A. Favaro, Op. laud , pp
3. A. Favaro, Op. laud., p. 177, en note, et p. 178, en note. 4- Voir : Tome II, p. i/j.6, note 1.
5. Phosdocimi de Beldomando Patavini Super tractatu sphœrico comment a via , ( l.-i p. 1 ; éd. cit. , fol. i3, vo.
(i. Voir :§ VI, Pierre d'Abano ou de Padoue ; ce vol., p. 2.37.
7. Voir : § VII. Pierre d'AlBano (suite). — Le Lucidator Astronomiœ. Ce vol., p. 247.
L'ASTRONOMIE LATINE AU MOYEN AGE
La lecture de ce traité de Pierre d'Abano a sûrement fourni plus d'un renseignement à notre auteur, en particulier sur le nombre des sphères célestes et les divers mouvements de l'orbe des étoiles fixes; Prosdocimo ne s'en tient pas, cependant, à ces renseignements vieux d'un siècle, et il se montre informé des idées que les Tables Alphonsines avaient fait prévaloir.
« L'auteur [Joannes de Sacro -Bosco], dit-il suppose seulement deux mouvements qui soient communs aux huit dernières sphères célestes ; mais il se trouve qu'un troisième mouvement, entièrement distinct des deux mouvements déjà désignés, est attribué à ces huit sphères ; il est attribué à la huitième à titre de mouvement qu'elle a par elle-même ; aux sept sphères des planètes, il est attribué par accident, car il leur est donné par le mouvement de la huitième sphère, de même que le mouvement diurne appartient par accident aux huit sphères inférieures, parce qu'il leur est communiqué par le mouvement du premier mobile. Ce troisième mouvement est appelé mouvement d'accès et de recès ; par ce mouvement, en efi'et, les huit sphères inférieures tantôt semblent s'avancer de l'Occident vers l'Orient, et tantôt rétrograder de l'Orient vers l'Occident. On le nomme encore mouvement d'accès et de recès par rapport aux têtes du Bélier et de la Balance de la neuvième sphère ; tantôt, en effet, par ce mouvement, la tête du Bélier de la huitième sphère s'approche de la tête du Bélier de la neuvième, et tantôt elle s'en éloigne, et la tête de la Balance de la huitième sphère se comporte de même par rapport à la tête de la Balance de la neuvième. Mais ce sujet serait ici trop difficile à expliquer, du moins pour ceux qui sont novices en cet art et pour lesquels ce Traité de la Sphère a été compilé ; je le laisse donc de côté. Sachez, cependant qu'en cela, notre auteur a suivi la voie ouverte par Ptolémée, par Alfraganus et ses successeurs ; dans les huit sphères inférieures, tous ces auteurs n'ont admis que les deux premiers mouvements, en laissant le troisième de côté ; mais aujourd'hui, on admet à la fois ces trois mouvements, afin de sauver beaucoup d'apparences qui ne peuvent être autrement sauvées que par ces trois mouvements. »
Au sujet du triple mouvement de la huitième sphère, Prosdocimo s'était déjà expliqué, un peu auparavant, dans les termes suivants 2 :
« Quelques astronomes ne se contentent pas de ce nombre de
1. Prosdocimi de Beluomando Op. laud.f Cap. I; éd. cit., fol. ri, r°,
2. Prosdocimi de Beldomando Op. Iqqd., Cap. Ijéd. cit., fol, f\, v°.
l'astronomie ita li enne
dix sphères ; ils ajoutent une onzième sphère qu'ils disent être le Ciel empyrée, dont nous avons parlé il y a un moment; c'est cette sphère immohile, sans étoile, dont les différentes parties exercent les influences diverses que nous avons dites.
» Quant à la dixième sphère, voici la raison qui les contraint d'en supposer l'existence.
» Ils ont vu qu'en la huitième sphère se trouvaient trois mouvements ; le premier est le mouvement d'Orient en Occident ; le second est en sens contraire, c'est-à-dire d'Occident en Orient, comme on le verra plus loin; par le troisième, enfin, la sphère se meut sans cesse, tantôt en avançant, tantôt en reculant ; ce dernier mouvement est nommé mouvement d'accès et de recès- de la huitième sphère ; on n'en dira rien dans ce Traité ; mais il est suffisamment décrit par Thâbit Abencorath en son Traité du, mouvement de la huitième sphère.
» Ces Astronomes, donc, ont vu ces trois mouvements ; d'autre part, ils ont observé qu'une seule et même intelligence ne peut mouvoir, en même temps, un même mobile de mouvements divers et absolument contraires; qu'une même sphère ne pouvait non plus, en sa totalité, être informée par plusieurs formes, c'està-dire par plusieurs intelligences, car, à l'égard de sa sphère, l'intelligence se comporte comme une forme Ils ont donc admis onze sphères disposées dans l'ordre suivant :
» En premier lieu, pour la cause que nous avons dite, ils ont placé la sphère immobile et sans étoile qu'on nomme Ciel empyrée.
