‹ La systématisation des lésions cutanées dans les maladies nerveusesChapitre 9 sur 10 · CONCLUSIONS · texte numérisé non relu

CONCLUSIONS

1. — Dans les lésions des hémisphères cérébraux, on peut rencontrer des troubles sudoraux, vasomoteurs, pigmentataires, pileux et trophiques siégeant du côté opposé à la lésion et relevant de la perturbation des centres régulateurs, du moins en ce qui concerne les troubles sudoraux et vasomoteurs. Ceux-ci occupent, soit la totalité du côté paralysé ou hémianesthêsique, soit une partie, qui, pour la sueur, est en général la face ; quand les membres sont atteints, ces troubles prédominent aux extrémités. Pour les troubles vasomoteurs, la limitation à un membre monoplégique doit les faire attribuer à la lésion corticale, les lésions sous-corticales intéressant le noyau caudé donnant naissance à des troubles de toute la moitié du corps.

2. — Il ne semble pas y avoir de centres sudoraux ou vasomoteurs dans le pédoncule cérébral et la protubérance annulaire, dont les lésions produisent des troubles superposables comme distribution aux anesthésies (hémianesthésies ou anesthésies alternes).

3. — Dans le bulbe, on ne sait rien de précis sur les centres sudoripares ; pour les centres vasomoteurs, les travaux de Babinski montrent que ces centres sont paires et situés près des centres sympathiques oculaires.

4. — Les affections du sympathique cervical s’accompagnent fréquemment de troubles sudoraux d’une moitié de la face, plus rarement de troubles vasomoteurs.

5. — Dans les affections des nerfs périphériques, les troubles sudoraux vasomoteurs et trophiques n’occupent pas en général strictement le domaine d’innervation correspondant, mais sont le plus souvent plus étendus.

6. — Dans la moelle, on peut distinguer entre les lésions des voies sudorales et des centres sudoraux. Les premières entraînent des hêmihyperhidroses ou anhidroses, les secondes des troubles atteignant d’un ou des deux côtés soit la face ou le cou, soit le membre supérieur, soit celui-ci et le thorax, soit le ventre et le membre inférieur. Il n’existe pas de cas d’ephidrose à distribution radiculaire ; dans le cas de syringomyélie de Schlesinger et Schnitzler, il y avait au contraire hyperhidrose du bras et de l’avant-bras avec intégrité de la main, donc en somme un type segmentaire en tranche. La limite supérieure de ces troubles au niveau des membres manque de netteté, ne permettant pas de conclusions, contrairement à ce qui se voit sur la ligne médiane.

Pour les vasomoteurs, les limites ne sont jamais nettes ; ils ont toujours une tendance à se localiser aux extrémités des membres, ou à y prédominer, ce qui tient à la structure particulière des vaisseaux de ces régions. On ne peut parler de systématisation radiculaire ou spinale dans le sens de Brissaud. Cependant pour le purpura une distribution radiculaire pourra se rencontrer à titre exceptionnel. Les centres médullaires sont mal connus; à en juger d’après Klippel et Monier-Vinard, les centres cervico-dorsaux auraient un domaine périphérique analogue aux centres sudoraux correspondants.

7. — Les troubles trophiques doivent être considérés comme résultant de nature réflexe et d’origine irritative et inhibitoire. Certains d’entre eux résultent de la combinaison de la perversion de l’influence trophique du système nerveux et de causes extérieures qui conditionnent leur localisation. Les autres, pour lesquels pareille interprétation n’est pas de mise, ont une grande tendance à se localiser aux extrémités, mais se voient encore sous la forme de plaques et même de bandes (sclérodermie). Leur répartition paraît, pour une partie du moins, être dirigée par les troubles vasomoteurs concommitants.

8. — D’une façon générale pour la systématisation des troubles trophiques, sudoraux, pileux, vasomoteurs, nous souffrons de l’ignorance dans laquelle nous sommes relativement aux territoires cutanés du sympathique. Ce que nous pouvons dire, c’est que ces troubles accompagnent en général les troubles sensitifs, mais non d’une façon exclusive, que la distribution radiculaire n’a presque rien à son actif ici, et qu’au point de vue de la distribution en tranches seul un cas de Schlesinger et Schnitzler semble plaider pour elle d’une manière précise.

