‹ La système du monde (volume 3)Chapitre 145 sur 287 · Pierre d'AbAiNO, Ibid ; ms. cit., fol. 1 10, col. a · texte numérisé non relu

Pierre d'AbAiNO, Ibid ; ms. cit., fol. 1 10, col. a

LASTROÏÏOMIE LATINE AU MOYEN AGE

D'Hipparque à Ptolémée, le mouvement de précession des étoiles fixes avait atteint 2°36' ; c'est ce qui permet à Pierre d'Abano d'écrire 1 : « Depuis le temps d'Abrachis (Hipparque) jusqu'à l'an 1310 où moi, Pierre de Padoue, j'ai construit ce livre,., les fixes ont avancé de plus de 14°. ».

De là, se tire un argument contre le système donné au traité qui porte le nom de Thâbith ; ce système est convaincu d'erreur, « car le mouvement d'accès ou de recès ne peut, comme on l'a vu, s'étendre jusqu'à 11°. »

Entre la théorie attribuée à Thâbith et les faits, la contradiction n'est cependant pas aussi évidente que cette phrase semble le supposer ; selon ce système, l'oscillation de la huitième sphère décrit 10°45' de part et d'autre du point équinoxial fixe ; l'amplitude du mouvement d'accès, effectué d'Occident en Orient, atteint donc 21°30'. Si la précession, depuis Ptolémée et, à fortiori, depuis Hipparque, a surpassé 10° on le peut expliquer sans peine en admettant que Ptolémée a vécu avant le temps ou le mouvement d'accès atteignit son milieu. Pierre d'Abano ne parait pas s'en être rendu compte ; il a cru que, selon la théorie de l'accès et du recès, l'amplitude du mouvement direct des étoiles fixes ne pouvait dépasser 10°45'.

Il n'en reste pas moins que les valeurs observées du mouvement de la huitième sphère surpassent notablement les valeurs déduites des tables d'accès et de recès ; par là, l'argumentation de Pierre de Padoue demeure valable : « Il est donc visible 2 que cette sorte de mouvement d'accès et de recès, à cause de sa petitesse, ne peut aucunement sauver les variations de degrés citées ci-dessus ; au contraire, elles peuvent être sauvées par un mouvement qui procède sans cesse d'Occident en Orient. »

« Par cette hypothèse de l'accès et du recès 3, les apparences ne peuvent pas être sauvées .. Partant, aucun mouvement d'accès et de recès ne saurait tenir. »

C'est donc à l'hypothèse de Ptolémée, à l'hypothèse d'une précession toujours dirigée d'Occident en Orient que le Lacidator accordera sa confiance. II reste, cependant, une difficulté à résoudre 4 : » Pourquoi, dira-t-on, ce mouvement se trouve-t-il évalué en nombre si discordants ? Car les uns ont dit qu'il parcourait un

1. Pétri de ArONO Op. laud., Diff. VII, ms. cit., fol. i23, col, d, et fol. 124, col. a.

2. Pétri de Apono Op. laud., Diff. II, ms. cit., fol 110, col. a,

3. Pétri de Apono Op. laud., Diff. VII ; ms. cit., fol. 124, col. a.

4. Pétri de Apono Op. laud., Diff. II; ms. cit., fol. 110, col. a.

L'ASTRONOMIE 1TAL1 EN N E

degré en 100 ans, d'antres en 66 ans, quelques-uns en 70 ans. Il faut répondre que cet écart et tout écart semblable proviennent de l'erreur des observateurs ou du défaut des instruments ».

Il semble, d'ailleurs, que Pierre d'Abano regarde 1 la détermination d'As Soufi, qui donne aux étoiles fixes un mouvement d'un degré en 70 ans, comme la plus conforme aux observations récentes, « Cui per amplius attestatur hodie quidem inventum », dit-il en parlant de cette détermination, qui accorde une durée de 25.200 ans à la révolution de la huitième sphère. 11 lui paraît naturel, d'ailleurs, qu'en une telle circonstance, la détermination la plus récente soit la plus exacte. « Grâce à la lenteur de ce mouvement2, les observations anciennes, s'il s'en rencontre de suffisantes, aident d'autant mieux les observations nouvelles qu'elles en sont séparées par une plus longue durée, en sorte que la vérité, au sujet de ce mouvement, se doit former peu à peu, par la longueur même du temps (il: a ut ipsius veritas ex longinquo habeat tempore aggregari) ».

Du reste, au cours de ses considérations astrologiques, Pierre d'Abano continue de parler comme si la détermination de Ptolémée était exacte et comme si 36.000 ans était la durée de révolution de la sphère des étoiles fixes. C'est la durée qu'il attribue à la Grande Année 3 : « De ce changement si énorme en la situation du ciel résulte une permutation dans la distribution des terres, de telle manière que la terre ferme se change en mer et inversement, comme Aristote l'a pensé au second livre des Météores ; il y a transmutation dans les habitations des hommes, les régions peuplées se dépeuplent et inversement ; il y a variation des religions (leges) et des constitutions. »

Ces changements, Pierre d'Abano leur donne, en la septième différence du Lucidator, une cause physique plutôt qu'astrologique ; aux réflexions qu'il développe à ce sujet, il accordait une grande importance ; il y faisait allusion dans la neuvième différence du Conciliator, en nous avertissant qu'il les avait développées au Tractatus octavœ sphœrœ ; or, nous l'avons dit, c'est ce traité qui est devenu la septième différence du Lucidator.

La remarque qui ravit notre auteur est celle-ci 4 : Si l'auge du Soleil coïncide avec le point le plus septentrional de l'écliptique, la durée du jour au solstice d'été est plus courte que la durée de

i. Pétri de Apono Op. haut., Diff. VII ; ms. cit., fol. 123, col. b. '2. Pétri de Apono Op. laud., Diff. II ; ms. cit., fol. 107, col. d.

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