Ms. cit., fol. n8, col. b
?>. Voir : Seconde partie, Ch. VII, § VII; t. III, p. 456. 4. Ms. cit., fol. 117, col. d.
L ASTRONOMIE LATINE AU MOYEN AGE
de renseignement (TAristote, la doctrine de la Grande Syntaxe; de la substance des cieux, elle ne faisait pas un solide rigide, mais un éther fluide.
III. — Pierre de Padoue se montrera disciple non moins fidèle de Ptolémée par ce qu'il va nous dire du mouvement lent des étoiles fixes.
Gomme nous l'avons dit, nous trouvons au Lucidator deux exposés, fort concordants d'ailleurs, des diverses théories auxquelles ce mouvement a donné lieu. L'un de ces exposés constitue la seconde différence, intitulée : An motus iinus cœli sit communia, vel plures. L'autre est développé par la septième différence, qui porte pour titre : An Solis declinatio sit ù24 gradus vel aliter, mais qui n'est, en réalité, qu'une seconde édition, retouchée en 1310, du Tract atus de motu octavœ spkœrœ composé par Pierre d'Abano dès l'année 1303.
A deux reprises, donc, notre auteur nous donne un exposé historique détaillé, et qui suppose une grande érudition, des divers systèmes proposés pour rendre compte du mouvement des équinoxes ; de cet exposé, signalons seulement ici les passages qui suggèrent quelque remarque.
Pierre d'Abano regarde comme antérieurs au temps d'Hipparque et de Ptolémée les « anciens astrologues », partisans d'un mouvement alternatif des étoiles fixes, dont Théon d'Alexandrie a parlé. Gomme le Liber de proprietatibus elementorum, comme Albert le Grand, il les appelle 1 : Ymaginum auctores, ymaginnm constructores. En la première des deux circonstances où il en fait mention, il se hasarde à donner des noms propres, ceux d'Enoch et d'Hermès ou Mercure. Il décrit, d'ailleurs, le système de ces astrologues à peu près comme Albert le Grand l'avait fait. Le mouvement d'accès et de recès s'accomplit sur deux petits cercles qui ont pour centres les têtes du Bélier et de la Balance ; chacun des deux mouvements d'accès et de recès embrasse 8° ; il est d'un degré en 80 ans, en sorte que la durée d'une oscillation simple est de 640 ans; ce mouvement, au dire de notre auteur2, devait entraîner non seulement les étoiles fixes, mais encore les auges des planètes.
Après ces anciens astronomes, vinrent Hipparque et Ptolémée, qui attribuèrent aux étoiles fixes un mouvement continu de préces-
1. Pktri de Apono Lucidator Aslronomiœ, DiflF. II, ms. cit., fol. 107, col. c, et Diff . VII, ms. cit., fol. 123, col. 1).
2. Pétri de Apono Op. laud.> Diff. II, ms. cit., fol. 107, col. c.
[/astronomie italienne
sion suivant Fécliptique ; Holénaée évalua ce mouvement à un degré en cent ans, en sorte qu'il fût complet en 36.000 ans.
« Mais 782 ans après Ptoléniée *, à l'aide de trois étoiles qu'avait observées Ptolémée et dont, à son tour, il détermina lui-môme la position, Albatégni prouva que les étoiles fixes tournaient d'un degré en 66 ans, en sorte que le mouvement fût achevé dans une durée de 23.760 ans.
