PRÉFACE
J'ai souvent appris qu'on s'étonnait à Rome et en France de ce que les missions de Syrie, qui ne doivent pas être moins fécondes que les autres de notre compagnie , n'ont donné au public aucune relation de leurs progrès depuis leur établissement. Pour justifier ce silence, il me suffirait de dire que, travaillant dans le pays où le christianisme a pris naissance, ils ont imité les premiers chrétiens et pratiqué leur maxime , de faire beaucoup , souffrir davantage , et d'écrire très-peu ; mais la véritable raison est que
* Cette préface est la copie d*une lettre écrite par le P. Nicolas de PoiRRESSON, Supérieur des Missions de Syrie, au R. P. Jacques Renault, Provincial de la Compagnie de Jésus en la province de France , et datée de Seyde, te 24 novembre 1659.
l'exercice de leurs fonctions se faisant parmi les Turcs, les Juifs, les hérétiques et les schismatiques, la prudence chrétienne les oblige de peu parler et d'écrire encore moins,' pour se garantir des surprises et des violences.
C'est ce qui a obligé jusqu'ici les missionnaires de la Syrie de cacher ce qu'ils y font et de Tensevelir dans l'obscurité, se contentant de servir Dieu, sans chercher des témoins parmi les hommes, ni d'autre récompense que lui-même.
J'ai été du même sentiment durant plusieurs années, et bien que j'eusse quantité de raisons pressantes pour m'obliger à manifester leur zèle et leur vertu pour l'édification du prochain , j'en avais d'autres plus fortes qui m'ont fait prendre le parti de leur prudence et de leur modestie pour la gloire de Dieu.
Mais depuis quelque temps je commence à m'apercevoir que ce silence nous est préjudiciable, et cju'il forme un grand obstacle à nos fonctions, soit en couvrant sous la cendre les actions éclatantes qui peuvent allumer la vocation dans le cœur des ouvriers apostoliques, ou en cachant le bien qui réveille la charité des catholiques. C'est pourquoi j'ai cherché
quelque milieu qui pût nous profiter sans nous nuire, avancer la gloire de Dieu sans la détruire, et donner de l'édification aux c];irétien$ sans scandaliser leurs adversaires. Je pense l'avoir trouvé dans Touvragè que le P. Joseph Besson a composé pendant le séjour qu'il a fait en nos contrées avant d'aller en Perse.
Je l'envoie tout entier à V. R. pour le publier en France. Le mérite de l'auteur est assez connu par ses prédications publiques et par sa vertu singulière, pour donner créance à ce qu'il écrit, et comme il ne dit rien qu'il n'ait vu de ses yeux, ou qu'il n'ait lu dans les mémoires fidèles de nos archives , et dont il n'y ait des témoins assurés , je ne doute point que son livre ne soit bien reçu de tout le monde. Les missionnaires apostoliques y trouveront des étincelles pour exciter leur zèle ; les prédicateurs des remarques , pour allumer dans les cœurs l'amour envers Jésus notre Sauveur; les interprètes de l'Écriture- Sainte , des réflexions solides pour l'éclaircissement de passages obscurs ; les fidèles des points de méditation, pour considérer avec goût les mystères de notre religion , et les âmes charitables qui contribuent de leurs biens à la culture de ce pays infor-
tuné, recueilleront une satisfaction entière de la joie d'avoir contribué à produire des moissons si consolantes et des fruits si#précieux , qui font connaître et glorifier Dieu dans les lieux où il a été le plus méconnu et le plus méprisé.
L'ouvrage est divisé en deux parties : la première est un récit historique de l'établissement, du progrès et des fruits des missions de notre compagnieen Syrie, pour montrer combien ces emplois sont utiles au prochain et glorieux à Dieu. I^ seconde est un entretien plein d'intérêt, non -seulement de la protection divine sur les pèlerins qui entreprennent le voyage de la Terre-Sainte, mais de la bonté du Rédempteur qui a laissé des marques sensibles de son amour dans toute cette contrée pour exciter la dévotion des chrétiens qui, n'ayant pas le bonheur de voir, ont la grâce de croire les mystères qui se montrent ici dans leurs monuments.
La première partie sera toute nouvelle , n'ayant point encore paru en public, plaira aux esprits qui verront tant de belles et fructueuses actions parmi tant de souffrances intolérables. La seconde aura quelque chose d'ancien, et quelque chose de nouveau et peu connu. Ce qui est ancien se trouve dans l'inven-
taire des Saints-Lieux ; ce qui est nouveau consiste dans les remarques de Fauteur et dans les preuves solides de rÉcriftire, de la tradition des Pères , dont il renforce ce que les autres se contentent de toucher en passant 9 et disent seulement sur la foi des pèlerins, d'où naîtra un mérite particulier à son ouvrage qui sera utile aux ignorants, et ne sera pas désagréable aux savants. Sur cette espérance, je me recommande à vos saints sacrifices, et suis, etc.
Nicolas de POIRRESSON,
De U C* do Jésus.