‹ La Syrie, la Palestine et la JudéeChapitre 9 sur 20 · RÉSUMÉ GÉNÉRAL DE LA SYRIE , DE LA PALESTINE , DE LA JUDÉE · texte numérisé non relu

RÉSUMÉ GÉNÉRAL DE LA SYRIE , DE LA PALESTINE , DE LA JUDÉE

Sol, climat, races diverses. — Influence du gouvernement des Turks, — Condilion des habitants musulmans et chrétiens. — Arts, industrie, commerce. — Dûtails de mœurs. — Noms des écrivains et voyageurs anciens et modernes indiqués dans cet ouvrage.

Comme lopog.-aphic, on a pu voir ce qu'étaient, dans leur ensemble, les provinces syriennes, ou Bar-el- Cham, ainsi que les nomment les Arabes. C'est un yays compris entre deui lignes, l'une d'Alexandrette k

l'Euphrate , l'autre d'el-Arych ou de Gazzah au désert arabique. Quand on l'aperçoit du large, il se présente comme un mur liftoral qui forme une ligne non interrompue jusqu'en Arabie, serrant la mer entre Alexandrette et l'Oronte , puis se prolongeant par sommets successifs et continus jusqu'aux sources du Jourdain; là elle se bifurque pour embrasser ce fleuve et trois lacs, en projetant d'ailleurs sur la route des rameaux qui vont se perdre dans diverses directions, les uns vers la mer , les autres vers le désert. Les versants de cette suite de chaînes offrentdiverses zones devégétalion et de culture, fécondes et productives du côté du Liban, stériles et ingrates du côté de la Judée. Aussi vers le nord voit-on le cèdre, le sapin , le chêne, le mûrier, tandis que dans les vallons secs et raboteux de laJudée paraissent les palmiers , les lentisques , et quelques arbres rares et maigres, dont la perspective attriste plus qu'elle ne récrée l'œil. Ce vaste territoire n'a que deux cours d'eau qui l'arrosent, l'Oronte, qui se jette dans la Méditerranée au dessus de Lattakiéh, et le Jourdain, qui se perd dans le lac Asphaltite; l'un et l'autre avec le le caractère des localités qu'ils traversent.

Le calcaire dont est formée, comme nous l'avons dit, la charpente des montagnes de la Syrie et de la Palestine, se reproduit dans toute l'étendue du territoire, d'Alep à Hama, dans la masse du Liban et de l'anti-Liban, dans les montagnes de la Galilée et du Carmel jusqu'au lac Asphaltite. Il existe seulement entre Batroun et Djébaïl une carrière de pierres schisteuses avec pétrifications marines. Le fer abonde dans ces chaînes, surtout dans celles du Kosroan et des Druses. La Judée doit en avoir beaucoup. Ces montagnes, surtout dans le midi et du côté du Jourdain, sont volcaniques. La vallée de la mer Morte porte les empreintes d'un feu souterrain qui

nesemble point amorti encore aujourd'hui. Adéfautdes irruptions qui engloutirentautrclois les villes maudites, laSyrieéprouvedestremblcmenlsde4ierredont plusieurs ont secoué la ville d'Alep jusqu'en ses fondements.

Un des fléaux de la Palestine et de toute la Syrie, ce sont des nuées de sauterelles, dont le nombre est incroyable ; quand elles s'avancent, elles font le bruit d'une armée, et plus qu'une armée elles sont fatales aux pays qu'elles parcourent. A peine ont- elles passé, qu'une campagne toute verte et en robe de printemps devient nue et triste comme si l'hiver la désolait. Ces nuées d'insectes obscurcissent littéralement le ciel : ce qui est pire encore, c'est que la famine est sur leurs ailes. Pour les détourner, les paysans leur opposent des torrents de fumée; mais les agents les plus efficaces contre ces insectes sont les vents de sud-sud-est et le samarmar, espèce de loriot. Le sud-sud-ast les chasse sur la Méditerranée, où les sauterelles se noient par myriades; le .samarmar les poursuit et les tue.

La qualité du sol syrien varie suivant les plateaux; la terre des montagnes est rude, celle de la plaine est grasse; d'Alep à Antioche,elle est rouge et féconde; partout ailleurs, elle est brune comme du terreau de jardin. Le climat, chaud sur le littoral et dans toutes les steppes du désert, se rafraîchit h mesure que l'on s'élève dans les montagnes, et cela de telle sorte que, dans un espace de quelques lieues, on peut avoir toutes les climatures, depuis les ardeurs de la plage jusqu'aux neiges des hauts sommets. Les Arabes, parlant du Liban (Sannine) dans leur langue Hgurée, on dit qu'il portait l'hiver sur sa tète, le printemps sur ses épaules, l'automne dans son sein, tandis que l'été dormait à ses pieds. Grâce à ces zones si diverses, la végétation du Liban pourrait être infinie, et comprendre toutes les es"

