‹ La SyrieChapitre 3 sur 11 · APERÇU GÉOGRAPHIQUE ET HISTORIQUE · texte numérisé non relu

APERÇU GÉOGRAPHIQUE ET HISTORIQUE

La contrée à laquelle on donne aujourd’hui le nom de Syrie comprend la Syrie proprement dite et la Palestine, c’est-à-dire le pays qui a pour limites, au nord l’Asie-Mineure (province de Caramanie), à l’ouest la mer Méditerranée, au sud l'Égypte et l'Arabie Pétrée, et à l’est le désert de Damas (Bariet-esch-Scham).

La Syrie actuelle renferme les provinces anciennes suivantes : la Syrie première, la Syrie deuxième, la Syrié euphratésienne, la Palmyrène, la Phœnicie maritime, la Phœnicie libanique et la Palestine. C’est assez dire quel immense intérêt historique s’attache à cette contrée classique par excellence.

En prenant comme pont central la Sainte-Kaâba de la Mecque,

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vers laquelle tout musulman s'oriente pour faire ses prières, les Arabes nomment la Syrie Bar-esch-Scham (le pays de gauche). Sous le nom de Scham (la gauche), ou sous celui de Soristän, la Syrie constilue une des plus belles provinces de l’Empire ottoman.

La Syrie est traversée, du nord au sud, parallèlement à son littoral, par une longue chaîne de montagnes qui se rattache, au nord, au versant méridional des monts Taurus et, au sud, au mont Sinaï et à la chaîne de l'Arabie occidentale.

Le Ligan, dont nous allons nous occuper plus spécialement, est la portion centrale de cette chaîne de montagnes; c’est aussi la plus élevée. Le Djebel Makmel (au sud d’Éden, des Cédres et de la résidence d’été du Patriarche maronite) en est le point culminant. Une dépression, par laquelle les villes de Hamäh et Hæms communiquent avec la mer, sert de limite septentrionale au Liban. Au sud, vers Sour (l’ancienne Tyr), le Léontes des anciens, aujourd'hui Nahr-el-Leylani, qui descend de la Cælésyrie par les vallées de la B’Kaa supérieure et de la B’Kaa inférieure, entoure le Liban. À l’ouest, jusque vers Beyrouth, la mer baigne les contreforts du Liban. De Beyrouth à Tyr, une mince bande de terrain plat le sépare de la Méditerranée.

Parallèlement au Liban, à l’est, également du nord au sud, se

trouve la chaîne de l’Anti-Liban (Djebel-el- Wast-esch-Schark ou

| Djebel-esch-Scharki). La chaîne de l’Anti-Liban naît à uné cinquan- | taine de kilométres au sud de Hœms, et se dirige vers le sud-ouest. Elle se termine par lé massif du Grand-Hermon (Djebel-esch-Scheich ou Djebel-el-Teldj, montagne principale ou montagne neigeuse), sur le sommet duquel la tradition place la scène de la Transfiguration. Le Grand-Hermon est le point culminant de J’Anti-Liban (de 3000 à 3500 mètres).

Le Liban et l'Anti-Liban sont séparés par la belle et fertile vallée

plaine de Baal-Bek (Belud Ball-Beck), au sud la B'Kaa supérieure et, plus au sud encore, la B'Kaa inférieure. La Cœlésyrie est arrosée,

| | | de Cœlésyrie, qui, au nord, se nomme, à cause de sa largeur, la | dans presque toute sa longueur, par le Léontes (Leytani).

De ces deux chaînes de montagnes découlent de nombreux cours

d’eau qui fertilisent quelques contrées, mais que la nature déverse

sur d’autres en pure perte, en raison de l’incurie et de la mauvaise administration des populations. Beaucoup de ces cours d’eau ont porté des noms classiques, comme ceux de Lycus, d’Adonis, | de Chrysorrhoës, par exemple.

Presque tous ces cours d’eau ont peu d'importance et sont à sec

pendant une grande partie de l’annce. Trois d’entre eux méritent

une mention spéciale. C’est d’abord le Nuahr-el-Assy (lOronte des anciens), qui prend sa source près de Baal-Bek, dans l’Anti-Liban et, coulant vers le nord, va arroser Hœms après avoir formé, dans un bas-fond, le lac de Kadès. Non loin de là il tourne vers l’ouest pour aller baigner Antioche et la base du mont Casius, et se jeter ensuite dans la Méditerranée.

