‹ La Syrie et la Terre Sainte au XVIIe siècleChapitre 57 sur 159 · SYRIE SONT HEUREUX · texte numérisé non relu

SYRIE SONT HEUREUX

Parce que l'on peut appréhender le trajet d'une mer croisée en divers endroits par les corsaires et qui, n'étant pas extrêmement profonde, a plusieurs bancs de sable , qui rendent la navigation dangereuse , j'ajouterai un mot du bonheur de nos missionnaires , qui depuis trentecinq ans, sont tous arrivés heureusement, et ont éprouvé les effets d'une Providence toujours particulière. Celui qui vint en 1651 était dans un vaisseau qui voyageait en conserve de deux autres et de trois barques. La tempête fut si horrible, tout proche du cap noir d'Afrique, que toutes ces voiles étant dispersées, un vaisseau, où il y avait plusieurs chevaliers de Malte, fut arrêté par les sables et pris par des coureurs de barbarie , et celui dans

lequel se tronvait le Père fat porté avec une extrême Tiolence contre ce cap ; mais au moment qn'il le devait toncher et se briser en mille pièces , une main invisible tourna la proue avec tant de violence et d'adresse, que la maîtresse antène ayant été brisée y par le seul effort du retour , il fit encore cent milles durant le cours de cette nuit terrible, mais heureuse en sa fin.

L'année auparavant , deux Pères arrivèrent à Seyde , après un voyage qui ne fut pas exempt ni des dangers de la mer , ni des feux célestes appelés Castor et PoUux^ qui roulèrent longtemps à l'entour de voiles; mais à mesure que ces feux approchaient, on les repoussait avec la croix : ce qui arriva plusieurs fois , comme par un jeu miraculeux de la Providence qui éloigna de ce navire l'embrasement des voiles, pour le garantir du naufrage , et qui se servit de cette merveille pour faire qu'un hérétique présent se résolût d'honorer désormais la croix. Ne direz-vous pas qu'en même temps ces missionnaires parurent également puissants sur les mers et dans le ciel? Elu ce que ce même vaisseau, lorsqu'il était sur le point de prendre port à Seyde , fut poussé par un violent orage contre des pointes de rocher , de sorte qu'il n'était qu'à deux doigts de sa perte ; mais en ce fatal moment, le vent changea et le ciel montra que la vie des hommes ne dépend que d'une bouffée de vent.

Celui qui partit l'an 1654 fut quatre mois durant sur la mer , pour un si petit trajet ; ce qui parait être incroyable , si plusieurs témoins ne garantissaient ma parole. Au reste , cette navigation ne fut qu'un enchaînement de tempête et de calme plat qui les exposait tantôt jàM naufrage et tantôt aux corsaires. La tempête fut très-

violente en divers lieux , mais particulièrement aux rochers de Candie , lorsque le navire se trouva entièrement renversé par les flots. Dieu le remit néanmoins et le tira du précipice et des abîmes , dans lesquels il commençait à couler.

Il y a quatre ans que quatre de nos Pères arrivèrent à Tripoli durant la nuit; de sorte qu'ils furent contraints de coucher dans la barque que la fureur des vents détacha et emporta contre un vaisseau du pays , embarrassant ensemble les voiles, ce qui l'arrêta et les délivra du naufrage pour ce coup ; mais il arriva la même nuit qu'un second effort du vent arracha du port cette barque, qui eût été le jouet des ondes, si l'ancre qu'elle traînait ne se fût engagée avec celle d'un grand vaisseau où elle s'attacha. Ces deux dangers parurent si extraordinaires à l'un des Pères qui avait fait le voyage de la Chine, qu'il protesta n'en avoir jamais vu de pareil, ni une délivrance plus prompte et moins espérée.

Ainsi les dangers de notre navigation ne doivent pas refroidir le zèle de ceux qui soupirent après une vie et un emploi apostoliques. Il y a des coups de mer , mais il y a des coups du ciel. Il y a des écueils qui brisent les navires , et une main qui leur sert de port au milieu des tempêtes ; plusieurs de ces voyages sont laborieux , on en voit aussi qui sont plus agréables : témoin celui qui l'an 1653 arriva de Marseille à Seyde, sans tourner sa voile.

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