CHAPITRE IL
DESCRIPTlOiN DE LA SYRIE
§ I. — Pachalik d'Acre ou de Sayde.
Saint- Jean d'Acre ou Ploléinaïs. — Son histoire. — Sii'ge de cette Tille par les croisés. — Le inonl (arinel. — Sour (rai;ci(!iiiie Tyr). — Sayiie (Sidon). — Beyrouth (Boryle). — Coiiveiils iiianiirne.> de War- liaiiiia et de Da :r-.Mokalle:>. — l>a r-el-Kaiiiinar. — Palais de Bellediii. — L'éuiir Beschir. — Lady E^lhe^ Sianhofie.
Saint-Jean d'Acre est une ville plus saillante sous le Tappoit historique que sous celui de l'archéologie. Ses monuments sont pauvres : ses annales sont riclies.-
Située danslaCœicsyrie, sur les confinsde la Phénicie et de la Palestine, Acre reporte son origine aux lemps mythologiques; sa londation est pcut-clre anlérieure à celle d'Anlioche, de Césarée, de Damas, de Jérusalem, et même à l'entrée des Hébreux dans la terre promise. Alors elle se nommait ^/cw ou Acco, nom [)hénicien qui veut dire étroite, resserrée, sans doute à cause de l'entassement de ses maisons sur une langue de terre qui fait saillie dans la mer.
Plus tard, quand les Grecs, m î très de cette ville, voulurent rattacher son origine à leurs propres traditions mythologiques, ils ciieichérent par quels moyens ils pourraient tordre ce mot Ako, pour en exti-nire une racine grecque. Après beaucoup de recherches patientes voici ce que trouvèrent leurs étymologistes. D'.lAo ils firent Aké ; puis, bâtissant sur ce no n une faille religieuse, ils rapportèrent cette appellation à Hercule, qui, blessé d'un coup de flèche '«xi;, alcè] avait trouvé sa guéiisQû (5/.?, akos) dans une plante cueillie sur les
bords du fleuve Bélus. Ainsi, i'étymologie grecque reposait sur un double jeu de mots.
Les mythograplies orientaux n'ont pas, de leur côté, bâti moins d'iiypothèses fabuleuses. Acre, suivant les uns, fut fondée par Adam lui-même, qui s'y arrêta lorsqu'il eut découvert la source qui coule aujourd'hui encore au milieu de la ville; les autres attribuent sa fondation au prophète Saleh, qui y construisit un temple dont les ruines subsistaient encore dans les premiers siècles de l'Islamisme. Mais l'histoire réelle d'Acre ne commence que dans les premiers temps de l'ère hébraïque, quand le Livre des Juges cite la ville iVAcco comme l'une des cités limitrophes des terres phéniciennes qui, avec Tyr et Sidon, résistèrent aux armes des Israélites.
Plus tard. Acre, devenue une annexe de Tyr, suivit les destinées de la métropole. Sous le nom d'Accon, elle passe des mains du roi des Perses dans celles d'Alexandre; éclioit, quand le conquérant meurt, à Démétrius Soter, fils de Séleucus.et relève, en l'an 150 avant l'ère chrétienne, d'Alexandre Balas, prétendu filsd'Antiochus Épiphane, avant que Ptolémée Phiiadelphe la réunisse, avec une portion de la Syrie, à son royaume d'Egypte. De cette époque date son nouveau nom de Ptolémais.
Assiégée vers ce temps par le roi d'Arménie, Tigranc, la ville d'Acre résista, et se maintint sous la loi des Lagides.Mais quand, plus tard, les Romains piomenèrent ]e niveau sur toutes ces petites dynasties, l'Arménie et ia Syrie eurent pour chefs des préteurs; les villes, des cohortes pour garnisons. Sous les Ilérodes, Acre reprit son ancien nom altéré en celui d'/lccon,- devint, i.ous l'empereur Claude, Colonia Claudia, désignation que l'on retrouve sur plusieurs médailles; se transforma, sous le Bas- Empire, en siège épiscopal, dont les
titulaires sont cites dans les actes des conciles de Césarée, de Nicée, d'Anlioclie, de Constantinople, de Chalcédoine et de Jérusalem; changea encore et à diverses reprises de nom : tour à tour, Akka, Akko, Accaron, P tôle maïs.
Le nom d'Akka prévaut sous le khalife Omar, dans les premiers jours de la propagande mahométane. Acre est une des premières conquêtes de l'islamisme sur l'empire byzantin : Omar y entre, et, loin d'y faire brûler des manuscrits précieux, il y construit une mosquée magnifique sur les ruines du temple attribué au patriarche Saleh. A son tour, vers l'an 260 de l'hégire (871 de l'ère chrétienne), Ahmed-ben-Touloun, devenu souverain indépendant de l'Egypte et de la Syrie, s'occupe de l'embellissement d'Acre, fait creuser son port, le ferme d'une chaîne, et réédifie ses fortifications.
Cette période de prospérité durejusqu'aux croisades. Là elle s'arrête et s'annule devant les plus furieuses et les plus impitoyables guerres. De toutes les villes du littoral syrien, aucune n'a plus à souffrir que la ville d'Acre, aucune ne change plus souvent de maître. Cinq fois empoitée d'assaut par les bataillons des croisés, cinq fois elle est reconquise par les milices musulmanes. En )'an UOi de l'ère chrétienne (490 de l'hégire), Baudouin y entre et la sanctifie. La mosquée d'Omar se change en église dédiée à saint Jean, et l'ordre des chevaliers de Saint-Jean d'Acre est fondé. Pendant quatre-vingt-trois ans cette compagnie, si célèbre depuis sous les noms de Saint-Jean de Jérusalem et de Malte, garda la place confiée à sa bravoure, et la défendit contre toutes les forces sana.sines! Cha.ssés de ses murs par le sultan Saladin, vers 1187 de l'ère chrétienne (o83 de l'hégire), les croisés la reprii-ent quatre ans plus tard sous Philippe-Auguste de France
a LA SYRIE, LA PALESTINE ET LA JUDÉE.
et Rirîianl I"" d'Angleterre; mais, servi par des dissensions intérieures, Saladin y rentra douze moisaprès. Les croisés prirent leur revanche en 1 I9G '592 de l'hôgire) ; mais, après une nouvelle trêve de dix années, Acre retomba en 1205 (006) au pouvoir de Seyf-ed-Din, frère de Saladin ; et, malgré d'autres efTorts et d'autres vitloires clirctiennes, la place resta définitivement acquise à l'autorité mahométane en l'an 1291 (090), sous le règne du sultan d'Égy. le Khnlyl, fils de Kalaoun, huitième prince delà dynastie des Mamelouks Bahrilcs. Le vainqueur en chassa les ciirctiens et en démantela les remparts. Entièrement rasée à cette époque, Acre prit le nom ù'Akh-el-Kharâk, Acre la ruinée, et ce nom est resté aux décombres qui gisent à l'est de la ville actuelle.