Le Baradu (appelé Chrisorrhoës par les Grecs, et Abana dans la Bible), qui prend sa source dans l’Anti-Liban, se divise en une multitude de canaux qui arrosent et fertilisent Damas et ses environs. Le Barada se perd dans la plaine à l’est de Damas, où il forme le lac de Bar-el-Merdj.

Le Jourdain (Erden-Scheriat-el-Kebir chez les Arabes) prend sa source entre les sommets méridionaux du Liban et de l’Anti- Liban, au pied du Djebel-esch-Scheickh. 11 coule vers le sud, traverse le lac Mérom (Bar-el-Houlé) et tombe presque aussitôt dans le magnifique lac de Tibériade, aussi nommé mer de Galilée (Barel-Tabarieh). 1 se jette ensuite dans la mer Morte ou lac Asphaltite, où il se perd. Le cours du Jourdain est de cent lieues environ, à vol d'oiseau, mais ses sinuosités lui font un parcours réel trois fois plus grand.

En mentionnant encore le joli cours d’eau poissonneux qui ferti-

lise la Cœlésyrie sous le nom de Nahr-el-Leytani et se précipite dans

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la mer près de Tyr (Sour) sous le nom de Nahr-Kasymièk, nous

aurons achevé la citation des cours d’eau principaux de la Syrie.

Il n’est peut-être pas un pays au monde qui ait subi autant de | calamités, de guerres, de vicissitudes que la Syrie. Depuis la con-

quête de la Palestine méridionale par les Hébreux, sous Josué (1450

ans avant J. C.), jusqu’à nos jours, cette intéressante et belle contrée a toujours servi de point de mire aux puissances du moment el | toutes leurs ambitions se sont ruées sur elle.

Les bois, les plaines, les montagnes, les prés de Syrie sont cou- | verts de cette jolie petite fleur que l’on appelle la goutte de sang et | que les botanistes appellent Adonis. Serait-ce là une fantaisie de la | nature, destinée à transmettre aux générations futures, sous celte forme végétale, gracieuse et mélancolique, le souvenir de tout le sang humain qui a baigné le sol syrien?

L'illustre Holopherne, général du roi assyrien Assar-Addon, ravagea le pays sept siècles avant Jésus-Christ; Phul, un autre roi

assyrien, en fit autant en l'an 772. Teglatphalasar s’en empara en

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759; en 781 ce fut Salmanazar, et en 606 Nabuchodonosor; Cyrus le conquit en 536, et la bataille d’Issus (333) le donna à Alexandrele-Grand; Antiochus le conquit en 203; Pompée entra victorieux à Damas en 65; les Parthes désolérent la contrée en l’an 40 et en l’an 37 avant Jésus-Christ; Hérode s’en empara et régna sur la Judée sous la protection romaine. En l’an 6 de l’ère chrétienne, un proconsul romain gouvernail la Syrie méridionale. En 70, Vespasien el Titus détruisirent Jérusalem. Aurélien renversa le royaume de Palmyre en 272. La Syrie fut envahie par Chosroës Il, roi des Perses, en J’an 611; c’est au septième siècle qu’elle fut conquise par les Arabes, qui s’emparèrent de Damas en 634. En 637 et 638, les Arabes complétèrent leur conquête par la prise de Jérusalem et d’Antioche. Mohaviah fonda, en 661, à Damas, la dynastie des kalifes Omniades, qui resta maitresse de la Syrie jusqu’en 750, époque à laquelle elle disparut. La dynastie des kalifes fatimites d'Égypte s’en empara en 969.

En 1098 les croisés prirent Antioche et, l’année suivante, ils s’emparèrent de Jérusalem, élurent roi Godefroi de Bouillon et remportèrent la victoire d’Ascalon.

En 1102 Beaudoin , successeur de Godefroi de Bouillon, perdit la bataille de Ramla.

Tripoli de Syrie tomba entre les mains de Bertrand, comte de

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Toulouse, en 1109. Saint Louis mit le pied sur la Terre-Sainte en 1148 , et fit une expédition malheureuse contre Damas.

