‹ La Syrie et la Terre Sainte au XVIIe siècleChapitre 99 sur 159 · XXVIII. — Jésus arrive a la porte judiciaire · texte numérisé non relu

XXVIII. — Jésus arrive a la porte judiciaire

Le père Vilalpand croit que Jésus4]lhrist alla à son Calvaire par la porte appelée de la Prison ou de la Vallée, suivant ces paroles de Nehemias : Egressus sum per portam vallis nocte. La prison nommée Bethiso, dit le même Vilalpand , était joignant le Calvaire, auprès de la vallée des corps morts, nommée Vallis cadaverum^ qui séparait le Calvaire de la ville.

Voilà donc la porte du triomphe de Jésus rendue plus illustre par la proximité de la plus horrible de toutes les prisons et du plus triste de tous les cimetières, qui était celui des criminels pubhquement exécutés. Ainsi Jésus, avant de mourir, fut banni de la compagnie des hommes et condamné à celle des morts d'une double mort civile et violente.

Que cette porte Judiciaire fut appelée à bon droit la Porte de Deuil! comme remarque Mallonius, Porta luctiis. Cependant prenons toutes les mesures de la rue douloureuse et du chemin du Calvaire. Du palais de Pilate jusqu'à la Porte Judiciaire, il y a cinq cent soixante-dix pas; de la Porte Judiciaire jusqu'au Calvaire, deux cent cinquante. Ainsi il y a, dit Quaresmius, huit cent vingt pas depuis la maison de Pilate jusqu'au Calvaire ; mais

je ne donne à chaque pas que deux pieds et demi au plus. voie toute sanglante de Jésus-Christ, Tachemineraent au trône! Arrêtons-nous à cette porte, baisons les pierres précieuses de la colonne qui paraît là , et sur laquelle la condamnation du Sauveur fut attachée.

XXIX. — Les sept endroits remarquables du chemin DU calvaire.

Le premier est marqué de la chute de Jésus qui, suivant l'ancienne tradition , rapportée par quelques excellents auteurs, tomba à la sortie de la Porte Judiciaire. Et c'est la seconde chute adorable d'un Dieu qui a relevé tous les hommes de la leur.

Le second endroit où il se faut arrêter avec le Sauveur défaillant^ c'est le pied du Calvaire où Jésus tomba derechef, suivant le témoignage de plusieurs savants écri- \ains, et la tradition de Jérusalem confirmée et marquée d'une pierre pour monument éternel de cette troisième chute. Adrichomius nous assure qu'on la voyait encore de son temps. Certes , ce n'est pas sans raison , qu'on grand prophète nous dépeignant le corps du Sauveur en ses dernières souffrances tout couvert de plaies, marque particulièrement la plante des pieds et la tête, comme les parties les plus affligées. Quant à la tête couronnée d'épines, on n'en peut douter, ni encore de la plante des pieds accablée de toute la pesanteur du corps chargé de sa croix, déchirée par la rencontre des cailloux, dont cette montagne du Calvaire est particulièrement cou-

verte, blessée par les diverses chutes et enfin percée de clous*.

Le troisième est celui du dernier emprisonnement de Jésus, qui fut serré dans Tune des grottes du Calvaire et gardé par les soldats jusqu'à ce que tous les apprêts de son crucifiement eussent été faits, ce que nous établirons dans la suite de ce traité. On montre cette prison, qui fait l'une des stations saintes de Jérusalem, éloignée de soixante-dix pas du lieu du crucifiement, suivant la supputation du père Quaresmius.

Le quatrième, c'est le lieu où Jésus, avec le renouvellement de toutes ses plaies, fut dépouillé de tous ses habits et mis tout nu sur une pierre , comme en butte à tous les traits d'une sanglante raillerie. C'est là où lui fut présentée la coupe de vin mêlé avec de la myrrhe, qu'on présentait à ceux qui devaient être exécutés, pour afiaiblir le sentiment de la douleur, et donner de nouvelles forces aux patiens. Mais Jésus n'en tirait que de son amour , qui était l'adoucissement de ses souffrances.