Ci si dans les historiens des croisades, et surtout dans les conliiuiateurs de Guillaume de Tyr, qu'il faut lire le récit de ces terribles batailles qui se livrèrent sous les murs de Plolémais les guerriers les plus illustres de l'Europe et de l'Asie, Philippe-Auguste, Richard Cœurde-lion, Salad''i, Maleck-Adel. L'historien Guillaume de Tyr, qui s'arrête à l'an 1187, raconte le siège de Sainl-Jean d'Acre par Baudoin I", en llOi; mais, pour l'histoire de la prise de celte ville par Saladin, et des luttes héroïques à la suite desiiuelleselle fut reprise par Philip|)e-Augiisle, en 1191, il faut surtout consulter les chioniipieurs qui viennent à la suite de Guillaume de Tyr. Nous signalerons particulièrement, comme offi-nl beaucoup de détails sur la topograj)hie de Saint- Jean d'Acre à cette époque, la curieuse chronique latine versiliée du moine Florentin, évc([ue d'Acre, sur la prise de celle ville par les chrétiens en 1191. Elle est imprimée à la suite de Guiliaume deTyr. édition de Baie, 1504, in-folio, sous le titre de Monachi Florenlini
Acconensis episcopi, de recuperata Ptolemaïde, liber.
On ne trouve à Saint-Jean d'Acre que peu de vestiges des murailles antiques, et il ne reste plus rien de cette tour Maudite dont Philippe-Auguste s'euipara, et que la valeur des Hospitaliers et des Tem[)liers ne put défendre, un siècle plus tard, contre les quatre cent mille musulmans de l'armée de Malek-Ascliraf. Nous lisons dans la traduction inédite du voya,u,e de Guillaume de Hnldensel, pèlerin du quatorzième siècle, que « le port d'Acre, jadis le meilleur et le souverain port des clirestiens en Surie, » était alors (en 1336) « empesché par les ruines. » Il paraît cependant qu'à cette époque une grande partie des fortilicatioris élevées par les cliiéticns subsistait encore; car, a|)rès avoir rappelé la destruction de la ville par les Sarn'sins, le même voyageur ajoute : « Elle pourroit de legier (avec peudechosejCstre repairée 1).» Aujourd'hui les ruines anciennes, et même celles du temps des croisades, ont presijue complètement disparu. Le père Douhdan, qui visita cette ville en 1G51, signalait encore * une grosse muraille bien estoffée de grandes et puissantes pierres de roche, avec plusieurs fenêtres, entre les(|uelles il y en a une grande de quatre à cinq pieds en quarré, environ à di\ pieds de l'eau, par laquelle on disait que le roi de Jérusalem, le grand maître et les chevaliers de Saint-Jean se sauvèrent sur les galères à la prise de la ville par le sultan Seraf (Malek-Aschraf). » (Voyage à la Tcne-Sainte, par le P. Doubdan, éd. de 1(jGG, p. 551.) Ces débris de l'enceinte qui entourait la cité du moyen âge ont été employés en grande partie à des constructions modernes. ,
L'antique Ptolémais semblait comme rayée de l'iiis-
(1) Biblioth. imp., mami<scrits français; fonds CoU'ort, n° 8392, jn-fol. p. 118, v". Cet c lurieus.^ trailuction a été laie cii Ijjl, par Jeun le Long, d'ïpres, religieux de l'abbaye de Saiiu-lieriiii, à Saini-Omur.
îuire moderne, quand le cheyk Daher, vieillard hardi t't adroit, s'en empara, malgré la Porte, en 1749. Ce n'était plus alors qu'un village ouvert, dans lequel les maraudeurs bédouins dictaient la loi; Dalier résolut d'en faire une place forte. Il acheta l'impunité du divan de Constantinople, se bâtit un palais fortifié comme une citadelle, éleva des tours qui commandaient le port, édifia autour de la ville une enceinte qu'il garnit de canons. Ces sûretés prises, Daher songea à des améliorations plus pacifiques; il assainit la plaine environnante, encourageales cultures, fit creuser le port, attira des négociants européens, donna un essor subit aux échanges de la cité renaissante; traita avec les pachas ses voisins, moins comme un égal que comme un maître; gagna à sa cause les Motoualis, tribu belliijueusc et puissante; 'devint enfin cheyk d'Acre, prince 'Ica princes, commandant de Nazareth, de Tabariéh, de Safed, et maître de toute la Galilée. Allié des Russes, et appuyé par toute la population voisine, Daher vaintjuit le pacha de Damas, et fit capituler la Porte. Il ne succomba que vaincu parla trahison, et quand Djezzar eut passé dans ses rangs pour le peidrc et s'installer à sa place. Ce nouveau pacha d'Acre a été une des plus saillantes figures que l'Orient moderne ait mises en relief. Ce fut lui qui résista aux Français, détachés de l'armée d'Egypte pour conquérir Saint-Jean d'Acre.
Acre, par la nature de sa position, demandait peu de chose au génie de l'homme pour être défendu contre l'agression. Bâti sur une langue de terre qui se projette dans la Méditerranée en forme de demi-lune, il est liaignô au nord, à l'ouest et au sud par la mer qui lui >ert de défense naturelle. Le côté de l'est était le seul l)oint vulnérable ; aussi est-ce dans cette partie que la ]>riidence du cheyk Daher jugea à propos d'élever des
remparts. Ces murailles, qui formaient une ceinture à la ville du côté de la terre, avaient tout au plus trois pieds de profondeur. Il n'y laissa seulement que deux portes. Aucun fossé n'en garantissait l'approche, ni aucune ligne de défense ne s'y faisait remarquer. Jusque-là on ne connaissait dans toute cette partie de l'Asie, ni bastion, ni chemins couverts, en un mot aucun des modes de fortification de l'art moderne. . Déjà auparavant, sous prétexte de se bâtir une mai-' son, Dalier avait fait construire à l'angle du nord un palais qui commandait la mer, et qu'il garnit d'artillerie. Des tours furent également érigées pour la défense du port. Les murs du palais de Daher étaient hauts et minces; ceux des tours avaient environ cinquante pieds d'élévation, et leur sommet était couronné de canons. Un fossé étroit et peu profond les cernait à leur base.
Plus tard, toutes ces constructions furent augmentées par le pacha Djezzar. Ce dernier attira près de lut des ingénieurs et des architectes de différentes nations d'Europe, qui embellirent la ville et en perfectionnèrent les fortifications. Vu à distance, Saint-Jean d'Acre est loin de paraître formidable. Au premier abord, son aspect répond peu à l'idée que l'on se fait d'une ville qui a résisté aux armes victorieuses du général Bonaparte. Mais en l'examinant de près, on s'aperçoit bientôt qu'une double enceinte de murailles en pierres de taille, garantie par des fossés profonds, s'étend d'une extrémité à l'autre de la ville, et vient en s'arrondissant aboutir à la mer de chaque côté.
Toutefois, c'est moins à la solidité de leur construction que les remparts de Saint-Jean d'Acre doivent la gloire d'avoir tenu en échec le héros des Pyramides et d'Aboukir, qu'aux circonstances et à l'habileté de deux hommes enfermés dans leurs murs, lord Sidney
Smith, et l'ingénieur français Phelippeaux, qui avait élé le compagnon d'armes et le rival de Napoléon dans sa jeunesse.