En 1187, Saladin, qui règne à Damas, profite de dissensions qui s'élèvent entre le roi de Jérusalem et le comte de Tripoli pour recommencer la guerre contre les chrétiens. Il les bat non loin du lac de Tibériade, fait prisonnier Guy de Lusignan, roi de Jérusalem, et s'empare de la ville sainte.

En 1191, Richard-Cœur-de-Lion et Philippe-Auguste prirent Saint- Jean-d’Acre.

Un traité entre Frédéric I et Malek-Kamel rendit Jérusalem aux chrétiens en 1298 ; mais douze ans après (1241), elle fut ruinée par les hordes de Tatares qui avaient envahi le pays.

En 1291 les croisés perdirent Saint-Jean-d’Acre, qui était leur dernière possession en Orient.

En 1400 Timour s’empara de la Syrie et ruina Damas.

Le sultan de Constantinople Sélim Ier conquit le pays en 1518. La Porte le conserva jusqu’en 1832.

En 1832 Ibrahim-Pacha en fit la conquête. En 1841 la Porte, aidée par les Anglais, qui bombardent tout le liltoral, y compris des villes sans défense, reprit laSyrie, dans laquelle le gouvernement d’Ibrahim- Pacha a laissé des traces de civilisation. En 1841 et en 1860 le pays

fat désolé par des massacres qui eurent un triste retentissement.

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Pour compléter le tableau, il faudrait parler encore de toutes les guerres inlestines, des révolutions, des soulèvements, des luttes de province à province, de peuplade à peuplade, .de tribu à tribu qui, de tous temps, ont déchiré la Syrie : mais cela nous entraînerait trop loin.

Si des luttes collectives vous passez dans le domaine de la vengeance particulière, vous trouverez, chez les Arabes de Syrie et de Palestine , la vendella érigée en principe; et, presque chaque jour, le sang humain est répandu au nom de ce principe. La vengeance, ainsi élevée au rang de loi d’honneur, amène des luttes sanglantes, des représailles implacables et interminables. Je n’en citerai, comme exemple, que les conséquences d’un baiser donné à une jeune fille d’Hébron (Palestine), rapportées par le docteur Ermète Pierotti. Je laisse la parole au savant écrivain de la Pulestine actuelle :

«En 1856, à Hébron, un jeune homme de dix-huit ans rencon- Ctrant dans les.champs une jeune fille d’une quinzaine d’années, «qui était déjà fiancée, voulut l’embrasser malgré elle. Cette seule action, rapportée par la jeune fille à ses parents et au futur époux, «les mit dans une si furieuse colère, qu’ils demandèrent la vie de «Phomme en compensation de l’insulte infligée à leur sang. Par «malheur, les familles respectives étaient de deux partis différents,

« et par conséquent ennemies. [1 en résulta que tous les efforts de

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« conciliation des cheikhs, des anciens et des autorités locales même «furent impuissants , quoique la famille et les parents du coupable « fussent disposés à payer une somme considérable d'argent, de «beaucoup supérieure à celle que l’on donnait en des cas sem- «blables. Les vengeurs du sang ne voulaient que du sang ; la loi du « pays permettait cet acte d’atrocité, et le sang fut versé. Après avoir « perdu toute espérance d’accommodement, le père du jeune homme «rassembla ses parents, ses amis, ses alliés dans une plaine à «l’ouest de la ville et pria les vengeurs du sang de s’y rendre. II «leur demanda par grâce la vie de son fils unique; il leur offrit «tout ce qu’il possédait et pourrait posséder : tout fut inutile. Le «malheureux père dut alors tirer son épée, trancher lui-même la « tête de son fils, et prononcer ces paroles sans verser une larme : «J'ai purifié ma famille de toute souillure! Aussilôt après cette exé- «culion, il tomba évanoui et ne revint à la vie que grâce aux soins «de ses amis: mais la raison l'avait abandonné. Pauvre père! il «était fou! »

Ce jour-là même, soit par un hasard étrange, soit que l’atroce inflexibilité des vengeurs eût mis le feu aux rancunes, deux partis ennemis en vinrent aux mains à Hébron. Le parti des vengeurs se trouva engagé dans la lutte, et les principaux demandeurs du sang

du malheureux jeune homme sacrifié par son père à l’honneur de

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