais surtout à la division des symptômes constitutionnels en secondaires et tertiaires, et la nature différente que l'on a presque voulu attribuer à ces accidens, je dois noler que les progrès que. la science a faits récemment dans l'élude de cette maladie, le cours qu'elle suit et l'effet des remèdes, ont l'ail abandonner par un grand nombre de praticiens les théories que M. Ricord avait émises à ce sujet. Je ne parlerai pas de la contagion des symptômes constitutionnels: cette question est maintenant jugée. Mais je m'arrêterai un peu sur les qualités que l'on veut attribuer aux symptômes que l'on appelle tertiaires. J'étais depuis longtemps convaincu de l'inexactitude de celte classification, car j'avais vu plusieurs fois les symptômes secondaires coexister avec les tertiaires, et ceux-ci précéder même quelquefois les autres, ou se manifester chez des malades qui n'avaint tenlé aucune cure antisyphilitique , sans être précédés, ni suivis des secondaires. Pour moi, je crois donc que l'apparition plus fréquente de quelques symptômes d'infection constitutionnelle avant quelques autres, dépend de la diversité des lissus, de la plus ou moins grande activité de leurs fonctinns, et peut êlre aussi de leur différente manière de ressentir l'action du virus syphilitique. 11 me semble tout aussi faux, que sur la distinction des symptômes soi-disant secondaires et

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tertiaires, on veuille établir un mode de cure à laquelle seule ils céderont. Il n'y a rien d'étonnant de voir que l'iodure de potassium est un moyen thérapeutique très-utile dans les maladies syphilitiques des os, car il n'est pas moins utile contre ces mêmes maladies, lors même qu'elles ne sont pas d'origine vénérienne. Je suis loin de vouloir nier son utilité dons le traitement de la syphilis. Je me bornerai à l'aire observer qu'on l'a trouvé très-efficace dans des cas qui* n'étaient pas de symptômes tertiaires, tels que bubons, svphilides etc. mais qu'on est forcé toutefois de reconnaître que les avantages qu'on en retire ne sont que momentanés, car la maladie se reproduit constamment ou sous la même forme, ou avec d'autres symptômes, quoiqu'on en ait administré de fortes doses, et que l'usage en ait été continué pendant longtemps. J'avais déjà appelé sur ce fait l'attention des praticiens dans un Mémoire sur l'emploi de l'iodure de potassium dans le traitement de la syphilis, que j'ai lu à l'Académie médico-chirurgicale de Turin le 20 mai 18-'(2. Des observations postérieures n'ont fait que me confirmer dans mes convictions, et maintenant, lorsque j'entreprends une cure radicale de la syphilis, j'unis toujours les préparations mercuriclles à l'iodure de potassium, ou je les administre après que le traitement par ce dernier agent est terminé. Si M. Diday avait suivi ce système il n'aurait pas été conduit à déclarer (Gazette médicale, 18^9, p. 770) que les symptômes tertiaires sont souvent incurables, malgré l'usage quotidien d'énormes doses de ce médicament, (36 gr.mes par jour) doses auxquelles on n'aurait jamais osé recourir de ce côté des Alpes.

Le choix d'un accident tertiaire, pour communiquer le même symptôme à un autre individu, me paraît une contradiction évidente avec les principes que professe M. Diday. M. Ricord et son école ne croient pas qu'on puisse inoculer les symptômes constitutionnels, mais ils admettent toutefois

sur l'inoculation syphilitique. 57

que les secondaires peuvent être transmis de la mère ait fœtus, et ils nient absolument la possibilité de celte transmission pour les accidents tertiaires. Eh bien, voilà que M. Diday qui est parfaitement de l'avis du maître en cela, ose avancer qu'une goutte de ce sang, qui ne peut pas infecter le fœtus qui s'en sert pour se nourrir et acquérir son développement, va donner une syphilis tertiaire à un sujet robuste et dans la fleur de l'âge !

