Éd. cit., p. VI
2. P. Duhem, Études sur Léonard de Vinci, ceux qu'il a lus et ceux qui Vont lu. XII. Léonard de Vinci et les origines de la Géolog-ie ; seconde série, pp. 3iq-323.
l'astronomie italienne
L'un des axiomes qu'invoque sans cesse Ristoro, c'est que toute chose, en ce monde, doit trouver son contraire; le blanc requiert le noir, et l'existence de l'eau réclame celle du feu.
« Selon ce que nous avons dit maintes fois ci-dessus, il ne doit se trouver, en ce Monde \ aucune chose qui n'ait son opposé, afin que cette chose puisse être connue, et aussi que son opération soit plus puissante ; sinon, elle ne serait pas connue et son opération serait moindre ; c'est ainsi que le léger ne se connaît que par le grave et le mouvement par le repos. 11 est de raison, d'ailleurs, que les opposés s'écartent, et se tiennent aussi loin qu'ils le peuvent l'un de l'autre. Or le corps du Ciel se doit mouvoir et tourner en vue de la génération ; il y a donc nécessité qu'il ait son opposé, qui s'en trouve éloigné autant qu'il est possible, et qui demeure fixe ; mais la Terre est plus loin du corps du Ciel qu'aucune autre chose qui soit ; la Terre demeurera donc fixe et en repos, à l'opposé du corps du Ciel qui se meut et tourne. »
« Toute chose 2, afin que son opération soit plus grande, et aussi afin qu'elle puisse être connue, doit avoir son opposé; sinon, elle ne serait point connue et son opération dans le Monde serait moindre, en sorte que l'Artisan du Monde pourrait être blâmé.
» S'il se trouve donc une chose qui se meuve, qui soit la plus grande qui puisse être, telle la plus grande sphère du Ciel, et qui soit concave, pour que cette chose-là ait son opposé, il faut qu'il se trouve une sphère très petite par rapport à celle-là, une sphère qui soit la plus petite qui puisse être, qui soit comme un point, qui demeure fixe, comme la Terre, et qui ne soit pas concave. »
Ces deux textes nous laissent deviner les sources d'où dérive l'axiome invoqué par Ristoro : « In questo Mondo, non puô essere nulla cosa, per essere conoscinta e acciô che sia maggiore operazione, che non debbia acere lo suo opposito, e' n altra gnisa non si conoscerebbe et sarebbe minore operazione ; si che l 'Artefice del Mondo potrebbe essere biasimoto. » Ces deux sources sont péripatéticiennes.
L'une est cette affirmation : Tout mouvement se fait d'une forme à la forme contraire; au corps qui se meut et qui avait, en acte, une certaine forme, la forme contraire, qu'il possédait seulement en puissance, est imposée par un moteur où cette dernière forme est en acte ; en sorte qu'aucune action ne se peut produire qu'entre deux substances où se trouvent en acte des formes opposées.
1. Ristoro d'Arezzo, Op. laud., lib. VIII, cap. I; éd. cit., p. 247.
2, Ristoro d'Arezzo, Op. laud., lib. VIII, cap. IV; éd. cit., p. 254,
L'ASTRONOMIE LATINE AU MOYEN AGE
L'autre est ce principe : Le mouvement local ne peut se reconnaître ni se produire que là où se rencontre un terme de comparaison immobile ; de ce principe, déjà, et du mouvement continuel du Ciel, Aristote avait conclu à la nécessité d'une Terre immobile.
Mais si l'axiome de Ristoro est péripatéticien par ses origines, il cesse de l être par l'extrême extension que lui donne notre auteur, par la largeur et la variété, rebelles aux minuties de la Logique, des conclusions qu'il en prétend tirer.
