Ms. cit., fol. 44, r
l'astronomie parisienne.
— II. LKS PHYSICIENS
si/nodalis auctoritas, ordinando et districte precipiendô ut lam utile et laudabile opus celeriter compleatur, ad illius gloriam et 'honorent qui est benedictus in sëçula seculorum. Amen. » Dans le manuscrit où nous l'avons lue, elle est suivie de cette indication : Explicit exhortatio super kalendarii correctione a domino Petro Cameracensi Episcopo, P. de alliaeo nimcupato, quoniam de villa compendii Noviomensis dioces. fuit oriundiis.
Nous savons à quelle date Pierre d'Ailly composa son exhortation ; nous y lisons, en effet, cette phrase 1 : « Unde secundum Tabulas Alfonsii que ameridie diei incipiunt, hoc anno M°CCCC0XI° ita fignrari possunt. » La rédaction de ce petit écrit, achevée en 1411, précéda donc de plus de trois ans le concile auquel il était destiné, puisque le concile de Constance s'ouvrit seulement le 31 décembre 1414, précédé, il est vrai, en 1412, par la tentative avortée du concile de Rome.
Pas plus que les autres ouvrages de l'Evèque de Cambrai, YExhortation pour la correction du calendrier n'est œuvre fort originale. Constamment, Pierre d'Ailly a eu recours à son inspirateur habituel, à Roger Racon 2, et mainte phrase de YOpïis majus est, par lui, presque textuellement reproduite. Il est un autre enseignement dont il tire le plus grand parti; c'est celui de Jean de Murs et de Firmin de Relleval ; il ne cherche pas, d'ailleurs, à cacher cette source d'inspiration ; en effet, au sujet de l'erreur commise par le calendrier julien, et du déplacement continuel qui en résulte pour la date de Péquinoxc, il nous rappelle qu'il en a plus pleinement écrit « à la fin du traité De legiôus et seclis, » c'est-à-dire dans Y Elucidarium, « où il a montré que chacun des équinoxes remontait, dans le calendrier, d'un jour environ tous les cent trente-quatre ans » ; or, dans Y Elucidarium, il citait, à ce propos, les noms de Jean de Murs et de Firmin de Relleval, ses devanciers.
Parcourons rapidement Y Exhortat ion pour la correction du calendrier.
« Eusèbe dans son Histoire ecclésiastique, nous montre avec quel soin diligent l'Eglise, autrefois, a veillé à l'observation de la Pâques, du jeûne du carême et des autres fêtes solennelles... Tous ces hommes si grands et de si grande autorité furent alors plus
1. Pétri de âliaco E.vJioi-tatio saper kalendarii correctione, cap. III; ms. cit., fol. 39, r°.
2. AI. Kaltcnbriinncr a mis en parallèle divers passade de YExhortatio avec les pa ;saçes de VOpas majus dont ils sont l'évidente imitation (Kaltenbrunnkr, Op. taud., pp. 33o-33i et p. 333).
3. Pétri de Alliaco Op. taud., cap.I; ms. cit., fol. 36, r° etv°.
L ASTRONOMIE LATLNE AU MOYEN AGE
attentifs et plus diligents à calculer les jours et les temps qu'à compter des monnaies.
» Aujourd'hui, au contraire, quelle honte ! Les ministres de l'Église, et ceux surtout à qui il incombe de pourvoir à ces observances font preuve de la plus négligente inertie. Aussi, depuis bien des années, au grand scandale de l'Eglise, les erreurs du calendrier nous font-elles violer la célébration de la Pâque, ainsi que les fêtes et observances qui lui sont rattachées ; elles sont chassées des places qu'elles doivent occuper, comme je me propose de l'expliquer plus pleinement par la suite.
» Dans ce but, j'ai décidé de rassembler un résumé d'avis empruntés . à divers auteurs, mais véritables et prouvés. L'assemblée universelle des évêques, moi, le moindre des évêques, je la veux, comme un simple chien de chasse, exciter à la poursuite de l'erreur scandaleuse dont je viens de parler; je veux la presser d'extirper, de la vigne de l'Eglise, cette erreur qui ressemble à une exécrable bête fauve, à un monstre horrible.
» Cette action, cette salubre prévoyance vont être d'une parfaite convenance. Il vient, en effet, le temps acceptable, le jour du salut, le jour qui sera si utile au salut de l'Eglise, le jour acceptable pour Dieu et pour le peuple chrétien tout entier. En effet, un décret du récent concile de Pise ordonne la célébration d'un synode qui sera spécialement consacré à cet objet : La réformation de tout ce qui, ô douleur ! a été si étrangement et si misérablement déformé. »
Au rang des sujets sur lesquels doit porter cette réforme, Pierre d'Ailly met les inexactitudes du calendrier julien.
« Sachez donc 1 que le calendrier dont l'Eglise fait usage est affecté de trois erreurs principales. Il serait juste de les corriger; mais l'autorité pour accomplir cette correction ne saurait émaner que d'un ordre ou d'une approbation de la chaire apostolique ou du concile général.
» La première erreur est la racine de plusieurs autres erreurs. Elle consiste en ceci que notre calendrier n'use pas de la véritable durée de l'année ; il admet que la durée de l'année est exactement de trois cent soixante-cinq jours et quart; ce quart de jour, il le met de côté pendant quatre années et, dans l'année bissextile, il compte un jour de plus que dans les années ordinaires. Or nous sommes assurés, non seulement par les computistes, mais encore par les méthodes de l'Astronomie, que la durée de l'an-
i. Pétri de Alliago Op. laild., cap. II; ms. cit.,, loi. 37, r° et v°.
née solaire n'est pas si grande; elle est sensiblement moindre.