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pèces du globe. Outre le froment, le seigle, l'orge, les fèves et le colon, qu'on y retrouve à peu près partout, la Palestine a, comme produit spécial, le ésauie et le Joiira; Balbeck, le mais et le riz; Beyrouth, la canne à sucre essayée avec succès ; le pays de Bizan, l'indigo; Lattakiéh, le meilleur tabac du monde; Antioclie et Ramieh, un olivier aussi haut que des hêtres, le pays des Druses, le mûrier blanc, la vigne en échalas et grimpant sur les chênes; JalTa, le colon-arbre, les poiriers, les limons et les pastèques ; Gazzah, les dalles et les grenades; Tripoli, des oranges et des figues; Alep, des pistaches; Damas, tous les fruits d'Europe et vingt espèces d'abricots; le littoral de la Palestine, l'arbre à cochenille. Ainsi rien ne manque à ce sol dont un pacha turk disait : « L'Egypte sans doute est une excellente » métairie ; mais la Syrie est une charmante maison de » campagne. »

L'air et les eaux ne sont guère salubres que dans la montagne : le premier est fiévreux, les secondes sont presque toujours sanmûtres sur la côte et dans les basfonds. Les vents y soufllent d'une manière presque périodi(|ue. Le nord-ouest domine de septembte en novembre; l'ouest et le sud-ouest, vent de pluie, de novembre en février; en mars arrivent les vents du .sud ou simoun; puis les vents de l'est les relèvent jusqu'en juin, où commence le vent du nord, modifié par ce qu'on nomme la brise du large. Dans cette saison d'été, le vent alterne durant les vingt-quatre lieures, brise de terre la nuit, brise de mer le jour.

On a vu déjà, jieuple par peuple, tribu par tribu, ce qu'est la population si mêlée et si diverse de la Syrie. Depuis deux mille cinq cents ans, dix invasions successives qui ont passé sur ce pays ont dû y laisser les éléments de toute* les races conquérantes ou conquises.

Aussi distingue-t-on encore aujourd'hui les descendants des Grecs du Bas-Empire, la postérité des Arabes conquérants, les Turks ottomans; le tout subdivisé en Grecs schismatiques, latins ou maronites; en Arabes Motoualis, Druses et Ansariés ; enfin, en Bédouins, Turkomans et Kourdes. La population juive y est peu nombreuse et clair-semée, même en Judée.

Dans ces races distinctes, le sang suit la nature du climat. Les montagnards sont moins basanés que les habitants de la plaine; les Druses ont les traits et le coloris européens; les femmes de Tripoli et de Damas sont renommées pour leur blancheur. De tous les traits, les yeux sont les plus beaux : le corps, écrasé par les draperies du costume, manque d'élégance et de grâce; mais en revanche on ne rencontre point de tailles contrefaites. La stature esten général moyenne, et la corpulence médiocre. En fait de maladies endémiques, la Syrie a la peste et le bouton d'Alep. Les autres maladies sont la dyssenterie, les fièvres et la petite vérole. L'idiome général du pays est l'arabe. Niébuhr a prétendu que le syriaque se parlait encore dans quelques montagnes; rien n'a confirmé ce fait. Les Maronites, qui l'ont conservé dans leur liturgie, ne l'entendent pas eux-mêmes. Le grec est aussi une langue morte en Syrie. Le turk y est la langue diplomatique et aussi celle de quelques hordes du Nord. L'arabe de Syrie est beaucoup plus rude que l'arabe d'Egypte.

Chacune des races que nous avons nommées a ses allures propres : les Arabes et les Grecs raïas peuplent les villages; ils forment la classe des laboureurs à la campagne, et celle des artisans dans les villes. Les Grecs non raïas habitent plutôt les villes^ oïi, sous la protection des consuls /rancs, ils se livrent avec succès au commerce. Les Maronites, les Druses, les Motoualis.

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les Ansariés, sont des tribus montagnardes qui s'occupent ou d'industrie ou d'agriculture, quelquefois concurremment de l'une et de l'autre. Les Turkomans, les Kourdes et les Bédouins sont des nomades maraudeurs. Nous avons décrit avec quelque développement les mœurs de ces populations.

Au siècle dernier, la Porte percevait deux mille huit cent quarante-cinq bourses (trois millions environ) de ces diverses provinces, non compris le casuel des successions des pachas, et la capitation des chrétiens. Dans le même temps, les pachas tiraient trente millions environ de revenus de leurs gouvernements. La force armée était de deux mille quatre cents cavaliers et de deux mille trois cents fantassins barbaresques. Quant à la population, les éléments d'appréciation sont beaucoup plus vagues. Volney l'estime à deux millions et cinq cent mille habitants, ce qui ferait une moyenne de quatre cent soixante et seize âmes par lieue carrée. Combien ce chiffre est éloigné de celui de la population ancienne! Strabon dit que deux territoires seulement, ceux de Joppé et de Jamnia, pouvaient armer quarante mille hommes : la Judée, au temps, de Titus, nourrissait, elle seule, quatre jnillions d'âmes; aujourd'hui, elle n'en a pas trois cent mille. Le pays des Philistins et des Phéniciens, les royaumes de Samarie el de Damas, n'étaient pas moins populeux, suivant toutes les traditions historiques.