Il n'est pas moins curieux de voir comment il se berce doucement dansl'idée d'avoir inoculé cessymptômes tertiaires qui ne se manifestent par aucune réaction locale, ni générale. La morve, me dira-t-on, peut s'inoculer sans qu'il se manifeste aucun symptôme particulier sur le point, de l'inoculation; la rage se déclare quelque-fois sans que l'on voie le moindre symptôme se manifester sur le lieu de la morsure, ni au moment où elle est faite, ni plus tard. Oui , mais dans ces cas les symptômes généraux ne démontrent que trop l'infection de l'organisme. Dans le cas actuel, pour pouvoir dire que le symptôme tertiaire fut transmis, il faudrait qu'il se fût manifesté quelque symptôme tertiaire sur les sujets inoculés, ce que l'on n'a jamais vu

En outre, si l'expérience de M. Diday portail sur des phénomènes qui se passent sous nos yeux, le nombre des faits qu'il nous présente lui donnerait sans doute un grand poids. Mais il s'agit ici d'une maladie dont la marche nous est encore inconnue, et que l'on n'a encore pu soumettre à aucune loi. Il n'est donc personne qui puisse les trouver suffisantes.

J'ignore si M. Diday ou d'autres ont répété ces expériences, et quel en a été le résultat. Supposons le cas que les théories du médecin de Lyon vinssent à se confirmer; il faudrait accepter les faits, et dire avec un auteur célèbre: il n'y a rien d'impossible en médecine. J'ajouterai que notre science a ses mystères, comme les religions ; mais nous

avons, nous, l'espoir de voir un jour quelque grand génie déchirer le voile qui les cache.

§. 8me Résumé historique de ht syphilisation .

L'inoculation syphilitique rendait depuis longtemps de grands services à la médecine, mais l'idée de Percy d'y chercher un moyen coadjuvant de la cure antisyphililique, avait été classée parmi les utopies; l'espérance d'avoir trouvé un moyen prophylactique de la syphilis dans le résultat des expériences de M. Diday était éteinte, lorsque tout à coup voici venir M. Au/ias-Turenne dont le nom occupera une place distinguée dans les annales de la science, qui, dans uue lettre adressée à l'Académie des sciences de Paris le 18 novembre 1850, signale un fait singulier qu'il a observé à la suite d'inoculations syphilitiques successives faites par lui sur des singes. L'importance de celte lettre me la fait citer ici en entier.

Inoculation de la Syphilis.

« La syphilis est sans contredit, parmi les maladies de l'homme, une de celles dont l'étude présente le plus d'incertitude et d'obscurité, la manière dont elle se contracte dérobe à l'observateur plusieurs circonstances importantes relativement à ses causes, à ses symptômes et à son évolution.

« L'inoculation de cette maladie aux animaux devait donc fournir la solution de bien des problèmes. Hunter et tous les syphilographes de son école avaient en vain multiplié les expériences pour arriver à ce résultat. J'ai été plus heureux, et grâce au concours de l'administration éclairée de la ménagerie du Muséum, qui m'a permis d'expérimenter sur quelques animaux, et plus particulièrement sur des singes, j'ai pu résoudre un certain nombre de questions touchant l'étude de la syphilis.

« Dès l'année 1844, j'ai eu l'honneur de faire part à l'Académie des premiers succès que j'avais obtenus. Des objections s'élevèrent

dk la syphiusation. 39

contre mon opinion, et les syphilographes prétendirent que le problème ne serait pas résolu d'une manière certaine, tant qu'un homme ne se serait pas soumis à l'inoculation du pus d'un chancre syphilitique, que j'aurais donné à un animal.

« Quanta moi, ne trouvant aucune différence réelle entre la marche et les symptômes des chancres de l'homme, et la marche et les symptômes des ulcérations que je produisais sur les animaux, je n'ai jamais douté de l'identité des deux maladies. Les faits intéressants qui m'étaient journellement révélés par mes expériences m'encourageaient d'ailleurs vivement à poursuivre celles-ci, sans m'arrêter à une objection qui me paraissait dénuée de fondement.

