PARIS VICTOR PALMÉ. LIBRAIRE
HUI SAINT-8ULPICE , St.
iothfe^te'
vT .\;-'ri
Si Touvrage que nous rééditons n'avait que le mérite de son extrême rareté, nous le laisserions volontiers dormir paisiblement sur les rayons des bihliotliéques privilégiées, en compagnie de ces curiosités bibliographiques dont la rareté constitue le principal et souvent le seul mérite.
Deux siècles ont passé sur la Syrie Sainte du P. Besson sans lui rien ôter de son mérite primitif. Les récits de Tauteur ont conservé tout leur charme, et comme leur actualité, tant est grande cette immobilité deTOrient. En écoutant cet apôtre du xvii* siècle, on croirait — si ce n'était la naïveté du style — on croirait entendre un de nos missionnaires contem-
porains. Les travaux, les difficultés, les persécutions, les combats et les succès d 'alors sont encore ceux d'aujourd'hui. Dans ces poétiques contrées de la Syrie, où la France des croisades a fait de si grandes choses et laissé tant d'impérissables monuments de son passage , notre auteur recueille avec son cœur de Français et d'apôtre les souvenirs des anciens temps et des gesta Deiper Francos, Certes, en voyant ce que la France du moyen-âge et des siècles de foi a fait pour rendre à Jésus-Christ ces contrées que luimême avait évangélisées, on comprend l'impérissable popularité du nom de Franc parmi ces populations catholiques que le mahométisme opprime depuis tant de siècles et dont il poursuit l'extermination.
Nous voudrions faire connaître l'auteur de la Syrie sainte ; mais où trouver cette biographie de voyageur et de missionnaire ? Le xvn* siècle qui nous a laissé de si grands modèles en tout genre de littérature , ignorait celui des impressions de voyage ou l'art de parler continuellement de soi à propos de tout — genre si fort à la mode depuis V itinéraire de Chateaubriand et dont le goût des lecteurs se lassera plus vite que la vanité des auteurs. Le P. Besson a fort peu parlé de lui et , si l'on prenait à la lettre le
peu qu'il en a dit , on croirait que, destiné aux missions de la compagnie de Jésus , en Perse , il n'a fait que traverser la Syrie, tandis qu'il y a passé la plus grande partie de sa vie, qu'elle a été son champ de bataille et qu'il y est mort, comme il l'avait tant désiré, en soignant les pestiférés.
La biographie du P. Joseph Besson est celle de tant d'apôtres, dont la vie et les œuvres ne sont connues que de Dieu et dont la gloire ne sera manifestée que le jour où il sera rendu à chacun selon ses oeuvres. En attendant ce jour où l'histoire universelle sera refaite et complétée par l'éternelle vérité , voilà ce que les livres nous disent du P. Besson.
Il naquit en Provence en 1 607 , et tout jeune encore il entrait au noviciat de la compagnie de Jésus en 1623. Plus tard, après ses études de théologie , nous le "retrouvons dans les principales villes du midi , attirant de nombreux auditeurs autour de sa chaire, puis enfin recteur du collège de Nîmes. C'est là que Notre-Seigneur lui ouvrit le chemin de la Syrie. Le supérieur de la province de Toulouse visitant la maison de Nîmes et manifestant à la communauté réunie son désir d'envoyer un renfort à notre Mission de Syrie, le P. Besson lui dit à Tins-
tant : « Me voici prêt à partir , parlez mon père , et je pars, » Son sacrifice fut accepté: il partit. Chemin faisant ^ il s'arrête pour prêcher à Aix. Cette ville lui était chère : il y avait passé sa jeunesse , et c'est là que, trente ans plus tôt, il avait, comme il le dit lui-même, entendu cette voix intérieure qui l'appelait à la compagnie , et lui promettait les missions du Levant. En faisant ses adieux, du haut de la chaire, aux fidèles d' Aix qui le voyaient pour la dernière fois, il leur promit que, avant la fin du Carême et le jour même du vendredi saint , il porterait leurs noms et leurs vœux sur le Saint-Sépulcre.
Embarqué le 6 mars, à Marseille , il arrivait à Jérusalem, dans l'après-midi an grand vendredi ^ devant le tombeau de Noti-e-Seigneur , après avoir échappé, comme par miracle, aux tempêtes de la Méditerranée, aux nombreux corsaires qui le poursuivirent et aux Arabes qui infestaient la route de Jaffa à Jérusalem.
Après avoir raconté son pèlerinage, le P. Besson parle des travaux des autres missionnaires, mais il se tait sur les siens. On croirait que destiné à la mission de Perse , il n'a rien fait pour celle de Syrie ; si le P. Nacchi, supérieur de cette Mission, ne nous
avait conservé, sinon le détail, au moins le souvenir de ses héroïques travaux. Nous savons par les contemporains et les compagnons de son apostolat, que sa vertu, ses mortifications extrêmes, ses longues oraisons pendant une partie de la nuit ; son zèle pour les florissantes congrégations de Seydë et des autres villes de la Mission , ses talents et la douceur de son gouvemen\ent pendant qu'il fut supérieur, le firent aimer de tous. La connaissance parfaite qu'il avait de la langue arabe le faisait écouter avec le plus grand plaisir par ceux mêmes qui la parlaient le plus élégamment. Ses manières franches , sa gaîté toujours aimable rendaient plus faciles les nombreuses conversions qu'il opérait. Son courage lui faisait choisir de préférence les villes les plus malsaines et les plus abandonnées du littoral. Son dévouement méritait une récompense, et Notre-Seigneur, ne voulant pas la lui différer plus longtemps, mit dans son ccpur le désir et le courage d'aller chercher la mort au milieu des pestiférés de la ville d'Alep. Dès qu'il eut permission de se dévouer , il partit avec l'espérance du martyre , et quand il eut épuisé toutes ses forces au salut des autres. Dieu ne lui refusa pas la glorieuse mort qu'il avait tant désirée.
Après avoir parlé deTapôtre, parlerons-nous de Fécrivain? Son livre n'est point Tœuvre d'un littérateur, mais un simple récit de faits intéressants. Si le style, quoique plein de charme et de naïveté, semblait un peu trop vieux à quelques oreilles délicates, nous rappellerions que le P. Besson quitta la France quand elle parlait encore la langue de Louis XIII , cette langue qui disait beaucoup en peu de mots , et que des juges compétents ne se font faute d'admirer , même après les splendeurs du siècle de Louis XIV.
Nous espérons que ce livre qui nous est venu de la Syrie, retournera sous ce beau ciel, en compagnie des pèlerins qui vont demander aux saints lieux de ranimer leur foi , sur cette même terre de Syrie , où leurs pères ont conquis par leur sang la Jérusalem du temps , et celle de Tétemité.
A. CARAYON ,
De la C* de Jésus.