‹ La système du monde (volume 3)Chapitre 133 sur 287 · Pétri de Apono Conciliator dijferentiarum ; Diff. IX · texte numérisé non relu

Pétri de Apono Conciliator dijferentiarum ; Diff. IX

L'ASTRONOMIE LATINE AU MOYEN AGE

distance du premier mobile ; c'est ce qu'a supposé Alpétragius Abuysac. » Mais en vérité, nous trouverons, au prochain paragraphe, de fortes raisons de penser que Prosdocimo de' Beldomandi ne nous a pas donné une indication tout à fait exacte, et que Pierre d'Abano admettait purement et simplement, au sujet du mouvement de la sphère des étoiles fixes, la théorie de Ptolémée.

Quoi qu'il en soit, Pierre d'Abano pensait qu'après une période de 36.000 ans, les constellations tropicales mobiles venaient toutes reprendre leur place sous les signes de l'écliptique fixe. « Dès lors, soit qu'on admette, selon l'enseignement véritable de notre Religion, que le monde a commencé, soit qu'on suppose, avec les Péripatéticiens, qu'il a subi une infinité cle révolutions, on doit croire ceci : Toutes les fois que les signes zodiacaux mobiles reviennent se placer directement et exactement sous les signes immobiles, alors le premier principe, par l'intermédiaire de ces causes mises ainsi en leur juste place, imprime d'une manière plus parfaite sa vertu dans nos éléments inférieurs...

» En effet, si les sphères supérieures doivent imprimer une vertu dans le monde inférieur, il faut que cette vertu simple et immatérielle se transmette jusqu'à ce monde inférieur d'une manière régulière, par des intermédiaires, de même nature qu'elle, qui lui correspondent exactement. »

Le mouvement de précession des équinoxes a donc pour effet d'atténuer lentement la vertu des influences célestes, moins puissantes aujourd'hui qu'au temps où les signes mobiles du Zodiaque se trouvaient exactement sous les signes fixes. « Il faut en conclure que la nature humaine était alors plus forte et capable de vivre plus longtemps ». De là, la longévité des patriarches. « D'ailleurs, lorsque les têtes des Signes et toutes les constellations reviendront à leurs positions primitives, ce qui, de l'avis de Ptolémée, aura lieu au bout de trente-six mille ans, il faudra nécessairement que la nature humaine redevienne la même, qu'elle reprenne la même vigueur ; c'est là l'opinion des Péripatéticiens ; car il est écrit au premier livre Du Ciel et du Monde et au premier livre des Météores que les mêmes alternatives et les mêmes transmutations doivent se reproduire une infinité de fois. »

A cette doctrine de la Grande Année, Pierre d'Abano ne parait, ici, faire aucune objection.

Il n'en fait pas davantage en son Exposition des problèmes d'Aristole.

« Aristotc, écrit-il1, repousse avec horreur ceux qui com-

i. Pétri pu Apono Expositio problematum Aristotelis, Particula XVII, problema III ; éd. cit., fol. 166, col, a.

L ASTRONOMIE ITALI EH N E

prennent mal cette doctrine ; il dit : C'est extrêmement sot de croire que les hommes qui sont morts et que ceux qui viendront sont numériquement les mêmes ; en effet, selon le second livre De generatione et corruptione, des choses dont la substance a péri ne peuvent revenir numériquement les mêmes. C'est en cela que tombe en défaut le dire de certains Pythagoriciens ; ceux-ci admettent qu'à la fin de la Grande Année, tous les êtres reviendront absolument tels qu'ils ont existé, et numériquement les mêmes; cela aura lieu au bout de trente -six mille ans, selon la supposition de Ptolémée; celui-ci admet, en effet, que le mouvement des étoiles, qui parcourent un degré en cent ans, s*achève en cette période universelle, comme je l'ai expliqué dans mon édition astronomique (ut declaravi in astronomica mea editionej- Mais on approuvera plutôt l'opinion selon laquelle les choses qui reviendront seront spécifiquement les mêmes ; en effet, cette opinion est plus communément reçue. »

Qu'est-ce que cette editio astronomica dont Pierre d'Abano invoque ici l'explication ? Nous le verrons au paragraphe suivant. Pour le moment, arrêtons-nous à ce qu'il professe touchant la doctrine de la Grande Année.

Ce que notre Astrologue padouan vient de dire, au sujet de la Grande Année, repose sur cette hypothèse : Ce n'est pas seulement la huitième sphère, la sphère étoilée, qui est source de vertus auxquelles sont soumises les choses d'ici bas ; de telles vertus émanent aussi, et surtout, de la neuvième sphère dénuée d'astre qui est, pour Pierre d'Abano, la véritable sphère inerrante.

Cette hypothèse n'était certainement pas nouvelle, car nous la trouvons, clairement exprimée, dans une des questions sur le traité de la Sphère que le Dominicain Bernard de Trille a composées l.

La dixième leçon de ce traité est, pour notre Frère Prêcheur, l'occasion d'examiner trois questions 2 qui, respectivement, ont pour sujets les cercles, les pôles et les Signes.

Dans la troisième question, relative aux Signes, nous lisons3 :

« Lorsqu'ensuite on s'enquiert du Zodiaque, il faut dire qu'il y a deux Zodiaques.

» Le premier est le Zodiaque des constellations ; c'est en celui-là que sont les constellations visibles formées par les étoiles ;

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