« Cependant M. Robert de Weltz, professeur agrégé à la Faculté de médecine de Wurtzbourg, s'est quatre fois soumis, par dévouement pour la science, à l'inoculation du pus des chancres que j'avais produits sur un singe et sur un chat. Ces inoculations ont réussi, et notre courageux confrère a laissé, pendant dix jours, s'étendre sur ses deux bras les quatre chancres qu'il avait ainsi contractés.

« J'ai 'rédigé sur cette question, dont je m'occupe depuis six années, un Mémoire que je désire soumettre au jugement de l'Académie, et pour la lecture duquel j'attends que mon tour soit venu par rang d'inscription. Je développe dans ce Mémoire tous les détails et toutes les conséquences de mes expériences, qui sont nombreuses et variées. Mais entre les faits qui m'ont été révélés par ces expériences, il en est un que je ne veux pas laisser ignorer plus longtemps, parce qu'il est de nature à éclaircir bien des doutes, et à produire une véritable révolution dans l'élude de la syphilis. Ce n'est donc pas un fait que j'annonce légèrement; il m'a été au contraire démontré, sans aucune espèce d'exceptions, par toutes les expériences que j'ai faites. Des observations entreprises sur l'homme sont venues le confirmer. On s'étonnerait à bon droit qu'il ait échappé à l'observation de tous les médecins, si l'histoire des sciences n'était pleine d'exemples de ce genre. Combien de choses nous paraissent aujourd'hui évidentes, qu'il a fallu pourtant laborieusement prouver autrefois. Le phénomène auquel je fais allusion établit de grandes analogies entre la syphilis et la petite vérole. Voici en quoi consiste ce phénomène.

« Quand on communique à un animal des chancres successifs par inoculation, quelle que soit la distance qu'on mette dans leur succession, ou de quelque manière qu'on les combine, le premier chancn se manifeste pjus vite, devient plus large, fournit plus de pus, s'accom pngne d'une inflammation plus grande et enfin dure plus que le deu-

4 0 ltCSUMÉ HISTORIQUE.

xième. Celui-ci est au troisième ce que le premier est au deuxième, et ainsi de suite, jusqu'à ce que l'animal ne puisse plus en contracter aucun. Cet animal se trouve ainsi vacciné contre la syphilis, c'est-adire que l'état dans lequel il se trouve relativement à la syphilis est analogue à celui dans lequel nous nous trouvons relativement à la petite vérole, après avoir subi l'inoculation du vaccin ou de la petite vérole. Je désigne cet état par le mot syphilisation, ou par les termes de vaccination syphilitique. Les singes sur lesquels j'ai expérimenté sont actuellement, pour la plupart, dans cet état.

« Je n'attache pas à ce mot syphilisation un sens assez net pour prétendre qu'il pénètre au fond des choses et traduire l'essence du phénomène dont il est question. La physiologie et la pathologie ne se prêtent malheureusement pas à une aussi exacte précision. Je ne puis pas non plus décider si la syphilisation doit impliquer l'idée d'une imprégnation des humeurs, plutôt que celle d'une impression particulière produite sur le système nerveux. Sans connaître à fond l'état dans lequel nous place la vaccination ou l'inoculation de la petite-vérole, ne savons-nous pas que cet état nous exempte pendant un certain temps de la contagion véroleusc? Eli bien , il en est de même quant à la syphilis, de l'état que j'appelle syphilisation. L'animal syphilisé se trouve à l'abri de toute contagion syphilitique. Mon Mémoire a principalement pour objet l'étude de la syphilisation et de ses conséquences.

« Néanmoins, je ne voulais pas tarder plus longtemps à signale? à l'Académie l'héroïsme de M. Robert deWeltz, et à lui annoncer une découverte qui, si je ne me fais pas illusion, marquera un grand progrès dans l'étude des sciences médicales » .

AU21AS-TUHEfVM!.

