‹ La SyrieChapitre 28 sur 49 · III. Anahchih al- Lm\x (1840-18G · texte numérisé non relu

III. Anahchih al- Lm\x (1840-18G

Beyrouth, centre administratif. La Syrie put se croire délivrée. Kn réalité elle retombera, le Liban surtout, dans l'anarchie, jusqu'à l'intermède sanglant de 1860. Sur la côte, Beyrouth recueillit la succession administrative de Saidà et d'Acre. La Porte y maintint (2) le centre gouvernemental que les Egyptiens y avaient élal)li (v. p. 157). Celle décision consacrera ofiiciellement la primauté conquise par cette ville tlans la Syrie méditerranéenne, depuis un quart de siècle, grâce au voisinage du Libiui.

(1) Occupée par quelques centaines de marins anglais.

(2) Et pour le même motif que les Egyptiens ; la surveillance du Liban.-

Surexcitation des esprits. On ne tarda pas à se convaincre ([Lie révacualioii égyptienne n'avait fait que provoquer de nouvelles complications en Syrie. Musulmans, Drus^^s, Chrétiens se retrouvèrent en présence ; les deux premiers groupes n'ayant rien appris et nourrissant des projets de vengeance ; les chrétiens moins résignés qu'auparavant à leur humiliante condition de raïas dont le régime déchu les avait partiellement affranchis. Au Lihan la situation empirera l)ientôt.

Durement traités par Bachîr et par Ilirahîm, les chefs druses étaient revenus d'exil ou sortis de leurs cachettes. Ils se montrèrent déterminés à ne plus suhir l'hégémonie des 'Çhihàh. Jusqu'en 1825-l(S3f), l'entente entre Druses et Maronites avait reposé sur une équivoque.

L'impérialisme, la suprématie de race qu'ils n'avaient cessé de reprocher aux Turcs, les Druses entendaient les maintenir à leur profit. Ils se considéraient toujours comme h\ caste dominante, sans tenir compte des changements survenus dans le Liban et en Syrie (1). Il faut bien en con\ cnir, le style suranné des liait, des lirmans devait les confirmer dans cette conviction. Ces documents, sans en excepter les plus récents, s'olîstinaient à appeler le Liban « la ]\Iontagne •des Druses » ; ils n'y mentionnaient que des clans, \ichùir. Aux yeux du Divan, les princes du Liban, malgré leur conversion au christianisme, n'étaient que « les émirs des Druses ». II n'y était jamais question des chrétiens. On sem})lait ■éviter jusqu'au vocable historique de Liban.

Le duel sans merci engagé par Bachîr contre les Djonlilàt et la féodalité druse, depuis 1825, la mort, l'exil de leurs •chefs principaux, la confiscation de leurs biens distribués

(1) L'égalité promise par les /ia^<, la tutelle de l'Europe, les progi'ès réalisés par les chrétiens etc.

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aux partisans de rémir, cnlin la sévère répression d'Ibrahun- [laclia ; tous ces motifs les avaient excités contre les Maronites ((u"on avait favorisés à leurs dépens. Un décret sultanien, ordonnant de restituer aux cheiks druses les domaines conlisqués (1), devint l'occasion de nouvelles frictions. Pour la |)remière fois peut-être, les Druses éprouvèrent le l)esoin de s'unir, d'oublier leurs cjuerelles de clan, qui les avaient réduits à la merci de J'éniir déchu. Un conseil administratif :i\ait été créé pour assister le nouveau gouverneur du Liban. Les Druses opposèrent des difficultés pour s'y laisser représenter et y ligurer sur le pied d'égalité avec les chrétiens.

Incapacité cle Bachîr IIL Hachîr III montra bientôt qu'il n'était pas à la iiauteur d'une situation aussi compliquée. Il se donna le tort, par sa hauteur, d'indisposer les Druses. Il finit par se les aliéner, en enlevant aux chefs de l'opposition druse leurs propriétés de la Bqà' (2). Les Turcs laissèrent s'envenimer ces dissensions, "comptant bien en tirer profit. L'intervention des Anglais acheva d'exaspérer l'une contre l'autre les deux principales communautés du; Liban.

L'Angleterre, la Porte et les Druses. Après le règlement de la question égyptienne, la France était rentrée dans le concert européen, en réclamant l'établissement de garanties pour les chrétiens de Syrie. (^Hte démarche se heurta à ropj)osition des Russes et des Anglais. Ces derniers, après, s'être appuyés sur les chrétiens contre l'Egypte, s'aperçurent que toute inlluence leur échappait sur une population, traditionnellement dévouée à la France. Dans leur lutte contre la. domination égyptienne, les Libanais n'avaient pas eu le choix

(1) Micli. de Damas, 107.

-,') Chidiâq. 61u-G20.

<ie leurs alliés. En acceptant, à défaut des Français favorables àïMéhémet-'Ali, le concours des Anglais, les montagnards: chrétiens n'avaient pas entendu les substituer ni même les associer à leur protectrice séculaire (1). Les Anglais cherchèrent donc parmi les Druses un point d'appui poui- contrebalancer l'influence française.

Depuis le Tanzimat, la Porte avait inauguré une politique de centralisation, décidé la suppression des autonomies, des féodalités provinciales. Elle se soucia moins de pacifier le Liban que d'y instaurer son autorité directe, A cet effet elle avait transporté à Beyrouth le siège gouvernemental des anciens pachaliks d'Acre et de Saidà, pour être en mesure d'in tervenir plus efficacement dans les affaires libanaises. Le nouvel émir pensa pouvoir reprendre la manière forte, la politique autoritaire de son prédécesseur, sans posséder ni son énergie ni surtout son prestige. Les maladresses accumulées par Bachîr III allaient servir la Turquie au-delà de ses espérances, lui permettre d'écraser les chrétiens « lesquels, parmi les races assujetties, donnaient seuls les signes d'une redoutable vitalité » (Churchill).

Guerre civile. Abdication de Bachir IIL Au centre du Choûf, en plein pays druse, s'était formée la petite ville exclusivement chrétienne de Dairalqamar, ancien apanage des Nakad (2). Les émirs Chihàb avaient favorisé son développement, comptant y trouver un point d'appui contre les féodaux du Liban méridional. Dairalqamar était devenue leur résidence habituelle. Une vallée la séparait de Ba'qlin, centre des 'oqqâl ou chefs religieux druses. Les deux localités vécurent en paix jusqu'à la conquête égyptienne. La situation

, (1) Couip. Acli. Laurent, op. cit., I, 379. On y mentionne déjà « l'entente cordiale entre la France et TAngleterre »4 (2) Sur cette famille, voir plus haut p. 101.

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