‹ La système du monde (volume 3)Chapitre 122 sur 287 · Enrico Narducci, Op. laud., p · texte numérisé non relu

Enrico Narducci, Op. laud., p

L'ASTRONOMIE LATINE ATJ MOYEN AGE

test probari per navim in mare cur rente.

quid minus eo in eo ; et licet talis motus videatur perfecte, non sentitur ; ut equus super quem guis sedet equitando, et vir qui portât alterum virum velinfantem. Vel ïpsum mobile si videtur, non perfecte sentitur ; ut est navis quando a vento impellitur per vélum et sine velo.

On devine fort bien l'étrange transposition d'idées qui s'est faite en l'esprit de Barthélémy.

Guillaume disait qu'un mouvement ne peut être perçu par nous, observateurs de ce mouvement, si ce n'est à l'aide [per) d'un objet mobile ou moins mobile qui nous serve de terme de comparaison ; le malheureux Barthélémy a compris qu'un mouvement pouvait être senti par un être immobile ou par un être mobile [per immobile vel per mobile) ; cet étrange contre-sens, qui aboutissait à un truisme, l'a empêtré dans un inextricable enchevêtrement d'explications et d'exemples ineptes ; telles ces distinctions de mouvements qui sont vus, mais non sentis ; telle encore cette phrase sur le navire que le vent pousse avec voile ou sans voile ; Guillaume avait fait allusion à l'exemple classique du navire qui vogue en pleine mer, et dont le mouvement ne peut être déterminé, faute de repères fixes ; c'est ainsi qu'il a été compris !

Le Ilep! (ùoal-étov n'a pas été seul à fournir, tant s'en faut, la matière du Tractatus Sphœrœ. Pour composer ce traité, Barthélémy s'est inspiré des ouvrages de divers astronomes. Mais l'inintelligence dont il nous a donné des preuves non douteuses, en interprétant à sa guise les pensées très simples et très claires de Guillaume de Conches, nous fait prévoir qu'il a mal compris les traités astronomiques qu'il a lus.

On pourrait dire qu'il ne les a pas compris du tout et se demander même s'il a cherché à les comprendre ; de-ci de-là, il leur emprunte une phrase, une définition, un nombre ; puis il noie ces emprunts dans les flots d'un discours qui excelle à parler beaucoup pour ne rien dire. L'étalage d'érudition qu'il fait en citant une foule d'auteurs n'empêche pas toujours d'apercevoir quelque grosse erreur où s'affirme l'incompétence de notre Astronome ; ainsi en est-il dans ce passage 1 sur la précession des équinoxes ;

. Enrigo Narducci, Op. laud,, p. 96.

l'astronomie italienne

« Le premier mouvement des sphères mobiles est le mouvement de la neuvième sphère, sphère dont le mouvement procède de la sphère immobile qui est dite la dixième... Or, en cette sphère, le premier mouvement se fait du Nord au Sud [a Seplentrione in Meridiem), c'est-à-dire de gauche à droite ; ce mouvement est d'un degré environ en cent années solaires ; et de cela, tous les astronomes sont d'accord, ut Ptholomeus, AlpJiraganus et Alpetrains, Albumassar, Messehalla, Alcabicius, Zael etc. » Ce luxe d'autorités ne nous empêche pas de remarquer non seulement que Barthélémy a interverti les rôles de la huitième sphère et de la neuvième sphère, mais encore qu'il a remplacé les' mots : de r Occident à 1 Orient par ceux-ci : du Nord au Sud, qui n'ont, en ce cas, aucun sens.

Peut-être, pour expliquer cette énormité, invoquera-t-on le lapsus, voire la faute du copiste, si le texte n'est pas de la main même de l'auteur. Prenons donc un passage assez étendu pour que l'erreur n'en puisse être tenue pour accidentelle.

Voici d'abord une proposition exacte1, empruntée, sans doute, à quelque traité d'Astronomie :

« Lorsqu'une planète est en son auge ou proche de son auge, il ne nous semble pas qu'elle se meuve aussi fortement que lorsqu'elle est en son veya- ou proche de son veya ; ces deux points sont directement opposés, par rapport à la sphère et par rapport à nous. Mais en ce qui concerne la planète, son mouvement est aussi grand en l'une des parties qu'en l'autre. »

Lisons maintenant l'explication qu'a trouvée notre astrologue :

« Gela est, en tout temps, évident pour le Soleil. En effet, lorsque le Soleil est près de la Terre, comme à son lever et à son coucher, il nous semble qu'il se meut beaucoup et qu'il change de place dans le ciel, en montant, à son lever, ou en descendant, à son coucher. Mais lorsqu'il est en son auge ou près de son auge [quando vero est in sua auge et prope suam augem), comme il arrive à la sixième heure et à la septième heure, heures qui sont voisines du point de la neuvième heure1 du jour, alors nous ne discernons exactement ni la grandeur de son mouvement ni sa propre grandeur. C'est pourquoi, à son lever et à son coucher, il nous semble plus grand qu'à la neuvième heure ; à ce moment, il nous paraît petit et immobile. Car cette grandeur que le Soleil paraît avoir à son lever et à son coucher est due aux vapeurs de la terre et de l'eau... »

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