‹ La Syrie et la Terre Sainte au XVIIe siècleChapitre 155 sur 159 · LIV. — Les cérémonies · texte numérisé non relu

LIV. — Les cérémonies

La religion ce semble a quitté ce pays et s'est retirée en Europe; celle des mahométans est fausse , celle des Juifs n'est que dans les livres , et celle des chrétiens qui vivent dans l'empire du Turc, est en plusieurs toute glacée et presque mourante. Ils sont à la vérité constants dans leur foi ou dans leurs erreurs , mais incontants à maintenir la dévotion quand ils l'ont embrassée. Ici la prêtrise et même l'épiscopat ne sont pas des choses fort recherchées , parce qu'elles ne sont pas d'un grand revenu, si ce n'est d'outrages et quelquefois de coups de bâtons que les Turcs donnent volontiers, parce qu'ils les vendent fort cher. Un coup de bâton étant taxé un écu, aux dépens de celui qui le reçoit , celui qui le donne , se voulant payer de sa peine ; ceci paraîtra incroyable à ceux qui n'ont pas été en ce pays du Levant; mais tous ceux qui en sont revenus le témoigneront ; et quiconque est informé des mœurs de ce peuple , ne peut douter de tout

ee que j'ccris dms ce diapître de leur antipafliie pour Bos flraocs; nous n^assuroK rien que noos n'ayons th.

On ne dit ici iTordinaire qn'nne messe chaque jour cA même les dimanches; il y a peu iTantels et moins encort de célébrants; tons hors les Maronites, sacrifient arec dn pain kré. Les prêtres qui ne célèbrent pas , ne laissent pas d'assister à la messe et de tenir lenr rang, mais arec on habit commun , honnis œnx qni serrent de diacres on de soos-diacres.

Chacun communie ici sous les deux espèces , hormis les Maronites. Leurs prêtres néanmoins, qni communient sans célébrer , reçoÎTent une particule trempée dans le sang de Xotre-Seigneur.

Dans rÉgiise grecque, on donne aux laïques des particules du pain consacré dans une cuiller remplie du précieux sang. On donne même le calice aux ministres de Fautel, et le corps de Jésus-Christ dans la paurae d'une des mains qui est soutenue de Tautre en croix. Ainsi tous ces rites sont bien différents des cérémonies d*Europe.

La musique ne s'entend guère dans les églises du Levant, qui sont justement en deuil, depuis qu'elles ont perdu les avantages qu'elles possédaient autrefois.

On a banni les cloches et les horloges de l'empire de Mahomet , à la réserve néanmoins de l'élise du patriarche des Maronites ; la dévotion a perdu en ces contrées d*outre-mer tous ces adoucissements et ces embellissements.

Les chrétiens scbismatiques baptisent en plongeant trois ToisTenfant, et nous en ondoyant; ils Tout le signe de la croix de la droite à la gauche, et nous de la gauche à la droite.

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En Europe, on a du respect pour les églises; ici on y boit durant les prédications mêmes et à la vue de tout le monde. La cruche d'eau passe de main en main , jusqu'au prédicateur, qui, après avoir prêché, boit un long trait devant ses auditeurs; c'est là toute sa collation et toutes ses confitures.

En France on loue le prédicateur en particulier, et les conjouissances pour le beau sermon ne se font qu'entre les amis ; ici au milieu du sermon , le prédicateur demande à ses auditeurs s'il a bien dit, et les auditeurs ne manquent pas de donner l'approbation; ce dialogue pourtant se fait avec plus de simplicité et moins de vanité.

En France, si le prédicateur est contraint de recourir à son papier, il peut dire adieu à cet emploi et méditer quelque retraite de dévotion. On en a vu qui, après un semblable malheur, ont passé les monts et sont allés voir l'Italie; et ici il n'est pas moins honorable de lire son sermon que de le dire.

En France , les belles prédications ne se font que dans les belles chaires bien parées, où le beau surplis n'y manque pas; ici parmi nos Maronites et nos Grecs, le prédicateur n'est pas plus haut monté que les auditeurs , et son habit n'est pas différent de celui qu'il porte hors de l'église.

En France , l'église est honorée et les ecclésiastiques ne tiennent pas le dernier rang aux États des provinces; ici les ecclésiastiques et les religieux passent pour le rebut du monde. On croit qu'on ne prend cette condition qu'au défaut d'une meilleure, et que se faire religieux est le pis aller dans la fortune.

Parmi les Mahoraétans l'habit fait le religieux; ils n'ont que l'apparence de cet état , et quelques raomraeries ; ils vivent en commun tous dans un grand réfectoire, et dépendent d'un supérieur. Le plus bel exercice de dévotion qu'ils aient, c'est de danser en rond au son des flûtes, avec une vitesse incroyable et durant des demi-heures entières; ils ont néanmoins des retraites spirituelles d'un mois; mais figurez-vous quelles sont eurs pensées et quelles idées ils peuvent avoir de Dieu.

Il y a quelques religieux turcs solitaires qui passent une partie de la journée à faire des adorations extérieures et porter le front en terre. J'en ai vu un qui , tous les jours , du bord de la mer , saluait mille fois la sainte montagne du Carmel, en inclinant la tète; j'en ai vu quelques autres qui faisaient de grandes amitiés aux religieux, se figurant qu'ils étaient comme des leurs.

Parmi les Mahométans, les fous sont en vénération comme des saints ; de sorte que même les criminels d'Élat, pour se garantir de la justice, font sagement les fous.

Enfin le Levant n'est pas plus opposé au Couchant que les mœurs de ces nations, à celles de nos Européens, et nommément delà France, à laquelle pourtant je dirai qu'elle est plus obligée à secourir ces chrétiens quelque dissemblables qu'ils soient, et particulièrement les Maronites, parce qu'ih prient tous les jours à la messe pour le roi de France, qui est appelé le roi des chrétiens.

Après avoir achevé cette seconde partie de la Syrie sainte , disons à Jérusalem, qui en est toute la gloire : Si je viens à oublier Jérusalem , que j'oublie

cette main qui en a décrit les merveilles , si Jérusalem n'est le premier et le plus doux de mes souvenirs, que mon esprit soit privé de toute autre pensée *. Jérusalem sera mon unique modèle, et comme le Calvaire est le milieu ou le cœur de cette ville , je le placerai dans mon cœur avec la Croix , qui fait les armes de Jérusalem; afin que par une double alliance, la Croix soit dans mon cœur , et mon cœur dans la Croix. Ces belles paroles étaient la devise du séraphique saint Bonaventure et doivent faire la nôtre : Cmx in corde , cor in cruce.

* Si oblitus fuero tui Jérusalem obIWioni detur dextera mea : adhaereat lingua mea faucibus meis, si non meminero tui : si non proposuero Jérusalem in principio Istitie me». Psal., cxxvi, 5 et 6.

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