Le cinquième endroit des grandes souffrances de Jésus fut celui où l'on étendit son corps sur la croix avec tant d'effort qu'on pouvait compter tous ses os. Ce lieu est si remarquable^ que sainte Hélène fit bâtir une chapelle à l'endroit où la Sainte Vierge regardait le crucifiement et pouvait entendre le bruit de la dislocation des os et du déboitement universel de toutes les parties du divin Corps. Baisons le marbre qui couvre cette place où il faudrait demeurer longtemps; mais allons sur le sommet du Calvaire.

* A planta pedia uaque ad verlicem , non est in eo sanitas. Is., i, 6.

Le sixième est la xime du Calvaire y où la Croix fut dressée et où Jésus, déjà crucifié , fut élevé. L'Ecriture sainte n'a qu'un mot de ces deux grands mystères, le crucifiement et l'élévation de la Croix , et crucifixerunt eum; ils sont trop grands pour être oubliés; ils sont trop sublimes pour être exagérés. On ne peut pas les taire , on n'en doit pas dire davantage , si Ton veut montrer qu'ils sont supérieurs à toutes nos paroles. Plus les mystéreè sont grands , et moins de mots emploie le Saint-Esprit pour les exprimer ; il fait l'éloge du verbe incarné en ce peu de paroles , et verbum caro factura est ; et parce qu'un Dieu mort est un plus étrange et plus incompréhensible mystèpe, le terme de tous , il n'en dit qu'un mot, expiravit.

Cependant considérez que le visage de Jésus est tourné vers l'Occident , ou il marque le chemin de la foi , vers la Méditerranée et des iles voisines , jusqu'à Rome. Il tourne les épaules au Temple , indiquant la ruine d'une maison si magnifique.

Que dirai-je du trou creusé dans le rocher , où l'on engagea le pied de la croix ; Jérusalem a vu un lord , anglais hérétique , qui se sentit extraordinairement touché au moment qu'il abaissa la tète jusque dans cette ouverture , et ne pouvant modérer la violente douleur qui se saisit de son cœur, tira de sa bouche des paroles d'une parfaite conversion.

Le septième endroit , c'est la fente du rocher, qui parait à la main gauche de Jésus auprès de sa Croix, déchirée comme une pièce de drap de haut en bas. La nature la plus insensible exprima sa douleur , en la mort du Créateur de toutes choses ; et cette ouverture de la

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montagne du Calvaire est une bouche qui , d'un langage muet, nousprêchcla bonté de Dieu et ringratitude des hommes. Le rocher s'est ouvert et a ouvert les tombeaux des anciens Pères, et nommément celle-ci d'Adam enterré , suivant l'ancienne tradition (à laquelle défère tant saint Jérôme), au dessous de cette mystérieuse fente; afin que, dit saint Augustin, le sang du médecin tombant sur le malade , le guérît , et se mêlant avec ses cendres, les anirtJât d'une nouvelle vie * . Le trait de saint Lucien, prêtre d'Antioche, est remarquable. Cet homme très-éloquent , comme l'assure Eusèbe , rendant compte devant un gouverneur païen , de sa religion , parmi les autres témoignages dont il appuya sa confession de foi , produisit cette prodigieuse fente de Golgotha. Il n'est point d'endroit plus palpable pour prouver la vérité de nos mystères; j'oserai dire que cette fente est l'un des fondements inébranlables de notre foi. Saint Lucien confirme ce que nous avons dit au commencement de ce deuxième traité, qu'il y aune science des Saints Lieux, qu'on en démontre la vérité, et qu'ils servent pour autoriser l'Ecriture sainte.

Au reste la largeur de cette ouverture enfermerait presque le corps d'un homme, et sa profondeur est considérable.

* Et vere, Fratrcs, non incongrue crediUir quia ibi ercctus sil Metlicus, ubi jaccbat œgrotus. Serm., 71, de lemp.

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