‹ La Syrie et la Terre Sainte au XVIIe siècleChapitre 100 sur 159 · XXX. — Les églises de Jérusalem et les sept trésors · texte numérisé non relu

XXX. — Les églises de Jérusalem et les sept trésors

DE l'église du saint SÉPULCRE.

Que cette Église est auguste , et sans pareille ! Dans les autres Églises on représente les mystères de notre religion , et dans celle-ci on les voit en partie. Ailleurs nous adorons Dieu fait homme ^ mort pour les hommes et ressuscité, ici nous les touchons presque et nous nous unissons à lui par la voie même des sens , qui y sont consacrés et comme déifiés. Ailleurs nous exerçons les fonctions du christianisme, languissant en ces derniers siècles; dans l'Église de la Résurrection du Seigneur nous avons part aux glorieux avantages des apôtres *. C'est pourquoi la pratique des hommes apostoUques de l'Orient, était de visiter les Saints Lieux, avant que de prêcher l'Évangile aux peuples les plus éloignés. Sainte Hélène appelait cette Église la nouvelle Jérusalem; mais Urbain II, ce grand pape , qui fut la trompette des Croisades, dans un sermon qu'il fit pour le recouvrement de la Terre- Sainte , dit que la meilleure partie du monde est renfermée dans cette divine maison , qui contient le Calvaire , le lieu de la résurrection de Jésus et celui de ses premières apparitions. Combien de merveilles se rencontrent dans ce Temple? Le centre des plus grands mystères de notre religion , et comme le milieu du monde, où Jésus

* Quod fuit ab inilio, quod audivimus, quod vidimus oculis noslris, quod perspeximus, el ma nus nostrae contrectaverunl de verbo viUe... Testamur el annunciamus vobis. 1, Joan., i, 1 et 3.

a opéré le salut des horames. Je ne puis en discourir sans toucher un mot de sa fondation et de son histoire.

Environ Tan de Notre-Seign^ur 326 * , Constantin après son baptême et le Concile^de Nicée, renversa les idoles dans l'étendue de Tempire romain devenu chrétien et envoya à Jérusalem sa mère sainte Hélène , qui avança les desseins de son fils , ruina les restes de ridolâtrie et fit bâtir cette admirable église du saint Sépulcre , appelée du nom de son fils , Constantinienne , afln que Constantin ne parût pas moindre que Salomon, qui donna son nom à un temple plus beau que celui-ci, mais non pas si riche; l'un ne contenant que les ombres et l'autre les lumières, l'un ne montrant que les copies et l'autre faisant voir les originaux. Ce chef-d'œuvre fut commencé la vingtième année de l'empire de Constantin et la bâtisse dura dix ans; le patriarche Macaire en eut les* premiers soins , et Maxime , qui lui succéda cinq ans après, l'acheva. Ainsi un empereur , une impératrice et deux patriarches, contribuèrent par leurs soins à cet admirable bâtiment , lequel ayant été détruit par Chosroès , fut réparé par Héraclius^ et de rechef ayant été renversé par Ammurat, prince de Babylone, fut redressé par la princesse-mère d'Ammurat, qui était chrétienne; comme si c'était une chose fatale à cette église de n'avoir que de grands princes pour fondateurs et de grandes princesses pour fondatrices.

L'an 1009 , Ammurat le fit démolir sur la sollicitation des Juifs. La démolition ordonnée par ce barbare et la réparation commandée par la princesse sa mère sont

* Eusebi, l. m, de vita Constantini.

marquées en là même année. Godefroy de Bouillon après ses victoires y fit quelque changement, réduisant en un corps d'église , le Calvaire, la pierre de l'onction et le saint Sépulcre qui étaient trois différentes églises.

Ce monument est bâti en forme de croix; la partie supérieure regarde FOrient, le bras droit est du côté du septentrion , le gauche du midi^ le saint Sépulcre est situé en la plus basse partie. Je ne dis rien des grandes colonnes qui le soutiennent, ni des galeries qui l'embellissent , ni des diverses nations qui se partagent cette divine demeure , ni du concours de tous les peuples qui y vont aux grandes solennités de l'année , et nommément de Pâques. Sa principale beauté c'est la grandeur des mystères qu'il a comme enfantés et qu'il resserre dans ses sanctuaires. Mon dessein n'est pas d'énumérer les présents des rois qui l'ont enrichi. Il n'est pas tant recommandable pour l'or, l'argent, les perles et les pierreries , que pour les pierres du saint Sépulcre, du Calvaire et de quelques colonnes , dont le piédestal n'a pas été pris d'autre carrière que du Calvaire.

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