Ce que n'avait pu faire le plus grand capitaine des temps modernes, devait être accompli de nos jours par une armée d'Arabes. En 1832, après un siège long, opiniâtre et plusieurs assauts livrés sans résultat, Ibrahim-Pacha est parvenu à s'emparer de Saint-Jean d'Acre. Abdallali-Pacha qui commandait la place avec une luible garnison de trois mille hommes, a soutenu pendant neuf mois les efforts multipliés de trente mille comliattantsetd'uneformidableartillerie. Les remparts, les murailles, la grande mosf|uée, U; palais de Djezzar, et toutes les merveilles que Saint-Jean d'Acre avait vues naître dans l'espace de moins d'un siècle, ont beaucoup soulferi durant ce siège, et n'ont pas été plus épargnés par la (lotte anglaise qui bombarda la ville en 18iO.
A|)rès la grande mosquée, ornée à l'extérieur de colonnes antiques, et le couvent des pères Franciscains, qui occupe une partie du k! an français, ce que le voyageur visite avec le plus d'intérêt à Saint- Jean-d'Acre, c'est le bazar, qui cependant est loin d'a\oir la magnificence de ceux de Conslantinople, de Bagdad, du Caire ou de Damas. Plusieurs voyageurs ont donné des descriptions très-détaillécs de ceux-ci; aucun, que nous sacliions, n'a décrit celui de Saint- Jcan-d'Acre. Il est vrai que tous les bazars en Orient ont un air de famille, et, en cela, nous n'avons que peu de choses à dire ici en pailiculier. C'est quelquefois une rue couverte de bannes, formées de nattes; le plus souvent, c'est une sorte de grande galerie oblongue et recouverte par une voûte fort élevée qui reçoit la lumière d'en haut. Cette voûte en ogive est surmontée de coupoles dont les ouvertures sont ménagées de manière
à ne laisser pénétrer qu'un demi-jour favorable à la conser\ation el à la vente des marchandises.
L'intciieur du bazar présente une longue suite de boutiques symétriques, ayant chacuue une petite chambre au fond ou magasin de derrière. Dans la boutique princi()ale sont étalées avec art les marchandises de vente. La pièce du fond n'est autre cliose qu'un lieu de dépôt. On a partagé le bazar en plusieurs grandes divisions qui prennent chacune un nom détermin»^ par la nature des articles qu'on y expose; il est d'usage de mettre ensemble les marcbandises de même espèce. Ainsi, par exemple, toutes les étoffes, tous les fruits sont réunis dans des lieux séparés qui prennent le nom de bazar des étoiïes, bazar des fruits, et ainsi pour chaque espèce particulière de productions que l'on y vend. Classées de la sorte, les marchandises olTrcnt plus de facilité pour les emplettes des acheteurs, les recherches sont moins longues et moins pénibles que dans nos bazars européens où tout est confondu.
En Orient, le bazar n'est pas seulement un marché, c'est tout à la fois le rendez-vous des hommes d'alTaires et des hommes de plaisir. C'est là que s'opèrent les transactions commerciales et que les jeunes gens des familles opulentes viennent concerter leurs projets joyeux. Aussi le bazar ne désemplit jamais. Séjour constamment gai et animé, il semble que toute la vie, tout le bruit et tout le mouvement de la ville s'y soient concentrés.
Les marchands orientaux ignorent encore l'art de la tenue des livres ; ils n'écrivent même que très- rarement les combinaisons ou les résultats de leurs opérations, c'est à la mémoire ordinairement qu'ils les coulient. Oa a lieu d'être étonné de la merveilleuse facilité avec laquelle ils retiennent les calculs les plus longs el les plus
compliqués. Cela rappelle ces descendants du peuple de Dieu, maîtres alors du pays, qui devaient réciter par cœur, à certaine époque, les livres de Moïse et les Prophètes. Toute la science d'un boutiquier du bazar consiste uniquement à séduire les yeux: et les oreilles des chalands par un babil ampoulé et le prestige de l'étalage. A Saint- Jean-d' Acre, de même que dans toutes les autres villes de l'Orient, les lois qui régissent le corn- . merce sont très-arriérées et tîès-défectueuses.
Outre son bazar à longue galerie ou abrité par des bannes. Acre possède encore plusieurs autres marchés à ciel ouvert, assez semblables à nos marchés de France, et où se vendent les objets les moins précieux. Les boutiques de ces sortes de bazars, comme, au reste, toutes celles qu'on rencontre dans les rues, sont élevées au-dessus du sol de plusieurs pieds avec un banc de. pierre sur lequel s'asseyent les acheteurs. La largeuiordinaire des boutiques sur la rue ne dépasse pas six à .sept pieds. Elles ont, en général, de dix à douze pieds de profondeur. Elles sont divisées, ainsi que nous l'avons dit plus haut, en deux parties distinctes dont l'une sert d'arrière-boutique : une petite tente en forme d'au\ent ou d'appentis, le plus souvent composé de nattes de jitri(-s attachés à de longues perches, garantit les marcliandises de l'ardeur du soleil.
Acre est le chef-lieu du pachalik de Sayde, qui em brasse tout le territoire compris entre le Nahr-el-Kelb 'l'Adonis) et Quayssariéli (Césarée), entre la Méditerranée à l'ouest, l'Anti-Liban et le cours supéiieur du Jourdain à l'est. A l'importance de son étendue, ce pachalik joint de rares avantages de sol et de position. Le blé, l'orge, le mais fdoura), le coton, le sésame ^sewsemj, couvrent les riches plaines d'Acre, d'Esdrelon, deSour (l'ancienne Tyr), de Gcbel-Naqouréh et du cap
Ras-el-Mecherfy. La fertilité de cette Contrée, ancien domaine de la tribu d'Aser, justifie la parole du patriarche Jacob. « Aser mangera un pain délicieux; son ;► pays sera fertile en excellents blés qui feront les dé- 7> lices des rois. » Les cotons de Safed sont estimés pour leur blancheur à l'égal de ceux de Chypre : le tabac prospère sur les montagnes de Sour. Le pays des Druzes abonde en vins et en soie. Le territoire de Quayssariéh (l'ancienne Césarée) offre une des plus belles forêts de chênes qui existent en Syrie; enfin, comme si ce n'était pas assez de tant de richesses agricoles, ce pachalik, par sa position sur le littoral, par la sûreté de son port, de ses anses et de ses baies, peut passer pour l'entrepôt général du commerce arabique et syrien.
En face d'Acre, et dominant la petite ville de Caïiîi^ uo Hayfa, s'élève un pic écrasé et rocailleux, dont le nom est célèbre dans les Écritures : c'est le mont Carmel où pria Élie. Un couvent et une chapelle dédiée au prophète couronnent ce sommet. C'est de là, dit la tradition, qu'il partit pour le ciel dans un chariot de feu. La hauteur de ce pic est de trois cents toises au-dessus du niveau de la mer. Ses flancs sont couverts d'oliviers et de vignes sauvages, qui attestent l'existence d'anciennes cultures. Aussi le Carmel, dont le nom signifie plantation, est souvent, dans la Bible, l'emblème de la fertilité. Au désert sera donnée la .beauté du Carmel et de la plaine de Saron, » dit Isaïe dans une de ses visions prophétiques; et Amos, le berger de Thécoa, dit: Les pâturages des bergers sont eii deuil et la tête du Carmel se dessèche. Sur ce plateau aéré, et dans le monastère d'Élie, fut établie, à l'époque du siège de Saint- Jean d'Acre par l'armée française, une ambulance réservée aux soldats pestiférés. Ce couvent, fondé par les Carmes ou religieux du Carmel en 1Î80, était en
grande vénéra-tion dès le temps de saint Louis. C'est de là que ce pieux, monarque lit venir, en 1259, six religieux qui l'oiidùrent la communauté des Carmes à Paris. Dans une des chambres du monastère d'Élie, ou de Saint-Élie, les moines ont recueilli un grand nombre d'objets d'antiquité de dillèrents âges, trouvés parmi des décombres et dans des fouilles faites au pied du Carmel. M. Micliaud y a remarqué plusieurs médailles pliénicienneset un autel votif sur lequel le nom d'Uomère est gravé en caractères grecs.
