CONVERSION DE LA SYRIE
L'Église de l'occident doit renvoyer ses lumières à celle de l'orient , engagée dans les ténèbres du schisme
et des hérésies*. Un grand évêque de Crémone, légal du pape Jean XIII , disait à l'empereur de Constantinople , Phocas : Vous avez forgé les hérésies , nous les avons ruinées; vous les avez produites, vous autres Grecs , et nous les avons fait mourir ; mais si TOrient a éclipsé sa lumière , TOccident par une douce conduite de la Providence en a été pourvue ; la grâce n'est pas perdue quand elle est rebutée, et quand un peuple la refuse , un autre la reçoit ; elle a fait longtemps sa demeure dans la Grèce et dans la Syrie , elle règne aujourd'hui sur les nations de l'Occident , qui sont plus chrétiennes et plus éclairées. Il est donc juste que nous pensions à l'instruction des autres et que nous communiquions le bien que nous avons reçu , au pays d'où il nous est venu. C'est un retour bien raisonnable , puisque les premières clartés de la foi nous sont venues de l'Orient , il ne faut pas laisser périr dans l'erreur et dans l'ignorance, ceux qui ont été nos maîtres, au moins en considération des Basile, des Grégoire, des Chrysostome et tant d'autres Pères de l'Église qui nous ont enrichis de leurs trésors. Soyons touchés de ce saint désir, d'étendre les missions de l'Europe jusque dans l'Asie. L'Église de l'Orient, dit Guilbert, abbé, vint jusqu'à nous lorsque les apôtres et les hommes apostoliques visitèrent nos provinces. Il faut que l'Église de l'Occident travaille aujourd'hui à la réunion de celles de l'Orient, toutes dispersées.
Mais ce soin de la conversion de la Syrie , appartient
* Hsreses omnes a vobis (Grsecis) emanarunt, pênes vos vig^erunt : à nobis (Occidentalibus scilicet) hic sunt occiss. Baron, ann. ChrisU 968. n. 24.
nommément à la France , qui ne doit pas oublier son ancienne conquête, ni perdre son titre d'une possession de quatre-vingt-huit ans. Elle doit se souvenir de la dévotion de ses religieux conquérants , qui , après la prise de Jérusalem , tournèrent d*abord leurs pensées au culte des Saints-Lâieux et avant même que d'élire un roi, firent sept jours durant, le tour des augustes sanctuaires en répandant des larmes , où Jésus-€hrist avait répandu du sang. Il faut qu'elle se représente les siècles passés et le temps de sa conversion , qui fut l'ouvrage de ceux que la Syrie et la Terre-Sainte lui envoyèrent. L'Évangile passa de la Judée aux villes de Tyr et de Sidon , et de là, en France et en Espagne. La première persécution qui s'excita en Jérusalem , envoya Lazare avec ses deux sœurs , Marie-Madeleine et Marthe, en France , et Marseille fut favorisée des premiers rayons de ce soleil. On montre encore à présent dans la ville d'Arles la rue et la maison de saint Paul. On ne doute pas que saint Trophime , l'un des disciples de Jésus-Christ , n'ait établi la religion dans cette ancienne et illustre cité. L'Espagne et l'Allemagne ont semblablement reçu de l'Orient les premières lumières de la foi , d'où j'infère que tous ces florissants États doivent enflammer leur zèle pour rétablir Jésus-Christ dans le pays de sa naissance et le remettre dans sa patrie.
II. — Que l'air de là terre-sainte adoucit les travaux DES missionnaires ET INSPIRE LA DÉVOTION.
Ce n'est pas sans raison que le prophète-roi met Dieu
dans son tabernacle , au milieu de son peuple , comme un soleil au milieu des planètes , et comme un feu, qui, par une action également inégale , selon les approches et l'éloignement , échauffe ceux qui sont à Tentour *. A mesure que nous approchons de lui , il nous départ ses influences et nous communique ses grâces , et partant , c'est un bonheur tout particulier de vivre dans une terre arrosée du sang de Jésus-Christ et pleine de sa vertu ; d'être proche de son tabernacle et de son sépulcre , de s'unir à lui , s'il faut ainsi dire , par la voie des sens et de respirer l'air qu'il a consacré. Ceux qui ne rebutent pas les grâces de Dieu et qui en ont éprouvé les douceurs , connaissent la vérité de cette proposition ; ils ressentent l'attrait de la Terre-Sainte qui est l'aimant des esprits. C'est l'amour , dit saint Paulin , qui ravit les hommes et les emporte à Jérusalem , comme l'ambre attire la paille. Jésus-Christ crucifié attire tous les cœurs à soi *. Un aimant donne sa vertu au fer qu'il touche et Jésus , que le prophète appelle un aimant ou ambre lumineux *, insinue une vertu attrayante à la terre qu'il a touchée. C'est pourquoi nous collons notre bouche sur les sanctuaires et baisons si avidement les lieux de notre rédemption ^ ; c'est l'amour de la patrie et du principe originel qui nous pousse intérieurement vers ces provinces , d'où la grâce du baptême est émanée et où les sacrements, qui sont les sources de l'être chrétien
* Et YeriUs tua in circuitu tuo. Psal. , Lxxxvin , 9.
* Et ego si exalta tus fuero a terra omnia trahant ad meipsum. Joan., xu,32.
' Et splendor... ejus quasi species electri. Ezech., i, 4.
* Âdhesit pavimento anima mea. Psal., cx?in, 25.
ont été établis. Il nous semble qu'on nous dit dans le cœur, cette parole qui Tut dite à Jacob : Retournez dans le pays de vos ancêtres *. Nous regardons Hébron , dit Sannutus*, comme le lieu où le premier homme fut formé y et Jérusalem comme l'endroit où il fut réformé et racheté. Enfin le lait et le miel coulent de tous les endroits de celte terre, d'où je conclus que les travaux y sont doux et que la mission la plus pénible n*est pas la moins agréable.