Celte communication fut accueillie avec une grande défiance parla plupart des syphilographes français et étrangers; avec un silence méprisant par quelques uns de ceux dont elle renversait les théories favorites. La presse médicale française, excepté la Gazette médicale de Paris, se tut à ee sujet, ou inséra cette lettre sans commentaires. M. Didayseul, surpris de l'importance de ce phénomène, et des vastes conséquences que l'on pouvait en retirer, si de nouvelles expériences ve-

DU I.A SYPHILiSATIOB. h i

naient lui prêter leur appui, en entreprit la critique, et l'étudia attentivement sous toutes ses faces. Dans l' examen qu'il en fit dans le n° US de la Gazette médicale de Paris, 50 nov. 1850, et dans la réponse de M. Auzias, n° h du même journal, 25 janv. 1851, la question de la syphilisalion ne fut agitée que d'une manière théorique; M. Auzias ne parla d'aucune tentative faite sur l'homme pour venir à l'appui des applications delà syphilisation qu'il disait pouvoir se faire chez l'homme. Je crois donc inutile d'insérer ici les raisons pour ou contre le phénomène observé par M. Auzias sur les animaux, et je pense qu'il me suffit de renvoyer le lecteur à ces écrits eux-mêmes.

La confiance dans la découverte du docteur Parisien n'augmentait cependant pas; bien plus, des savants distingués persistaient à nier la transmissibifité de la syphilis de l'homme aux animaux; d'autres considéraient la diminution successive des chancres inoculés observée par M. Auzias, comme un phénomène particulier aux animaux.

Cependant M. Auzias restait inébranlable dans le principe qu'il avait émis, mais il étaitseul pour le soutenir, lorsque te 23 mai 1851 , je lus à notre Académie médico-chirurgicale un Mémoire sur la syphilisation chez l'homme. J'énonçai succintement les résultats que j'avais obtenus de mes premières expériences, et j'invitai l'Académie à prendre part à mou étude scientifique. J'insère ici ce premier travail parce qu'il fait partie, de l'histoire de la syphilisation <

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SYPHILISATÏON CHEZ L'HOMME.

Mémoire lu à l'Académie royale médico-chirurgicale de Turin, le 25 mai 1851, par Casimir Spébino.

Mes honorables confrères,

Les observations et les expériences que je me fais un devoir d'exposer en peu de mots h cette Académie sont, d'après moi, de la plus haute importance, au double point de vue des intérêts de la science et de ceux de l'humanité.

Une maladie contagieuse des plus répandues et des plus funestes, la syphilis, vient peut-être de trouver son vaccin, comme la petite vérole; grâce à des expériences faites sur les animaux et sur l'homme, nous sommes à la veille du jour on la science pourra enregistrer au nombre de ses plus grandes conquêtes le vrai moyen prophylactique et thérapeutique de la syphilis.

11 y a longtemps que j'ai observé, avec un grand étonnement, dans le Syphilicome, dont le service m'est confié depuis 1 \ ans, que les femmes atteintes de larges et anciens ulcères primitifs, d'ulcères phagédéniqoes ou gangreneux, étaient rarement atteintes delà syphilis constitutionnel le. J'av ais vu que les prostituées que leur jeunesse et leur beauté- exposaient plus souvent à contracter de nouvelles infections, n'étaient pas fréquemment affectées de syphilis couslitutionnelle, quoiqu'elles entrassent plusieurs fois par an au Syphilicome avec des chancres; tandis qu'au contraire, les filles qui venaient de la province avec un petit chancre simple ou induré, étaient souvent atteintes de symptômes de syphilis constitutionnelle qui se manifestaient chez elles trois à quatre mois après avoir été infectées. J'avais enfin plusieurs fois remarqué que chez les femmes qui portaient des bubons virulents ouverts, et chez lesquelles j'inoculais sous l'épiderme en plusieurs endroits le pus de ces bubons, pour constater son identité avec le pus du chaucre de la vulve, j'avais, dis-je, remarqué que les femmes chez lesquelles je produisais ainsi plusieurs ulcères artificiels ne tardaient pas à voir se cicatriser leurs chancres de l'aine, et n'offraient plus tard aucune trace de syphilis constitutionnelle. Ces observations et beaucoup d'autres m'avaient également convaincu que l'infection générale ne se développe point en raison directe de l'étendue et de la durée des chancres, mais qu'au contraire la syphilis

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constitutionnelle se développe d'autant plus rarement que ces ulcères ont été plus fréquents.

