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LA RÉORGANISATION

tions du Ilidjàz. Il s'y conii)orla en réalité, en qualité de mandataire oiliciel de la Syrie. Payant d'audace, il afïirina que ce pays entendait régler lui-même ses rapports avec les Alliés. C'était virtuellement dessaisir la Conférence de toute intervention en Orient. Faisal, dont les Anglais ont vanté « l'esprit ouvert » (1), eut toutolois l'adresse d'admettre l'existence d'un régime spécial pour la Palestine ; il concédait à la France d'intervenir dans le règlement de l'autonomie libanaise. Incidemment il évalua à lOO.OUO hommes la participation militaire de l'Arabie dans la guerre mondiale.

Au mois de Mai 1919, Faisal regagna la Syrie, précédant de quelques jours la Commission d'enquête américaine (2). Il reparut en triomphateur ; il assura avoir « communiqué au monde civilisé occidental » les revendications de la Syrie. Ses partisans avaient préparé le terrain en son absence. Désormais il ne sera plus question des Puissances. Prochainement un congrès syrien général déciderait en pleine indépendance du sort du pays.

Son succès à Damas. Très habilement Faisal avait exploité les hésitations^ les divisions des Puissances ainsi que les impatiences du nationalisme syrien, énervé par les lenteurs de la diplomatie européenne, dont il ne pouvait soupçonner la tâche écrasante. Pour mieux y réussir, Faisal n'avait pas hésité à lâcher la cause du Hidjàz, impopulaire même parmi les musulmans syriens ; ils. répugnent à se laisser gouverner par des nomades et ont retenu assez d'histoire pour se rappeler ce qu'a coûté à leurs ancêtres le seul voisinage des Bédouins (3).

(1) Voir plus haut p. 232.

(2) Voir p. 255.

(3) Comp. vol. I, 6, 7. La Syrie est prospère quand lo pouvoir est assez fort pour la protéger contre los Hédouins.

Après s'être, à force d'audace, imposé en Europe comme le mandataire de la Syrie, Faisal se présente à Damas comme accrédité par les Puissances pour résoudre le problème syrien, comme possédant, lui seul, le secret de créer une Syrie grande et glorieuse. Plus que jamais, il agit en maître. Il nomme et révoque les fonctionnaires, lèye des taxes et procède, par voie de recrutement, à la constitution d'une armée. Le Conseil administratif du Liban, les comités syriens d'Egypte et de l'étranger (1) protestent contre ces intrigues chérifiennes. La France ne s'en trouvera pas moins en face de l'émir Faisal et d'un foyer d'agitation dont le centre était à Damas.

Le général Gouraud et Faisal. Au mois de Novembre 1919, la France nomma le général Gouraud Haut - Commissaire en Syrie. « En envoyant au Levant, écrivait M. Clemenceau, Président du Conseil, un des plus grands soldats de la Victoire, le gouvernement français a voulu montrer aux Syriens l'intérêt tout spécial qu'il leur porte. Nul n'est plus qualifié que lui pour assurer aux populations ce qu'elles doivent attendre de l'occupation : l'ordre, l'administration et la justice. Là où ce serait nécessaire, iLoffrira son concours aux autorités arabes pour le maintien de l'ordre ». Faisal avait donc réussi, ces lignes le prouvent, à faire admettre pour la Syrie l'existence d'une prétendue nationalité et d'un gouvernement arabes.

L'émir, de retour d'un nouveau voyage en Europe, ne tiendra aucun compte de l'engagement pris par lui de collaborer franchement avec le loyal soldat qu'était Gouraud. Le retrait des troupes britanniques d'occupation allait le mettre en présence des forces françaises qui commençaient à débarquer à Beyrouth. Il avait jugé habile de s'çippuyer sur les

(1) Les seuls qui puissent élevei- une protestation indépendante.

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agilateurs du i)anaral)isine le plus exalté, Iraqains, Palestiniens et autres. Débordé i)ar les extrémistes du parti, il poussera désormais aux mesures violentes. Il visera à décourager les Français, à les déconsidérer devant l'Europe et devant les Syriens, en multipliant les incidents, les conflits, en entretenant méthodi({uemenl le désordre, en soudoyant des raids pillards et incendiaires dans la zone, protégée par les soldats français. D'instinct il adopte la tactique des Khourchid et des pachas turcs, à la veille de 18()() (1) : affoler les populations syriennes, décontenancer, lasser la diplomatie des Alliés pour les amener à lui abandonner les destinées de la Syrie.

Faisal, roi de Syrie. Sans attendre la décision des Puissances, la dévolution, toujours en suspens, des anciennes provinces turcjnes, F'aisal continue à agir en souverain. Il augmente ses troupes, encaisse des impôts, conteste aux agents de là Dette Publique le droit de lever les dîmes II couronne cette politique provocatrice, en réunissant à Damas, le 7 Mars 1920, un soi-disant Congrès général syrien dont les membres l'élisent roi de Syrie. De leur proclamation nous extrayons les lignes suivantes :

<( Nous avons déclaré à l'unanimité l'indépendance de notre pays, la Syrie, dans ses limites naturelles, y compris la Palestine... Nous avons choisi S. A. R. l'émir Faisal, fils de S. M. le roi Hosain — qui a continuellement combattu pour le pays (2) de sorte que la Nation voit en lui son grand homme — comme roi constitutionnel de la Syrie, sous le nom de S. M. Faisal P^ Nous avons proclamé la fin des gouvernements militaires d'occupation, lesquels seront remplacés par un gouvernement représentatif, responsable devant ce Congrès, en attendant la convocation dti Parlement ».

(1) Voir plus haut pp. 177-179.

(2) Cnmp. pp. 231-233.

Ses provocations. Des le mois de Janvier 1920, Faisal avait fermé la voie ferrée Rayàq-Alep aux transports militaires français à destination de la Cilicie (1). Il se mit en relations avec les chefs de bandes nosairis, bédouins, métoualis, enfin avec les nationalistes turcs d'Ai;iatolie. Dans la montagne des Nosairis, dans le Mardj'oj'oùn, au pied de l'Hermon, dans le Nord de la Galilée, il fit massacrer par ses partisans et ses irréguliers des populations paisibles, vivant sous la protection de la France. Dans la région de Tyr, des villages furent pillés et incendiés. Le 25 Avril 1920, la Conférence de San-Remo avait définitivement confié à la France le mandat sur la Syrie. Cette mission comportait l'obligation de défendre ses habitants contre toute agression étrangère. Quelle signification pouvait donc avoir l'établissement de la conscription par le gouvernement de Damas ? Contre qui augmentaiton incessamment les effectifs de l'armée chérifienne,où étaient incorporés de force des musulmans, sujets français ? A ces griefs ajoutez les attaques contre les postes et les détachements français, la rupture des relations économiques et financières avec la zone française, l'interdiction d'exporter les céréales vers le littoral, laquelle compliquait l'œuvre laborieuse du ravitaillement, dont l'àpreté, l'égoïsme des paysans ne facilitaient pas la besogne (2).

L'ultimatum de Gouraud. Sommé de venir s'expliquer devant les Alliés, Faisal prélendit ne pouvoir acquiescer, avant d'avoir obtenu la reconnaissance officielle de sa royauté sur la Syrie. Le général Gouraud patienta, négocia plus de six mois. Au commencement de Juillet 1920, il adressa à l'émir un ultimatum dont voici les principales conditions : « reconnaissance du mandat français sur la Syrie ; liberté d'utili-

(1) Occupée par la France.

(2) Voir plus haut pp. 251, 252.

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