Le pachalik dont Acre est la capitale comprend encore une foule de localités célèbres dans l'histoire : ÎSasrà ou Nazareth, Tabariéh ou Tibériade, le mont Tliabor, le lac de Génézareth, qui se lieront, dans notre Précis, à l'histoire de la Pale>tine; puis SouretSayde, Tyr-eiSidon,quiappartiennentruneetraulreàun autre ordre d'idées, de gloire, de puissance et de civilisation.
La route d'Acre à Sour et à Sayde suit le boid de la mer et traverse une plaine autrefois fertile el aujourd'hui couverte de ronces et de chardons. A. une lieue d'Acre, on rencontre d'abord la fontaine de la Vierge bénie, et près de là, sur la pente d'une colline, les ruines d'un ancien couvent. A peu de distance de ces ruines est le bourg de Zib, l'antique Achzib, que l'historien Josèphe cite comme une des villes dont les Chananéens restèrent maîtres après l'établissement des Hébreux dans la Terre-Promise (Jos. xix, 29). Les Grecs la nommèrent Ecdippon ou Ecdippa, et c'est sous ce nom qu'elle est citée dans Pline el dans saint Jérôme. On n'y remarque aucun vestige d'antiquité. En approchant de Sour, un monceau de décombres que l'on montre près de la mer est tout ce qui reste d'un château dont les chroniqueurs du moyen âge attribuent la fondation à Alexandre, et qui avait été relevé par Baudoin, roi de Jérusalem, à l'époque du siège de Tyr. Les mêmes
chroniqueurs donnent à ce cliàteau le nom de Scandalum, qui paraît être une corruption du mot Scander, par lequel les Arabes djsignent Alexandre. Nous sijj^nalerons encore dans le voisinage de ce château, au bord de la mer et sur un proraonloire situé à l'occident des monlagnes de Saron, la tour délabrée de Nakoura ou Nakhorra, qu'on croit être l'ouvrage des Croisés. On ne sait rien de précis sur sa destination ; nous avons cru y reconnaître une vigie semblables à celles que nous avions déjà remarquées soit dans le midi de la France, soit sur le sol de l'Espagne. A peu de distance de la tour de Nakoura sont les ruines d'un ancien temple ionique don on voyait encore, il y a quelques années,' une colonne entière debout et quelques fragments de fûts tron(|ués. Au pied de ces restes solitaires gisent çàel là dès entablements brisés, des chapiteaux frus-; tes, des tambours de colonnes amoncelés pêle-mêle parmi les herbes et les plantes sauvages.
L'époque de la fondation de ce temple est ignorée. Aucun vosageur, que nous sachions, n'a soulevé le voile d'obscurité qui en cache l'origine. Il est vraisemblable toutc'ois que c'est un monument de l'époque des Séleucides; c'est ce qu'on peut conjecturer du style de l'arcbi lecture et du caractère des ruines. Chaque jour fait disparaître quelque chose de ces dé bris du passé.
Sour est située sur le littoral syrien, à six lieues au nord de la ville d'Acre. Son ancien nom de Tyr, par une altération familière aux Orientaux, est devenu d'abord Tsour, pour former celui de Sour, bourgade peuplée aujourd'hui de deux mille âmes.
Là était Tyr, celte reine du monde commercial, que fondèrent des Sidoniens chassés de leur patrie deux cent quarante ans avant la construction du temple de
Jérusalem. Une langue avancée dans la mer, et continuée par un îlot peu distant du rivage; une baie vaste et sûre, un territoire fertile et riant: voilà ce qui décida cette fondation, dont l'importance devait grandir si vite. Longtemps en terre ferme, Tyr s'y maintint malgré des ennemis nombreux et puissants: pendant treize années entières, elle résista au roi de Babylone, maître de tout le reste de la Syrie, et quand, après ce siège glorieux, il devint impossible de se défendre sur le continent, au lieu de se rendre, les Tyriens aimèrent mieux passer sur l'île, et mettre la mer entre eux et leurs ennemis. Ce fut dans cette nouvelle position qu'Alexandre vint attaquer la cité industrieuse. Ruinée, puis reconstruite, elle profita d'une jetée élevée au sein de la mer par les Macédoniens pour lier son île à la terre ferme, formant ainsi le promontoire sur lequel ses décombres s'étendent aujourd'hui.
Merveilleuse existence phénicienneencore mal éclaircie, colonie marchande jetée sur une bande étroite du littoral syrien, y occupant à peine quelques lieues carrées en territoire, et qui pourtant fonda des succursales comme Carthage, comme Utique, comme Cadix dans la Méditerranée, comme Aradus sur le golfe Pcrsique, Faran et Phœnicum Oppidum sur la mer Rouge I La Phénicie régnait sur les mers, et sans doute ses marins poussèrent leurs trirèmes sur une foule de plages oîi les modernes prétendent avoir abordé les premiers. Quand on songe aux traditions tyriennes, aux magnificences que leur prête la voix des vieux prophètes, (•'est à se demander si nous ne sommes pas encore petits, nous qui nous croyons si grands.
