‹ La Syrie et la Terre Sainte au XVIIe siècleChapitre 141 sur 159 · XXXVI. — La terre sainte déserte et peuplée · texte numérisé non relu

XXXVI. — La terre sainte déserte et peuplée

La vue de la Palestine suffit pour prouver une partie de cette proposition , savoir que tout ce pays est un grand désert et une vaste contrée que le péché dépeuple tous les jours. «La peste , la polygamie , les divisions intestines , la jalousie mutuelle des grands et le naturel de l'Arabe y sont, ce me semble , les véritables causes de cette solitude.

La peste est un mal que Dieu envoie pour en tirer un grand bien; car plusieurs petits enfants par ce moyen sont garantis et sauvés ; la puissance ennemie en est notablement affaiblie , cette multitude de Sarrasins qui inonderaient le monde , en est beaucoup diminuée , vu nommément que la maladie revient presque chaque année , et non plus attachée , comme autrefois , à la crise d'une septième année. D'ailleurs la stupidité de ce peuple est merveilleuse, en ce que , croyant à la fatalité , il ne se préserve point et laisse ensemble les sains et les malades. Il faut remarquer que sitôt que les grandes chaleurs commencent , la peste cesse , qu'un feu éteint l'autre et que ce qui entretient le mal dans les régions plus tempérées le fait cesser ici.

La polygamie , qui devrait ce semble servir à peupler davantage le pays , le dépeuple , par une secrète conduite de Dieu , qui la permettait durant les premiers siècles et la bénissait, et qui en ce temps de perfection et de christianisme , réduit toutes les alliances au mystère

de l'unité. Je ne doute point qu'on n'en puisse apporter des causes plus sensibles, mais quelque cause qu'on ajoute , il est vrai que la plupart des Turcs ne sont guère plus heureux que Mahomet qui, de tant de femmes n'eut qu'une fille.

Pour le troisième chef , la division de ces peuples est un mal assez connu, et Solyman ne pourrait pas dire à présent , avec vérité , ce qu'il disait autrefois : que la puissance des princes chrétiens n'étant qu'un serpent à plusieurs tètes, la sienne faisait un dragon qui avait plusieurs queues et n'avait qu'une tête. Ne parlons pas du sang qui se répand tous les jours et ne remuons pas les cendres des morts. Mais disons pourtant que la jalousie mutuelle des grands affaiblit extrêmement ces États et qu'elle en tire le meilleur sang. Je laisse l'avarice et le naturel des grands , semblable aux dragons qui se nourrissent de plusieurs petits serpents. Certes la grandeur qui n'est pas chrétienne , est d'ordinaire malfaisante.

Mais si la Palestine est déserte , comment est-elle peuplée ? De vrai c'est une solitude, si vous comparez l'ancienne à la nouvelle ; puisque dans la seule Galilée on comptait quatre cent quatre villes ou villages ; mais les villages valaient des villes , les moindres étant composés de quinze mille âmes. Je n'ose pas dire avec Joseph , de quinze mille capables de porteries armes, cela me paraît incroyable. Il est constant néanmoins que les Galiléens étaient dès leur enfance d'un naturel guerrier et que c'était une nation fort npmbreuse.

Que si vous considérez les divers peuples dont elle est aujourd'hui comme le théâtre et nommément dans ces deux villes d'Alep et de Damas , qui sont ses deux yeux ,

vous jugerez de la vérité de ma proposition , qu'étant à présent déserte à l'égard du nombre de ses anciens habitants , elle est néanmoins peuplée par la diversité des nations qu'elle contient.

XXXVIL — La terre sainte, belle en ses plaines

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