POPULATION. — RACES. — RELIGIONS
| Pour les Hébreux, la Syrie proprement dite était le haut pays, la terre haute, qu’ils appelaient Aram, par rapport aux terres, basses qui portaient le nom de Chanaan. L’Aram comprenait la Syrie, la Mésopotamie et la Babylonie. Les habitants de toutes ces contrées
appartenaient à la grande famille sémitique et parlaient une langue
| commune, l'araméen. L’araméen de l’est était le chaldéen ; l'araméen | de l’ouest était le syriaque. On retrouve encore des traces d’uraméen dans les vallées étroites et reculées du Kurdistan. Quant au syriaque, il est comme le grec, l’hébreu ou le latin, une langue morte el liiurgique.
Les Syriens sont, en général, d’origine sémitique, et descendent
de la tribu araméenne. Mais il serait difficile de les classer en races
| nettement définies. Par suilé des invasions, des conquêtes et des
immigrations que l’on peut constater à chaque page de l’histoire de
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la Syrie, beaucoup de races d'hommes s’y sont mélangées; et serait, dans bien des cas et dans beaucoup de localités, très-difficile, sinon impossible, de les démêler. On y trouverait des traces de Ninivites, de Babyloniens, de Perses, d’Arabes, de Grecs et même d’Européens occidentaux; car, d’après ce que je tiens du Patriarche maronite lui-même, il est constant pour lui que plus de 20,000 chrétiens d'Occident sont restés dans le Liban après les croisades, et ont mélangé leur sang à celui des indigènes chrétiens d'Orient.
On ne peut pas non plus dire que telle race professe telle religion. Le nombre des religions et surtout des sectes est très-grand en Syrie: aucun pays n’en contient autant de variétés. Les individus et même des communautés entières y passent aisément d’une secte à l’autre et souvent d’un culte à un autre. On m'a montré, à Beyrouth, une femme d’environ trente-huit ans qui en était à sa douzième abjuration! Elle était domestique, et adoptait nettement le culte ou la secte du maître nouveau au service duquel elle entrait. Ce que je viens de dire de cette femme est assez caractéristique. Il
faut cependant excepter les Musulmans de cette élasticité de cons-
cience.
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On arrive nécessairement à un classement par religion. On ne saurait classer que la population sédentaire, et encore d’une manière Lout approximative. Quant à la population nomade, son classement et son évaluation échappent à la statistique.
La population sédentaire-de la Syrie est estimée à 2,800,000 âmes. On y compte environ 1,200,000 Musulmans de diverses sectes de l'Islam ; 500,000 Maronites et. Catholiques ; 400,000 Grecs ; 200,000 Israélites; 170,000 Druses, et de 150,000 à 200,000 Métouâlis., Ansariéhs et Jesidis. Ces chiffres ne peuvent être qu’approximatifs : car dans un pays aussi peu administré que la Syrie, et en présence de ce que l’on pourrait appeler une population flottante par rapport à la religion, toute idée de Statistique exacte serait une pure utopie.
On pourrait, à la rigueur, distinguer en Syrie deux races principales auxquelles il est possible de ramener sa population. C’est d’abord la race conquérante, la race turque. Cette race n’habite que les villes, et occupe, en sa qualité de conquérante, les grades militaires, les fonctions civiles et la magistrature. Cette race parle la langue turque au milieu de la population arabe qui l’entoure.
Une famille de la race turque, la famille nomade, est celle des Turkomans. Les Turkomans sont les Turcs nomades ou, pour me servir d’une expression caractéristique , des Bédouins turcs.
Les Turcomans, comme les Turcs, parlent la langue turque et
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professent l’islamisme, seulement, — et leur condition sociale explique ce relâchement religieux, — avec beaucoup moins de
pureté. Ils habitent plus particulièrement les gouvernements d’Alep et de Damas.
Presque toute la population de la Syrie, et principalement le baspeuple et les habitants de la campagne, appartiennent à la race
arabe. Si bien que Syrien et Arabe sont synonymes. Un banquier de
Beyrouth, un évêque maronite, un scheikh druse, un négociant de Damas diront, en parlant d’eux et de leurs compatriotes : nous | autres Arabes.
I n’y a pas de race arabe pure en Syrie; mais il y a une natio-
nalité arabe ou arabe-syrienne. Un Syrien dit : je suis Arabe, comme
un Français dirait: je suis Français ; comme un Allemand dirait :
Je suis Allemand. Cette nationalité, comme la nationalité fran-
| çaise ou allemande, est nette et tranchée, quelles que soient les
| races particulières qui la composent; c’est le trait d'ensemble qui | relie les populations de l'Arabie, de la Palestine et de la Syrie, et qui en fait la grande famille arabe moderne.
