LA RÉORGANISATION
ser la voie Iciiée Ravàq-Alcp ; occupation d'Alep et des gares entre Alep et Rayàq ; ai)olition immédiate du recrutement lorc^ ; retour de l'armée chérifienne à ses effectifs du l^"" Décembre 1019 ; libre circulation delà nouvelle monnaie syrienne (1); châtiment des attentats commis contre des soldats français ».
Faisal essaya de se dérober, de gagner du temps. Le général (louraud consentit à proroger de 48 heures la date extrême du délai fixé par l'ultimatum. Entretemps un détachement de 400 réguliers chérifiens, soutenu par deux canons et des mitrailleuses, attaquait un des avant-postes français, à Tell Kalakh, sur la route de Tripoli à Homs.. Le 23 Juillet, la colonne Gouheau dispersa à Moslimyya, près d'Alep, une bande d'irréguliers et occupa cette ville. Homs et Hamà n'offrirent aucune résistance à l'entrée des troupes françaises. Restait Damas, la capitale du royaume faisalien.
Khàn Maisaloûn; chute de Faisal. Le 22 Juillet au soir, les troupes françaises, sous les ordres du général Goybet, campaient à 'Ain Djodaida sur la route de Damas, à l'entrée de l'Antiliban. Elles y attendirent deux jours pleins la réponse de Faisal, lequel avait obtenu un nouveau délai. L'émir ayant refusé de s'ouscrire aux conditions de l'ultimatum, la division Goybet reprit, le 24 au matin, sa marche sur Damas.
Au delà de 'Ain Djodaida, la route s'engage dans une gorge étroite, dominée par des rochers à pic. Une dizaine de kilomètres en amont, au débouché de ce défilé vers Khàn Maisaloûn — l'unique point d'eau depuis 'Ain Djodaida — ^e trouvaient retranchés dans une position très forte, plusieurs milliers de réguliers chérifiens. Leur nombre, grossi de milliers d'irréguliers, de volontaires et de Bédouins, a été évalué
(1) Les billots omis par « La Banque de Syrie ».
à 20.000 hommes. Ils étaient commandés par le ministre dé la guerre de Faisal, le colonel 'Azmi-be}', ancien officier turc. Commencée le matin du 24, la lutte se prolongea ardente jusque vers midi. Quand les Français eurent enlevé la crête qui commande la sortie de la gorge, la victoire, secondée par l'intervention des avions et des chars d'assaut, fut assurée. Les Chérifiens lâchèrent pied, abandonnant 15 canons, 40 mitrailleuses et des centaines de tués. 'Azmi-be}' était tombé courageusement, frappé d'un éclat d'obus à son poste de commandement.
Le lendemain 25 Juillet, le général Goybet, à la tête de ses troupes, fit son entrée solennelle à Damas. L'émir Faisal et ses principaux conseillers étaient en fuite et abandonnèrent, peu de jours après, la terre de wSyric. Telle fut la lin de l'aventure chérifienne en ce pays.
IIL Les Etats syriens.
Indépendance de la Syrie. Quinze jours après celle victoire, le 10 Août 1920, le traité de Sèvres voulut régler le sort de la Turquie. Il stipulait (1) que la Syrie était détachée de l'empire des sultans. Elle formerait « provisoirement un Etat indépendant, à condition que l'aide et les conseils d'un mandataire guident son administrati«n jusqu'au moment où elle sera capable de se conduire seule ». Précédemment le Congrès de San-Remo (2) avait décidé que ce mandat serait confié au gouvernement français. La France se voyait désormais les mains libres pour travailler à la réorganisation de la Svrie. Restait à fixer les clauses du mandat. Elles devaient
(1) Section VU, article 94. Les Nationalistes d'Angora ont refusé de ratifier le traité.
(2) Voir p. 2(50.
LA HKOKC.AMSATIOX 203
être « ronmilc'c's par les principales Puissances alliées et soumises au C.onseil de la Société (Jes Nations pour appiol)ation » (1).