«Ville superbe, qui reposes au bord des mersl Tyr, qui dis : Mon empire s'étend au loin sur l'Océan, écoute l'oracle prononcé contre toi ! Tu portes ton commerce
\\anè les îles lointaines, chez les habitants de côtes inconnues. Sous ta main, les sapins de Sanir deviennent des vaisseaux, les cèdres du Liban des mâts, les peupliers de Bisan des rames. Tes matelots s'asseyent sur le buis de Chypre, orné d'une marque-terie d'ivoire. Tes voiles et tes pavillons sont tissus du beau lin d'Egypte; tes vêtements sont teints de l'hyacinthe et de la pourpre de l'Hellas (Hellespont). Sidon et Arouad t'envoient leurs rameurs, Djabal (Djebilé) ses constructeurs habiles ; les géomètres et tes sages guident eux-mêmes tes proues. Tous les vaisseaux de la mer sont employés à ton commerce. Tu tiens à ta solde le Perse, le Lydien, l'Égyptien ; tes murailles sont parées de leurs boucliers et de leurs cuirasses. Les enfants d'Arouad bordent tes parapets, et tes tours gardées par les Djimédéens (peuples phéniciens) brillent de l'éclat de leurs carquois. Tous les pays s'empressent de négocier avec toi. Tarse envoie à tes marchés de l'argent, du fer, de l'étain, du plomb. L'Ionie, le pays des Mosques et de Teblis (Tiflis;, t'approvisionnent d'esclaves et de vases d'airain. L'Arménie t'envoie des mules, des chevaux, des cavaliers. L'Arabe du Dedan voiture tes marchandises. Des îles îiombreuses échangent avec toi l'ivoire et l'ébène. L'Araméen !\e Syrien) t'apporte le rubis, la pourpre, les étoffes piquées, le lin, le corail et le jaspe. Les enfants d'Israël et de Juda te vendent le froment, le baume, la myrrhe, la résine et l'huile; Damas, le vin de Halhoun (Halab peut-être) et les laines fines. Les Arabes d'Oman ofïreni à tes marchands le fer poli, la cannelle, le roseau aromatique, et l'Arabe du Dedan des tapispour l'asseoir. Les habitants du désert payent de leurs chevreaux et de leurs agneaux tes riches marchandises. Les Arabes de Saba et Ramé t'enrichissent par le commerce des aromates, des pierres pri^cieuses et de l'or. Les habitants de
Uarang, de Kalané et d'Adana, facteurs de l'Arabe, de Clieba, de l'Assyrien et du Clialdéen, commercent aussi avec loi et le vendent des châles, des manteaux artistemenl broilés, de l'argent, des mâtures, des cordages et des cèdres; enfin, les vaisseaux vantés de Tarse sont à tes gages. 0 Tyr, fière de tant de gloire et de richesses, bientûl les (lots de la mer s'êlèveiont contre toi, et la tempête le précipitera au fond des eaux. Alors s'engloutiront avec loi tes richesses; avec loi périronten un jour ton commerce, tes négociants, tes correspondants, tes matelots, tes pilotes, tes artistes, tes soldats, et le peuple imiiiensequi remplit tes murailles. Tes rameurs déserteront les vaisseaux; tes pilotes s'assiéront sur le rivage, l'œil morne contre terre. Les peuples que tu enrichissais, les rois que tu rassasiais, consternés de ta ruine, jetteront des cris de désespoir. Dans leur deuil, ils cou|(eront leur chevelure; ils jetteront la cendre sur leur front dénudé; ils se rouleront sur la poussière, et ils diront: « Qui jamais égalera Tyr, cette reine de la mer? »
Voilà ce que disait le poëte-prophète. L'oracle n'a pas menti. Sour est un village; Sour n'a plus ni monuments, ni navires, ni port, ni marchandises, ni poj)ulalion. Un facteur grec au seivicedes maisons européennes a remplacé ces mille armateurs, ces mille manufacturiers, ces myriades de marins. Quelques ballots de coton pourrissent sur les quais, où roulaient du soir au malin l'or et la |)oui pre, les épices et les aromates. Les colères prophèli(|ues ont eu raison.
L'emplacement actuel de Sour est une presqu'île qui sailledu rivage et va vers la mer sous la forme d'un marteau à lélc ovale. Celle lèle, dont le fond est de roc et le dessus une terre brunecultivable, forme une pcliteplaine de huit cen»s pas de long sur quatre cents de large.
L'isthme qui lie celle plaine au continent est nv contraire de pur sable de mer; c'est la jetée d'Alexandre élargie par desatterrissements successifs. Le villa-ede Sour est assis sur le point d'attache de l'isthme, à Tancienne île dont il couvre à peine le tiers. Un bassin oui fut un port creusé de main d'homme, règne vers la pointe nord; deux tours correspondantes en défendent 1 accès, et de ces tours part une enceinte en ruines qui jadis bordait l'ile entière. La partie du terrain libre au-
eu tives Quelques légumes et du poisson sulTisentaux Habitants; ils ne cherchent pas à obtenir par le travail une condition meilleure: De toutes les constructions élevées dans 1 enceinte, la plus remarquable est uneruine située a l'angle sud-est, vieille église chrétienne batie probablement par les croisés, et dont il ne resie aujouid hui que la nef. Tout auprès, et parmi les décombres, gisent deux magnifiques colonnes en granit rouge d une espèce inconnue en Syrie, si massives SI pesantes, que Djezzar essaya vainement de les faire transportera Acre pour en décorer la mosquée Sui 1 i.lhmeest un puits qui fournit aux besoins du village, et au delà commencent des ruines d'ar ades
a la ^ eille Tir. Plus on avance vers l'intérieur, plus cette donnée se confirme. A une heure dans les tmes es arches reparaissent avec un large canal au-dessus' formé d un ciment plus dur que la pierre. Ce sys me d arcades conduit à des réservoirs que plusieu s voja geurs ont nommés les puits de Salomon et qui ne sont
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Us forment tous un massif demaçonneiie en cimemmôlé
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de cailloux de mer. Ces puils, dont le massif saille de quinze à dix-huit pieds, sont remplis jusqu'aux bords d'une eau vive et bouillonnante. Elle se déverse par une foule de courants, et son abondance est telle qu'après avoir fait marcher trois moulins, elle se forme en un petit ruisseau qui va se perdre dans la mer.
Voilà Tyr et son bassin. Sayde, Saide ou Sidon, mère de toutes les villes phéniciennes, est située à six ou sept lieues au nord. Ancien chef-lieu du pacbalik, Sayde est une villeasscz vaste, mais mal bâtie, malpropre, et remplie de décombres modernes. Elle occupe sur les bords de la mer un terrain d'environ six cents pas de long sur cent cinquante de large. Un fort, qu'une volée de coups de canon renverserait, domine la mer, la ville et la campagne. Le château au N. 0. de la ville est en meilleur état. Jadis, entre le château et un écueil qui lui fait face, s'étendait une espèce de rade, bonne à peine dans la saison des vents alises; mais l'émir Fakr-ed-Dyn, à l'époque où il craignait une descente turque, fit ensabler les passes de telle manière, qu'aujourd'hui encore le mouillage est impraticable. Du côté de la mer, la ville est sans murailles; elle a, du côté de la terre, un mur bon tout au plus pour la protéger contre les cavaliers de ces montagnes. L'artillerie se compose de six ou sept vieux canons; la garnison, lors de notre passage, n'excédait pas cinquante ou soixante hommes. Quoique écrasée par le voisinage de Beyrout, Sayde est une ville assez commerçante; elle reçoit de Damas et de la vallée de Beqâa, la soie, les blés, le coton, la cire, produit des provinces intérieures. On évalue la population de la ville à quatre ou cinq mille âmes. Un voyageur anglais écrit qu'elle s'élève à quinze mille âmes, dont deux mille chrétiens, presque tous maronites, et quatre cents juifs.
LX SVUIE, LA PALESTINE ET L\ JrjDÉE. 29
On ne trouve à Sayde aucun vestige de l'iincienne Sidon, SI ce n'est peut-être un certain nombre de colonnes de granit à demi brisées qu'on remarque sur le port. On voit aussi vers le nord de la ville, au bord de la mer, un beau pavé de mosaïque en marbre de diverses couleurs, représentant un cheval entouré de festons. Nous avons en outre à signaler, à cause du souvenir religieux qui s'y rattache, la petite mosquée de Nebbi-Sidon, bâtie, dit-on, au lieu même où le Christ passant par le pays des Sidoniens, guérit la fille de là Chanancenne. On montre également à Sayde le tombeau du prophète Sophonias et celui de Beséléel, artiste célèbre qui construisit le tabernacle du temple de Salomon.