J'avais enregistré ces considérations déduites d'une masse considérable de faits et vérifiées chaque jour dans un Syphilicùme, où se trouvent ordinairement en traitement deux cents malades, lorsque M. Auzias-Turenne, médecin français distingué, publia la lettre qu'il avait adressée à l'Académie des Sciences de Paris le 18 novembre dernier, au sujet de l'inoculation de la syphilis. M. Auzias annonçait à ce corps savant qu'après avoir inoculé plusieurs fois le pus syphilitique virulent à des animaux et particulièrement à des singes, il avait constamment observé que le premier chancre se manifestait plus promplement que les suivants, qu'il devenait plus large, sécrétait plus de pus, s'accompagnait d'une inflammation plus intense, et enfin durait plus longtemps que le deuxième- il ajoutait que celui-ci était au troisième ce que le premier était au deuxième, et ainsi de suite jusqu'à ce que l'animal ne pût plus contracter aucun chancre. Alors, disait M. Auzias, l'animal peut être considéré comme vacciné contre la syphilis, et il désigna cet état par le nom de syphilisalion.

Les expériences de M. Auzias annonçaient très-clairement une bien grande découverte, mais il fallait, pour devenir concluantes, qu'elles ne fussent pas bornées aux animaux. Comme j'avais été vivement frappé de l'analogie qui existe entre les expériences de M. Auzias et mes observations sur les femmes qui contractaient plusieurs chancres successifs à des intervalles très-courts, je dis à ceux de mes confrères qui partagent avec moi le service dans le Syphilicùme, et à ceux qui le fréquentent deux fois par semaine (1), que les faits annoncés par M. Auzias révélaient une vérité très-importante. Pénétré de celte conviction et en dépit d'une critique sévère des expériences de M. Auzias, insérée dans la Gazelle Médicale de Paris du 20 novembre dernier, j'ai cru pouvoir les répéter sur les femmes confiées à mes soins dans le Syphilicùme, en y apportant toutefois beaucoup de prudence, et en suivant chaque jour ces observations avec le plus d'attention possible. Depuis cinq mois, j'ai soumis en présence de

(1) Parmi les Collègues qui, pondant ce temps, ont fréquenté avec le plus d'assiduité l'hôpital vénérien je me rappelle avec plaisir de JIM. les Doct. Bougioanni, Ricca, Mazzuchelli, Baggino, Guagno, Perassi et Muzzi.

M. le Prof. Karaut de Nice, ainsi que MM. les Doct. Fenolio el Culella, ont aussi plusieurs fois honoré de leur présence le Syphilicùme, afin d'\ étudier les résultats que m'avaient donnés mes premières expériences.

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plusieurs de mes confrères, cinquante deux prosliluées à des expériences dont les résultats confirment pleinement chez l'homme les faits singuliers signalés par M. Auzias sur les animaux; ces faits ouvriront une route nouvelle pour la prophylaxie et le traitement radical des maladies vénériennes.

Je ne puis pour le moment rapporter en détail mes expériences , dont plusieurs sont encore incomplètes. Je me bornerai à noter ce qui m'a paru le plus intéressant sur le mode de développement des chancres artificiels, les conditions individuelles dans lesquelles on doit faire ces expériences, leurs effets, soit comme moyen prophylactique, soit comme méthode curative de la syphilis secondaire; enfin les avantages et les inconvénients de l'inoculation du virus syphilitique.