Ce qui a surtout dépeuplé celte terre, c'est le gouvernement des Ottomans. Quand ces hordes conquérantes mirent le pied sur ce territoire, ils le traitèrent comme on traite un pays vaincu. Ils déléguèrent ses provinces à des dignitaires de leur choix, en les laissant à peu près libres sur la manière de les gouverner. Ce territoire est ainsi comms affermé à des pachas, qui

sous-afTerment, à leur tour, ses subdivisions à d'autres employés, tels que les mutzelims, caimarans, agas, et jusqu'aux deli-bacliis. Tous ces hommes, quel que soit leur emploi, parlent et agissent au nom du sultan. Le paclia, étant ainsi l'image du sultan, se substitue à ses pouvoirs absolus et despotiques. Il est à la fois chef militaire, financier, civil, criminel et politique. Il résume tout en lui; il avait encore, il y a peu de temps, droit de vie et de mort, droit de paix ou de guerre. Cependant il n'usait généralement de tout cela que pour la perception du tribut. Les agents de cette exécution fiscale sont des sous-fermiers qui, de grade en grade, descendent jusqu'aux plus petits villages. Ces emplois se donnent aux enchères, et souvent les enchères sont tellement poussées, qu'il faut un grand talent de pressurer pour se tirer ensuite d'afi'aire,

La Porte a divers moyens pour empêcher que ces pachas si absolus ne sortent de la ligne de leurs devoirs. Elle tient, pour cela, des soldats et des officiers à sa dévotion, dans quelques châteaux forts, ou bien, quand un pacha a comblé la mesure, un kapidji arrive à la fin de l'année, tantôt avec un firman de prorogation, tantôt avec une queue nouvelle; puis, pendant que le pacha célèbre la fête de cette investiture, l'envoyé de la Porte tire de sa poche un katchérif qui autrefois demandait sa tête et le faisait exécuter séance tenante, et qui aujourd'hui le destitue ou le rappelle à Constantinople. Ce sort menaçait particulièrement les pachas les plus riches, dont le sultan se constituait alors l'héritier. Maintenant leur vie est plus assurée, mais leur but principal est toujours d'amasser de grandes richesses, qui deviennent souvent la propriété du sultan s'ils sont destitués. Tous regardent le pays comme leur domaine. Leur droit de

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vie et de mort était absolu : ils l'exerçaient sans l'oimalité et sans appel. L'exécuteur ordinaire de ces sortes d'arrêts était le ouàli, qui faisait sa ronde en coupant des tètes. Depuis que Ilescliid-Pacha a obtenu du sultau Abdul-Medjid le liatli-scbérif de Gulbané, cette politique barbare, ces cruautés, cesalfreux abus se sont beaucoup modiliés. Un pacha, gouverneur dans les provinces éloignées, a encore un pouvoir considérable; mais lorsque, par cupidité ou par des passions naturellement tyranniques, il pressure trop les populations de la province qu'il gouverne, et que le bruit de ses violences parvient jusqu'au sultan, le rappel du pacha a lieu quelquefois. S'il exerce sa haine fanatique, comme cela est arrivé trop souvent, contre les habitants non musulmans de diverses sectes ou contre les négociants et voyageurs chrétiens, les réclamations des raias ou des chrétiens étrangers, présentées par les ambassadeurs ou les consuls européens, obtiennent généralement justice.

Le ouàli exerce aussi la police des Inaarchés, il surveille les poids et mesures. Outre celte justice criminelle, il y a partout une justice civile qui ressort du cadi. Les cadis ne sont point à la nomination»des pachas respectifs, mais bien à celle du cadi-el-askar (chef de la justice), qui réside cà Constantinople. Ces places de cadis sont, comme celles des pachas, vénales; elles ne sont point toujours données aux plus justes, mais aux plus riches. Les cadis rendent la justice dans leur mahkanié, assis sur une natte ou sur un mauvais tapis, et flanqués de leurs scribes. Chaque partie plaide ellemême sa cause, pendant que le magistrat fume sa pipe et roule sa barbe dans ses doigts. Quand les plaidoiries sont terminées, le cadi prononce, et les parties s'en vont, laissant le dixième du fonds comme épices du pro-

ces. Cette justice expéditive serait un grand avantage si la corruption n'atteignait trop souvent les cadis.