Au temps des guerres saintes, Sidon fut soumise au culte de la croix par le roi Baudouin, en 1111, et elle fut ensuite concédée, à titre héréditaire, à un chevalier français nommé Eustache Grenier. Cette ville conservait encore à cette époque des restes de son ancienne magnificence; les chroniqueurs parlent de ses maisons de bois de cèdre richement ornées. En 1252, saint Louis releva les fortifications de Sidon, démolies par les musulmans de Damas, et construisit ou répara, hors des murs, un château qui porte encore son nom.Mais pendant que les chrétiens s'occupaient du rétablissesement de la cilé, elle fut surprise par les Turcomans, et la population tout entière périt par le glaive. Le roi de France se trouvait à Tyr lorsqu'il apprit ce désastre Il voulut venger ses frères massacrés et s'en alla assiéger les Turcomans dans le château de Panéas, où ils s'étaient retirés. Revenu à Sidon, le saint roi trouva les cadavres des chrétiens répandus autour de la ville et il ordonna de les ensevelir; mais chacun s'éloignait, et cest alors que saint Louis donna le plus touchant
^Q LA SVIîIE, LA PALESTINE ET LA JUDÈF,.
e^oraple de cliarilé en se chargeant lui-m6me d'un des
cadavres.
Ce chàtoau de Panéas, assiégé par saint Louis, e« soiivenlcilé dans l'histoire des croisades, se trouve à une jonrnôt' de Sidon dans l'Anti-Liban. Ses murailles, ses tours, ses fossés se montrent encore tels qu'd;étaient aux douzième et treizième siècles.
Après avoir quille les jardins qui enlourent la ville de Sidon comme d'une verdoyante ceinture diaprée de fleurs, on aperçoit le long de la côte, à environ une lieue de celle ville, divers sarcophages, dont plusitMirs ont conservé la pierre qui les recouvrait. Tous ces tombeaux ont à peu près la même forme. Quelques-uns sont ornés de légères décorations à demi elTacées, représentant des guirlandes, des feuilles d'arbres et des fi.rures humaines; d'autres sont à panneaux, avec des couvercles soutenus par des pilastres de plusieurs ordres d'arclutecture grecque; d'autres encore gisent, ouverts et vides, au milieu des broussailles et des ro-
cil ers
Quels furent les hôtes de ces coffres de pierre? quels per^onna-es y ont laissé leurs cendres? nul ne le sait. L'histoire est muette à cet égard, et rien de ce (|ui reste n'est assez explicite pour dissiper les incertitudes; cependant on peut conjecturer, d'après le style de ces ouvra'C^ qu'une partie dut être exéculèe par les Pliénicien's et l'autre par les peuples gréco-romains. Selon certaines traditions vagues et sans fondements, 1 un des sarcophaues aurait reçu les dépouilles mortelles du proi)hète Sophonias, et un autre celles du patriarche Zah Ion La li ibu de Zabulon, en elTel, occupait une portion de res|.ace compris entre la Méditei raiiee et le iac de Tibériade ; mais on sait que le patriarche mourut e» Egypte.
C'est dans une colline sitin^e parmi les sarrophngcs dont nous venons tle parler que se trouvonl les soûler rains où furent renfermés, dit-on, les fomlieaux des anciens rois de Syrie. Ces tombeaux sont taillés dans le roc, et leur entrée est assez grande pour qu'un homme y puisse pénétrer. Arrivé dans l'intérieur, od y ene à travers plusieurs espèces de salles de cinq à six pieds carrés, disposées en forme de labyrinthe.
Des niches oblongues, au dessus desquelles on distingue encore quelques bas-reliefs presque méconnaissables, et de grossières peintures exécutées en rouge, avaient été prali(|uées dans l'épaisseur du mur de ces antiques catacombes : du reste, point de noms, point d'inscriptions assez lisibles qui puissent renseigner le voyageur. La plupart de ces tombeaux sont ouverts et servent de retraite aux bêtes fauves et aux bergers qui s'y réfugient pendant les heures brûlantes du jour. Oa De peut se défendre d'un sentiment de tristesse au milieu de ces ruines, dont le caractère lugubre est encore augmenté par la solitude profonde et le voisinage de la mer. L'a.-^pcct d'un horizon sans limite qui fuit levant vous et réveille dans l'esprit l'idée d'éternité, en opposition avec l'image de la destruction et de la mort gi.sant là à vos pieds, jette l'âme dans une mélanculique coqtcmplation.
On remarque dans les environs de Sayde, près du village de Zarfa ou Sarplian, les ruines de l'ancienne S;irepta, que les miracles d'Elie ont consacrée dans l'histoire. Sous les rois chi'étiens de Jérusalem, Sareptaa\ait un château et un évcclié; elle portait aussi le nom de Gérez. Des plantations de liguiers, de mù.riers et de vignes couvrent son territoire, qui produisait autrefois des vins célèbres chez les anciens. A trois quarts d'heure de Zaïl'a, ou voit, à droite du cliemin.
une longue montagne rocheuse, toute percée de sépulcres, appelée par les Arabes les grottes d'Adnoun.
Plus au nord est Beyrout, l'ancienne Béryte. La ville occupe une verte et gracieuse colline qui va mourir à la mer, flanquée à droite et à gauche de petits promontoires rocheux qui portent des fortifications turques de l'effet le plus pittoresque. Tout ce terrain, mollement ondulé, se détache du pied du Liban pour saillir dans la mer, environ deux lieues hors de la ligne du rivage, et l'angle rentrant qui en résulte forme au nord une assez grande rade, où débouche la rivière de Nalircl-Salib ou Nahr-Beyrout. On ne saurait se faire une idée de la magnificence de cette situation. Quand on arrive du large, l'œil ne rencontre partout que des massifs de verdure fraîche et lustrée : ici des terrasses étagées de mûriers blancs ; là des bois de caroubiers sombieset touffus; puis les figuiers, les platanes, les orangers, qui se groupent en vergers odorants le long de la mer, tandis qu'à l'horizon les oliviers étendent comme un lac leurs cimes grises et cendrées. L'aspect géognostique n'est ni moins curieux ni moins imposant. A une lieue environ de la ville, le Liban se dresse; il hérisse ses crêtes anguleuses ou airondit ses croupes puissantes, tantôt se déchirant pour laisser apercevoir une éclaircie au travers de ses gorges, tantôt doublant et triplant ses chaînes secondaires, comme pour interdire l'accès des pays intérieurs.
Beyrout elle-même est une ville active, gaie, riche, affairée, industrieuse. C'est l'entrepôt, le port, la ville maritime des Druses, à qui appartient tout le Liban qui fait face. Là descendent les produits des plateaux supérieurs, la soie de Syrie qu'on transporte à Brousse où elle sert à la fabrication de ces étoffes si renommées sur tous les bazars de l'Orient et dans les marchés de
l'Europe. En échange de ces soies, les montagnards viennent chercher le riz de Damiette, le tabac de Lattakiéh, le café de l'Yémen, les blés de Beqàa et du Hauran. Des navires européens, des caïques arabes, des tartanes, des chaloupes encombrent cette rade que forme une simple jetée inondée souvent par la vague, digue impuissante que la mer franchit pour venir battre le môle et couvrir de son écume les Arabes accroupis sur le quai.