Qu’une bonne administration et, avec elle, les bienfaits de la civilisation pénètrent, par hypothèse, dans les contrées que nous j | appelons ici contrées arabes, il ne resterait, au bout d’un certain |)
temps, pas plus de traces de l’antagonisme des Druses et des
Maronites, par exemple, qu'il n’en reste aujourd’hui de la lutte | entre la Vendée et la France. Du reste, le temps n’est pas éloigné où Druses et Maronites, c’est-à-dire les Arabes libanais réunis,
| battaient les Turcs. Mais la politique turque a su les diviser pour
8 régner.
| | Je disais plus haut qu'il y a une nationalité urabe-syrienne
| dominant, pour ainsi dire, toutes les différences de race et de reli-
| | gion, et qui fait que Chrétiens, Druses, Musulmans ou Métoualis se considèrent tous également comme Arabes. ‘
C’est dans les mœurs, et surtout dans la communauté d’origine | des coutumes, qu’il faut chercher le germe de cette nationalité. Les | | Arabes tiennent presque tous leurs usages et les traits caractéristiques de leurs mœurs des Hébreux, des Araméens, des Chaldéens, | leurs pères.
| Ouvrez la Bible ou les Évangiles chaque fois qu’une coutume mo-
derne vous frappera, et, le plus souvent, vous en retrouverez la trace, sinon la citation, exacte dans les livres saints.
Cette ressemblance des mœurs arabes actuelles avec les mœurs des anciens Hébreux, partout où l'influence européenne n’a point
pénétré, est surlout remarquable dans le mode de construction des
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maisons surmontées de terrasses ; dans la forme et la nature des objets de toilette; dans la nourriture et la manière de la prendre; dans la position sociale de la femme (il faut excepter la femme chrétienne, qui est plus libre); dans les coutumes qui précèdent, accom-
pagnent ou suivent le mariage; dans les chants de fête et les épi-
thalames; dans les coutumes relatives à l’administration de la jus-
lice, à l’application des peines et au prix du sang.
C’est surtout dans l’affliction et dans Le deuil que les mœurs arabes sont, presque en tous points, semblables à celles des anciens Hébreux. La Bible est remplie de détails sur les cérémonies funèbres et sur l'expression de la douleur, el il est facile de faire le rapprochement avec les usages actuels. Chez les Arabes, chez les Musulmans surtout, à part l'usage de donner du café et du tabac-aux visiteurs qui viennent faire aux afiligés leurs compliments de condoléance , la similitude est absolue.
Les lois du christianisme obligent les Arabés chrétiens à s’écarter un peu, quant à la forme, des usages qui sont consignés dans les Livres des Rois, dans la Genèse, dans les Actes, dans les Évangiles de Jean et de Mathieu, dans le Deutéronome, dans Jérémie, Job, Tobie, Ézéchiel, etc.
Les anciens Hébreux avaient des villes et lieux de refuge, dans
lesquels celui sur lequel pesait la vengeance du sang ou qui avait
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commis un crime sans préméditation, pouvait s’abriter contre les poursuiles premières de l’offensé ou de ceux qui prenaient son parti‘. Chez les Arabes actuels il n’y a plus de lieux de refuge déterminés; mais le principe même du refuge subsiste encore aussi bien que chez les Hébreux. Il y a eu transformation, et c’est cette transformation qui est intéressante.
Le criminel, le meurtrier n’a de salut que dans la fuite, au premier moment; mais s’il se rend dans un pays voisin, s’il s'adresse au chef et lui confesse sa faute, le pays se déclare aussitôt son protecteur jusqu’à ce que le jugement soit prononcé. C’est, par opposition à ce qui se passe chez nous, une sorte de liberté préventive. Les mesures de rigueur de la part des autorités ne feraient même point, en ce cas, livrer le coupable; car les gens du village et leur chef seraient honnis s'ils ne le couvraient de leur protection, au prix de leur vie ou de leur fortune. La force armée ct les garnissaires sont employés inutilement par les pachas, parce qu’alors on fait passer le réfugié dans un village voisin, et l’on supporte patiemment les rigueurs de l'autorité.
La maison du plus cruel ennemi peut devenir un refuge pour celui qui est près d’être arrêté. Cet ennemi, au risque d’être banni,
doit se constituer son défenseur.
*Pu temps de Josué il y avait six villes de refuge en Palestine.