APERÇU GÉOGRAPHIQUE ET HISTORIQUE
Les rois tle Syrie depuis Hadadézer, contemporain de Da\id , jusqu'i Ja coniiuêle de Damas par TOgialh-riiala-ar, roi de Kinive. — Les Séloucides. — la Syrie sous les Romains, sous les empereurs d'Orient, sous les sultans d'Égyple, sous les Ottomans. — Ses ditisions territoriales.
La Syrie, qui comprend dans ses limites la Palestine, thôâti'c des merveilles de la religion et berceau de la civilisation chrétienne, est désignée dans la Bible sous le nom (ÏAram, parce qu'elle avait été peuplée, selon les livres saints, par les descendants d'Aram, cinquième llls de Sem. Les Arabes la nomment Bar-el-Cham, c'està-dire pays septentrional. Elle est bornée au nord par
l'Asie Mineure, à l'est par l'Euphrate et le désert, au sud par l'Arabie, et à l'ouost par la Méditerranée. C'est une contrée longue, étroite, hérissée de montagnes formées d'un calcaire dur, disposé par lits diversement inclinés. Le Liban, ramification du Taurus, court du nord au sud jusqu'à Suez et dans l'Arabie. Il se compose de deux chaînes parallèles, le Liban et l'Anti-Liban, séparées par une grande vallée appelée, dans les auteurs proianes, Cœlésyrie, et dans la Bible, vallée du Liban.
Par sa conformation naturelle, la Syrie offre trois parties distinctes : le plateau oriental, la large chaîne de ses montagnes et la langue de terre qui forme son littoral. La première est une plaine accidentée, située à 2,000 pieds au-dessus du niveau de la mer et couverte de vnstes steppes de sable et de rochers. Le Jourdain et rOronle la séparent des montagnes. Celles-ci élèvent comme des murailles leurs roches escarpées dont les crevasses laissent apercevoir de longues vallées et de profonds ravins. Le versant qui regarde le désert ne présente qu'aspérités et précipices, tandisque le versant opposé, d'un caractère pittoresque, arrosé de sources abondantes, a réuni autrefois, par la fertilité de son sol et la douceur de son climat, de nombreuses populations. La troisième région se fait remarquer par son étonnante fécondité, ses chaleurs accablantes et son insalubrité. C'est au sud des montagnes que commence la Palestine, dont la description et l'histoire nous occuperont dans la seconde |)artie de cet ouvrage.
Tout le littoral de la Syrie était habité par les Phéniciens, issus de la race de Cham comme lesChananéens établis en Palestine avant l'arrivée des Hébreux. Fondateurs de Sidon, leur première métropole, de Tyr, la reine de leurs cités, les. Phéniciens avaient bâti et
occupaient en outre Byblos, le GcbaldelaBiblo, Béryte, Aradus, Tripolis (Tripoli], et, sous le nom de Philistins, Galli, Ekron, Ascalon, Azolh et Gaza. Quoi((ue la Phénicie ait eu des rois particuliers depuis Abibal et Hiram, contemporains de Saùl et de David, jusqu'au temps de Nabuchodonosor, ses annales se confondent, à certaines époques, avec celles de la Syrie dont elle faisait partie, et nous ne les en séparerons pas ici. L'histoire des Phéniciens serait, d'aillcui's, tout entière dans celle de leurs nombreuses colonies, dont la plus célèbre est Cartilage, et de leur commerce qui embrassait presque toutes les contrées du monde connu. Ces développements historicjues nous entraîneraient hors des limites de notre sujet.
LesSyriens furentd'abord partagés en plusieurs tribus, sous des chefs particuliers. De ces tribus, quelqmesunes devinrent prépondérantes et assujettirent les peuplades voisines. Ainsi se formèrent de petits royaumes que nous connaissons par la sainte Écriture, mais dont on ne peutaiséraent retrouver la position géographique. Tels furent ceux deSobah,d'Amath, d'Arpa, de Maaclia, de Gessur, de Rahab ou Rohob et de Damas.
Quand les Hébreux sortirent de la Palestine, sous les règnes belliqueux de Saùl et de David, ils rencontrèrent les Syriens. Le livre de Sanàucl dit que Saùl combattit les rois deSobah. L'un d'eux, lladadézer, était contemporain de David ; il essaya de rallier toutes les tribus de la Syrie pour arrêter les conquêtes des Hébreux; mais il fut vaincu par David, dont plusieurs petits chefs syriens avaient sollicité l'alliance. Les habitants de Damas, qui voulurent venger sa défaite, furent mis en déroute, et les Syriens devinrent tributaires de Jéru.salem. Une nouvelle tentative pour proliter d'une Drise d'armes des Ammonites ne réussit pas
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mieux ; Hatladczer avait envoyé chercher des renforts de l'autre côté (le l'Eiiphrate. Ces troupes furent taillées en pièces dans la plaine d'Hôlam, où périrent quarante mille hommes. Depuis cette défaite, le nom d'Hadadézer ne parait plus dans l'histoire. Un de ses serviteurs, Rézon, releva la puissance syrienne en fondant sur les ruines du royaume de Sobah celui de Damas, qu'un de ses successeurs, contemporain d'Abiam, roi de Juda, étendit sur la plus grande partie de la Syrie.