Les peuples de Syrie sont, en général, ou musulmans ou chrétiens. Les musulmans y sont plus fanatiques et plus intolérants que dans aucune provinct turke. Toute démonstration publique de culte est interdite aux chrétiens; ils ne peuvent bâtir de nouvelles églises, et si les anciennes tombent en ruine, ils n'ont la faculté de pouvoir les réparer que sur des permissions payées à prix d'or. Un chrétien qui frappe un musulman risque sa vie; un musulman qui tue un chrétien peut se racheter à l'aide d'une rançon. Les chrétiens ne peuvent monter à cheval dans quelques villes, et particulièrement à Damas; il leurest défendu de porter des babouches jaunes, des châles blancs, et rien qui soit de couleur verte; le rouge pour chaussure, le bleu pour l'habit, voilà ce qu'on leur permet. Dans plusieurs péages, les chrétiens seuls payent ; les musulmans sont libres de taxes. Dans l'empire ottoman, en général, ie serment des chrétiens n'est point admis en justice; cependant, dans quelques parties de la Syrie, les serments de deux chrétiens pouvaient compter pour un ; enfin, ils sont sujets à la capitation du djazz-el-râs ( rachat de la tête). Ces distinctions sont passées dans l'usage (1). Le salut de musulman à chrétien n'est pas le même que de musulman à musulman ; heureux encore le chrétien quand le salut n'est pas suivi, de la part du croyant, de la classe du peuple, des épi- Ihètes dejaour, kefer, kelb (impie, apostat, chien), gui

(1) Un firman renda récomment sur la réclamation de la France et de l'Angleterre pour l'amélioration du sort de» chrétiens en Orient a détruit une grande partie de ces inégalités; mais les mœura et la religion du peuple turk empocheront probablement toujours ou bien longtemps encore, loin de Constantinople, l'exécution de cettQ loi da sultan.

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sont les aménités habituelles de la plupart des sectaires de Mahomet vis-à-vis du commun des fidèles.

En Syrie, comme dans tout l'empire turk, les paysans sont esclaves du sultan, mot qui pourtant ne signifie ([ue sujets, et ne constitue point l'esclavage avec le droit lie vente. Les paysans acquittent ce que l'on nomme le miry, d'après le cadastre fixé par l'empereur Sélim. Cet impôt serait très-modéré si les pachas et leurs agents ne l'avaient aggravé de taxes accessoireset illégales. Maîtres " (le la majeure partie des terres, ils ne les cèdent qu'à des conditions onéreuses; ils exigent tantôt la moitié, tantôt lesdeux tiers delà récolte, que les cultivateurs sont obligés plus tard de racheter au-dessus de leur valeur. Ensuite ils chicanent sur les pertes ; puis comme, en définitive, ils ont la force pour eux, ils enlèvent ce qu'ils veulent. A ces vexations habituelles se joignent mille vexations passagères. Tantôt on rançonne un village entier pour un délit imaginaire ou vrai : tantôt on établit une corvée d'un genre nouveau ; un jour, c'est un hackshis (présent) pour l'avènement d'un gouverneur, ou une contribution de guerre pour le passage de ses • avaliers. Chaque louend ou soldat qui passa fait treraliler un village : les provisions, les volailles, les récites, tout lui appartient. Aussi qu'en résulte-t-il"'' i^ue la campagne se déserte, et que les paysans se réfugient dans les villes. Si l'on ajoute à cela les pillages des Bédouins, on voit combien l'existence du cultivateur en Syrie est précaire et tourmentée. Les moins malheureux sont ceux du pays des Druses, de Kesrouànet de Naplouse; partout ailleurs, leur situation est des plus misérables. Ils sont réduits au petit pain plat d'orge ou de doura, aux oignons, aux lentilles el H l'eau. Pour ne rien perdre de leur grain, ils y laissent l'ivraie, qui donne de.*; vertiges et des éblouisse-

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ments pendant plusieurs heures. Lorsqu'il y a disett» dans le Liban, ils recueillent des glands de chêne et les mangent bouillis. Comme on le présume, les méthodes d'agriculture sont bifn peu avancées dans un pays aussi pauvre. Le laboureur manque d'instruments ou n'en a que de mauvais; la charrue est une branche d'arbre coupée sous une bifurcation, et traînée, sans roues, par des ânes, des vaches, rarement des bœufs. •Dans les cantons ouverts aux Arabes, il faut senwîr le fusil à la main. Les récoltes, à peines faites, sont serrées dans des caveaux ou matmoures, aussi secrets, aussi mystérieux que possible.

Les ouvriers et les marchands des villes sont incontestablement plus heureux que les habitants des campagnes; ils ont, plutôt que ces derniers, les moyens de se dérober à des exactions exagérées. Aussi les villes , sont-elles, pour ce fait, assez populeuses.