Le Grand-Liban. Le 1 Septembre 1020, à Beyrouth, en présence des consuls et des délégués des Puissances, des patriarches, des évêques chrétiens, des chefs de toutes les confessions, devant une foule délirante de plusieurs milliers de personnes, le général Gouraud, entouré de son état-niajor, proclama olïicicllemcnt la constitution du Grand-Liban, avec Heyrouth pour capitale. Le nouvel Etat comprend les ports de Tripoli, de Saidà et de Tyr, s'étend du Nahr al-Kabir (2) aux conlins de la Palestine et est limité à l'Est par les sommets de rAntilii)an. Du discours prononcé par le général (iouraud, à cette occasion, nous détachons ces phrases, lescjuelles résument éloquemment les titres historiques du nouvel Etat :
« Au pied de ces montagnes majestueuses qui ont fait la force de votre pays, en demeurant le rempart inexpugnable de sa foi et de sa liberté ;
« Au bord de la mer légendaire, qui vit les trirèmes de la Phénicie, de la Grèce et de Rome, qui porta vos pères à l'esprit subtil, hal)iles au négoce et à l'éloquence, et qui, par un heureux retour, vous apporte la consécration d'une grande et vieille amitié, et le bienfait de la paix française ;
« Par devant tous ces témoins de vos espoirs, de vos luttes et de votre victoire, c'est en partageant votre joie et votre fierté ([ue je proclame solennellement le Grand-Liban et qu'au nom du (iouvernement de la Républi(jue française, je le salue dans sa grandeur et dans sa force....
« Il y a cinq semaines, les petits soldats de France, les
(1) Traité dô Sèvres, article 06.
(2) Entro le Liban et la montagne dos Nn.^airis.
frères de ceux que vous avez admirés, enviés peut-être pendant quatre ans, donnaient l'essor à tous vos espoirs, en faisant s'évanouir, en une matinée de combat (1), la puissance néfaste qui prétendait vous asservir.
« Les soldats français sont les parrains de votre Indépendance. Et vous n'oublierez pas que le sang généreux de France a coulé pour elle comme pour tant d'autres.
« C'est pourquoi vous avez choisi son drapeau, qui est celui de la liberté, pour sj'mbole de la vôtre, en y ajoutant votre cèdre natioïial.
« Et en saluant les deux drapeaux frères, je crie avec vous : Vive le Grand-Liban ! Vive la France ! ».
Les pages précédentes se sont proposé de mettre en lumière les origines et les vicissitudes historiques du Grand- Liban. L'acte solennel du 1"' Septembre reconstituait officiellement l'œuvre ébauchée par les Banoù Bohtor, reprise par Fakhraddîn, par les émirs libanais, les Ma'n et les Chihâb, en dernier lieu par la France, après la chute de Bachîr IL La Providence réservait à la protectrice traditionnelle du Liban de compléter la tâche inachevée de 1860, de réunir en corps de nation les membra disjecta, les éléments séparés du peuple libanais.
Les Etats syrisns. Outre le Grand-Liban, comprenant quatre sandjaks, la Syrie fut divisée en trois autres Etats autonomes : Damas, Alep et le Territoire des ^Alawites (2). Les deux premiers conservent leurs capitales historiques, les cités homonymes. Le troisième est délimité par la Méditerranée et par les trois Etats syriens. Sa capitale est le port de Lattaquié. Il englobe le pays ou montagne des Nosairis, qu'on
(1) A Khân Maisaloùn, voir p. 261.
(2) '■Alaivi, 'J^ , nisba ou relatif du nom propre 'Ali. Prtur les relations entre 'Alî ot les Nosairis, voir vol. I, 184 etc.
LA RKOUGAMSATION 265
appelle inaiiitenaiit onicieileiuenl 'Alawites. I.e nouveau nom prête à la confusion avec le qualilicalii", adopté par les 'Alides, les Chérifs, descendants de 'Alî. Il a été choisi pour répondre aux désirs des principaux intéressés, à savoir les Nosairis. Mais les historiens regretteront la disparition de la traditionnelle appellation de Nosairis, popularisée par tous les écrivains, orientaux et occidentaux, qui se sont occupés des mystérieuses sectes syriennes, parmi lesquelles le syncrétisme nosairi offre incontestal)lement le caractère le plus original (1).
La Confédération syrienne et le Grand-Liban. Dans un discours, prononcé à Damas le 20 Juin 1921, le général Gouraud a esquissé à grands traits l'organisation des Etats syriens. Cette organisation — ledérative, excepté pour le Liban — « ne sera pas nécessairement partout la même ; elle peut se développer d'une manière légèrement différente à Damas, à Alep et à Latlaquié, selon les progrès plus ou moins rapides du pays. Je ne nomme pas ici, dit l'orateur, parmi les Etats de la Conledération, le Liban que ses traditions particulières doivent l'aire évoluer à paçt ».
Cette réserve semblait indiquée. Le développement économique et intellectuel, atteint par Beyrouth, « cerveau de la Syi'ie » (2), et par les populations, composant le Grand-Liban, l'expérience déjà longue, faite par les Libanais, de l'autonomie administrative, ne permettaient pas de les placer sur le même pied (jue les 'Ahnvites (3) dont l'éducation politique est à peine commencée et chez lesquels la Puissance mandataire ne trouve pas les mêmes garanties contre un retour à l'ancienne anarchie.