Et d'abord, du mouvement du premier mobile, dirigé d'Orient en Occident, cet axiome va permettre à Ristoro de déduire l'existence du mouvement d'Occident en Orient qui entraîne tous les astres errants 1 :
« Dans le Monde, aucune chose ne doit être, qui n'ait son opposé, afin que l'opération en soit plus grande et, aussi, afin que cette chose puisse être connue ; sinon, elle ne pourrait être connue, et il y aurait une moindre opération dans le Monde. Puis donc qu'il y a un certain mouvement du Ciel, qui le meut tout entier d'Orient en Occident, et qu'on nomme le premier mouvement, la raison nous force à reconnaître qu'il faut, en vue d'une plus grande opération, qu'il y ait un autre mouvement ; celui-ci doit être l'opposé de celui-là ; il faut qu'il aille, à l'opposé, d'Occident en Orient. Ce dernier mouvement, il faut que ce soit celui du Soleil et des autres planètes. »
Le principe invoqué par notre auteur en eût fait l'adversaire de ceux dont Al Bitrogi épousait le sentiment; Ristoro n'eût point admis que tous les mouvements du Ciel, ceux des astres errants aussi bien que celui du premier mobile, se fissent dans le même sens, d'Orient en Occident, bien qu'avec des vitesses différentes ; aucun d'eux n'eût plus, dans le Monde, trouvé son contraire. Notre auteur ne paraît pas, d'ailleurs, avoir la moindre connaissance de ce système qui venait de soulever tant de débats parmi les astronomes et les physiciens de Paris.
Le seul système astronomique qu'il connaisse, c'est le système des excentriques et des épicycles ; il ne songe pas à le révoquer en doute ; tout ce qu'il en sait, d'ailleurs, et cela semble se réduire aux notions les plus élémentaires, il l'a lu clans le De aggregationibus stellarum d'Al Fergani, dont il cite souvent l'auteur ; jamais, assurément, il n'a ouvert Y Almagesfc ; trois fois, dans toute l'étendue de son ouvrage, il lui arrive de citer le nom de Ptolémée ; mais il n'en dit rien qu'il n'ait pu recevoir de
i. Ristoro d'Arezzo, Op. laud., lib. V, cap. Iï ; éd. cit., pp. i3c)-i4o.
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seconde main, en étudiant, par exemple, le traité d'Al Fergani.
De toutes les doctrines astronomiques qui préoccupaient, au temps où il écrivait, les savants de France et d'Angleterre, il n'en est qu'une dont il parle avec quelque détail ; c'est celle du mouvement d'accès et de recès de la huitième sphère. Bien qu'il ne nomme pas Thâbit ben Kourrah, il a tenté, cependant, de s'assimiler la théorie qu'on attribue à cet auteur ; il y a, d'ailleurs, fort imparfaitement réussi, et d'une manière qui nous donne une médiocre idée de son talent de géomètre.
Cependant, cette théorie semble avoir été, pour Ristoro, le sujet de fréquentes méditations ; il l'avait exposée au commencement de son ouvrage 1 ; il y revient vers la fin 2, pour signaler de nouveaux aperçus.
Après avoir classé les étoiles fixes, Ristoro poursuit en ces termes3 :
« Selon l'observation de Ptolérnée et de tous les autres savants, ces étoiles se meuvent avec toute leur sphère et avec l'ensemble des sphères des sept étoiles qu'on nomme planètes ; ce mouvement est d'un degré en cent ans. Par suite, l'auge de chaque planète et ses zeunzaar 4, qui sont sa tête et sa queue du dragon, se meuvent de la même manière. Et ce mouvement est nommé mouvement de sphère [mouvement de rotation].
» Puisque le Ciel comprend trois cent-soixante degrés, certains savants, tel Alfragan, ont admis que les révolutions des étoiles fixes, celles des auges des sept étoiles nommées planètes et celles de leurs zeunzaar s'accomplissent suivant l'orbe des Signes en trente-six mille ans.
» Mais, après ceux-là, vinrent d'autres savants qui firent des observations plus délicates ; ceux-ci admirent que, par le mouvement que nous avons dit, les étoiles fixes se meuvent vers l'Orient de dix degrés sans plus ; qu'elles rétrogradent alors et se
1. Ristoro d'Arezzo, Op. laud., lib. I, cap. XVII : Dell' opinioni e sentenze del movimento dell' ottava spera, e délie stelle*le quali sono in essa spera. Éd. cit., pp. 28-3o.
