‹ La Syrie et la Terre Sainte au XVIIe siècleChapitre 142 sur 159 · ET PLUS BELLE EN SES MONTAGNES · texte numérisé non relu

ET PLUS BELLE EN SES MONTAGNES

A bien considérer la Palestine, elle est incomparablement plus belle dans ses grottes , qu'en tout ce qui se produit au dehors. En effet les plus grands mystères ont été accomplis dans des lieux qui sont à présent sous terre , soit que ces sanctuaires , après tant de renversements et de guerres , se trouvent sous des ruines , ce qui paraît en plusieurs endroits et qu'il faut remarquer comme un éclaircissement de ces questions des Lieux Saints, ou qu'effectivement leur situation fût souterraine.

Il en est de la Palestine comme de la ville de Rome, dans laquelle on considère deux Romes; la Rome des martyrs et de leurs sépulcres, qui est toute cachée , et cette Rome visible composée d'une réunion des plus grands personnages du monde et ornée d'un chef visible.

Mais après avoir reconnu la sainteté de cette Palestine souterraine , après avoir adoré Jésus-Christ dans son sépulcre, dans ses prisons et dans sa grotte de Bethléhem, avouons que cette terre sainte n'a rien de plus fécond en mystères que les montagnes , ni rien de plus majestueux , puisqu'aux termes de l'Écriture , les

montagnes de Jérusalem sont saintes : Fundamcnta ejus in moniibus sanctis, et la moindre en apparence, à savoir le Calvaire , tout percé de grottes , tout stérile et couvert d'ossements de criminels , parait néanmoins avec tant d'éclat, et s'élève au-dessus de toutes les montagnes du monde.

Voyons donc premièrement les montagnes de la Galilée et celle-là nemmément qu'on appelle la montagne de Jésus-Christ , où il multiplia les pains et traita d'une manière toute céleste le peuple qui le suivait. On y voit encore treize grandes pierres que sainte Hélène y fit mettre pour marquer les places des apôtres et désigner la table de Jésus-Christ , le roi de ce festin. De là il faut que nous allions à Dothain et que nous arrivions jusqu'à l'ancienne Béthulie toute couronnée de forts.

La solitude que nous rencontrerons sur le chemin , appelée Dothain est agréablement affreuse. On découvre de ce lieu uni et éminent, la mer de Tibériade , et sur cette montagne l'un des plus anciens trésors du monde , qui est la citerne de Joseph , sanctuaire que les Arabes mêmes et les peuples barbares révèrent. Je m'inclinai sur le bord de ce puits pour y mêler mes larmes avec ses eaux , car la source en est encore ouverte et assez abondante.

Bien que nous ayons toujours monté, comme par plusieurs degrés de diverses montagnes qui dominent la mer de Tibériade , il faut néanmoins aller beaucoup plus haut et traverser un agréable désert jusqu'à Saphet qui est l'ancienne Béthulie , selon le sentiment d'Adrichomius , qui met le camp d'Holoferne du côté de Dothain et dit qu'il en reste quelques marques que je n'ai

pu voir. Le même auteur ne compte qu'un mille de Dothain à Béthulie , mais il me semble que la mesure n'est pas assez exacte ; buvons de ces belles eaux de la fontaine de Béthulie, qui est au fond d'une vallée et de laquelle l'Assyrien se saisit , conune aussi des avenues des montagnes , au milieu desquelles on voit une ancienne forteresse nommée Saphet ; il en reste un grand tour de murailles extrêmement épaisses. C'est comme un labyrinthe de murailles, où il n'y a guère moins de bâtiments sous terre que sur la terre même. On monte à cette citadelle ruinée par trois ou quatre petits bourgs bâtis sur la pente des rochers, en des lieux qu'on a rendus pleins et unis. J'avoue que je n'ai rien vu de plus imprenable que cette place , la plus importante des dix villes comprises sous le nom de Décapolis.

Laissons cette Béthulie tant renommée, que les chevaliers Templiers avaient gardée durant quelque temps et que nous avons perdue par une manifeste punition de nos crimes. Allons voir une autre citadelle , qui était le second rempart de nos Français , après la prise de Jérusalem , la conservation de Ptolémaïde et la terreur de tous les pays circonvoisins habités par les Maures. Montons jusqu'au Thabor où nous verrons Jésus-Christ avec Moïse et Élie , et assisterons au plus agréable de tous les mystères. Que ce réduit qui est au haut de la montagne me parait majestueux? Jésus-Christ y déploie toutes les beautés et attire sur son humanité toutes les lumières du ciel et de la Trinité même , qui s'incline par une merveilleuse complaisance. J'eus le bonheur de dire la messe sur l'autel de saint Élie*qui encore vivant après tant de siècles et canonisé avant sa mort, dont

le tabernacle est à la main gauche en entrant et regarde à la droite celui de Moïse , le tabernacle de Jésus- Christ étant au milieu , comme le centre où se rendent toutes les lignes et l'accomplissement de toutes les lois. Concluons réloge de la Terre-Sainte, à l'égard de ces montagnes véritablement saintes , tant de la Galilée que de la Judée et Samarie, comme nous les avons marquées en leurs places , par ces paroles de saint Jérôme : plus cette contrée couverte de montagnes est privée des délices de la terre , plus elle multiplie celles de l'esprit*. Descendons maintenant à la plaine d'Édrelon , la plus grande de la Galilée et l'une des plus belles du monde. On l'appelait autrefois la grande campagne^ ou la plaine de Mageddo , aujourd'hui on lui donne le norp de Saba , tiré d'un château voisin , comme dit Adrichomius , qui ne lui marque que dix milles de longueur et étend sa largeur jusqu'à la mer de Galilée. Ceux qui l'ont bien considérée jugeront que c'est l'un des plus beaux et des plus fertiles endroits de la Terre-Sainte , en blé , en vin, en huile et en tout ce qui est nécessaire à la vie humaine. Cette plaine est le théâtre des grandes histoires et le champ de bataille de Barac qui vainquit Sisara , de Josias qui fut blessé par les archers de Nichao , roi d'Egypte et mourut de ses plaies.

Il faudrait beaucoup étendre mon discours , si je voulais m'engager dans les plaines de la Palestine , et nommément dans celles de Zabulon , où les anciens rois de ce pays assemblaient leurs armées et les entretenaient à

* HaBC terra montosa est et in sublimi sita, quantum a deliciis sœculi vacat, tanto majores habet delicias spiritus.

cause des grands pâturages et de la belle fontaine qui s'y trouve. Elle est terminée à la montagne de Saphuria^ qui est le lieu de la naissance de sainte Anne, orné par sainte Hélène , d'une belle et riche église , dont les colonnes y sont encore entières, mais enterrées. Le voisinage de Nazareth rend ces masures plus illustres.

Je ne dis rien de la plaine de Rama , qui est extrêmement vaste et féconde , dont on porte les bornes de Césarée de la Palestine jusqu'à Gaze , ni de celle qu'on voit entre Cana et la montagne des béatitudes , où les apôtres arrachèrent quelques épis d'un champ pour soulager leur faim et laisser des preuves de leur éminente pauvreté , qui fait le fondement de la vie apostolique. •

Achevons ce traité et montrons que la Terre-Sainte est toute à Jésus et à Marie.

XXXVllI. — La terre sainte , le domaine de jésus

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