Les Etats svriens seront chacun « dotés d'une institution
(1) Cf. vol. I, 184-18Ô.
(2) Voir plus haut pp. 11>2, 2U0.
(3) L'immense majorité des Nosairis est complètement illettrée.
représentative, d'un Conseil dont les attributions comme la base doivent aller en s'élargissant ». Ils nommeront des délégués, lesquels formeront un Conseil fédéral. Ce Conseil sera « appelé à siéger alternativement, pour tenir la balance égale entre le Sud et le Nord, à Damas et à Alep. Le président du Conseil fédéral sera élu par le Conseil pour un an, et choisi alternativement parmi les représentants d'Alep et ceux de Damas. Le Conseil fédéral désignera lui-même, à son choix, les hommes parmi lesquels il souhaite voir nommer les directeurs généraux des services commiins qui seront à créer ».
« La Turquie, mal conseillée par l'Allemagne », a mis la France dans la nécessité d'intervenir en Syrie, (^etle Puissance « y a accepté la tâche d'aider et de guider de ses conseils la jeune nation indépendante qui doit désormais s'y développer».
« Elle n'y faillira pas », a conclu le général Gouraud.
Physionomie du Statut syrien. Au dél)ut de celte esquisse historique (1), nous avons montré comment le peuple syrien, en dépit de son unité territoriale, au sein de ses frontières si nettement dessinées, n'a cessé d'être tiraillé entre le provincialisme et la tendance vers l'unité ethnique. Le particularisme l'a généralement emporté.
La conquête arabe, en lui apportant le bénéfice d'une langue commuile, semblait devoir résoudre cette antinomie. Par ailleurs, le gouvernement des califes, après la chute des Omayyades, étala bientôt son impuissance à réaliser la fusion des races. Rançonnés, traités en suspects, les indigènes de Syrie se réfugièrent dans les montagnes (2). Le régime anarchique des races touranienues, Seldjoùcides, Mamloûks, Ottomans, ne fit qu'accentuer les progrès du régionalisme,'
(1) Voir vol. I, p. 1 etc.
(2) Cf. vol. I, 82, 131 etc.
LA HKORr.ANISATION 207
lion sculcinenl au Liban, mais dans la région des Nosairis cl de Xaplouse, dans les vallées de l'Anliliban et chez les Druses du Hauràn. Après avoir, avec l'aide de la France, résisté à tous les assauts de ses ennemis, le Liban autonome éprouve le très légitime désir d'évoluer dans le cadre national (|ue ses traditions historiques lui ont créé.
Cette constatation permettra de comprendre toute la souplesse du régime institué par le mandat français ; essai loyal pour donner satislaction aux aspirations fédéralistes ou particularistes des jiopulations. Aux communautés syriennes, très inégales dans le développement et la préparation aux risques du système représentatif, il garantit un milieu où toutes pourront évoluer, sans se heurter violemment, sous la sauvegarde et la haute surveillance d'un mandat modérateur.
L'autonomie des quatre Etats sj'riens se trouve placée à la base, même de cette organisation. Chaque Etat doit être doté de Conseils délibératifs, appelés à discuter librement les affaires d'intérêt public et en particulier le budjet. Ces Conseils seront recrutés par voie d'élection.
Au dessus des Etats, on envisage pour la Syrie proprement dite, c'est-à-dire pour Damas, Alep et la région des 'Ala- Nvites, une fédération syrienne. Cette fédération comporte un Conseil fédéral, nommé par le gouvernement des Etats, ainsi que certains services communs. Le régime fédéral est destiné à évoluer; il multipliera les services communs ou maintiendra le séparatisme actuel, selon que les Conseils des Etats le jugeront plus conforme à leurs intérêts et aux vœux des habitants.
Quel que soit le sens dans lequel se dévelopjiera le régime fédéral en Syrie, pleine liberté est laissée au Liban dont les aspirations actuelles et les traditions historiques ne lui permettent pas d'envisager son entrée dans la fédération.
Rien ne l'empêcliera cependant de conclure des accords avec ses voisins, placés sous le mandat français. Ces accords
seront négociés et conclus sous les auspices du Haut-Commissariat, seul organe commun existant entre le Liban et les trois autres Etats. Le Conseil libanais pourra, s'il le juge à propos, voter des fonds prélevés sur le budjet du Grand-Liban, pour l'exécution de travaux à poursuivre en commun avec les gouvernements syriens.
Par cette collaboration, le Liban, tout en continuant à vivre de sa vie propre, se maintiendra en contact avec les Etats autonomes et pourra contribuer à la prospérité de là commune patrie.
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TABLIî DES MATIERKS