‹ La Syrie et la Terre Sainte au XVIIe siècleChapitre 19 sur 159 · LES BANIANES · texte numérisé non relu

LES BANIANES

Ils s'appellent du nom de leur chef Banian, et sont originaires des Indes. Quand on leur demande quelle religion ils professent, ils se disent de celle d'Adam; ils adorent les veaux, et ne mangent point de chair de vache ; encore moins leur est-il permis de les tuer. Us hoivent pourtant de leur lait, et adorent je ne sais comment un créateur de l'univers. L'un d'eux ayant été guéri d'une maladie par le père, lui fit plusieurs petits présents de son pays, qui est Diu , entre la Perse et le Mogol, et lui voulut même donner une notable somme d'argent qu'il refusa. Un jour le père s'étant informé des erreurs desbanianes, et voyant combien ce pauvre infidèle était éloigné du royaume de Dieu, se mit à pleurer de compassion. Alors ce païen lui dit qu'il se consolât, qu'il lui amènerait sa famille et qu'il se ferait chrétien. Avant que de quitter le père, il acheta sur son départ une esclave qu'un renégat napolitain lui avait vendue. Il l'épousa à la façon turque; mais le père obtint de lui qu'il laisserait vi'nre cette pauvre chrétienne candiote en sa religion. La crainte pourtant d'une avanie, la lui arracha bientôt dans Bassora, et l'obligea d'en faire un présent à un capitaine franc. Ainsi la Providence veillait pour le salut de cette pauvre infortunée, que le père avait voulu sauver. Je ne puis dire, sans un extrême déplaisir, qu'on tient dans les contrées de l'empire ottoman, des

marchés où Ton vend des hommes, des femmes, des filles et des garçons ; je vis dernièrement une barque toute chargée de ces pauvres créatures qu'on menait au Caire, véritable Babylone, où Ton Tait un commerce publie des hommes dont la liberté a coûté si cher à Jésus-Christ. Il faut venir en ces pays du turc, pour voir des misérables et pour se rendre reconnaissant du bonheur de notre condition. Les missionnaires donnent des larmes quand ils ne peuvent pas prêcher la parole de Dieu en semblables conjonctures , et disent : Jusqu'à quand , Seigneur, durera votre colère? Jusqu'à ce que, dit le Seigneur, les villes soient ruinées et désertes, les maisons sans habitants et le pays abandonné *. Tout cela est fidèlement accompli dans la Syrie et dans la Palestine , où j'ai traversé de grands pays, remplis autrefois de peuples et de villes, sans y rencontrer un homme : et encore aujourd'hui l'extermination jusqu'à son retour au Seigneur*. Dieu y prenait sa dîme au siècle passé; mais aujourd'hui la peste visite plus souvent cette terre arrivée au comble de ses misères, qui sera , comme je l'espère , le point de sa conversion. Voilà le recueil de quelques actions d'un missionnaire qui, sans sortir d'Alep, se faisait entendre à toutes les nations du levant, où il trouvait les Indes.

* Usqueqno Domine , et dixii , donec desolentur cmUtes absque habitalore, et domas, sine homine, et terra relinquetur déserta. Is., vi, if.

* Etadhucin ea der.imatio, et convertetur. Is., vi, 13.

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