Là, à Beyrout mieux qu'ailleurs, dans une ville demi-musulmane, demi-chrétienne, on peut se faire une idée des mœurs orientales que nous connaissons si mal, quoiqu'on nous les ait tant de fois décrites. Ces masons à toits plats et à balustrades crénelées, ces fenêtres à mille ogives, ces grilles de bois peint d'où l'on vpit sans être vu, ces pins arrondis en parasols; ces constructions pittoresques, couvents grecs ou maronites à l'architecture massive, mosquées aux colonnettes élancées, santons mystérieux et solitaires; ces Arabes qui se disputent, ces chameaux qui grognent, ces chiens qui hurlent : tout cela, c'est bien l'Orient.
Avez-vous mis pied à terre? à l'instant ces impressions, confuses d'abord et générales, se fixent, s'arrêtent, se spécialisent. Voici le costume arabe dans toute son éclatante simplicité, dans tout son luxe d'armes et de chevaux, le premier luxe des Arabes. Voici des femmes avec le turban, la veste brodée; d'autres avec le corps d'or ciselé, orné de perles, de pierreries, et les amples habits qui les enveloppent; toutes laissant tomber sur leurs épaules de longs cheveux nattés qui se mêlent aux franges de perles et aux chaînes de se- (juins vénitiens. Les hommes, accroupis devant les portes des cafés, y fument gravement leur narguilé ou
leur pipe; les femmes, empaquetées dans des voiles blancs, traversent la ville pour se rendre au bain, leur délassement et leur joie. Les journaliers, les âniers, les colporteurs appellent bruyamment la pratique, tandis que du haut des minarets les muezzins jettent une à d'Une et lentement les paroles de la prière.
Ainsi est Beyrout, ainsi, comme elle, sont toutes les 'Villes du littoral et presque toutes les villes orientales. 'Ces populations, façonnées à l'obéissance passive et au fu'nlisme religieux, mènent une vie monotone, mais tranquille, avec peu de joies et peu de peines.
Le plus grand plaisir des femmes et des hommes, c'3st le hain, le hain oriental qui n'a avec le nôtre rien ic commun, si ce n'est le nom. Les bains, dans l'Orient, >ontles étuves grecques et romaines, avec des rafïineiïients plus sensuels encore. Les salies de bains se composent d'une suite de pièces qu'éclairentde petits dômes à vitraux peints. Pavées de marbres à comfiar.iments de diverses couleurs, elles ont aussi des parois de mosaïque ou de marbre sculpté en colon nettes moresques. La pièce qui sert d'enirée au Hammam (bain [)iil)lic) est vaste, haute, aérée, garnie d'estrades où se déposent les vêtements. De là, on passe dans diverses salles dont la chaleur augmente par gradations presque insensibles. C'est d'abord la température de l'air exléiieur, puis une atmosphère douce et tiède, puis une raréfaction de plusen plus grande, jus(|u'à la dernière pièce où la vapeur de l'eau bouillante s'élève desba.ssins, et sulÏ0(|ue presque ceux qui y arrivent. Dans ce sanctuaire, où ne pénètre qu'un jour douteux, est une étuve ehautféeà un très-haut degré, et parfumée d'essences qui exhalent des odeurs suaves.
C'est en vain qu'on y cherciierait, comme en Europe.
des baignoires oblongues ou des bassins creusés dans le roc. Le bain oriental ne se compose que d'aspersion et d'immersion, d'étuves ou de douches. Nulle cuve remplie n'attend celui qui se baigne; mnis couché sur le marbre, il se tient immobile sous ce nuage odorant qui va pénétrer dans tous ses pores. Peu à peu, en effet, le coips s'ouvre à cette température insolite; une moiteur douce et graduelle s'échappe de la peau, les libres se dilatent, les membres s'assouplissent. Aprc5 cette première impression, arrivent les serviteurs du hammam qui saisissent le baigneur couché alors sur des nattes lines, la tète appuyée sur un coussin, et abandonnant ses membres détendus. Le serviteur masse les chairs, fait craquer les jointures, et, la main garnie d'un gant de crin, il exerce sur tout le corps un frottement rapide qui porte le sang à la peau avec uns vivacité incroyable. Cette friction, ce mas.sage, auxquels les Européens ne se font qu'avec peine, est un des plus grands délices du bain oriental. Quand l'opération est finie, on éprouve une atonie vague et complète. Cet état, s'il durait, serait dangereux peut-être. Aussi ne lepolonge-t-on que peu de temps, à peu près comme on peut le faire dans les étuves de nos bains de vapeur ou d'eaux minérales. On quitte alors cette atmosphère brûlante pour passer en sortant par les salles que l'on a parcourues en entrant. Dans l'une d'elles, le serviteur du hammam reparaît avec de l'eau tiède qu'il j?-lte en douches sur les épaules avec de la mousse de savon et de l'eau de rose destinée à parfumer le corps, puis il laisse le baigneur étendu sur un divan, où le tabac aromatisé, le cale, les sorbets, réparent ses forces. Ce bain, qui dure ainsi plusieurs heures, fait la gi'ande occupation du Musulman, Outre
le bien-être qu'il y éprouve, c'est pour ce peuple un devoir religieux. Au bain, les femmes turques trouvent la seule distraction permise h leur réclusion : eiles y traitent de leurs petites aiïaires, de baptêmes, de bals, de mariages. Les hommes, qui n'appiochent pas de ces bains aux heures où les femmes sont admises, s'y réunissent comme dans un cercle pour deviser sur les choses de la politique et du commerce.
Beyrout, autrefois appelée Béryte [Berytus], ainsi' que nous l'avons dit, fut érigée en colonie romaine sous le règne de l'empereur Auguste, qui, en mémoire de sa fdle Julie, et à cause des avantages naturels que la ville retirait de sa position, l'appela Félix. JuUa. Et en effet, c'est une heureuse situation que cellei de Beyrout! Assise gracieusement sur la partie septentrionale d'une langue de terre formant le prolongement du pied du mont Liban entre les ondes ti'ansparentes de la mer de Syrie, ceinte d'une c! '.armante bordure de jardins toujours verts, rafraîchie par les molles brises descendant des montagnes environnantes; riche en Heurs et en fruifsde toute espèce, Beyroutest aux yeux du voyageur un séjour digne d'envie; aussi est-elle le rendez-vous de tous les étrangers qui visitent ces contrées.
La ville de Beyrout est de forme irrégulière. Ouverte du côté de la mer, les trois autres côlés tournés vers la terre sont entourés d'une muraille en pierre tendre et sablonneuse dans laquelle le boulet de canon pénètre .sans la faire éclater. Un vieux château crénelé, debout à l'entrée du port, et muni pour toute artillerie de six pièces de canon, en commande l'arrivage. 11 est à remarquer qu'on ne rencontre pas d'autre système de lortificalinn en Orient. Cà et là des débris et des fûts
de colonnes, misérables restes de l'antique Béryte, servent dans le port à amarrer les bâtiments. Formé par une jetée, ce port autrefois profond et commode, les habitants l'avaient laissé encombrer de ruines et de sable. Aujourd'hui des travaux ont été entrepris pour le rendre à sa première destination. Le Nahr-el-Salib ou Nahr-Beyrout vient déverser ses eaux dans la rade de la ville. C'est là, sur les bords de ce fleuve, selon la tradition, que périt le bel Adonis. Longtemps son culte y fut en honneur, et même en certains endroits on en découvre des vestiges. A en juger par les ruines gisant hors des murs vers l'ouest, il y a tout lieu de croire que la ville a dû être beaucoup plus considérable. Une vaste plaine forme son territoire. Elle est presque entièrement plantée en mûriers blancs pour la nourriture des vers à soie, dont on fait une grande culture dans le pays.
