‹ La système du monde (volume 3)Chapitre 172 sur 287 · F. Ravaisson, Op.laud., pp. 538-54i · texte numérisé non relu

F. Ravaisson, Op.laud., pp. 538-54i

lA CRUE DE l'aRISTOTELISME

croyait avoir besoin d'emprunter à Aristote et à ses successeurs, c'étaient surtout les1 sciences qu'on appelait encycliques, encyclopédie, et qui formaient la partie inférieure et accessoire de la Philosophie. Dans l'Ecole d'Ammonius, Aristote prend partout la première place et en dépossède Platon ; il occupe la scène, tandis que la dialectique platonicienne, avec les dogmes théologiques de l'Egypte et de la Ghaldée, n'apparaît qu'au second plan.

» Partout la Philosophie péripatéticienne, si longtemps subordonnée au Platonisme, le domine et l'éclipsé. Tel est le spectacle que nous offrent les écrits qui nous restent d'Ammonius et de ses principaux disciples, Simplicius, Jean Philopon, et ce David d'Arménie qui traduisit dans sa langue maternelle tous les ouvrages d'Aristote, et fut ainsi un des premiers à fonder dans les écoles d'Orient l'empire durable de la philosophie péripatéticienne ».

Mais qu'on n'aille pas exagérer la portée de cette réaction plus apparente que réelle ; l'Ecole d'Athènes et l'Ecole d'Alexandrie, après avoir longtemps affiché le Platonisme, portent maintenant l'enseigne de l'Aristotélisme. Leurs maîtres, au lieu d'exposer les dialogues de Platon, enserrent leur pensée dans le cadre de commentaires aux livres d'Aristote, commentaires fort analogues, en apparence, à ceux des péripatéticiens tels qu'Alexandre d'Aphrodisias ou Thémistius. Mais un Thémistius est souvent plus platonicien que péripatéticien ; mais de même que Porphyre, pour résoudre les questions platoniciennes, usait de principes péripatéticiens, de même, à Athènes, Simplicius élucide, modifie ou rejette les pensées d'Aristote après qu'il les a comparées aux doctrines pythagoriciennes et platoniciennes de son maître Damascius, ou bien aux vérités établies par l'Astronomie de Ptolémée ; et Jean Philopon, dans Alexandrie, sape les fondements mêmes de la Physique péripatéticienne, afin de donner, sur le vide et le mouvement des projectiles, les enseignements des Stoïciens ou de soutenir, contre Proclus, la durée limitée du Monde qu'affirme sa foi chrétienne. L'inscription gravée au fronton de l'Ecole a pu changer; mais l'esprit est demeuré le même ; par la comparaison, la synthèse et, lorsqu'il le faut, la transformation des divers systèmes, cet esprit aspire à l'unité philosophique.

Cette recherche d'une doctrine où viendraient s'harmoniser les plus précieuses pensées de Platon et d'Aristote, c'est elle encore qui a donné naissance à la dernière œuvre originale du génie hellénique, à ce livre que nous étudierons tout à l'heure plus en détail, sous le titre apocryphe de Théologie oT Aristote qui nous

LES SOURCES DU NÉO-PLATONISME ARABE

dérobe à jamais le nom du véritable auteur. Aucun penseur, peutr être, n'a été plus près d'accomplir ce que tant de philosophes avaient tenté, et de réconcilier le Lycée avec l'Académie.

« Mais cette œuvre1, qui constitue ce qu'on peut appeler proprement le Néo-platonisme, peut-être la philosophie grecque, parvenue, avec le Stoïcisme, au terme de son développement naturel, et dès lors épuisée, n'y aurait-elle pas suffi. C'est un rayon émané d'une source étrangère qui devait venir féconder, en quelque sorte, son sein devenu stérile, et communiquer au dernier germe qu'elle renfermait encore un principe de vie. Cette source est la même d'où sortait alors la Religion chrétienne : c'était la Théologie judaïque. »

Déjà, le Juif Aristobule, qui vivait sous le règne de Ptolémée Philométor, environ 150 ans avant Jésus-Christ, place dans le Monde une émanation de Dieu analogue à l'Ame universelle de Platon ; il la nomme la Puissance de Dieu ; elle parcourt toutes choses. « Ce dogme était, selon lui, de Moïse 2. Il prétendait que les Grecs l'avait dérobé à la Bible. »

Les idées d' Aristobule n'étaient encore qu'une première ébauche de celles qui allaient dominer le système néo-platonicien. « Mais, dans les écrits de Philon3, antérieur à Jésus-Christ de quelques années seulement, les dogmes fondamentaux de la Théologie judaïque se combinant, soit avec ceux de la Philosophie stoïcienne, soit avec ceux de l'Aristotélisme et du Platonisme, forment un système complet où achève de se déployer, sur de plus grandes proportions et avec des formes probablement nouvelles en partie, la théorie des puissances et des émanations divines.

» Ici les deux éléments que le livre de la Sagesse laissait encore confondus ensemble dans l'idée de la Sagesse divine, apparaissent détachés et séparée l'un de l'autre. D'un côté, la Sagesse (Zocpia), que Philon appelle de préférence la Raison ou le Verbe (Aoyoç) ; de l'autre côté, le Saint-Esprit (IIveGjjia ayiov) ; deux degrés par lesquels Dieu descend de sa hauteur inaccessible vers le Monde ; deux principes secondaires, le premier immédiatement issu de Dieu, le second issu du premier, mais l'un et l'autre de même nature, de même substance que Dieu, et formant avec lui une glorieuse Trinité. Le Verbe est ce que l'antique théologie hébraïque*

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