Putrus de Alliaco, toc. cil.; ms. cit., fol, 3<j, v
- l'astronomie parisienne.
— II. LUS PHYSICIENS
tiers d'heure et plus d'un sixième d'heure après le minuit précédent. »
De ces études, quelle sera la conclusion? A développer cette conclusion, Pierre d'Ailly consacre, en entier, le sixième et dernier chapitre de son opuscule. Nous croyons que la traduction de ce chapitre mérite d'être insérée ici.
L'Evêque de Cambrai avait dit, à la lin de son cinquième chapitre 1 :
« Ces erreurs, on avait négligé de les corriger, soit parce qu'elles n'étaient pas alors aussi grandes qu'à présent, car elles grandissent sans cesse ; soit à cause d'une longue habitude dont le changement eût pu provoquer le scandale d'une dispute ; soit encore parce qu'au début, la Science astronomique ne fut guère coutumière aux Chrétiens; on peut même dire qu'à la primitive Eglise, elle parut quelque peu digne de haine. »
Il poursuit en ces termes 2 :
« Mais aujourd'hui, l'uglise de Dieu compte nombre de Chrétiens experts en Astronomie. Elle doit donc faire diligence pour corriger, avec son autorité conciliaire, les erreurs dont nous avons parlé, qui sont si manifestes, si palpables, qui sont l'occasion de scandales si horribles, et pour corriger, en même temps, tous les défauts du calendrier.
» Nous avons, dans ce qui précède, montré, jusqu'à un certain point, la manière de faire cette correction ; mais les astronomes auront à en démontrer l'exactitude d'une façon plus pleine et plus précise.
» Sachez donc que, pour obtenir la correction du calendrier, on peut assigner trois moyens assez convenables ; de ces moyens, il est juste d'examiner quel est le plus utile et le plus facile.
» Le premier consiste en ceci : Selon ce que nous avons traité au second chapitre, on omettra une année bissextile tous les cent trente-quatre ans. De cette façon, le calendrier sera corrigé en ce qui concerne le cours du Soleil ou l'année solaire, mais point en ce qui touche le cours de la Lune; le nombre d'or ou la détermination du début des lunaisons ne pourra, de la sorte, être corrigé, être maintenu fixe dans le calendrier, conformément à la correction qu'enseigne notre quatrième chapitre.
» Le second procédé consiste à ne point supprimer aussi souvent une année bissextile, mais à la supprimer seulement tous les
i. Pétri j>e Alluco Op. laud.f cap. V; ms. cit., fol. v°.
■2. Pétri de Alliaco Op. laud., cap. VI; ms. cit., fol. 42, v°9 à fol. 44> r°«
LASTKONOMIE LATINE AU MOYEN AGE
trois cent quatre ans. De cette façon, le calendrier est corrigé en ce qui concerne Je cours de la Lune, le cycle de dix-neuf ans ou le nombre d'or. Mais cette méthode ne pourvoit pas suffisamment à ce qui regarde le cours du Soleil ; toutefois, l'erreur relative à la montée, dans le calendrier, des équinoxes et des solstices se trouve, par là, corrigée en partie, sinon totalement. En outre, si le nombre d'or et les débuts des lunaisons ont été, par une correction faite une fois pour toutes, ramenés aux places qu'ils doivent occuper, ils y demeureront, exacts désormais.
» Les deux méthodes dont nous venons de parler ne sauraient être pratiquées en même temps ; elles sont incompatibles, car la montée des équinoxes et des solstices est différente de la montée des débuts des lunaisons ; dans ce qui précède, nous l'avons mis en évidence.
» Le troisième procédé n'emploie pas l'omission d'années bissextiles; il requiert l'emploi de nouvelles tables astronomiques, comme nous Talions dire tout à l'heure. Cette méthode semble plus exacte et plus précise que les autres ; mais elle s'écarte du commun usage et des habitudes de l'Eglise ; elle supprime, en effet, l'emploi du nombre d'or, qui a été si longtemps observé ; elle introduit l'emploi de tables nouvelles et inusitées ; en outre, par ce moyen, le déplacement [par rapport aux équinoxes] des fêtes fixes ne se trouve ni corrigé comme il l'est par le premier procédé, ni atténué comme il l'est par le second. Ce procédé a surtout l'avantage de nous enseigner comment il faut pourvoir à la correction des deux erreurs.
» Au sujet des équinoxes et des solstices, il nous renseigne à l'aide des tables qui donnent l'entrée du Soleil dans chacun des signes du Zodiaque. Sans doute, la véritable durée de l'année n'a pas été expressément déterminée et pleinement démontrée ; mais, comme le dit l'Evêque de Lincoln, sans que la durée de Tannée soit exactement établie, on peut, à l'aide d'instruments et de tables vérifiées, connaître les jours des équinoxes et des solstices.
» En second lieu, nous avons un remède qui nous permet de corriger les débuts des lunaisons ; pour les connaître avec une exactitude astronomique, en effet, il nous suffit de compter les temps à l'aide des années et des mois des Arabes, dont Robert Grosse-ïeste a parlé en détail
» Il serait donc nécessaire, on le voit, il serait honorable et utile à l'Église, il serait acceptable et agréable à Dieu et au monde entier, d'user d'un remède convenable en vue de supprimer entièrement les erreurs dont nous venons de parler ; de faire en sorte
- l'astronomie parisienne. —