Le commerce, en Syrie, est à l'état d'enfance. Les communications qui en sont l'âme sont dilficiles, lentes et périlleuses. Le seul courrier qui existe pour les villes d'intérieur est le ïarfare, qui vient.de Constantinople à Damas par Alep. Les échanges de marchandises s'opèrent par caravanes, qui ne marchent que par intervalles et sous escorte. Dans toute la Syrie, pas un chariot, pas une charrette, pas une voiture. Les transports se font à dos d'ânes, de mulets ou de chameaux. Il n'y a d'auberges en aucun lieu; seulement les villes et les villages ont un vaste local que l'on nomme kan ou caravansérail, qui sert d'asile à tous les voyageurs. Ce sontdes constructions composées de quatre ailes carrées qui entourent une vaste cour. Les cellules, sans autres meublesque quatre murs, sont infestées de scorpions. Quand un voyageur prend possession de l'une d'elles, le gardien lui donne une natte et la clef; le reste du ba-

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gage doit marcher avecle voyageur. La vie des marchai] iL; orientaux se i)asse presque en entier, dans les pùlerinages; ils y trouvent l'avantage de puiser leurs denrées aux sources et de surveiller les achats par eux-mêmes. Dans l'Orient, il n'y a d'uniformité pour rien, ni pour les poids ni pour les mesures. Le rottle d'Alep pèse six livres de Paris, celui de Damas cinq et un quart, celui de Saide moins de cinq, celui de Ramleh près de sept. Le derhemou dragme, élément de ces poids, est seul le même partout. Les mesures sont la coudée égyptienne ou la coudée de Constanlinople. Les monnaies sont plus fixes: ce sont le para, avec ses divisions; puis les piastres de trente, de quarante et de soixante paras. Ces diverses monnaies sont d'argent, mais affreusement alliées de cuivre. Les pièces d'or scknl le sequin daliab etlesequin fondqouli. Telles sont les monnaies turques. Parmi les monnaies européennes, on compte les talaris ou les piastres, monnaie autrichienne ou espagnole, puis les sequinsdeVeni.se, Irès-rechercliés à cause de la finesse de leur titre. Ces sequins de Venise servent aussi à la parure des femmes. Après les avoir percés, on les enfile dans une chaîne d'or et les pièces tombent ainsi en rivière sur la poilrine. Plus la chaîne a de* sequins, plus cette parure est belle. C'est le luxe favori des femmes riches, et tandis que les moins aisées se contentent de piastres fortes, on en a vu se parer de plusieurs rangs de quadruples qui retombaient sur leur poilrine. Deux ou trois cents sequins ainsi disposés, tant en bandeaux qu'en rivières, deviennent un véritable fardeau.

Les Francs, les Grecs et les Arméniens concentrent dans leurs mains presque tout le commerce de la Syrie; les Musulmans, soit par nonchalance, soit par esprit de religion, s'en mêlent peu. Cela doit venir aussi de ce qu'à l'aide des marchés passés avec la Porte.^ quei-

»îues puissances européennes voient leur commerce favorisé au préj.udice même de celui des sujets turks. Là où les Européens ne payent que trois pour cent de droit, les Turks en payent dix. Les résidents européens ont enoutreobtenu de pouvoir couvrir de leur patronage les chrétiens latins qu'ils emploient comme agents ou barataires, c'est-à-dire courtiers privilégiés. L'une de?; nations les plus favorisées aujourd'hui encore dans le commerce du Levant est la nation française. Nos manu factures du Midi fournissent le Levant de draps, de bonnets , de denrées coloniales, de fer, de plomb , d'objets de quincaillerie , de soieries, de galons et d'autres produits de nos fabriques. En échange, la France tire des échelles de Syrie, de la soie, des cotons, des noix de galle, des pistaches, quelques vins et quelques laines. Marseille accapare presque tout ce commerce, à cause de la quarantaine obligée pour les équipages, pour les navires et pour les marchandises qu'ils portent.

Quant aux arts et à l'industrie locale, ils sont dans l'enfance en Syrie. A part quelques insignifiantes exceptions, tout ce qui tient au mobilier et au vêtement des Turks opulents est apporté d'Europe. Ce luxe lui-même est très-borné : il ne consiste guère qu'en objets de coton, de poil de chèvre ou de soie. L'orfèvrerie est seule une chose importante, soit dans les bijoux des femmes, soit pour les soucoupes de café découpées en dentelles, pour les ornements des harnais et des pipes. Quant h l'aspect des bazars, il présente un mélange assez confu.-^ (le batteurs de coton, de débitants de mercerie et d'éfoîfes, de barbiers qui rasent la tête, d'étameurs, de .'<cj'ruriers, de selliers, de vendeurs de graines, de datte?, lie sucreries, enfin de bouchers dont l'étal est presqu» Toujours assez mal fourni. On voit aussi, dans les capitales, quelques méchants arquebusiers.

