‹ La système du monde (volume 3)Chapitre 135 sur 287 · Ms. cit , fol. 125, col. c · texte numérisé non relu

Ms. cit , fol. 125, col. c

3. Ms. cit., fol. 99, col. a : Quoniarn aatrologgce considérât ionis ambiguitates et discolie...

L'ASTRONOMIE LATINE AU MOYEN AGE

rassante : Le Lucidator est invoqué, à plusieurs reprises, au Conciliator, et le Conciliât or est mentionné au Lucidator, en sorte que, tour à tour, chacun de ces deux ouvrages parait être antérieur à l'autre.

L'embarras est d'autant plus grand qu'il ne s'agit point d'allusions vagues comme un auteur en pourrait faire à un ouvrage simplement projeté, mais de références précises et vérifîables qui ne peuvent viser qu'un livre déjà rédigé. Au Conciliator, nous avons entendu Pierre d'Abano rappeler qu'il avait traité des excentriques et des épicycles en la quatrième différence du Lucidator. Au Lucidator, après avoir déclaré que la matière céleste est simplement équivoque à celle des éléments, il ajoute 1 : « Cette question a été touchée dans l'appendice de la vingt-neuvième différence du Conciliateur. » N'est-il pas étrange de voir chacun de ces deux ouvrages citer l'autre dune manière si exacte ?

Il semble que cette apparente contradiction se doive résoudre ainsi : Pierre d'Abano rédigeait, en môme temps, ses deux grandes compilations, en sorte que chacune d'elles peut invoquer ce que l'autre renferme.

Une nouvelle observation va bientôt donner plus de force à cette hypothèse.

A deux reprises, Pierre d'Abano nous dit en quelle année fut composé le Lucidator Astronomie.

Une première fois, cette date nous est indiquée à propos du mouvement de précession des équinoxes 2.

« Ab anno Christi vero passi 140 usque ad annum 13W ejus • dem, in quo ego Petnts Padubanensis observavi id, quando opus composai, secundum 1 1 gradus et 40 minuta » mota est octava sphœra.

Cette même évaluation du déplacement de la huitième sphère est répétée en un autre endroit, et invoquée contre la théorie de l'accès et du recès attribuée à Thâbit ben Kourrah ; or, en cet endroit3, nous lisons le membre de phrase que voici : « A tempore Abrachis [1. Hipparchi] nsque ad présentent annum 1310 quod ego Petrus Padubanensis hoc opus construxi. »

La date de 1310 est donc clairement attachée à la composition du Lucidator Astronomie.

1. Pétri de Apono Lucidator Astronomiœ, Diff. V; ms. cit., fol, 117, col. c.

2. Pétri de Apono Lucidator Astronomiœ, Diff. IV : An motus unus caeli sit communis vel plures ; ms. cit., fol. 109, col. a. — Le copiste a écrit, par erreur, il\ au lieu de i/m.

3. Petride Apono Op. laud., Diff. VII : An Solis declinatio sit 2/1 gradus vel aliter; ms. cit., fol. 123, col. d.

l'astronomie italienne

Or le Lucidator est cité par le commentaire aux Problèmes d'Aristote, et ce commentaire, commencé à Paris, fut achevé, à Padoue, en cette même année 1310.

Ce rapprochement, joint à celui que nous avons eu à faire entre les dates respectives du Concilialor et du Lucidator, rend fort vraisemblable la conclusion suivante :

Pierre d'Abano a consacré de longues années à réunir les innombrables renseignements qui prennent place au Conciliator, au Lucidalor, à YExpositio problematum Aristotelis ; élaborés en même temps, ces trois ouvrages furent complets à peu près à la même époque ; Tannée 1310 vit l'achèvement du Lucidalor et des Problemata ; le Conciliator differentiarum fut sans doute terminé à peu près à la même date.

Dès lors, comme l'auteur nous prévient, au Conciliator differentiarum*, qu'il est âgé de cinquante-trois ans (ego tamen anno existent 53), nous sommes amenés à placer en 1257 la date de sa naissance. M. Ronzoni, croyant, comme Renan, que le Conciliator est de 1303, fait naître Pierre d'Abano en 1250.

Le Lucidator, toutefois, fut-il jamais terminé? Si le texte à la fin duquel Petrus Gollensis a mis le mot Finis n'a pas été tronqué par le copiste, nous sommes obligés d'admettre que Pierre d'Abano n'avait pas exécuté tout ce qu'il se promettait d'accomplir.

Tout d'abord, nous ne trouvons rien, dans ce texte, qui ait trait aux désaccords entre les diverses doctrines de l'Astrologie judiciaire ; mais nous ne trouvons pas, non plus, tout ce qui nous était annoncé touchant la Science des mouvements célestes.

A la suite de la formule : Scripsil Petrus Collensis, se lit la table des dix « différences » qui devaient être examinées en l'Astronomie proprement dite. Voici cette table 2 :

An Astronomia sit scientia et [de] ejus appenditiis .

An motus unus celi sit communis vel plures.

An spere sint, et plures an pauciores.

An sit ponere ecentricos et epyciclos.

An plane ta movetur per se in ecentrico vel epyciclo.

An Sol situatur supra Lunam immédiate vel in medio planetarum.

An Solis declinatio sit 24 gradus vel aliter. An aux Solis sit mobilis vel immobilis.

An centrum ecentrici Solis distet at Terra 2 gradibus et 23 minutis seu ipsius equatio.

i. Pétri de Apono Conciliator differentiarum, Diff. XLIX. i. Ms. cit., fol. 125, col. c.

