LE LIBAN AU XLV SIKCLK
>e modifia sous Bachîr III.
I^s Nakad voulurent revendiquer leurs privilèges sei- 4aeuriaux périmés. Une rixe qui s'engagea, près de Ba'qlîn, mit le feu aux poudres. Il y eut des morts. Les Druses réservèrent leur vengeance. Ils laissèrent liachir III accourir à Dairalqamar et tombèrent sur une population sans défiance. L'agitation se propagea dans la Montagne. A Hàsbayya, les Turcs avaient destitué les émirs (Jiihàb, demeurés musulmans, i>our les remplacer par Chiblî al-'Ariàn, un des béros <le la guerre égyptienne (v. p. 161). Il commença par désarmer les chrétiens et par fournir de la poudre et des munitions à ses coreligionnaires druses. A leur tète, il courut à Zalilé. Repoussé avec perte, il se vengea en pillant el incendiant les villages chrétiejis.
Quand les autorités turques décidèrent de s'interposer, ce lut pour désarmer les adversaires des Druses. Pendant -ces luttes, les Métoualis se rangèrent du côté des chrétiens. (Conformément à une tradition plusieurs fois séculaire (1), certains contingents maronites avaient adopté un dra})eau où figurait la croix. D'autres marchèrent sous le glorieux étendard de Terre-Sainte (2),
Bachîr III reconnut alors son impuissance. Il vint à Beyrouth se remettre à la disposition des Turcs, qui l'envoyèrent à Constantinople (Nov. 1841). Il devait être le. dernier émir ayant gouverné toute la Montagne.
Exclusion des Chihàb. Etablir une forte centralisation, briser la toute-puissance des anciens gouverneurs et féodaux provinciaux, de la noblesse focale, transformer l'ancien sultanat féodal en une monarchie administrative absolue, i*ouvernée de Stamboul, telle était, avons-nous dit, la nouvelle
(1) Cf. vol. I, 131 ; II, 114.
(2) Cf. i, 231 ; Ach. Laurent, op. cit., I, 45.
politique de la Porte. Après le lamentable échec de Rachîr III, elle ne voulut plus entendre parler du retour au pouvoir des Chihâb. Elle proposa pour le Liban le rattacheinent direct à l'Empire et finit par l'imposer à la lassitude des cabinets européens. A Baitaddîn, elle installa comme gouverneur 'Omar-pacha (Janvier 1842).
'Omar-pacha. Ce renégat hongrois, passé au service turc, avait pris part avec les Alliés aux récentes opérations contre les Egyptiens (v. p. 1(*)7). Son principal objectif sera de mater chez les chefs druses, rentrés en possession de leurs biens, les velléités d'indépendance. Il s'appliquera avec la même activité à ruiner les cadres de la féodalité chrétienne, celle-ci moins ancienne, moins influente et moins fortunée. Les cheikhs druses avaient pu s'enrichir,, depuis le temps qu'ils avaient mis la main sur les grasses terres de la Bqà' (1), pour les faire exploiter par leurs fernjiers chrétiens.
Dans le Liban, l'initiative de la guerre contre l'Egypte était partie des rangs du peuple. Des plébéiens, de simples paysans avaient pris la direction du mouvement (v. p. 1()6). Il était donc naturel que des aspirations d'égalité démocrati- (|ue eussent survécu à la lutte où paysans, émirs et cheikhs avaieiil combattu, fraternellement confondus. La Turquie s'appliquera à cultiver, à faire dévier ces tendances de façon à dresser dans le Liban septentrional les paysans contre les cheikhs, propriétaires du sol. Dans la Montagne druse, les privilèges féodaux ne seront supprimés que par le «Règlement organique » de 1864. A partir de 1840, les cheikhs druses se donneront le plaisir d'humilier,d'opprimer les paysans, en grande majorité chrétiens. Ils finiront par les pousser à bout, à la grande satisfaction des Turcs, intéressés à voir
(1) Voir plus haut pp. P9-1C0, 123, 171.