Les procédés agricoles sont encore beaucoup plus arriérés que les arts. Chaque maison a un mauvais petit moulin portatif qui ne produit qu'une farine grossière. Les instruments aratoires sont dans l'enfance. Dans les montagnes on ne taille point la vigne, et l'on n'ente point les arbres. De toutes les méthodes industrielles ou agricoles, il n'en est qu'une dans laquelle ils nous surpassent, c'est celle de la teinture en rouge, qu'ils tiennent, dit-on, encore des Tyriens. La manière d'exploiter le fer est de la plus grande simplicité ; c'est celle que l'on emploie dans les Pyrénées sous le nom de fonte catalane.

Leur danse a un caractère original; mais leur musique a des chants qui pourraient rappeler quelques inflexions et la vocalisation italienne. La danse qu'ils préfèrent est celle de leurs aimés, qu'on retrouve en Egypte, théâtre de leurs plus grands succès.

Avec les siècles des khalifes sont passés, pour la Syrie, les temps de la science et de l'éducation arabes. Les .sultans ont laissé s'épaissir sur ce peuple conquis une couche si profonde d'ignorance, que sa régénération .semble devoir être lente et difficile. Aujourd'hui on ne trouve plus dans ces provinces ni astronomes , ni géomètres, ni médecins, ni musiciens, ni peintres, ni horlogers, ni mécaniciens. La seule science du pays, c'est l'étude de la langue dans ses rapports avec la religion. Les principes seuls de la grammaire occupent pendant plusieurs années les jeunes élèves qui suivent les cours des mosquées; puis on arrive à la déclamation, à l'éloquence, enfin à la science par excellence, ou théologie. L'unique base de ces études, c'est le Koran. Les autres livres sont fort rares, et cette rareté vient de ce que l'imprimerie n'a pas encore acclimaté ses procédés expéditifs sur ce .sol demi-barbare. On chercherait vainement

peut-être dans toute la Syrie un exemplaire des Mille el une Nuits. Les sultans, par le passé, favorisaient autant qu'il était en leur puissance, le maintien de cette ignorance qui était, à tout prendre, dans l'état des pays turks, un moyen de gouvernement.

Ce qui frappe d'abord, quand on arrive en Syrie et en Palestine, comme aussi dans tout paclialik ottoman, c'est le contraste de ses mœurs avec les nôtres. Nous portons des vêlements serrés et courts, ils les portent longs et amples; nous laissons croître nos cheveux et rasons nos barbes, ils laissent pousser leurs barbes et rasent leurs cheveux. Se découvrir la tête chez eux est un signe de folie, chez nous une marque de respect; ils saluent droits, nous saluons en nous inclinant. Ils s'asseyent et mangent à terre, nous nous tenons, pour cela, assis à distance du sol; ils écrivent au rebours de nous, et la plupart àe^ noms masculins chez nous sont féminins chez eux. Le caractère le plus général des Turks , c'est un air de componction religieuse , un visage austère et mélancolique, un maintien nonchalant et calme. On dirait que le mouvement est pour eux un supplice. N'ayant aucun de ces plaisirs publics qui animent nos villes, limités aux seules joies de leurs harems, les Turks n'éprouvent pas le besoin incessant de distractions toujours nouvelles qui agite notre société européenne. Mais, en revanche, ils n'ont aucune des jouissances qui découlent de ce besoin même. Du reste, si l'on va a>i fond du naturel turk, on y trouve de la bonté, de l'humanité , de la persévérance et de la suite dans les amitiés comme dans les haines, du courage d'instinct, de la dignité, de la noblesse , une certaine sûreté dans leurs engagements. Au contraire, les Grecs qui vivent en grand nombre avec eux, ont, à côté d'une foule de qualités plus sociables, les défauts qui

dans ce pays tiennent à leur position de peuple longtemps esclave, la mobilité, la ruse, la dissimulation. Un religieux à qui l'on disait un jour que les chefs chrétiens nes'étaientjamais.raonlrésdignes de leur fortune, répondit: « Nos chrétiens n'ont pas la main propre au » gouvernement, parce qu'elle n'est exercée dans leur » jeunesse qu'à battre du coton. Ils ressemblent à ceux » "qui marchent pour la première fois sur les terrasses: » leur élévation leur donne de l'élourdissement; puis » comme ils craignent de retourner aux olives et au » fromage, ils se hâtent de faire leurs provisions. » Les Turks, au contraire, sont habitués à régner, ce » sont des maîtres accoutumés à leur fortune, et ils » en usent comme n'en devant jamais changer. »