Les femmes soumises à l'inoculation du pus virulent des chancres primitifs étaient toutes, à leur entrée dans le Syphilicôme, atteintes de syphilis primitive ou de syphilis constitutionnelle. L'inoculation a constamment été faite à l'aide d'une lancette, dans trois ou quatre points chaque fois, et le plus généralement sur l'abdomen, et elle a été répétée une et même deux fois par semaine.

Les piqûres ont été couvertes de sparadrap afin qu'il restât encore un peu de pus en contact avec la plaie. Le pus a toujours été emprunté à un chancre en voie de progrès, soit de la femme inoculée, soit d'une autre, quand celle-là avait des ulcérations syphilitiques chroniques, et par conséquent incapables de transmettre le chancre artificiel. Les pustules se montraient le troisième, rarement le quatrième jour après l'inoculation, et immédiatement après apparaissait le chancre primitif avec tous ses caractères. Mais, chose singulière, dans tous les cas, sans exception, les premiers ulcères artificiels devinrent plus larges, plus profonds, plus indurés et plus enflammés que les seconds; ils sécrétaient une plus grande quantité de pus, duraient plus longtemps que les suivants, et ont laissé après eux des cicatrices plus larges. Les seconds chancres étaient plus petits, moins enflammés, moins douloureux, plus superficiels, et ainsi de suite pour les autres, jusqu'à ce qu'après un nombre actuellement indéterminé d'inoculations (huit à dix en général, de trois chancres chaque fois) il n'a plus été possible de produire dans l'endroit de la piqûre qu'une petite pustule qui disparaissait aut bout de cinq à six jours. Depuis, de nouvelles inoculations restèrent sans résultat, bien qu'elles aient été plusieurs fois répétées avec du pus pris chez d'autres femmes affectées de chancres récents, et qui, inoculé à d'autres malades non encore

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soumises ù ce traitement, n'a jamais manqué de produire un large chancre des mieux caractérisés. Tel a élé l'invariable mode de développement des ulcères artificiels sur les femmes atteintes de chancres petits et récents. Mais chez les femmes qui avaient des ulcères anciens et larges, qui par leur extension et leur durée avalent déjà pu saturer l'économie de virus, les premiers ulcères artificiels furent petits et il ne fut plus possible d'en produire de nouveaux après quelques inoculations. Lorsque les femmes étaient parvenues à cet état de syphilisation, et après deux ou trois autres inoculations suivies d'aucun résultat, je portai chez ces malades, quatre ou cinq fois tous les six ou huit jours, une bonne quantité de pus de chancres récents en voie de progrès, dans l'urèthre, sur l'orifice vaginal, ou sur l'orifice anal, tout le long du vagin et sur la vulve, et je n'ai jamais pu obtenir le plus petit chancre artificiel. Je crois qu'il m'est permis de déduire de ces dernières expériences des corollaires d'une certaine importance pour'la prophylaxie de la syphilis.

Les chancres que portaient les femmes soumises à l'inoculation, ainsi que les nombreux ulcères artificiels, n'ont jamais été cautérisés, à l'exception de trois ou quatre d'entre eux, qui l'ont élé après la période de progrès, pour des fongosités qui s'étaient manifestées à leur surface. J'excepterai aussi le cas d'un ulcère rongeant à la lèvre postérieure du col utérin, qu'on a cautérisé dès les premiers jours pour arrêter les progrès d'une métrite grave, produite et entretenue par cet ulcère.