)> Vinrent ensuite Acorphy (As Soufîj, observateur perspicace, et un grand nombre d'autres personnages passés maîtres en déterminations ; ils trouvèrent que le mouvement des étoiles fixes était un peu plus lent que ce qui vient d'être dit, et qu'il parcourait seulement un degré en 70 ans ; par conséquent, le mouvement entier s'accomplirait en 25.200 ans; d'ailleurs, le mouvement que nous trouvons aujourd'hui témoigne en faveur de cette opinion. »
D'autre part, l'hypothèse de l'accès et du recès 2 fut reprise par d'autres astronomes qui la poussèrent plus loin que leurs devanciers et qui, « d'après cette hypothèse, déterminèrent chaque différence en construisant des tables » ; ces astronomes sont l'Espagnol Al Zarkali, constructeur des Tables de Tolède, et Thàbith, fils de Kourrah, dont Pierre d'Abano n'hésite pas à faire le continuateur et le disciple d'Al Zarkali : « Archazel Y s panus précipite, constructor tabularum super Toletum, et T/tebit... deinde Chore filius », dit-il ; et encore : « Archahel vero, cujus quidem denuo minus The ■ bit h Chore... » L'Erudit padouan a bien vu que le Tractaliis de mot u octavœ sphœrœ n'avait pu sortir que de l'Ecole d'Al Zarkali.
Du système adopté par Al Zarkali, le Liicidator donne une des cription qui est, en grande partie, exacte ; le diamètre de chacun des petits cercles qui ont pour centres les points équinoxiaux fixes est, dit-il, 8°38', en sorte que l'amplitude soit du mouvement d'accès, soit du mouvement de »ecès, est de 10°i5' 3; ces renseignements étaient, sans doute, tirés du Tractatus de motu octavœ sphœrœ, mis sous le nom de Thâbit ben Kourrah ; mais, de ce traité, Pierre d'Abano n'avait pas su tirer l'indication du temps que ce mouvement emploie à s'accomplir ; aussi se fait-il, de ce temps, l'idée lapins fausse ; en ses deux exposés, ce qui ne permet pas de mettre l'erreur sur le compte du copiste, il répète que chaque degré de l'oscillation d'accès ou de recès exige 66 années
1. Pétri de Apono Op. laucL, Diff. VIT, ms. cit., fol, 120, col. b.
2. Pétri de Apono Op. land., Diff. II, ms. cit., fol. 107, col. c, et Diff. VII, ms. cit., fol. 123, col. c.
3. Selon la théorie attribuée à Thâbit beo Kourrah, 10045' est l'amplitude de la demi-excursion du point équinoxial, et non l'amplitude totale de l'accès ou du recès ; Pierre d'Abano ne paraît pas l'avoir compris.
Gastronomie latine al: moyen âge
et i mois, en sorte que la durée de l'oscillation simple est, à peu près, de 742 années.
Outre les astronomes qui attribuent aux étoiles tixes un simple mouvement d'Orient en Occident, et ceux qui leur donnent seulement un mouvement d'accès et de recès, il faut considérer ceux qui regardent les étoiles comme entraînées à la fois par ces deux mouvements.
Cette dernière opinion, Pierre d'Abano la donne *, en premier lieu, comme étant probablement celle de Tbéon d'Alexandrie et des successeurs de Ptolémée : « Ceux qui ont succédé à Ptolémée ont, à leur tour, observé les étoiles ; ils ont, par le sens delà vue, fixé les lieux qu'elles occupaient ; et ils n'ont pu sauver les différences entre leurs observations et celles de Ptolémée à l'aide de ces mouvements [que Ptolémée a imaginés] ; en sorte que Tbéon d'Alexandrie et les astronomes venus après Ptolémée ont pensé que les étoiles fixes avaient un mouvement d'accès et de recès, que chacune des deux oscillations étaient de 8°, et qu'en outre, ces étoiles se mouvaient, suivant la suite des Signes, d'un degré en cent ans. C'est aussi, comme je l'ai dit, ce qu'Albatégni parait avoir pensé. »
Un peu auparavant, en effet, Pierre d'Abano avait interprété2 l'opinion d'Al Battani en ce sens que le huitième orbe aurait à la fois le mouvement de précession et le mouvement d'accès et de recès.