9. — Le zona et les éruptions zostériformes relèvent dans l’immense majorité des cas d’une lésion du ganglion spinal et ont une distribution radiculaire. Il existe cependant quelques cas de zona périphérique, fait qui n’est pas contraire aux idées pathogéniques que nous avons sur le zona. Pour la métamérie de Brissaud, on ne peut citer que deux cas.

10. — Dans la classe des naevi, on doit distinguer entre le naevus vasculaire simple ou ostéohypertrophique et les autres navi verruqueux, pigmentaires, pileux, etc. Tandis que pour les premiers l’idée d’une systématisation nerveuse ne peut venir qu’exceptionnellement, pour des naevi de la têt© la systématisation nerveuse doit être discutée pour les seconds. C’est dans ce sens que l’on peut admettre la division d© MM. Klippel et Pierre-Weil en naevus-vascularite et naevus nevrite. Les naevi vasculaires semblent être dus à un trouble du développement embryologique des bourgeons branchiaux à la face ou à une inflammation vasculaire. Leur apparence systématisée à la face, d’ailleurs rare, s’explique par leur pathogénie.

Pour les naevi « nerveux », aucune des théories nerveuses ou cutanées proposées ne peut expliquer tous les cas. Si nous ne croyons pas que cela soit une nécessité absolue, nous croyons au contraire devoir exiger que pour un même cas une théorie donnée doit pouvoir éclairer toutes ses particularités.

En nous plaçant à ce point de vue, nous n’avons pas rencontré un seul cas permettant de croire à une systématisation strictement nerveuse périphérique, radiculaire ou spinale ; nous en exceptons un cas d’ichtyose occupant le territoire des quatre dernières racines lombaires et les racines sacrées. Par contre, on trouve quelques cas où les rapports entre la lésion et les racines est jusqu’à un certain point acceptable. De môme, la pigmentation des membres de certains animaux pourrait être interprétée en faveur de la théorie de Brissaud.

Bien plus grand est le nombre des cas pouvant s’adapter à l’une ou l’autre des théories cutanées basées soit à celle sur les lignes de Voigt, soit sur la direction des crêtes épidermiques, soit sur celles des courants pileux ou des limites des dermatomères. Mais il reste certaines particularités, comme la forme en S de certaines bandes thoraciques, qui restent inexplicables.

D’une façon générale, nous inclinons davantage vers l’origine cutanée de ces naevi, le système nerveux intervenant tout au plus comme excitant de la prolifération épidermique, aux endroits de rencontre de deux dermatomères et rihzomères. Un fait est certain c’est que les théories cutanées prises dans leur ensemble parviennent à donner l’explication de plus de faits que les théories nerveuses.

11. — Les mêmes considérations s’appliquent aux dermatoses acquises systématisées.

12. — Dans les éruptions infectieuses, si la forme en caleçon de bain de certain rashs en éruption fait surgir l’idée d’une influence nerveuse s’exerçant sur les racines, d’autres particularités échappent à cette explication. Il existe au contraire des cas de purpura radiculaires.

13. — Pour la sclérodermie en bandes ou en plaques, la systématisation rhizomérique ne s’explique pas uniquement par la théorie nerveuse, des influences sympathiques vasomotrices y intervenant.

14. — D’une façon générale, la métamérisation spinale dans le sens de Brissaud n’a pour elle d’arguments, ni anatomiques, ni physiologiques, ni embryologiques, ni cliniques.

Pour admettre qu’il y ait dans un cas une pareille systématisation, il faut observer des troubles respectant le segment terminal du membre ; lorsque celui-ci est seul pris, le fait s’explique par la tendance des influences vasomotrices, à frapper d’abord l’extrémité. L’unique exemple d’hyperhidrose, les quelques rares cas de zona et d’anesthésie s’expliquent peut-être par le fait que les fibres destinées à un même segment de membre voyagent de concert à l’intérieur de la moelle ; ce n’est d’ailleurs là qu’une hypothèse, cependant pour les centres sudoraux pourrait-on admettre une systématisation segmentaire, mais on n’aura le droit de le faire que lorsque leur anatomie nous sera bien connue.

15. — Il faut se garder, d’une façon générale, de trop systématiser, et il est utile de se rappeler que, dans le cancer de la face, l’ulcération peut exceptionnellement occuper strictement le domaine d’une ou de plusieures branches de la cinquième paire, sans qu’on soit autorisé d’y voir ls manifestation d’une influence nerveuse, comme l’a fait Gheatle.

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