Les symptômes de syphilis constitutionnelle ne furent pas non plus traités par le mercure et l'iode. Le traitement des ulcères artificiels s'est borné à quelques moyens très-simples employés pendant la période aigùe, tels que bains, boissons antiphlogistiques, charpie enduite d'onguent réfrigérant et cataplasmes émollients. Les ulcéralions se sont toujours cicatrisées spontanément après quelques jours, un mois ou deux de durée, et l'état général de l'organisme, une fois que la période aigùe des chancres inoculés cessait, a toujours été excellent chez toutes les femmes soumises aux expériences. Je ne dois pourtant pas omettre une observation utile au praticien qui voudrait répéter les expériences d'inoculation syphilitique, c'est d'examiner attentivement, avant de les pratiquer, l'état général de l'individu. Si cet examen fait reconnaître qu'il existe une inflammation, même légère dans un organe ou dans un syslème de l'économie, il faut attendre qu'elle soit dissipée, de crainte que les ulcérations artificielles

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ne prennent de la gravité, et ne deviennent gangreneuses. J'ai observé celle complication dans quatre cas différents, chez une femme affectée de bronchite aiguë, deux autres d'angioïtes, et la dernière d'entérite aigûe; je fus obligé pour toutes les quatre d'avoir recours à quelques saignées qui arrêtèrent en peu de temps la marche des chancres gaugréueux qui avaient pris un développement considérable; la guérison ne se fit pas attendre longtemps, et l'on n'eut à déplorer aucune suite funeste.

Enfin il reste un dernier et léger inconvénient, qui est celui des cicatrices «isibles que laissent les chancres artificiels, inconvénient auquel je paierai désormais en faisant les inoculations sur des parties peu exposées à être vues.

Maintenant que j'ai exposé rapidement le mode d'évolution des chancres artificiels primitifs et l'état singulier, jusqu'à présent inexplicable, dans lequel l'individu syphilisé ne peut plus contracter une nouvelle infection, de même que l'individu vacciné n'est plus soumis, pendant quelque temps du moins, à l'influence du virus de la petite vérole; maintenant qu'on a confirmé par des expériences nombreuses et réitérées, les inductions que M. Auzias a tirées des expériences faites sur les animaux; maintenant enfin qu'on a signalé les inconvénients peu graves et d'ailleurs faciles à éviter de l'inoculation de la syphilis, je vais annoncer à l'Académie un autre fait nouveau tout aussi important, et non moins digne de fixer son attention, je veux parler de l'utilité de l'inoculation du virus syphilitique dans le traitement de la syphilis primitive et constitutionnelle.

Tous les chancres, réoens et peu étendus, qui existaient chez les femmes soumises à ce traitement, ont disparu spontanément peu de jours après l'apparition de quelques chancres artificiels. Les ulcérations syphilitiques chroniques, très-étendues, indurées, durant depuis deux à quatre ans, et jusque là rebelles aux mercuriaux, à l'iodure de potassium, à de très-nombreuses cautérisations avec- le nitrate d'argent, le nitrate acide de mercure ou la pâte de Vienne, à la récision même du tissu cellulaire, se cicatrisaient rapidement après un petit nombre d'inoculations de pus virulent pris sur des chancres récents d'autres femmes. Les profondes et larges ulcérations inguinales virulentes se cicatrisèrent peu de temps après l'inoculation: de plus, chez une femme affectée de chancres primitifs à la fourchette, et d'un bubon inguinal de chaque coté, bubons dans lesquels la fluctuation indiquait une collection notable de pus, j'ai vu ce pus s'ab-

DE LA SYI'IIILISATION. kl

sorber et disparaître en peu de jours, à la suite de quelques chancres produits artificiellement sur le ventre.

Les tubercules muqueux qu'on rencontra chez quelques femmes, conjointement avec des chancres, disparurent également sous la puissante action du virus inoculé. Ainsi un vaste ulcère situé à la partie postérieure du pharynx guérit après la cinquième inoculation; ainsi chez une femme, certaines ulcérations serpigineuses secondaires siégeant sur le genou droit, se cicatrisèrent rapifement, en même temps que se calmèrent des douleurs ostéocopes de l'os frontal, sous l'influence des chancres artificiels. De sorte que l' innocuité et les avantages de l'inoculation syphilitique étant maintenant reconnus par les malades elles-mêmes, il arrive assez souvent que quelquesunes d'entre elles, oubliant la répugnance que leur avaient inspirée les premiers essais, me prient de les soumettre à la syphilisalion qui a guéri leurs compagnes.