Les Turks agissent elTectivement en maîtres, mais en maîtres fanatiques et peu intelligents, pour gouverner tous ces beaux pays que leurs ancêtres avaient su conquérir. La décadence de leur empire est évidente ; il n'existe plus que parce que les puissances chrétiennes ne saventcommentse le partager. Les différents schismes religieux, les jalousies des diverses nations européennes, leur ambition, sont maintenant les seuls soutiens de ce vaste empire qui, de toutes parts, tombe en ruines. Il y a longtemps qu'on a dit que les Turks ne font que camper en Europe. Celte vérité s'accomplira; ils seront refoulés au fond de l'Asie, et les provinces chrétiennes des bords du Danube ou du Bosphore, les peuples syriens , qui doivent à la France le peu de protection dont ils jouissent depuis François 1" et Louis XIV, obtiendront leur entière liberté. Cette sainte Jérusalem sera itne seconde fois délivrée. Ce ne sera plus comme au temps de nos pères, par l'ardente foi catholique, mais par une volonté mystérieuse de Dieu, qui fera que les schismatiques , les incrédules, ceux-là mêmes qui

ont protesté contre l'enthousisasme religieux des croisades, seront contraints par la nécessité à affranchir de l'oppression les chrétiens soumis au joug ottoman.

A cette opposition entre les races il faut ajouter d'autres contrastes qui résultent des localités. Ainsi, les habitants du littoral sont en général plus dissimulés, plus immoraux, plus cupides que les habitants de l'intérieur des terres. IVailleurs, pour les uns comme pour les autres, musulmans ou chrétiens, la vie se passe dans l'Orient au milieu d'une monotonie extrême. Toutes leurs distractions se réduisent à deux : les bains et le café. Les bains ou étuves des hommes sont à peu près les mêmes que les étuves ou bains des femmes dont il a été question dans le commencement de nos récits. Quant à ce qu'on décore du nom de café, c'est tout simplement une assez vaste pièce enfumée, dans laquelle, assis sur des nattes, les gens aisés passent des journées entières à fumer la pipe, en ne conversant que par saccades et par phrases courtes et rares. Quelques chanteurs, quelques danseuses qui passent, viennent parfois égayer ou charmer l'assemblée silencieuse. Un conteur d'histoires, de ceux que l'on nomme nachyds, obtient souvent la parole, et moyennant quelques paras, narre une aventure, ou récite les vers de quelque ancien poète. Ces nachyds, pour peu qu'ils aient de talent, sont écoutés avec une attention religieuse. D'autres fois, pour tromper les heures, les musulmans ont recours au seul jeu que le Koran ne leur interdise point, celui des échecs, et ils s'y montrentfort habiles. Quant aux spectacles publics, à part quelques baladins, jongleurs et danseurs de corde, ils n'ont rien qui puisse rappeler nos usages. On voit de ces jongleurs qui , à l'instar de ceux de l'Inde , mangent des cailloux , soufflent des flarnooies, se percent le bras et le nez, et avalent des

.serpents , grâce à des secrets d'escamotage qu'ils possèdent seuls , et dont ils se montrent fort jaloux. Ces hommes sont servis en cela par la facilité qu'ont les Orientaux à s'enthousiasmer pour le merveilleux et à croire aux prodiges. Cette disposition lient à l'instinct poétique dont ces peuples sont presque tous doués." En général, ils ont la parole éloquente et facile , le geste aisé, les passions fortes et constantes, le sens droit dans les choses qu'ils connaissent, et intelligent dans celles qu'ils ne connaissent pas. Leur commerce , froid au premier abord, devient peu à peu doux, attachant et sûr. Personne ne possède à un plus haut degré les qualités de la sobriété et de la tempérance. L'un des plus grands obstacles qu'ils aient rencontrés dans leur marche vers la civilisation , c'est l'état de dépendance et de confinementdans lequel ils tiennent les femmes, cettemoitié de la création humaine. La législation et la religion sont la cause de ce préjugé antisocial. Mahomet, dans son livre, n'a pas même fait aux femmes l'honneur de les nommer: elles y demeurent en dehors de toutes prescriptions religieuses , et c'est aujourd'hui encore un problème chez les grands docteurs de la loi musulmane de savoir si les femmes ont une âme. La loi civile, venant après la loi religieuse, a encore enchéri sur elle. Une femme ne peut rien posséder ; elle est l'esclave et la servante de son mari, qui est son maître. Ses droits, son influence sociale, sont complètements nuls. Aussi un musulman ne regarde-t-il guère ses femmes que comme une sorte de mobilier, dont il use et qu'il change et renouvelle à sa volonté. Jamais il n'en parle à un étranger, et ce serait une grande impolitesse de lui en demander des nouvelles. Personne ne voit ses épouses, ses esclaves; personne ne leur adresse la parole. Sontelles malades , il faut leur prescrire des remèdes sans

les voir, ou leur tâter le pouls au travers d'une mousseline. Du reste, ces harems sont d'ordinaire le théâtre d'une guerre civile acharnée et continue. Ce sont éternellement des querelles de femme à femme, et des plaintes des favorites au mari. Tantôt les épouses se plaignent des esclaves, tantôt les esclaves des épouses. Un hijou donné, une complaisance obtenue, une permission d'aller à la mosquée ou au bain, sont des sujet» d'incessantes querelles, au milieu desquelles l'autoHité et la dignité du maître sont plus d'une fois compromises.