L'ASTRONOMIE LATINE AU MOYEN AGE

An Sol peragrat ecentricurn ejus in 365 diebus et 4a vel aliter.

Or, en dépit de l'absence de titre, les sept premières différences se reconnaissent fort bien 1 dans la copie de Petrus Gollensis; mais des trois dernières, nous ne trouvons aucune trace.

Cet inachèvement du Lucidator est-il le fait de l'auteur ou simplement du copiste? Aucune réponse à cette question ne saurait être donnée, sinon par l'examen d'autres textes manuscrits que celui dont nous avons eu connaissance.

Il est encore, au sujet de la rédaction de ce Lucidator, une remarque qui doit retenir un instant notre attention.

Les six premières « différences » sont examinées suivant la méthode scolastique du sic et non qui semble, d'ailleurs, s'imposer à l'ouvrage de Pierre d'Abano. Les arguments d'une opinion sont d'abord énumérés, puis les arguments de l'opinion contraire, avant que l'auteur entreprenne de juger le litige.

La septième différence est rédigée tout autrement ; elle a l'allure d'un petit traité dogmatique qui n'étudie pas seulement, comme le titre de la différence l'annonçait, l'évaluation de l'obliquité de réclip tique, qui accorde même une importance minime à ce sujet, mais qui expose et discute en détail les diverses théories du mouvement de la huitième sphère.

La surprise causée par ce contraste entre la rédaction de la septième différence et la rédaction des six premières se trouve encore accrue si l'on observe que bon nombre de questions, exposées par cette septième différence, l'avaient été déjà par la seconde ; en sorte que le Lucidator présente de longues redites.

L'hypothèse se présente alors h l'esprit qu'après avoir rédigé les six premières différences selon la méthode du sic et non, qui devait être constamment suivie au Lucidator, aussi bien qu'au Conciliator, Pierre d'Abano n'a point pris la peine de rédiger la

i. Voici où se trouve le commencement de chacune d'elles :

[I. An Astronomia sit scientia.. .], au fol. 99, col. a : Quod Astronomia non sit seientia ostenditur, quoniam...

[II. An motus unus celi ait commuais vel plures], au fol. 107, col. a : Quod sit motus celi unus communis et non duo monstratur quoniam...

[III An spere sint et plures aut pauciores~], au fol. 110, col. d : Quod spere sint X ostenditur. . .

[IV. An sit ponere eceatricos et epi/ciclos], au fol. 112, col. c. : Quod non sit ponere ecentricos et epyciclos monstratur. . .

[V. An planela movetur per se in ecentrico vel epj/ciclo], au fol. 116, col. c. : Quod planeta, ut presuppositum, minime moveri per se possit. ..

[VI. An Sol silualur supra Lunam immédiate vel in medio planetarum\ au fol. 118, col. d. : Quod Sol supra Lunam immédiate situatur...

[VII. An Solis déclinât io sit 2//. gradus vel aliter\ au fol. 122, col. a : Quoniam juxta Ptolomei. senlentiam.. .

L ASTRONOMIE ITALIENNE

septième différence, mais qu'il Ta remplacée par un traité, précédemment composé, sur le mouvement de la huitième sphère.

Or, au paragraphe précédent, nous avons vu qu'en 1303, Pierre d'Abano avait rédigé un Trac talus de mot a octavœ sphœrœ. Sans doute, selon l'intention primitive de l'auteur, ce traité était entièrement distinct du Lucidator, car, au Conciliator, il mentionne 1 ces deux ouvrages à côté l'un de Fautre : « Cea declaravi in edi tione haie consimili quam in Astrologia composai; unde etiam spéciale tractatam cam instrumente) materiali ostensivo construxi. » Mais on peut fort bien concevoir que ce traité spécial, antérieur au Lucidator, ait été repris dans le Lucidator pour en former la septième différence.

Divers indices viennent confirmer cette supposition.

Prosdocimo de' Beldomandi nous apprend que le Traité du mouvement de la huitième sphère commençait par ces mots : « Quoniam juxta Ptolemœum... » Or la septième différence du Lucidator commence ainsi - : « Quoniam juxta Ptolomei sententiam... »

Au Conciliateur des différences, Pierre d'Abano attire l'attention3 sur une conséquence du mouvement de précession de l'auge du Soleil : « Au solstice d'hiver, les jours sont plus longs et les nuits plus courtes qu'autrefois ; le contraire a lieu au solstice d'été, comme je l'ai démontré au Traité de la huitième sphère (ut in tractatu octavœ demonstravi sphœrœ). » Or cette considération se trouve, en effet, développée dans la septième différence du Lucidator', et l'auteur y attache quelque prix, car il termine ainsi son exposé : « Ex quo in admiratione diutius deductus, in hanc consideracionem perveni. »

Nous pouvons donc, semble t-il, regarder cette conclusion comme très probable : Au lieu de faire, de la septième différence du Lucidator, l'objet d'une rédaction spéciale, Pierre d'Abano s'est contenté d'y reprendre son ancien Tractatus de motu octavœ sphœrœ. Il a eu soin, cependant, d'apporter à ce traité les retouches nécessaires pour le remettre à jour. Ainsi la détermination, faite en l'année 1303, du déplacement de la huitième sphère a été remplacée par une détermination nouvelle faite en l'année 1310 \

Il y a plus, il y a inséré des renvois à ce que le Lucidator avait dit sur le même sujet. A propos des observations d'Hipparque et

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