2. Ristoro d'Arezzo, Op. laud., lib. VIII, cap. XXI : Del movimento dell' ottava spera, e corn' eg-li si fa nelli suoi cerchi piccoli, e délia quantité del diametro di quelli cerchi, e del tempo del suo movimento. Éd. cit., pp. 3o2-
3. Ristoro d'Arezzo, Op. laud., lib. I, cap. XVII; éd. cit., p. 28.
4- Les zeunzaar, zengaar ou genzaar sont les nœuds ou points d'intersection du plan contenant l'orbe excentrique de la planète avec le plan de l'équateur. Lorsqu'il s'agissait, en particulier, de la Lune, on leur donnait, nous le savons, les noms de tète et de queue du dragon ; certains auteurs étendaient ces dénominations à toutes les planètes (V. Tome III, p. 4^7)-
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meuvent de dix degrés en sens contraire ; ils supposent que ce mouvement se poursuit indéfiniment de la sorte.
» On voit par là que chaque étoile fixe possède un petit cercle sur lequel elle se meut, allant ainsi de dix degrés vers FOrient, et puis rebroussant de dix degrés vers l'Occident ; et ce mouvement ne peut se faire autrement que par un cercle, car le mouvement des étoiles doit être parfait. »
L'hypothèse attribuée à Thâbit ben Kourrah n'impose de trajectoires circulaires qu'à deux points de la huitième sphère, la tête du Bélier et la tête de la Balance ; aucune autre étoile ne décrit un cercle ; la tête du Cancer et la tête du Capricorne ont un mouvement alternatif de va et vient suivant un arc de récliptique ; tous les autres points de la huitième sphère ont une trajectoire compliquée.
Ce n'est pas ainsi que Ristoro, fort peu géomètre, comprend cette théorie ; à chaque étoile, il attribue une trajectoire circulaire, de même grandeur pour toutes les étoiles ; qu'un tel mouvement soit incompatible avec la supposition qui lie toutes les étoiles à une huitième sphère solide, il ne le voit assurément pas.
Et cette erreur n'est pas accidentelle ; elle n'est pas, de la part de l'auteur, l'effet d'un moment d'inattention ; il la reprend avec insistance vers la fin de son livre 1 :
« Ce mouvement doit être circulaire, parce que le Ciel est parfait. Si donc la tête du Bélier, qui est sur le cercle de l'Equateur, se meut vers l'Orient, la tête de la Balance, qui est aussi sur le cercle de l'Equateur, se meut à l'opposé vers l'Occident, et inversement ; et quand la tête du Bélier se meut vers le Nord, la tête de la Balance se meut vers le Midi, et inversement. Et de cette manière, chaque étoile, chaque figure et chaque point de toute cette sphère se meut circulairement par un petit cercle qui lui est propre. E seconda questa via, ciaschedana Stella, e ciascheduna figura, e chiascheduno panlo di tutta quella spera si moverà circularmente per uno suo cerchietto. »
Le malheureux Ristoro n'en a pas fini avec les confusions où il s'entrave.
De son hypothèse, l'auteur du De moiu octavœ sphœrœ avait très logiquement tiré cette conséquence : La distance d'une étoile à l'écliptique fixe varie périodiquement ; sa latitude -croit ou décroit ; pour une étoile zodiacale, elle peut être tantôt boréale et tantôt australe.
i. Ristoiio d'Arezzo, Op. laud., lib. VIII, cap. XXI; éd. cit., p. 3o2.
l'astronomie italienne
Cette affirmation, Ristoro la répète 1 ; mais il y joint des explications bien propres à nous montrer qu'il l'a peu comprise. N'a-t-il pas la fâcheuse idée de prendre précisément pour exemple les deux seuls points de la huitième sphère auxquels elle ne s'applique pas, la tête du Cancer et la tête du Capricorne, qui glissent sans cesse sur l'écliptique fixe et, partant, gardent une latitude constamment nulle ?
« On voit, dit-il, que les étoiles iront tantôt vers le Nord et tantôt vers le Midi ; et cela peut bien être, car les savants pensent que la tête du Cancer se meut vers le Nord puis, en sens inverse, vers le Midi ; en sorte qu'il est nécessaire que la tête du Capricorne la suive en un mouvement opposé. »
Cette proposition, Ristoro ne l'attribue pas seulement à « certains savants » ; il vient nous affirmer qu'il l'a vérifiée par l'observation !