» Ils ont placé ensuite la dixième sphère ; elle est dépourvue d'étoile ; mais une intelligence qui lui est propre la meut du mouvement diurne, qui est dirigé d'Orient en Occident ; de ce même mouvement, elle meut toutes les sphères qui se trouvent au-dessous d'elle ; on l'a nommée le premier mobile.
» Après, ils ont placé la neuvième sphère ; elle est sans étoile et mue de deux mouvements ; le premier mouvement, qui est d'Orient en Occident, ne lui est pas propre ; il est dû à l'entraînement du premier mobile ; le second mouvement est en sens contraire, c'est-à-dire d'Occident en Orient ; une intelligence qui lui est particulière meut la neuvième sphère de ce mouvement, en sorte que ce mouvement est propre à cette sphère ; en outre, elle meut de ce même mouvement toutes les sphères qui se trouvent au-dessous de la neuvième.
» Ils ont mis alors la huitième sphère qu'ornent les étoiles fixes et que meut un triple mouvement. Le premier mouvement, qui ne lui est pas propre, mais qui est produit par l'entraînement du
l'astronomie latine AL MOYEN AGE
premier mobile, est dirigé d'Orient en Occident. Le second qui, non plus, ne lui est pas propre, mais provient de l'entraînement de la neuvième sphère, est dirigé d'Occident en Orient. Enfin, le troisième, qui lui est propre et qui est produit par une intelligence particulière à cette sphère, est le mouvement d'accès et de recès ; de ce mouvement, elle meut également toutes les sphères qui se trouvent au-dessous d'elle.
« Ils ont enfin placé les sept sphères des sept planètes. » Le commentaire de Prosdocimo de' Beldomandi, livre élémentaire destiné à des commençants, ne contient rien de plus touchant la théorie de la précession des équinoxes ; du moins nous apprend-il que l'hypothèse admise par les Tables Alphomines, et déjà proposée par le Liber de e/ementis et par Albert le Grand, était, au temps de notre auteur, communément reçue par les astronomes italiens.
Prosdocimo de' Beldomandi traite brièvement de la théorie des planètes proposée par Alpétragius ; mais, poussé sans doute par le désir de ne rien écrire qui ne soit accessible aux commençants, il simplifie outre mesure cette théorie et la réduit à peu près à ce qu'Albert le Grand en avait tiré.
« Certains astronomes, dit-il1, ne voulant pas mettre la pluralité là où elle n'est point nécessaire, ont prétendu qu'on ne trouvait, dans toutes les sphères, qu'un seul mouvement, savoir le mouvement qui se fait d'Orient en Occident. Pour sauver les apparences présentées par les huit sphères inférieures, ils disaient que ces apparences ne proviennent pas d'un mouvement opposé, dirigé d'Occident en Orient, mais bien d'un retard éprouvé par le mouvement d'Orient en Occident, retard qui se trouve en chacune de ces huit sphères. Ils prétendaient donc qu'une seule intelligence, qu'ils nommaient l'Ame du Monde, a pour rôle de mouvoir toutes les sphères, et même tous les éléments, d'un mouvement dirigé d'Orient en Occident ; seulement, elle les meut inégalement vite, l'une plus vite, l'autre plus lentement ; plus une sphère serait proche de l'Ame du Monde, qu'ils supposaient logée en la neuvième sphère, plus elle serait mue d'un mouvement rapide, et plus elle serait éloignée de cette âme, plus son mouvement serait lent. Partant, ils disaient que la neuvième sphère est mue du mouvement le plus rapide parce que, de toutes les sphères, tant célestes qu'élémentaires, elle est la plus voisine de l'Ame du Monde ; ils disaient, an contraire, que la terre est absolument
i. PnosDOCCiMi pe Belpqmandg Op. faut/,. Cap. I ; éd. cil., fol. io, recto et Y<;rso,
l'astronomie italienne
dépourvue de tout mouvement, parce qu'elle est la plus éloignée de l'Ame du Monde ; elle se meut, cependant, mais d'une manière insensible, en sorte qu'on la regarde comme immobile ; quant aux sphères intermédiaires, elles sont mues plus vite ou plus lentement selon qu elles sont plus proches ou plus éloignées de l'Ame du Monde. On voit alors que, par suite de ce retard plus ou moins grand, les sphères qui se trouvent au dessous de la neuvième semblent se mouvoir en sens contraire, c'est-à-dire d'Occident en Orient, bien qu'il n'en soit pas ainsi. (Test de la sorte qu'ils sauvaient les diversités observées dans les mouvements apparents de ces sphères. Ils ajoutaient qu'il n'y a point d'inconvénient à ce qu'une seule et même intelligence, qu'ils disaient être l'Ame du Monde ou de l'Univers, informât toutes les sphères, tant corruptibles qu'incorruptibles, pas plus qu'il n'y a d'inconvénient à ce qu'une seule et même forme informe toutes les parties de mon corps, puisqu'elle est l'âme de mon tout. »
Contre ce système, Prosdocimo fait valoir les objections suivantes :
« Bien qu'à première vue, cette opinion ait quelque apparence, elle ne contient pas la vérité.