Ben-Hadad I", roi de Damas, profita des discordes des Hébreux pour faire acheter chèrement son alliance aux rois rivaux d'Israël et de Juda. Asa, qui lui prodigua les trésors du temple, fut son appui, et les Syriens ravagèrent Israël. Ils enlevèrent à ce royaume plusieurs villes et obligèrent le roi Amri à permettre aux marchands syriens de s'établir dans Samarie.
Ben-Iladad II, qui succéda à son père vers l'an 901 avant J. C, voulut mettre fin au royaume d'Israël. Il vintassiégerSamarie, suivi de trente-deux rois ou chefs de tribus; mais l'indiscipline régnait dans son camp : il fut forcéde fuir honteusement. Une seconde invasion amena une bataille dans laquelle cent mille Syriens, dit-on, périrent près d'Apliek. Acliab, qui aurait pu faire périr le roi de Damas, préféra faire alliance avec lui; Ben-IIadad promit de rendre les villes que son père avait prises au père d'Achab, et accorda aux Israélites la permission d'ouvrir des marchés à Damas. Mais la guerre recommença bientôt entre les deux rois, et Achab, quoique soutenu par Josaphat, fut tué dans le combat. Joram, son successeur, attaqué dans Samarie par Ben-Iladad, vit la cité réduite à la plus horrible famine; une panique qui saisit les troupes syriennes la sauva. Peu de temps après, Ben-Iladad fut étranglé par un do ses officiers, Hazaél, ainsi que l'avait prédit
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le prophète Elisée. Malgré les revers de ce prince, sod règne avait eu un tel éclat, que les Syriens l'adorèrenl après sa mort comme un dieu.
Hazaèl, reconnu roi de Damas (vers 885), perdit d'abord la ville de Ramoth de Galaad, que les rois d'Israël et de Juda lui enlevèrent ; mais il battit Jéhu, son fils Joachaz, et ravagea impitoyablement Israël. Joas, roi de Juda, attaqué à son tour par Ilazaël, fut contraint de racheter Jérusalem en livrant aux Syriens les trésors du temple. Un an après le meurtre du grand prêtre Zacharie par Joas, Jérusalem elle-même fut prise et saccagée par Hazaël. La mort délivra enfin les Israélites de leur terrible ennemi (vers 836).
Ben-Hadad III, fils d'Hazaël, ne put défendre contre le roi d'Israël les places conquises par son père. Jéroboam II paraît même s'être emparé de Damas. « Les jours de malheur étaient arrivés pour les Syriens, car à l'orient grandissait une puissance qui allait mettre sous sa domination tous les peuples d'Aram. »
Rasin, successeur de Ben-Hadad III, essaya de conjurer le péril en formant une ligue avec les rois de Juda et d'Israël. Phacée consentit, mais Achaz refusa, et, attaqué par les Syriens et le roi d'Israël, implora le secours de Téglath-Phalasar. Le roi de Ninive accourut, prit Damas, mit Rasin à mort, et enleva une partie de la population syrienne qu'il transporta sur les bords du fleuve Cyrus.
La Syrie, repeuplée par des colons assyriens, obéissant à des chefs établis par le conquérant, n'était plus alors qu'une province du grand empire d'Assur. La décadence de Ninive ne fut d'aucun avantage pour les Syriens. L'Egypte alors les menaça, puis Babylone. Vaincus avec les Hébreux, à Mageddo, par Néchao, ils virent ce roi d'ÉgyDte défait par les Chaldéens à Circésium,
mais ce fut pour tomber au pouvoir des Cîialdccns euxmêmes, et dos lors ils ne furent plus que la proie certaine des mailres de l'Asie, de Nabucliodonosor, de Cyrus et d'Alexandre.