Tels sont, Messieurs, les résultats obtenus par l'inoculation du virus syphilitique, étudiée comme moyen prophylactique et comme moyen thérapeutique de la syphilis. Maintenant les femmes syphilisées, qui ont perdu actuellement la faculté de contracter une nouvelle infection, conserveront-elles toujours cet immense privilège, ou bien cette immunité ne durera-t-elle qu'un temps donné? La guérison de la syphilis primitive et secondaire sera-t-elle permanente et radicale? Le temps et les faits scrupuleusement observés pourront seuls résoudre ces grandes questions.

Comment se fait-il qu'une quantité considérable de virus syphilitique introduit dans l'organisme n'y cause aucune sensation, et devient même un moyen de guérison, tandis qu'une petite dose est la source de tant de maladies primitives et secondaires? Comment se fait-il que ce virus introduit dans l'économie à des intervalles rapprochés dans l'espace d'un mois ou deux, puisse guérir l'infection syphilitique ? Je comprends tout ce que ces faits ont de singulier, et combien ils sont opposés aux doctrines enseignées jusqu'à présent par les syphilographes les plus distingués, et cependant ces faits existent, et je suis forcé de les accepter sans pouvoir m'en donner une explication satisfaisante. Savons-nous du reste, comment le virus du vaccin détruit la prédisposition à contracter la petite vérole, comment le quinquina coupe les fièvres intermittentes, comment le mercure guérit la syphilis ?

Ce qui est certain, c'est que de toutes les femmes entrées il y a cinq mois au Syphilicôme avec des accidents primitifs, et que j'ai

svphilisées au plus haut degré, non-seulement pas une seule n'a élé jusqu'à présent atteinte de symptômes constitutionnels, mais encore la santé de chacune d'entre elles s'est graduellement améliorée depuis la cessation de la période aiguë de la première inoculation, jusqu'à la fin des expériences dont elle était l'objet.

Ce qui n'est pas moins certain, c'est que l'inoculation successive du virus syphilitique fait promptement disparaître les différents symkïmes de syphilis primitive et secondaire, et il me semble que des faits semblables, quoique fort étranges, doivent être pris en grande considération, et que l'on doit continuer à les étudier avec toute l'attention qu'ils méritent.

Sans doute que jusqu'ici l'inoculation du pus syphilitique avait élé faite par des praticiens très-distingués, tels que Hunter, Ricord et Uaumès; mais on l'avait toujours considérée comme moyen de diagnostic des différents symptômes de syphilis primitive et secondaire, et personne, que je sache, n'a jamais fait des essais, ni obtenu des résultats semblables à ceux que je viens de vous signaler. C'est pourquoi j'ai cru qu'un argument aussi important que celui de la prophylaxie et de la cure de la syphilis devrait être étudié par notre Académie, et qu'une découverte aussi extraordinaire était digne d'obtenir la sanction de cet honorable Corps Scientifique (1).

L'Académie décida que mon Mémoire serait immédiatement publié; j'en envoyai aussitôt des exemplaires à MM. Auzias-Turcnne, Ricord, Guérin et Cerise, et sur la fin de juin, à M. le docteur Carenzi qui se trouvait alors à Paris pour y faire des études spéciales.

Ce petit mémoire rappela de nouveau l'attention des savants sur la découverte de M. Auzias. M. Ricord lança à la vérité un analhème contre lui et contre le syphilisateur italien qui avait osé en prouver la vérité par des expé-

(■1) L'Académie R. Médico-Chirurgicale de Turin, après avoir entendu la lecture de ce Mémoire, a décidé qu'une Commission composée de cinq membres serait chargée d'assister aux expériences que l'on continuera à faire dans le Syphilicôme, et d'étudier les avantages que l'on pourrait eu retirer pour le bien de l'humanité, et M. le Président a nommé membres de la Commission MM. les Dort. Pertusio, Frôla, D?njaria, Freschi cl

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