‹ La SyrieChapitre 10 sur 49 · LE LIBAN · texte numérisé non relu

LE LIBAN

>i^jJI Ju , sanguinaire (1). Comprenons (ju'il n'hésila pas ù se tléljairasser violemment de ses adversaires politiques réels ou présumés, comme il le lit avec ses parents de Hàsbayya (2). Y mit-il la discrétion voulue? Les contemporains ne paraissent pas s'en être souciés. Par ce côté, Ilaidar se rattachait à l'ancienne école gouvernementale, celle des 'Abbàsides, des Mamloùks, des Ottomans et aussi des Ma'nides, plus portés à trancher qu'à dénouer les nœuds gordiens. Le trait était dans la Tradition. Celte façon d'employer la manière forte ne scandalisait personne. Nous la retrouverons, même (juand les gouvernants libanais auront embrassé le christianisme.

L'émir Moiham fut un des plus remarquables. Il réussira à réduire des deux tiers le tribut de 160 bourses payé par le Liban (3). Il saura se concilier les wàlis de Damas et de Saidà, en comprimant les insurrections dans le foyer toujours en ébullition du Bil. Bichàra. Un moment vint, où il se vit, à son corps défendant, leur ennemi. A cette époque, la riche et puissante famille damasquine des 'Adm (prononciation syrienne de ^kt , \Azm) réunit — et conservera pendant une notable partie du 18" siècle — les deux pachaliks de Damas et de Saidà, d'où elle serrait la Montagne comme dans un étau. Les pachas de cette famille comptent parmi les meilleurs qui aient passé à Damas (4). Par ailleurs, leur influence, la concentration de l'autorité en leurs mains ne pouvaient que gêner la politique autonomiste des émirs libanais.

Les grasses terres de la Bqà', rendues à la culture, mises

(1) Dans le h-- vol. p, 103, nous aurions dû observoi* que Saffâ'i signifie également généreux et que c'était le sens visé par le premier calife *abbàside. « L'histoire a confirmé » celui de sanguinaire.

(2) Chidiâq, 367.

(3) Volnoy, op. cit., I, 4G1.

(4) Comp. Volney, op. c:t., II, 142; M. de Damas, ^IJI oil>v, p. 2.

en valeur par les Liba nais, devenaient un autre objet de conflit. Contre le paiement d'un tribut, iMolhani réussit à ajffermer la plaine que ses administrés achèveront de disputer aux Bédouins, aux eaux et à la malaria. Au Liban il manquait un port pour exporter ses soies, pour communiquer avec l'Europe , Saidà, Tripoli étaient occupées par la Turquie. Restait Beyrouth, déchue depuis la mort de Fakhraddîn. Molham manœuvra si habilement que le pacha de Saidà lui octroya l'investiture de Beyrouth. Cette ville deviendra, après Dairalqamar, la seconde résidence des Chihàh. En 1754, atteint d'u n mal incurable, il s'y retira définitivement des affaires. Plusieurs de ses enfants y embrasseront la religion catholique ; démarche qu'imiteront, à leur exemple, d'autres membres des familles Chihâb et Bellama', Dans la Montagne, les chrétiens, plus prolifiques, plus actifs, possédaient déjà la supériorité du nombre et du développement intellectuel ; cette dernière, grâce aux efforts des missionnaires et aux rapports fréquents avec 1 Europe. La conversion des émirs va assurer bientôt aux chrétiens fintluence politique, les associer au gouvernement du Liban.

L'émir Molham mourut à Beyrouth en 1761. Il n'avait réussi, assure Monayyar (p. 13), «à asseoir son autorité qu'en semant la division pai mi les cheikhs». Cette phrase en dit long sur la situation troublée de la Montagne et sur l'indiscipline des féodaux druses. A Beyrouth, à la suite d'une attaque de corsaires grecs, naviguant sous pavillon russe (1), des musulmans avaient saccagé l'église et le couvent des Franciscains. Quoique demeuré musulman, Molham n'hésita pas à pendre deux des principaux meneurs, à faire rendre gorge aux pillards (2). On ne pouvait plus énergiquement affirmer la mouvance libanaise de Beyrouth.

(1) Pour l'apparition de la flotte de Catherine II, voir plus bas la notice sur Dàhir al-'Omar.

(2) Monayyar, manus. cit., 21.

LE LIIJAN 101

Succession de Molham. Après la retraite de Moliiam,. ses deux Irères, les émirs Aliinad et Mansoûr assumèrent de concert le gouvernement. Molham avait beaucoup souffert de leur opposition systématique. A défaut de l'émir Yoùsof, son lils, encore en bas âge, il souhaita donc transmettre sa succession à son neveu Qàsini ibn 'Omar. Qàsim sollicita un lirman (|ui l'investirait du gouvernement de la Montagne. Il dut pourtant, devant la résistance des frères de Molham, se contenter de l'émirat de Ghazir. Il y mourut catholique (1768), quelques années après la naissance d'un lils, qui deviendra le célèbre émir Bachîr II. Le premier, parmi les régents libanais, Bachîr afiichera publiciuement ses convictions chrétiennes. Encore attendra-t-il pour cette démarche l'occupation égyptienne (1831-1840). Jusqu'à cette date, les princes du Liban passeront olTiciellement pour musulmans et aux yeux tles Druses comme ap[)artenant à leur religion.

Partis des Djonblàtyya et des Yazbakyya. Pendant que l'émir Qàsim s'éteignait paisiblement dans son modeste domaine, les deux corégents, ses oncles, s'étaient tournés l'un contre l'autre. L'esprit de faction, ne s'était pas éteint au Liban druse avec la ruine des Yéménites (v. p. 95). Deux nouveaux partis Tenaient de s'y former. L'émir Mansoùr s'appuya sur celui des Djonblàtijija. Il englobait tous ceux qui se groupèrent autour de la riche et puissante famille des Djonblàt, L'autre parti, celui des Yazbakyya empruntait son nom à Yazbak, l'ancêtre des cheikhs 'Amàd, adversaires des Djonblàt. Ils se rangèrent autour de l'émir Ahmad. Seuls, les Banoù Nakad se tinrent en dehors des deux partis auxquels, par leur adhésion, ils assureront successivement l'avantage. Les Maronites eux-mêmes se laissèrent gagner par ces divisions. Les cheikhs Khà/.in se déclareront pour Ahmad, les cheikhs Dahdàli pour Mansoùr. Ahmad devint le père du futur historien, l'émir Haidar (1). Les frères duumvirs devront bientôt s'eft'a-

(1^ L'autour de la Chronique, utilisée ici.

cer devant la renommée grandissante de l'émir Yoùsof, fils de Molham.

L'émir Yoùsof avait gagné sa popularité en combattant les bandes des Hamàda. Excédé par leurs déprédations, le pacba de Tripoli aida les chrétiens à les expulser de plusieurs cantons de Djobail et du Monàitira. L'émir Yoùsof acheva leur déroute au combat d'Amioùn dans le Koûra. Sympathique aux Maronites par sa foi chrétienne, par le courage déployé contre leurs oppresseurs métoualis, il réussit à se concilier les importants clans druses des Djonblàt et des B. Nakad.

En lutte contre la Russie et contre les chrétiens du Balkan, impuissante à dominer l'anarchie syrienne, la Porte se trouva heureuse d'utiliser la valeur du jeune émir contre un aventurier, qui venait de surgir au sein de la confusion palestinienne. Yoùsof fut donc proclamé émir de toute la Montagne dans l'assemblée nationale du Bàroûk (1770).

Page 1