« Nous pourrions jurer en toute sûreté (E potremo giurare salvamente) que, de nos jours, nous avons trouvé que la tête du Cancer s'était déplacée et s'était abaissée du Nord vers le Midi: »
Notre auteur, cependant, a eu en mains des tables du mouvement de la huitième sphère, probablement les Tables de Tolède. « Pour connaître ce mouvement de la huitième sphère, dit-il2, les savants ont fait des tables ; on y inscrit les noms [des diverses étoiles] et, au-dessous, on inscrit les tables du mouvement, et de la marche directe, et de la marche rétrograde ; par ces tables, on connaît ce mouvement, et l'on trouve, par ces tables, qu'il a une amplitude de dix degrés. »
Comment le mouvement de la huitième sphère oblige à concevoir, au-dessus d'elle, une sphère qu'anime le seul mouvement diurne, Ristoro va nous le dire 3 ; sa claire explication nous rappellera certaines considérations de Simplicius :
« Si nous voulons connaître la grandeur du mouvement d'une chose qui se meut, il nous faut trouver une autre chose qui demeure fixe et qui ne se meuve point ; autrement, la grandeur du mouvement ne se peut connaître. Si donc nous voulons connaître la grandeur du mouvement de la huitième sphère vers l'Occident [le mouvement diurne], il faut que nous concevions comme terme un cercle qui demeure fixe, et que nous nommons l'horizon; à l'aide de ce cercle, qui demeure immobile, nous pouvons connaître ce mouvement de la huitième sphère vers l'Occident.
1. Ristoro d'Arezzo, Op. laad., lib. I, cap. XVI [ ; éd. cit., pp. 28-29.
2. Ristoro d'Arezzo, Op. laud., lib. I, cap. XVII; éd. cit., p. 29.
3. Ristoro d'Arezzo, Op. laud., lib. I, cap. XVII; éd. cit., p. 3o.
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» Et si nous voulons connaître et mesurer le mouvement de la huitième sphère vers l'Orient, mouvement par lequel, au dire des savants, elle se meut d'un degré en cent ans, il nous faut, au-dessus de la huitième sphère, imaginer une sphère qui lui soit semblable, mais qui demeure fixe et ne se meuve pas ; en cette sphère imaginaire (spera immaginata) qui ne se meut point, nous trouverons le cercle de Féquateur, avec les têtes fixes du Bélier et de la Balance, semblablement les têtes fixes du Cancer et du Capricorne, et il en sera de même de toutes les parties de la sphère. Si nous voulons connaître le mouvement de la tête du Bélier [mobile], laquelle ne quitte pas le cercle de féquateur (cercle qui se meut avec toute la sphère) nous le rapporterons à la tête du Bélier prise en la sphère fixe précédemment imaginée, tête qui ne quitte pas le cercle de Féquateur immobile ; autrement, nous ne pourrions le connaître. »
A l'imitation de Simplicius, Ristoro, du moins en ce passage, n'attribue à la neuvième sphère dénuée d'étoile aucune existence réelle ; il n'y voit qu'un repère imaginé par les astronomes afin de pouvoir suivre le mouvement de précession des équinoxes.
C'est, en effet, ce mouvement continuel de précession que Ristoro considère ici ; il semble avoir abandonné l'hypothèse de l'accès et du recès.
Il y revient plus tard, pour nous donner le plus curieux et, disons-le, le plus fâcheux e?\emple de sa manière de philosopher sur l'Astronomie .
« Puisque 1 la tête du Bélier et celle de la Balance, puisque chacune des étoiles et chacun des points de la huitième sphère doit se mouvoir sur le petit cercle qui lui est propre, voyons de combien de degrés doit être le diamètre de ces petits cercles.
» Le ciel de la huitième sphère est parfait ; s'il est parfait, le diamètre de ces petits cercles doit être mesuré par un nombre parfait ; or, il y a deux nombres parfaits, qui sont six et dix. Par noblesse et pour que l'œuvre accomplie soit plus grande, chacun de ces petits cercles doit être le plus grand qu'il se peut faire ; le diamètre de chacun de ces petits cercles sera donc de dix degrés, ce qui est le plus grand nombre parfait....
» Toute chose, afin de produire plus grande opération et artifice et, aussi, afin d'être connue, doit avoir son opposé; sinon, clic ne serait pas connue, l'artifice et l'opération seraient moindres, en sorte que l'Artisan du Monde pourrait être blâmé...
i. Ristoho d'Arezzq, Op, laud., lib. VIII, cap. XXI; éd. cil., pp. 3o4-3o.r).
i/aKTMONOMIK ITALIKNNK
» Nous trouvons par raisonnement, et selon le dire de tous les savants, que la neuvième sphère meut toute la huitième sphère, avec les sept autres sphères, d'Orient en Occident.
