‹ La système du monde (volume 3)Chapitre 134 sur 287 · Ms. cit., fol. 76, col. c · texte numérisé non relu

Ms. cit., fol. 76, col. c

l'astronomie latin ë au moyen agi:

les astronomes le nomment Zodiaque mobile ; c'est par lui, en effet, qu'on reconnaît, clans la sphère mobile, le mouvement d'accès et de recès qui est, nous l'avons dit, le mouvement propre de la huitième sphère ; ce Zodiaque-là est situé dans la huitième sphère et il en fait partie.

» Il y a un autre Zodiaque ; c'est en lui que résident les vertus des constellations, vertus qui, grâce au mouvement, se développent dans le ciel étoilé ; dans ce second Zodiaque, cependant, il n'y a pas de constellation visible ; on le nomme Zodiaque fixe ; ce n'est pas qu'il ne se meuve pas, car il se meut du mouvement qui est propre à sa sphère ; mais il est immobile à l'égard du mouvement d'accès et de recès qui se remarque dans le mouvement du premier Zodiaque ; ce second Zodiaque est dans la neuvième sphère.

» La disposition de ces deux Zodiaques est telle que l'un se trouve directement au-dessous de l'autre, comme la huitième sphère est sous la neuvième ; voilà pourquoi l'un d'eux influe sur l'autre.

» Gomme le mot Zodiaque vient de zoon qui signifie animal, le Zodiaque des constellations est plus proprement nommé Zodiaque que le Zodiaque des vertus. »

Bien que Pierre d'Abano s'intéresse grandement au mouvement de précession des équinoxes, et peut-être même parce qu'il a longuement étudié ce mouvement, il ne peut dissimuler que de graves difficultés en résultent pour son art1. Si les divers signes de la neuvième sphère et les signes correspondants de la huitième sphère exercent des influences analogues, et si ces signes ne coïncident pas, quels sont ceux dont il faudra tenir compte dans la construction des thèmes astrologiques? Selon qu'on adoptera l'un ou l'autre parti, ne pourra-t-on pas aboutir à des pronostics contradictoires ? « Gomme il n'y a pas une très grande différence entre le Zodiaque mobile et le Zodiaque immobile, on tire à peu près le même jugement de l'un et de l'autre ; mais lorsqu'il y aura entre l'un et l'autre une très grande distance, alors nous faudra-t-il les faire intervenir, tous deux à la fois, dans nos jugements ; ilnous faudra construire deux figures, Tune à l'aide du huitième ciel et l'autre à l'aide du neuvième, déduire de chacune de ces deux figures ce qu'elles signifient et permettent de juger, comparer ces deux jugements l'un à l'autre, admettre enfin les conclusions qu'on obtiendra en les composant. Aujourd'hui, nous jugeons plus communément par le neuvième ciel que par le huitième. Mais

i . Pétri de Apono Conciliator dijjfeventiarum, Diff. X.

l'astronomie italienne

2il

cette objection paraît assez difficile à résoudre, et bien propre à détourner de la science astrologique. » En tous cas, elle n'était pas nouvelle; Origène l'opposait déjà aux astrologues de son temps1.

pierre d'abano (suite). — le Lucidator Astronomiœ

En commentant un des Problèmes d'Aristote % Pierre d'Abano fait remarquer qu'au temps du Stagirite, on n'avait pas encore d'observations astronomiques propres à démontrer l'existence du neuvième ciel; il en prend occasion de nous renvoyer à l'un de ses ouvrages : « Ce qu'il faut penser à ce sujet est suffisamment exposé dans Y Édition de nos Questions d' Astrologie (editione quœsitorum Astrologiœ). »

Ces commentaires aux Problèmes d'Aristote nous apprennent également 3 que l'auteur, dans son Edition astronomique (in astronomica mea editione), exposait la théorie de la précession des points équinoxiaux telle que Ptolémée l'avait conçue.

De cette « édition » il est encore fait mention à deux reprises, au Conciliator differentiarum, dans ce que l'auteur dit du mouvement de la huitième sphère \ « C'est, nous dit Pierre de Padoue, une édition, toute semblable à celle-ci, que j'ai composée sur l'Astrologie ». — « C'est une édition que j'ai composée sur les discordances des deux parties de l'Astronomie ».

Un peu plus loin, le Conciliator differentiarum va nous apprendre 5 que cet ouvrage portait le titre de Lucidator ; voici à quel propos.

A la légitimité de l'Astrologie médicale, certains faisaient cette objection : « Le Commentateur déclare, au XIIe livre de la Métaphysique, que l'Astronomie de notre temps n'est rien ; il n'y a en elle, aucune réalité ; elle convient au calcul, non à la recherche de la réalité. Or, l'Astronomie qui existe aujourd'hui, c'est encore celle dont il parlait ; et ce qui n'est rien ne peut servir de rien au malade. »

1. Voir : Première partie, Ch. XII, § III; t. II, pp. 191-192.

2. Problemata Aristotelis cum expositione Pétri Aponi, particula XV, problema III; éd. Venetiis, i5oi ; fol. i54, col. a.

3. Pétri de Apono Op. taud., Particula XVII, problema III ; éd. cit , fol 166, col .a.

4- Pétri de Apono Conciliator differentiarum ; Diff. IX* 5. Pétri de Apono Op. taud., Diff. X.

