‹ La système du monde (volume 3)Chapitre 173 sur 287 · F. Ravaisson, Op. laud , pp · texte numérisé non relu

F. Ravaisson, Op. laud , pp

4. De ce que la Bible et le Targum d'Onkelos, commentaire de la Bible anté-

LÀ CRUE DE l'aRISTOTÉLISME

appelait déjà l'habitation de Dieu; il est son vêtement, il est son image ou son ombre ; il est la forme de Dieu et le caractère de son essence ; il est le Fils, le premier né de Dieu ou du Père, et il est Dieu lui-même ; expressions tirées, pour la plupart, de sources plus anciennes, et qui toutes se retrouveront dans la théologie chrétienne et le nouveau Platonisme. »

Au moment où les philosophes d'Alexandrie commencent à méditer la pensée de Philon, pensée qui réunit et développe tout ce que la tradition hébraïque rapportait de la Trinité, voici que des apôtres, partis de Judée, se répandent dans le monde en baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Ce que les apôtres annonçent, c'est ceci : Au commencement était le Verbe, et le Verbe était en Dieu, et le Verbe était Dieu; toutes choses ont été faites par lui; le Verbe est venu dans le Monde, il s'est fait chair ; ils ont vu sa gloire, gloire digne du Fils unique du Père ; ils lui rendent témoignage, afin que tous croient en son nom et deviennent enfants de Dieu.

Or, l'idée de la Trinité divine est celle qui, jetant tout à coup sur les obscurités des philosophes antiques une éblouissante lumière, va montrer à ceux qui les veulent concilier l'unité profonde de leurs théories disparates à la surface ; c'est elle qui va, peu à peu, les combiner entre elles et produire cette doctrine synthétique que professera Plotin.

« Maintenant, pourra-t-on dire en écoutant l'enseignement de Plotin le nouveau Platonisme est enfin assis sur sa triple base, la théorie des trois principes divins ou des trois hypostases archiques; l'Un, l'Intelligence et l'Ame; principes enchaînés l'un à l'autre par la nouvelle théorie de la communication de la nature incorporelle.

» Des trois principes, le moins élevé, l'Ame du Monde, c'est la cause première ou Dieu, tel que les Stoïciens l'avaient compris ; le second, l'Intelligence, c'est le Dieu d'Aristote ; enfin le principe suprême des Néo-platoniciens, l'Un, est le Dieu de Platon. Ce sont les trois grands principes des trois grandes doctrines qui ont rempli la période de maturité et de vigueur de la philosophie grecque ; ce sont ces trois principes, subordonnés l'un à l'autre, dans le même ordre où ils s'étaient succédé. Le Néo-platonisme recueille ainsi les doctrines qu'ont laissées les âges antérieurs ; il les relève

rieur à J.-C, enseignaient au sujet du Verbe, on trouvera un résumé très clair dans : C. Fouard, Lu vie de IV. -S. Jésus-Christ, 19e édition, t. I, Paris 1908; appendice, II, le Verbe de Saint Jean, pp. 4 » 8-43 2 . 1. F. Ravaisson, Op. laud., pp. 281-282.

LES SOURCES DU NÉO-PLATONISME ARABE

en quelque sorte l'une au-dessus de l'autre dans l'ordre inverse des temps qui les ont vu paraître, il en forme les assises successives d'une vaste philosophie que couronne l'antique doctrine de Platon.»

Or, cette tour à trois étages, où donc ceux qui en furent les architectes ont-ils presque tous vécu ? Dans Alexandrie, où se trouvait alors la plus puissante communauté juive du Monde et les plus savants rabhins ; où les Chrétiens comptaient des docteurs tels que les Origène et les Clément. Né du concours entre la tradition hébraïque, explicitée et achevée par le dogme chrétien, et la philosophie hellénique, le Néo-platonisme n'a cessé-, pendant tout le cours de son développement, d'être soumis aux influences des théologies juive et chrétienne. La plupart de ceux qui l'ont édifié étaient tout pénétrés des dogmes que professent ces théologies.

Après Philon, le premier grand ouvrier du monument néo-platonicien est Numénius. « Numénius était né en Syrie1, où il y avait quantité de Juifs, et où leurs doctrines étaient très répandues. Il avait lu la Bible, car il comparait les dogmes de Platon à ceux de Moïse et les trouvait identiques. Qu'est-ce que Platon, disait-il, sinon Moïse parlant la langue attique ? »

Ammonius Saccas, qui fut le maître de Plotin, « était né dans la religion chrétienne 2, et il l'avait quittée lorsqu'il avait commencé à se livrer à la philosophie. Il était contemporain des Saint Panthène et des Saint Clément, qui essayaient alors d'enrichir la théologie chrétienne des dépouilles de la philosophie grecque, peutêtre même élevé dans l'école des catéchumènes qu'ils dirigaient à Alexandrie ». Origène a recueilli et publié certaines de ses leçons.

La trace des enseignements d'Ammonius Saccas se reconnaît au traité De natura hominis, composé par Némésius. Or, Némésius est un chrétien, évêque d'Emèse, qui applique la théorie d'Ammonius à l'union de la nature divine et de la nature humaine dans la personne du Christ3; et la très parfaite orthodoxie du De natura hominis a longtemps valu à cet ouvrage l'honneur d'être attribué à Saint Grégoire de Nysse.

Pour exprimer la procession de l'Intelligence à partir de l'Un, Plotin use de métaphores : « Telle s'exhale une substance odorante 4 ; telle la chaleur s'échappe du feu et le froid de la neige ; tel luit et rayonne le Soleil; tel déborde un vaisseau trop plein.

i. F. Ravaisson, Op. laud., p. 368.

'a. F. Ravaisson, Op. laud., p. 372.

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