Après la mort d'Alexandre, Séleucus, un de ses plus illustres capitaines, d'abord gouverneur de la Babylonie (312 , était devenu bientôt maître des vastes contrées com|irisos entre PEuplirate, l'indus et TOxus; et après la bataille d'Fpsus, toute l'Asie antérieure, jusqu'au Taurus, fut ajoutée à ses Élats (301), Séleucus quitta alors la Babylonie pour s'établir en Syrie cl y plaça le siège de son empire. Il bâtit sur les bords de l'Oionte une nouvelle ville qui devint sa capitale, Antioche, l'Albénesde l'Orient, la ri\ale de Rome et d'Alexandrie. Ce prince, fondateur d'une foule d'autres villes parmi les(|uelles Appien compte seize Anlioches, cinq Laodicées, neuf Séleucies et trois Apamées, divisa son vaste empire en soixante-douze satrapies, pour affaiblir la puissance des gouverneui's. Séleucus mérita le surnom de Nicaior (triomphateur), que ses sujets lui décernèrent. Après un règne glorieux de trente-trois ans, il périt assassiné par Ptolémée Céraunus, 279 ans avant Jésus-Christ.
Sous les premiers successeurs, Antiochus Soter, AntiochusThéos, Séleucus II et Séleucus III (279-222), le nouvel empire de Syrie semble entrer déjà dans une ère de décadence, due principalement à la faiblesse de ces princes et à la corruption profonde de la cour d' Antioche.
Le règne d'Antiochus le Grand (225-18G), assez riche en événements, est marcpié d'aboid par de glorieux exploits. La Cœlésyrie, la Pliénicie et la Palestine, dont les rois d'Egypte s'étaient emparés, furent annexées à la monarchie syrienne. Mais Antiochus, s'étant impru-
demment engagé dans une guerre contre. les Romains, fut vaincu à Ma nésie, l'an 190 avant Jôsus-Christ, et n'obtint la paix qu'en cédant toute la portion de ses Étals d'Asie située en deçà du Taurus, et en payant quinze mille talents euboiques 'près de quatre-vingts millions de francs) pour les frais de la guerre. « L'empire des Séleucides.dit un historien, ne se releva jamais d'un pareil coup. D'une part, sa force en fui singulièrement amoindrie; de l'autre, les conditions onéreuses du traité épuisèrent ses ressources financières et le réduisirent, dans la période suivante, à une complète im|)uissance. La Syrie se trouva dès lors placée sous la dépendance de Home, et l'inlluence du sénat se lit sentir dans tous les événements qui remplissent son histoire à partir de cette époque. »
Les règnes de Séleucus IV et d'Antiochus Épiphane (18G-1Gi avant Jésus-Christ), furent manpiés par de sanglantes persécutions contre les Juifs. C'est l'ère brillante des Machabées. Sous Démétrius Soler (102-150), le royaume de Syrie éliiit tombé dans un tel degré d'avilissement, que ce monarque fut obligé de rechercher l'appui des Israélites, qu'il avait jusque-là trailés de rebelles. Pour obt<^nir l'alliance de Jonathas, successeur de Judas Machabée, il renonça au tribut que la nation juive payait, et lit don au sanctuaire de Jérusalem du territoire et de la ville de Ptolémais. Peu d'années a|)rès, il intervint, entre Démétrius Nicator et Simon, (rcve de Jonathas, un traité qui alfranchil complètement la Judée du joug des Syriens.
« La suite de l'histoire des Séleucides, di> ITeeren, n'offre plus qu'un enchaînement de guerres civiles, de querelles de famille, de cruautés révoltantes, à quoi il serait diificile de trouver rien de semblable. Le royaume ne s'étendait plus alors que jusqu'à l'Ëuphrate, parce
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que toute l'Asie supérieure appartenait aux Parthes ; et depuis que les Juifs avaient reconquis leur indépendance, il ne consistait réellement que dans la Syrie proprement dite et la Phénicie. Sa faiblesse était telle, que les Romains eux-mêmes paraissent s'être peu souciés pendant longtemps de s'en emparer, soit parce qu'il y avait bien peu à prendre, soit parce qu'ils jugèrent plus sûr de laisser les derniers descendants de Séleucus se déchirer les uns les autres. » Enfin, lorsque Pompée arriva en Asie chargé par le sénat d'achever la ruine de MiHu'idate, les Syriens, depuis longtemps habitués à changer de maîtres, ne firent aucune résistance au général romain, et la Syrie fut réduite en province romaine, l'an 64 avant Jésus-Christ.
A partir de cette époque, le pays fut gouverné par des proconsuls, et depuis le règne d'Auguste par des lieutenants de l'empereur.