LASTRONOMIE LATINE AU MOYEN AGE

A cela, Pierre d'Abano répond : « Le Commentateur a parlé en ces termes de l'Astrologie des mouvements et non point de l'Astrologie judiciaire; celle-là, en effet, lui semblait fabriquée sur de faux principes, en ce qu'elle admet des excentriques, des épicycles et des mouvements propres des planètes, mouvements qui déchirent le corps céleste... C'est ce qu'on a vu dans la quatrième différence du Lucidator » .

Notre auteur poursuit en ces ternies :

« Il semble qu'il ait existé trois Astrologies.

» La première se proposait de sauver toutes les apparences à l'aide d'une multitude de sphères ; de ce qu'une planète semblait mue d'un certain nombre de mouvements, on en concluait qu'elle possédait autant de sphères chargées de la mouvoir; on admettait, en effet, que l'astre était fixé à une sphère comme un clou est fiché dans une roue...

» La seconde est celle qui est admise aujourd'hui ; elle est fondée sur l'emploi des épicycles et des excentriques ; elle admet que les planètes se meuvent par elles-mêmes et de mouvements propres au sein de leurs orbes...

» Il y en a enfin une troisième qui a beaucoup de ressemblance avec la première et qui a été inventée il n'y a pas très longtemps par Avenpetracius Abuisach ; cette théorie admet que toutes les sphères et tous les cercles sont concentriques et exempts d' épicycles ; elle admet aussi qu'ils sont mus par un seul moteur simple ; par là, elle s'écarte de la doctrine des Péripatéticiens ; cette doctrine supposait, en effet, qu'il existe plusieurs moteurs. Cette Astronomie admet que les différentes sphères sont plus ou moins rapides selon qu'elles sont plus ou moins rapprochées du premier moteur ; elle se propose, enfin, en usant de plusieurs pôles animés de mouvements divers, de sauver les apparences.

» Mais ni cette dernière Astronomie ni la première ne saurait subsister, comme le reconnaît quiconque considère ce que j'ai expliqué au Lucidator. Elles semblent n'être que de vaines paroles sans application au sujet. Elles n'ont point, en effet, produit de tables et de canons à l'aide desquels on pût saisir le mouvement précis du ciel et des planètes, comme l'a fait la seconde. »

Ce Lucidator Astronomiœ, plusieurs fois cité par Pierre d'Abano, jamais, croyons-nous, l'imprimerie ne l'a publié 1 ; mais il existe à

t. L'existence même de cet ouvrage est demeurée inconnue au savant biographe de Pierre d'Abano, à M. Cirillo Ronzoni.

l'astronomie italienne

l'état de manuscrit, et la Bibliothèque Nationale en possède un exemplaire 1 que nous avons étudié.

A la dernière page de ce texte manuscrit, après le mot : Finis, nous lisons 2 : Scripsit Peints Collensis. Le copiste a tenu à nous laisser son nom; il était, sans cloute, lier de son œuvre; il n'avait conscience ni de sa déplorable écriture, qui a tracé un grimoire presque illisible, ni de son ignorance crasse de toute grammaire latine, qui rend ses phrases fort difficiles à interpréter, après qu'on les a péniblement déchiffrées.

A force de patience, cependant, on peut, des griffonnages et des solécismes de Petrus Collensis, faire saillir les traits essentiels de la pensée de Pierre d'Abano et reconstituer le Lucidator Astronomiœ. Nous allons insister quelque peu sur l'étude de ce livre ; c'est, en effet, la seule œuvre astronomique importante qu'au xivc siècle, nous offre l'Italie.

L'ouvrage commence 3 par un court Proœmium que nous avons dû deviner plutôt que déchiffrer. Pierre d iVbano y remarque que la Science astronomique présente une foule de points douteux ou contestés ; il énumère les principales causes de ces ambiguïtés et de ces désaccords : Immense étendue de la science ; erreurs du sens de la vue et défauts des instruments dont elle fait usage ; observations répétées, pénibles et coûteuses qu'elle exige ; critiques incompétentes de gens qui n'entendent pas bien les doctrines de Ptolémée et des autres astronomes illustres. « Il m'a donc semblé bon, poursuit l'auteur, de composer une édition relative à cette science, où fussent éclaircis, autant que possible, les désaccords et les difficultés qui s'y rencontrent ; une édition qui lui permit de résister à ses adversaires. Cet ouvrage, il m'a plu de l'appeler le Lucidator de ces difficultés ».

Une phrase à peu près illisible explique, croyons-nous, que le Lucidator se proposait d'éclaircir aussi bien l'Astrologie judiciaire que l'Astronomie des mouvements ; cependant, c'est de cette dernière seule qu'il est question au texte, vraisemblablement incomplet, que nous devons à Petrus Collensis.

« J'ai observé dans la forme, poursuit Pierre de Padoue, la même méthode et le même procédé de distinction que j'ai tenus au Conciliator medicinalium litium. »

Cette dernière phrase suggère une réflexion quelque peu embar-

1. Bibliothèque Nationale, fonds latin, ms. n° 2598. fol. 99, r0, à fol. 125, v°.

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