Au milieu de cette plaine jonchée de débris antiques, dans la partie la plus rapprochée du rivage de la mer, M. de Saulcy a signalé un édifice de forme quadrangulaire terminé par une sorte d'abside circulaire qui s'appuie intérieurement contre les parois des murailles. A l'entrée de cette salle, une mosaïque grossière, composée de cubes blancs et rouges disposés irréguliè^ rement, forme encore aujourd'hui le sol du chemin, et tout autour le terrain est couvert de fragments de marbres précieux. La destination de ce monument est difficile à déterminer. M. de Saulcy conjecture que ce pouvait être le lieu de réunion où les marchands de Béryte se rendaient pour opérer leurs transactions commerciales.
Les maisons, les boutiques et les bazars de Beyrout sont en général mieux bâtis qu'on ne les voit d'ordinaire sur la côte. Presque toutes les maisons y sont en pierre, et notablement plus élevées que dans les
autres villes de l'Orient. Les rues ne s'y montrent pas très-propres, quoique dallées et assez larges, ce qui provient en grande partie de la disette d'eau ; les femmes sont obligées d'aller en chercher fort loin dans la campagne. Sur la droite de la ville, on remarque le lazaret construit par Ibrahim-Pacha.
On jouit à Beyrout d'une grande tolérance. Elle est le siège d'un évêque grec, d'un évêque maronite, la résidence d'un consistoire israélite, d'une congrégation protestante, et d'un assez grand nombre de prêtres druzes et musulmans. Les chrétiens y ont quatre églises, les catholiques grecs une, les catholiques arabes également une, de même que les maronites et les schismatiques. On y compte en outre trois belles mosquées avec leurs minarets, leurs cours et leurs fontaines jaillissantes. Vers le milieu de la ville s'élève majestueusement la grande mosquée, ancienne église catholique dédiée à saint Jean, que l'on voit encore flanquée de sa colonnade gothique construite du temps des croisades. Par son gisement légèrement en pente, Beyrout a l'avantage d'être une ville sèche et très-salubre. Néanmoins en été son séjour ne laisse pas que d'être fort incommode à cause de la chaleur et de son eau tiède.
Dans un couvent de capucins, on signale à la curio site des visiteurs étrangers, le lieu où sont enterrés dans un jardin six Anglais morts des suites de blessures reçues dans les murs de Saint-Jean d'Acre, lors du siège que le général Bonaparte fit de cette place. Beyrout aussi pourrait montrer les stigmates de ses propres plaies, car elle ne fut pas toujours riante et paisible. Elle conserve encore le souvenir de ses vicissitudes pendant les guerres de la Terre-Sainte. Alors la pauvre Béryte était exposée à changer si souvent de mai-
très qu'elle ne savait plus à qui elle appartenait. Deux sièges mémorables, entre autres, l'ont rendue célèbre dans l'histoire : l'un par Baudouin, roi de Jérusalem, l'an 11.09 de notre ère; l'autre par le sultan Saladin en 1187. Malgré la défense désespérée des assiégés, Baudouin réussit alors à s'emparer de la ville, qui demeura au pouvoir des croisés jusqu'à l'époque où Saladin la reprit après des efforts inouïs. Depuis le temps des croisades, Beyrout a presque toujours été sous la domination des émirs druses. C'est à eux qu'elle est surtout redevable des murailles qui l'entourent, et des grosses tours carrées qui se dressent derrière elles pour la défendre. L'émyr Fakr-ed-Dyn est celui qui a le plus fait pour elle. On voit encore dans la ville les restes imposants du sérail de ce prince. Toutes les constructions ordonnées par lui dans sa capitale étaient dans le style italien. Fakr-ed-Dyn avait vu l'Italie, et il affectionnait particulièrement l'architecture ainsi que les modes romaines et florentines.
Aujourd'hui Beyrout est véritablement dans la voie du progrès. Cette heureuse disposition doit être attribuée sans contredit à l'influence des pèlerins et des commerçants d'Europe dont elle est incessamment visitée. Beyrout est devenue la place la plus importante de tout le littoral, l'entrepôt de tout le commerce de la Syrie. Son port est très-sûr, et toujours rempli de navires. Là, dans cette ville, on trouve toutes les commodités de la vie, des habitations presque confortables, des viandes saines, des fruits délicieux, du pain préparé à l'européenne par des boulangers francs, des vins exquis à bas prix, et entre autres le fameux vin d'or, ce roi des vins, si vanté en Orient, où il est tout aussi populaire que notre vin de Champagne en France, vin d'2Lilleiirj* pétillant et mousseux comme ce dernier.
Mais l'une des causes les plus éminentes de la réputation de Beyrout, c'est la rare beauté de ses environs, la magnificence des plantations de mûriers qui dominent la ville de toutes parts, l'aspect pittoresque de ses ruines antiques gisant parmi les fleurs, et surtout de ses gracieuses villas disséminées par centaines au milieu des citronniers, des nopals, des caroubiers et des arbres de toutes sortes qui croissent sur son sol. En un mot, telle qu'elle est aujourd'hui, Beyrout mérite encore à plus d'un titre l'épithète d'heureuse dont l'empereur Auguste l'avait qualifiée.
A quelques milles au nord de Beyrout, près du bord de la mer , et à travers une végétation luxuriante, on rencontre le long du fleuve Lycus ou Nahr-el-Kelb, un chemin creusé dans la base de la montagne, dont l'exécution a été ordonnée par l'empereur Antonin le Pieux ou par Marc-Aurèle. Ce chemin, naguère impraticable, a été rendu à la circulation par Ibrahim-Pacha, qui, dans les derniers troubles de la Syrie, l'a fait déblayer pour y faire passer son artillerie. Toutefois, il est encore fort inégal, et embarrassé çà et là de quartiers de roches, qui en rendent la voie difficile. Il tourne sur le côté de la montagne en se dirigeant d'une part vers le pont du Nahr-el-Kelb, pont bâti sur cinq arches, où des inscriptions arabes indiquent les époques auxquelles il a été réparé. On remarque qu'en dernier lieu il le fut par l'émir Beschir.
La longueur de la voie Antonine est de plus d'un mille. Son élévation au-dessus du fleuve Lycus dépasse cinquante pieds dans sa plus grande hauteur. Les inscriptions grecques, latines et syriaques, qui ont fort occupé la sagacité des savants sont adossées sur le flanc de la montagne. La plupart d'entre elles ne présentent plus que des traces de lettres complètement effacées. Celle
de Marc-Aurèle ou d'Antonin, située à l'entrée du chemin, est assez bien conservée; elle constate en termes exprès que les montagnes voisines du Lycus furent coupées par ordre de l'empereur pour élargir la route. Nous la reproduisons ici telle qu'elle est.
IMP CAES M AVRELIVS
ANTONINVS. PIVS. FELIX. AYGUSTVS