Telles sont, sommairement, les mœurs des peuples qui habitent les provinces syriennes. Nous devions en donner l'aperçu pour compléter l'aspect général du pays, examiné déjà et successivement dans ses traditions célèbres, dans son état antique et dans son état moderne, dans ses divisions politiques et ethnographiques, dans sa topographie, dans sa géologie, dans son archéologie, dans son histoire. Aidés de nos impressions personnelles, nous les avons appuyées et complétées par les observations précises et nombreuses que des voyageurs célèbres ont recueillies à diverses époques et à des titres divers sur une des plus richeset des plus antiques contrées du globe. Saint Antonin le martyr, le pèlerin de Bordeaux, Arculfe, le vénérable Bède, AVillibald, Adrichomius, Guillaume de Tyr, Jacques de Vitry, Raymond d'Agiles, Gautier Vinisauf, Albert d'Aix, le voyageur Nubien, Benjamin de Tudèle, Abulféda, Brochard; deux voyageurs du quatorzième siècle, Guillaume de Baldcnsel, traduit par Jean le Long, et Riculd ou Ricard de Montecroix, moine jacobin, dont la relation est restée manuscrite; Bertrand de la Broquerie, Marino Sanulo, Mandeville, d'Anglure, Pierre BéloD, Pietro délia Valle, Quaresmius, Deshayes, Re-

land, le chevalier d'Arvieu:^, Thi-venot, Zwallart, Villalpanrlo, le P. Jean Coppin do Sainl-Josepli, IcR. P. Jérôme Dandini; Vansleb, le R. P. Joseph Besson , le B. P. Eugène Roger, le chanoine Doubdan, la Roque, Mannert, Ludoiplie, Tuchor, Ileyler, Salignac, dans une époque ancienne, et plus près de nous, Henri Dodwel, Colwyk, Turpetin, dont le voyage est inédit, Nau, Maundrel, Niebuhr, Pococke, Shaw, Hasselquist, Mariti, Steezten, Volney, Chateaubriand, Forbin, Burckhardt, Catherwood, Irby elMangles, Léon Delaborde et Linant, Banks et Legh, llenniker. Damoiseau, Williams, T. R Joliiïe, le docteur Scuitz, le R. Georges Robinson, baron Taylor, Michaud, Poujoulat, le P. de Géramb, Boita, Reinaud, le comte Beugnot, Carmoly, le géographe Zimmermann, J. R. Wellsted, Louis Reybaud, Raoul de Malherbe, Charles Reynaud, lord Lindsay, Lynch, et MM. de Saulcy, Delessert, l'abbé Michon, Félix Pigeory et Louis Énault ont fourni des matériaux pour un travail comparatif; mais nous nous sommes attachés surtout à chercher nos inspirations et nos éclaircissements dans les textes sacrés, dans les saintes Écritures et leurs commentaires, dans les ouvrages de saint Jérôme, de saint'Chrysoslôme et de saint Ambroise; nous nous sommes aidés aussi des travaux de l'historien Josèphe, d'Eusébe,* de Théodoret, de Socrate le Scholastique, de Sozomène, d'Orose, de Dion Cassius, de Slrabon, de Dioscoride, d'Épiphanius, de Pline, de Tacite, d'Etienne deByzance, de Baronius, de Samuel Bochard, et de d'Anville. C'est la substance de tous ces écrits et de tous ces auteurs qui a été résumée dans ce livre. Grâce à eux, il a été possible de rendre sa pliysionomie primitive et grandiose à cette terre chérie des patriarches qui s'est desséchée sous les vengeances d'en haut; iJ a

été facile de restaurer la Jud^e et lu Jérusalem antique, lieux aimés du ciel, où naquit le Sauveur des hommes et où parlèrent les prophètes.

Soit que l'on aborde, soit que l'on quitte cette terre féconde en religieux souvenirs, le sentiment le plus profond et le plus réel que l'on éprouve est celui de la tristesse. A cet aspect de dévastation désolante, de stérilité presque générale, de solitude presque complète, le voyageur sent son âme se serrer malgré lui ; il cherche les vallons du Jourdain et leur abondance miraculeuse, il cherche les villes étagées sur les montagnes judéennes; il cherche les populations que nourissaient leurs croupes toujours vertes, et, ne voyant que sables et rochers , que monts calcinés et versants abruptes, que steppes sans graminées et sans eaux, il s'écrie dans une contemplation douloureuse : « Le doigt de Dieu a passé par là ! »

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