» En premier lieu, si elle était vraie, ce mouvement de retard se ferait sur les pôles du Monde ; toute étoile, donc, tant fixe qu'errante, qui ne se trouverait pas sur l'équateur, décrirait toujours, par son mouvement diurne, un seul et même parallèle à l'équateur ou, ce qui est la même chose, un seul et même cercle équidistant de l'équateur. Nous ne verrions donc pas le Soleil tantôt voisin du zénith, comme il arrive au début de notre été, lorsqu'il se trouve au commencement du Cancer, et tantôt très éloigné du zénith, comme il arrive au début de l'hiver, lorsqu'il se trouve au commencement du Capricorne. Il en serait de même de toutes les autres étoiles, fixes ou errantes... Mais cela est absolument faux, comme nous l'enseigne l'expérience; partant, ladite opinion, dont se déduit cette conséquence, est rendue, par là, absolument fausse. »
Il est clair que la véritable théorie d'Alpétragius n'aurait rien à craindre d'une semblable objection, contre laquelle elle s'était mise en garde.
Les autres objections formulées par Prosdocimo sont peu claires ; il est bon, cependant, que nous les reproduisions et que nous les considérions un instant.
« Si cette opinion était exacte, on ne pourrait sauver les diversités des mouvements des auges des planètes ; on ne pourrait
L'ASTRONOMIE LATINE AU MOYEN AGE
sauver, non plus, les diversités des mouvements de leurs genzahars 1 et beaucoup «d'autres choses qui se montrent chaque jour dans les orbes des sphères.
» Peut-être diriez- vous que cela provient d'une contiguïté de sphères, et de la position de certains anneaux ou déférents par lesquels ces apparences pourraient évidemment être sauvées.
» Je dis que cette contiguïté de sphères et cette disposition de déférents ou d'anneaux par lesquelles on veut sauver ce qui nous apparaît est impossible ; cela est évident pour quiconque est expert des mouvements en latitude des planètes. En effet, les déférents de Vénus et de Mercure, tantôt sont inclinés sur l'écliptique et la coupent, et tantôt se trouvent en entier au-dessous de l'écliptique, comme le démontrent Ptolémée, Alfraganus et les autres savants en Astronomie. D'ailleurs, si l'on supposait de semblables anneaux au sein des sphères des trois planètes supérieures, par suite de semblables mouvements en latitude, il y aurait ou bien production de vide, ou corps privés de place, ou déchirure des sphères, ou compénétration de deux corps ou raréfaction et condensation des corps célestes ; or toutes ces choses sont absurdes et impossibles ; cette hypothèse, donc, d'où découleraient de telles conséquences, est également impossible ; on la doit abandonner. »
Il semble que nous entendions ici un écho des critiques qu'au Lucidator, Pierre d'Abano a dressées contre les orbes solides emboîtés les uns dans les autres par les Hypothèses des planètes 2 ; mais il semble aussi que Prosdocimo considère cette combinaison sous la forme qu'à la suite de Gilles de Rome, plusieurs maîtres parisiens lui avaient donnée ; les déférents excentriques n'ont plus figure d'orbes sphériques, mais d'anneaux ou de tores.
Ces orbes solides, emboîtés les uns dans les autres, que la plupart des physiciens de Paris avaient admis dès le début du xi v° siècle, et qui avaient si fortement contribué à les rallier au système de Ptolémée, Prosdocimo les connaît et, en dépit de ce que les lignes précédentes auraient pu nous faire supposer, il semble les adopter sans réserve.
« Il y a, dit-il 5, en la sphère de chaque planète,1 trois parties qui sont discontinues l'une par rapport à l'autre ; pour distinguer ces parties de la sphère totale, les astronomes les nomment des orbes. La spbère de chaque planète, doue, se compose au moins
1. Les gensahars d'une planète sont les nceuds en lesquels l'excentrique de cette planète perce le plan de l'écliptique,