Sous la domination romaine, les divisions politiques de la Syrie étaient les suivantes :
La Cornagène, au nord, capitale Samosate, patrie de Lucien. La CyrrhcsUque, au sud de la Comagène, capitale Hiérapolis ou la ville sainte, aujourd'hui Mambedj. Une autre ville de cette province, Zeugma, avait sur l'Euphrate un pont de bateaux qui la mettait en communication avec Apamée, située de l'autre côté du lleuve. La PU'rie, à l'ouest, dont la capitale était My- ?iandros, ancienne colonie phénicienne s'élevant non loin des défilés de la Cilicie. La Séleucide, près de la mer, avec la forte place de Séleucie. La Chakidie, à l'est de la jjrécédenle, qui. devait son nom à Clialcis, sa Tille principale. La Chalybonitide, plus à l'est encore, joignant, à travers le désert, l'Euphrate, où Tliapsaque était le passage le plus fréquenté qu'il y eût sur le Heuve. La Palmyrène, oasis au milieu du désert, avec
sa capilole Palmyre nommée aussi Tadmor. La Cœlésyrie, qui avait pour capitale Damas et renfermait en outre Iléliopolis, aujourd'hui Balbeck. La Laodicène, sur les confins de la Phénicie. VApamène, dont les villes les plus importantes étaient Apamée, Émèse, Hamath ou Epiphanie. Enfin la Cassiotide, avec les grandes villes d'Antioche et de Laodicée.
La Syrie sous les Romains, et plus tard sous les empereurs d'Orient, n'a plus, à proprement- parler, d'his^ toire générale; mais la renommée de ses grandes villes, d'Antioche et de Damas surtout, continue à remplir le monde, et nous aurons occasion, en décrivant ces cités célèbres, de rappeler quelques-uns des événements dont elles ont été le théâtre. Pour compléter cet aperçu préliminaire, il nous suffira de rappeler que les provinces syriennes, ravagées sous Justinien et sous Justin par Chosrocs, roi des Perses (o48 et 574 depuis Jésus- Christ), furent conquises, au septième siècle, par le khalife Omar. La dynastie des Ommiades établit à Damas le siège de l'empire musulman en même temps que les Abassides fondaient Bagdad.
Au temps des croisades, une partie de la Syrie fut conquise, avec la Palestine, par les chrétiens. Sous leur domination, trop peu durable, Saint-Jean d'Acre etTyr dépendaient du royaume de Jérusalem ; on vit se former la principauté d'Antioche. Les possessions chrétiennes comprenaient aussi les baronies de Joppé, de Sidon, de Césarée, de Scylhopolis, le comté de Tripoli ; plusieurs autres seigneuries appartenaient aux Templiers et aux Hospitaliers. Le reste de la Syrie demeura au pouvoir de Saladin et de ses successeurs, qui prenaient les litres de sultans de Damas et rois d'Alep.
Les sultans d'Egypte de la dynastie des Mamelouks Bahrites s'emparèrent de tout le pays au treizième
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siMe, et firent disparaître les traces des conquêtes des croisés en Syrie. Ils en furent dépossédés, en mr'ine temps que du trône d'ÉgypIe, l'an 1382, par Ahen-Said- Barkouk, fondateur de la dynastie des Mamelouks Borgiles ou Circassiens. Sons le règne de Faradji, fils et successeur de Barkouk, Timour ou Tamerlan, le célèbre empereur des Mongols, envahit la Syrie (1+Olj et fit la conijutMe d'Alep, d'Emèse, de Damas et de quelijues autres villes. Des ruines et des torrents de sang marquèrent son passage; mais il abandonna bientôtce pays dévasté pour aller combattre, dans l'Anatolie, contre l'empereur Bajazet.
Les Mamelouks circassiens pos.sédèrent la Syrie jusqu'au commencement du seizième siècle. En 1517, l'empereur ottoman Sélim I" la conquit, ainsi que la Paleslme, sur Kansou-Oauri, avant-dernier sultan d'Egypte. Le sort de ses habitants est resté sous les Turcs ce qu'il avait été sous les Mamelouks. Les trois siècles qui se sont écoulés depuis cette époque n'ont été marqués dans cet te partie de l'empire ottoman par aucun changement noîable. Nous terminei'ons cet exposé en rappelant que la Syrie fut, en 1799, le théâtre des exploits du général Bonaparte, et qu'après avoir été conquise, en 1833, par les Égyptiens, sous les ordres d'Ibrahim, filsdeMéhémet-Ali, vice-roi d"Égyptc, elle a été replacée, en 18i-0, sous la domination de la Porte.
Depuis Sélim I'*', les divisions territoriales de la Syrie ont |ieu varié. Tout le pays se partage en quatre pachaliks, (pii sont ceux d'Acre ou de Sayde, de Tripoli, d'Alep et de Damas. La circonscription de ces pachaliks a souvent subi des changements; mais la disposition générale s'est maintenue à peu près la même. Elle servira de ba.se à la description que nous allons donner de ce pays si riche en souvenirs et en monuments du passé.