» Si le tout est opposé à la moitié, il faut, par force de raison, que la huitième sphère, avec les sept autres sphères, se meuve à moitié d'Occident en Orient ; alors nous trouverons opposition entre la neuvième sphère et la huitième sphère.
» Nous trouvons, selon le dire de tous les savants, que la neuvième sphère meut la huitième sphère avec les sept autres sphères, et qu'elle accomplit son mouvement en un jour.
» Il est conforme à la raison que le plus petit nombre qui puisse être soit opposé au plus grand qui puisse être ; or le plus petit nombre est un et le plus grand est mille ; un sera donc l'opposé de mille. Le jour est l'opposé de l'année. Le nombre impair doit être opposé au nombre pair, en sorte que un sera l'opposé de deux. Partant, puisqu'il y a opposition entre la huitième sphère et la neuvième sphère., et que la neuvième sphère accomplit son voyage en un jour ; puisque un est l'opposé de mille, que le jour est l'opposé de l'année, et que un est l'opposé de deux selon l'opposition de l'impair au pair, il faut, par force de raison, que la huitième sphère, avec toutes les étoiles et tout ce qui la compose, accomplisse son propre voyage en deux mille ans. »
La période du mouvement d'accès et de recès est donc de deux mille ans ; telle est la conclusion, contraire aux observations les plus aisées et les plus certaines, que Ristoro déduit de ses rêveries pythagoriciennes et platoniciennes sur les nombres.
Après que notre auteur nous a donné tant de marcrues de son ignorance en Astronomie, pouvons-nous le croire capable d'une observation aussi compliquée que l'est la détermination d'un point équinoxial ? Il affirme 1, cependant, qu'il a mesuré le mouvement de la huitième sphère : « De nos jours, nous avons vu et trouvé que ce mouvement était direct ; en l'année que nous avons commencé
ce livre, nous avons évalué (adequamo) ce mouvement et nous
l'avons trouvé de 9°13'39"; il était direct et allait en avant [vers l'Orient] ». La détermination dont parle Ristoro n'est probablement qu'un calcul fait à l'aide de tables.
Le livre Délia composizione del mondo eut-il grande vogue en l'Italie du Moyen Age ? Il est permis de le penser. La multitude des sujets traités, le vif intérêt qu'on portait alors à beaucoup d'entre eux, le soin qu'avait eu l'auteur de ne pas employer la
i. Pustoro d'Arezzo, Op. laud., lib. I, cap. XVII ; éd. cit., pp. 29-30.
L'ASTRONOMIE LAïliNE AU MOYEN AGE
langue des clercs, de donner à tout Italien curieux une encyclopédie scientifique clairement écrite en idiome vulgaire, tout cela était bien fait pour répandre cet ouvrage. De la faveur qu'il dut rencontrer, les manuscrits assez nombreux qu'on trouve encore dans les bibliothèques italiennes portent témoignage.
Avec le temps, cependant, l'oubli vint ; l'oubli favorable au plagiaire, l'oubli qui permet de secouer la poussière d'un antique ouvrage et de le produire au jour comme œuvre nouvelle.
Vers les premières années du Quattrocento, le livre de Ristoro d'Arezzo tomba dans les mains d'un tel plagiaire. Le philosophe Paul de Venise, alors célèbre en l'Université de Padoue, trouva le traité Délia composizione del mondo et jugea bon d'en grossir son œuvre déjà volumineuse. Il en retrancha bon nombre de chapitres, souvent, hélas, les plus originaux et les plus intéressants ; les autres, il les abrégea quelque peu, les découpa en paragraphes accommodés à la mode scolastique, les mit en latin, y ajouta de-cide-là quelque argument nouveau ; cela fait, notre docteur publia sous son nom le traité De compositione mundi \
L'audacieux plagiat de Paul Nicoletti de Venise fut couronné d'un long succès ; il n'a été démasqué qu'en ces dernières années 2.
Un seul exemple nous suffira pour montrer avec quelle exacti-