Vide supra, p. 2l
3. Prosdocimi de Beldomando Op. laud., Cap. IV; éd. cit., fol. 5i, v°.
l'astronomie itali enne
de trois orbes, disposés de telle manière que les deux orbes extrêmes ne soient point d'épaisseur uniforme, tandis que l'orbe intermédiaire est d'épaisseur uniforme ; cet orbe moyen est nommé orbe déférent »
« Bien que Fépicycle, dit-il encore1, soit conçu comme un cercle lorsqu'on le dessine sur un plan, cependant cet épicycle est, en réalité, un corps sphérique transparent; il est logé dans une cavité du déférent, cavité dont la contenance est exactement égale à son volume ; il n'est pas, d'ailleurs, continu avec le déférent ; il se meut autour de son propre centre, à l'intérieur de cette cavité qui lui est destinée ; dans une région de sa superficie, il présente une partie condensée et opaque qu'on nomme étoile errante ou planète. »
Bon nombre de Parisiens, à l'exemple de Jean de Jandun, regardaient ces mécanismes comme de simples artifices destinés à sauver les apparences et à figurer les mouvements observables des astres ; ils ne les prenaient point pour images fidèles de la réalité. Il ne semble pas que Prosdocimo de' Beldomandi ait songé à restreindre de la sorte la valeur de ces bypotlièses.
Bien qu'en son Commentaire, écrit pour des commençants, Prosdocimo s'attache à n'exposer que des théories tout élémentaires, nous ne lui avons, jusqu'ici, rien entendu dire qui ne soit exact. Ce n'est donc pas sans surprise que nous relevons, dans son livre, une très grossière erreur, que nous a déjà présentée la Summa totius Pkilosopliiœ de Paul de Venise; celui-ci même n'avait pas mis autant de précision, dans l'énoncé de cette erreur, en sorte qu'il semble l'avoir empruntée à Prosdocimo de' Beldomandi ; il n'y a aucune invraisemblance à supposer qu'il la lui doive, car la Summa tolius Philosophiœ peut fort bien avoir été rédigée après Y Expositio super spJuerico tractatu, qui est de 1418.
Voici quelle est cette erreur :
Prosdocimo expose2 que chacune des huit sphères inférieures se meut d'un mouvement qui lui est propre et qui est opposé au mouvement diurne. « Mais elles ne se meuvent pas toutes également vite, car, de ce mouvement qui lui est propre, la huitième sphère se meut seulement d'un degré en cent ans;... d'où vous pouvez conclure que cette huitième sphère accomplit sa révolution en 36.000 ans...
» Saturne accomplit sa révolution totale ou, en d'autres termes, parcourt le Zodiaque entier en 30 ans ; Jupiter en 12 ans ; Mars en
1. Prosdocimo de' Beldomandi, toc. cit. ; éd. cit., fol. 53, r°.
2. PROSDOCIMI DE JÎELDOMANDO Op. l(lU(l., Cap. I; éd. Cit., fol. 10, r°.
L'ASTRONOMIE LATINE AU MOYEN AGE
2 ans ; le Soleil en 365 jours et à peu près six heures, car l'excès est inférieur à un douzième d'heure ; Vénus et Mercure accomplissent leur révolution presque en même temps que le Soleil, car Vénus l'accomplit en 348 jours et Mercure en 338 ; quant à la Lune, elle l'accomplit en 27 jours et 8 heures...
» Vous voyez donc, en somme, comment les huit sphères inférieures sont mues inégalement de leurs seconds mouvements, car elles accomplissent leurs révolutions en des temps divers ou inégaux ; la huitième sphère, en effet, accomplit sa révolution en 36.000 ans, la septième en 30 ans, la sixième en 12 ans, la cinquième en 2 ans, la quatrième en 365 jours et six heures moins la douzième partie d'une' heure, la troisième en 348 jours, la seconde en 338 jours, enfin la première en 27 jours et huit heures. »
L'affirmation erronée est formelle, et deux fois énoncée. Gomment Prosdocimo, qui ne semble pas avoir été étranger à la Science astronomique, a-t il pu ignorer cette vérité, déjà banale au temps de Platon, que Vénus et Mercure ont même moyen mouvement que le Soleil ? Nous le constatons avec étonnement sans essayer de l'expliquer.
Tout au plus pourrait-on chercher l'origine de cette erreur dans un passage d'Averroès qui semble contenir une erreur analogue, bien que de sens inverse.
Aristote, au second livre du De Cœlo, a formulé cette pensée, commune dans l'Antiquité, que les mouvements propres, d'Occident en Orient, des divers astres errants sont d'autant plus rapides que ces astres sont plus éloignés du premier mobile. Averroès, développant cette pensée1, l'associe à l'hypothèse, rejetée par Aristote, mais admise par Ptolémée, que le Soleil se trouve au dessus de Vénus et de Mercure, et non pas immédiatement audessus de la Lune. Le Commentateur croit qu' Aristote n'a pas voulu établir une exacte correspondance entre l'ordre des distances des divers astres au premier mobile, et l'ordre de leurs vitesses angulaires de rotation. « Dès lors, il n'y aurait aucun inconvénient à ce que le Soleil fût plus rapide que Vénus et Mercure, bien qu'il fût au-dessus de ces planètes; cela proviendrait de ce que sa puissance excède beaucoup la leur. »
Averroès, en ce passage, semblait admettre que le moyen mouvement du Soleil est plus rapide que les moyens mouvements de Vénus et de Mercure ; en l'en versant le sens de cette inégalité,
i. Aristotelis De Cœlo liàeï sent m lus ni m Averrois Cordulensis commentariis ; çomm. 58,
l'astronomie italienne
l*aul de Venise et Prosdocimo de' Beldomandi n'ont pas moins contredit à la vérité.