» Les astronomes n'admettent pas ce quart d'année complet ; ils admettent seulement cinq heures et un certain nombre de minutes; mais au sujet du nombre de ces minutes, ils ne sont pas tout-à-fait d'accord. Ptblémée admet cinquante-cinq minutes et douze secondes ; Albatégni, quarante-sept minutes et quinze secondes; Alphonse X..., quarante-neuf minutes et seize secondes; cette dernière opinion est celle qu'aujourd'hui, on tient, en général, pour la plus exacte.
» Ainsi la véritable durée de l'année est moindre que la durée de l'année admise par notre calendrier ; elle lui est inférieure d'un sixième d'heure et d'un peu plus, savoir de quarante-quatre secondes ou à peu près* ; je dis cela parce que nous ne compterons pas ici les fractions moindres que la seconde ; il serait fastidieux d'en tenir compte, et, même au bout d'un très long temps, elles ne produiraient qu'une erreur fort petite.
» La seconde erreur découle de la première. Les équinoxes, les solstices... montent constamment dans le calendrier; les astronomes n'en doutent pas ; les tables et les instruments en fournissent la preuve. Gela provient de l'erreur commise sur la durée de l'année solaire. De cette erreur et de la continuelle ascension des solstices et des équinoxes, j'ai plus pleinement écrit à la fin de mon traité De legibus et sectis; j'y ai montré que chacun des équinoxes et des solstices remontait, dans le calendrier, d'un jour environ tous les cent trente-quatre ans...
» La troisième erreur porte sur la détermination du premier jour de chaque lunaison, détermination que le nombre d'or marque, dans notre calendrier, à l'aide du cycle de dix-neuf ans. »
La règle du nombre d'or marquerait exactement le commencement des lunaisons si l'on supprimait une année bissextile tous les trois cent quatre ans \ Pour empêcher les solstices et les équinoxes de remonter incessamment le cours du calendrier, il suffirait de supprimer une année bissextile tous les cent trentequatre ans 2, comme l'avaient proposé Jean de Murs et Firmin de Belleval. Mais ce déplacement continuel des équinoxes et des solstices, il ne suffit pas d'y mettre obstacle dans l'avenir; il faut encore remédier aux effets qu'il a produits dans le passé. Par lui, la date de l'équinoxe de printemps n'est plus le 21 mars, comme le voulait le concile de Nicée ; la date de la Pâques n'a donc plus avec cet équinoxe la relation que ce concile s'était proposé de sau-
1. Pétri de Alliaco Op. laud., cap. IV ; nis. cit., fol. l\o, v°.
2. Pétri de Alliaco Op. laud., cap. II ; ms. cit., fol. 37, v°.
1/ ASTRONOMIE LATINE AU MOYËxN ÂGÉ
vegarder. Il importe grandement de ramener l'équinoxe de printemps au 21 mars, et donc de savoir exactement quelle est sa date actuelle.
De ce déplacement subi par la date de l'équinoxe de printemps, Pierre d'Ailly trouvait une détermination dans YOpus majus de Bacon. Voici en quels ternies il en parle, sans en nommer l'auteur 1 :
« Selon ces astronomes, en l'année 1267, le solstice [d'hiver] se produisit au jour des ides de décembre, et l'équinoxe [de printemps] le troisième jour des ides de mars. De cette date à celle où l'équinoxe se trouvait au temps de Ptolémée, il y a neuf jours. Mais du temps où Ptolémée détermina la position de l'équinoxe jusqu'alors, il s'est écoulé onze cent sept années chrétiennes ; ce nombre d'années contient neuf fois trois cent vingt-six ans. Ils concluent donc, en s'appuyant sur la détermination faite par Ptolémée, qu'il y aura accord [des années tropiques] avec les années chrétiennes si, tous les cent vingt-six ans, on diminue d'un jour la durée de l'année, jour qui marque le déplacement éprouvé par chaque solstice et chaque équinoxe.
» Mais ils n'affirment pas que cela soit exactement vrai ; et cela ne l'est pas. En effet, comme je l'ai déclaré dans le traité auquel, tout à l'heure, j'ai fait allusion, les solstices et les équinoxes remontent, à peu près, de onze minutes par an, ou de cinquantecinq minutes en cinq ans ; ils remontent donc d'un jour en cent trente-et-un ans ou, pour parler avec plus de précision, en cent trente-six ans, comme je l'ai dit.
» Pour savoir de combien les solstices et les équinoxes ont remonté depuis la naissance de Jésus-Christ, il importe de savoir où ils sont à présent.
» Selon les Tables Alphonsincs, qui font commencer le jour cà midi, voici comment, en cette année 1111, on les peut figurer... »
Ce n'est pas aux Tables Alphonsines, fort sujettes à caution, qu'il eût fallu demander la position de l'équinoxe de printemps ; il eût fallu, reprenant l'œuvre de Ciuillaume de Saint-Gloud, la demander à une observation directe ; mais Pierre d'Ailly n'était pas observateur, tandis que l'usage des tables lui était familier ; c'est donc par un calcul fondé sur l'emploi des Tables Alphonsines qu'il obtint ce résultat 2 : Eu cette année 1411, « l'équinoxe de printemps se produira le 11 mars, avant midi, soit neuf heures, deux
1. Pétri de Alliago Op* laud., cap. III; ms. cit., fol. 39, r°.