‹ La Syrie et la Terre Sainte au XVIIe siècleChapitre 55 sur 159 · III. — Que le temps de la moisson est venu · texte numérisé non relu

III. — Que le temps de la moisson est venu

Je raconterai en peu de paroles les prodiges de l'air, les signes du ciel, de l'eau, de la terre et du feu, qui semblent annoncer ce que je ne puis expliquer.

1. Un astre nouveau parut dans le ciel à la tête de Méduse, sur la fin de 1652 ; il n'était ni étoile ni comète, d'autant qu'il n'avait les mouvements ni de l'un ni de l'autre. Il se fit voir sept ou huit jours durant à Seyde et par toute la côte, un peu avant les fêtes de Noël. Ensuite, la veille de Noël sur les dix heures du soir, il s'éleva à Tripoli un bruit efifroyable en l'air. La mer hurla épouvantablement, et le vent fut si impétueux qu'il semblait que toute la ville dût être renversée. Une quarantaine de maisons furent abattues, soixante-douze personnes demeurèrent scus les ruines , cent vaisseaux du Grand Seigneur furent abîmés, et pour ce qui nous regarde

* ReTertere in terram pairum tuorum, et ad generationem tuam. Gen., XXX, 3.

* Marinas Sannutns, in secretis fidelium cnicis.

deux maisons voisines de la nôtre furent bouleversées. Il plut néanmoins à la Providence de Dieu de nous ga- i rantir et écouter les ardentes prières que nous lui fîmes. Ce prodige devait toucher les infidèle^ qui n'en devinrent pas meilleurs. Le cadi même demanda à divers quartiers de la ville pour chaque mort dix écus, et le lieutenant du pacha en voulut avoir autant. Ansi les hommes en ce pays désolent ceux que Dieu afflige , et veulent accabler ceux que Dieu touche , en tirant un tribut de la mort même. Je ne sais pas si la remarque de plusieurs astronomes est véritable, que la constellation de Méduse a presque toujours marqué des changements extraordinaires; mais je sais bien que les prodiges du ciel demandent la conversion des cœurs.

2. L'année 4653, deux colonnes parurent au ciel en plein midi sur la ville de Gaze, l'une était verte et l'autre rouge; elles étaient couronnées d'un arc de triomphe et s'élevèrent jusqu'au soleil avec un merveilleux éclat, et puis elles tombèrent avec une extrême vitesse, et toute cette gloire apparente fut dissipée en un moment.

3. La même année, au mois de mars, la foudre tomba le matin, à cinq ou six heures sur les boutiques de Damas qui sont unies à la grande mosquée , y brûla tout un côté de la rue et découvrit une porte de cette ancienne église que les boutiques cachaient , où étaient gravées ces paroles : Votre règne, ô Christ ! est de Ums les siècles, et votre domination s'étend à toutes les générations *.

4. Cette même année encore, au mois d'avril, les neiges du Liban se fondant firent un déluge si grand ,

* Regnum tuum, (o Chrisie !) regnum omnium saeculorum, et dominatio tua in omni generatione et generationem. Psal., cxLiv, 13.

que les petites rivières et les ruisseaux de Damas s'enflèrent extraordinairement, et, entrant dans les faubourgs, s'élevèrent jusqu'à une pierre de marbre noir haute de trois ou quatre pieds, où il y a des caractères arabes effacés. Il faut savoir que l'ancienne tradition de la ville a toujours été que quand l'eau arriverait jusqu'à la hauteur de cette pierre , il y aurait du changement dans la Syrie. Comme cet événement troubla beaucoup les esprits, on a essayé de lire ces lettres effacées, et enfin on a trouvé que la tradition y était gravée : Les poissons dont parle le Prophète , ensuite du débordement du torrent, seront de ceux qui s'engagèrent autrefois dans les filets de Saint Pierre*.

5. En 1656, la foudre tomba en même temps à Tripoli, sur trois mosquées, l'une du château, l'autre de la ville, la troisième d'une porte de la ville ; elle tua dans le château un de ceux qui criaient : il n'est point de Dieu que Dieu, et Mahomet l'apôtre de Dieu; paroles qui font de Mahomet un envoyé de Dieu, pour ruiner la vérité des paroles de l'Évangile *.

6. La même année, trois soleils parurent à Tripoli, en même ligne de l'horizon , du côté du levant; plusieurs ajoutent qu'en même temps on vit un grand nombre de croix dans le ciel ; sur quoi le raisonnement de cette ville fut que ce signe était de bonne augure pour les chrétiens qui adorent la croixet trois personnes en un Dieu .

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