Enfin le Lucidator mentionne 3 un dernier partisan de ce double mouvement ; c'est « un Juif, commentateur de Y Almageste ; pour expliquer cette duplicité du mouvement, ce Juif a imaginé qu'il existe deux orbes dont l'un se meut constamment suivant l'ordre des signes, tandis que l'autre se meut du mouvement d'accès et de recès ; et c'est peut-être ce qu'ont pensé ïhéon et Albatégni, comme on l'a dit. »
Le Juif auquel il vient de faire allusion, Pierre d'Abano le nomme en la différence suivante, alors qu'il examine « s'il existe des sphères célestes et si elles sont plus ou moins nombreuses ». « On a déjà vu, dit-il4, que Mesalach (Masciallah) admettait dix orbes. Le second, au-dessous du grand orbe non étoilé qui, dans la durée d'un jour et d'une nuit, tourne de 3G0°, est un nouvel orbe
1. Pétri de Apono Op. laud., Diff. II, ms . cit., fol. 108, coll.- a cl b. Cf. : Diff. Vil, fol. i23, col. c.
2. Pétri du Apono Op. laud., Diff. Il, ms. cit , fol. 107, col. d ; Diff. VII, ms. cit. , fol 1 23, col. c.
3. Pétri de Apono Op. laud., Diff. Il, ms. cil., loi. 108, col. b.
4. Pétri de Apono Op. laud., Diff. III, ms. cit., fol. m, coll. b et c.
i/astronoai ie itali EN* E
non étoile, (jui est l'orbe des Signes, et qui se meut d'Occident en Orient... » Ainsi, en effet, opinait Maseiallah ; niais à l'orbe des étoiles fixes, il n'attribuait aucunement un mouvement de précession en niènie temps qu'un mouvement d'accès et de recès ; à ce dernier mouvement, il ne faisait nulle allusion.
Au lieu d'attribuer à Maseiallah une doctrine qu'il n'a jamais professée, Pierre d'Abano eût pu trouver, plus près de lui, des partisans déclarés de cette doctrine ; les auteurs des Tables Alphonsines les lui eussent fournis. Mais ni en cet endroit ni en aucun autre passage du Lucidator, on ne rencontre la moindre mention de ces tables ; évidemment, en 1310, l'astronome le plus érudit de toute l'Italie en ignorait encore l'existence.
A cette exposition très détaillée, très érudite et, le plus souvent, exacte des diverses doctrines qui ont été proposées touchant le mouvement des étoiles fixes, il s'agit maintenant de donner une conclusion ; quelle sera celle de Pierre d'Abano ?
Il rejettera formellement le système de l'accès et du recès proposé par Al Zarkali et par le traité attribué à Thàbit ben Kourrah ; il le repoussera comme démenti par l'observation. « Sachez, dit-il1, que selon Arzachel et son collègue Thébit, le mouvement de la huitième sphère serait maintenant, dans le sens de l'accès, de !)°7'J6r' .» Or, Pierre d'Abano a déterminé, à deux reprises différentes, le déplacement de la huitième sphère à partir de l'origine fixe prise par Al Zarkali ; en 1303, il l'a trouvé, comme le Conciliator nous l'a dit, de 10°22' ou 10°23' ; en 1310, il le trouve un peu plus grand2 ; « aujourd'hui, nous ne donnons pas à ce mouvement moins de 10°30'. » L'excès est grand sur les 9°7'16" que donnent les tables d'Al Zarkali et de Thâbit.
« Depuis l'an 140 ! de la passion de Jésus-Christ jusqu'à l'an 1310 du même Jésus-Christ, où moi, Pierre de Padouc, j'ai observé, au temps où j'ai composé ce livre, la huitième sphère s'est mue de 11°40'. »
Cette date, 140 ans après la passion de N. S. J.-C, c'est-à-dire 173 ans après la naissance du Christ, est celle que Pierre d'Abano attribue à l'observation de Ptoléméc ; nous en avons l'assurance par cet autre passage4 : « Depuis le temps de Ptolémée jusqu'à présent, ce mouvement s'est étendu sur 11°40', car, aujourd'hui, nous ne lui attribuons pas moins de 10°30'. »
1. Pétri de Apono Op. laild., Ditt'. II; ms. cit., fol. no, col. cl.
2. Pétri de Apono Op. laud.. Ditt'. II; ms. cit., fol. no, col. a.
3. Pierre d'Abano, lbid.\ ms. cit., fol. 109, col. a ; le copiste a écrit \l\ pour i4o.